Son
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La bibliothèque des citrons – Jo Cotterill

Il n’y a pas que les oignons qui font pleurer quand vous les épluchez. Les citrons aussi, même quand on en a pas dans la vraie vie mais juste sur la couverture d’un livre, Bob peut en témoigner à grand renfort des mouchoirs…

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Calypso a dix ans, n’a aucun ami à l’école et se réfugie dans les livres de sa bibliothèque, hérités de sa maman décédée quelques années plus tôt. Elle vit seule avec son père, un écrivain qui s’est donné la tâche d’écrire une histoire encyclopédique du citron. Un jour, une nouvelle arrive à l’école. Elle s’appelle Mae et va bousculer les habitudes de la solitaire Calpyso, lui faisant découvrir toute l’étendue du mot « amitié ».

★★★★★

A la mort de sa mère, Calypso n’avait que cinq ans. Très vite, son père lui a appris à barricader ses émotions, à se montrer forte et ne pas pleurer à la moindre contrariété. Lui-même a fait la même chose et s’est abîmé dans son travail, la correction de manuscrits, puis l’écriture de son chef d’œuvre : un livre consacré aux citrons ! (Ne riez pas, c’est très sérieux !) Alors Calypso a grandi seule avec son père, et même seule avec elle-même et ses livres, ceux que sa mère avait quand elle était petite. Des classiques de la littérature anglo-saxonne qu’elle dévore et qui lui permettent de s’évader et d’apprendre tout un tas de choses. Si cette vie semble lui plaire, il y a pourtant des à-côtés pas très chouettes : il y a longtemps qu’on ne lui a pas acheté de nouveaux vêtements, son papa oublie souvent de faire les courses et c’est elle qui cuisine, ou plutôt qui fait griller les tartines avec du fromage fondu ou des restes de fond de placard. Mais tout cela lui semble « normal »…jusqu’au jour où elle fait la rencontre de Mae, qui veut très vite devenir son amie. Malgré ses réticences, Calypso va se laisser entraîner dans cette amitié naissante et découvrir qu’elle a beaucoup de choses en commun avec la nouvelle, à commencer par l’amour des livres et des mots. Au fur et à mesure que leur complicité grandit, Calypso va progressivement se rendre compte que sa vie avec son père n’est pas véritablement « normale » et qu’un papa ne devrait pas autant laisser seul son enfant…

La bibliothèque des citrons est un coup au cœur, une lecture qui ne peut pas vous laisser insensible, Bob en avait d’ailleurs les yeux très très humides (mais comme il lisait dehors, c’était à cause du vent, hein !). Jo Cotterill nous émeut par cette description d’une relation inversée entre un père enfermé dans son chagrin contenu et une petite fille qui a du grandir trop vite et assumer son quotidien et celui de son père toute seule. Il n’y a aucun pathos, aucune volonté de faire pleurer dans les chaumières mais une réflexion sensible et intelligente sur notre façon de gérer le deuil, sur l’importance de s’ouvrir aux autres, de demander et d’accepter de l’aide, et sur la puissance de l’amitié. L’écriture est toute en retenue et pleine de douceur, à l’image de Calypso, et c’est sans doute aussi ce qui la charge émotionnellement. Il y a également l’atmosphère, cette maison un peu perdue au fond d’un jardin où la nature a repris ses droits, où il fait froid, son allure de demeure ancienne, voire hantée, où se trouvent tous les vieux livres de sa mère (des classiques que l’on a d’ailleurs bien envie de découvrir pour ceux qu’on ne connaît pas). La solitude de cette petite fille nous transperce et son amitié avec Mae, salutaire et généreuse, lui ouvre les yeux et le cœur et lui apporte l’espoir de surmonter enfin ce chagrin aux côtés de son père. La bibliothèque des citrons est un roman bouleversant et débordant d’amour, à lire absolument !

La bibliothèque des citrons, Jo Cotterill, traduit par Charlotte Grossetête (Fleurus)
disponible le 14 avril 2017
9782215133315 – 16,90€
à partir de 10 ans
Son
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Baleine rouge – Michelle Montmoulineix

9782330075835,0-4045933

Delphine part en vacances au bord de la mer avec son père et sa belle-mère qu’elle n’apprécie pas. En se promenant sur la plage, elle fait la rencontre d’une vieille femme qui semble confondre les couleurs et qui, chaque soir, s’en va nager au loin. Intriguée, Delphine et son nouvel ami Thomas se rendent chez Léandre, un vieil homme qui va leur conter l’histoire étonnante d’Eliaz, mousse breton du siècle dernier, et de Skye, jeune baleine bleue.

★★★★☆

Quel rapport entre Delphine, adolescente du 21e siècle à la famille recomposée et dont la mère lui manque affreusement après qu’elle soit partie un jour sans laisser d’adresse, et Eliaz, jeune garçon de onze ans engagé comme mousse sur un terre-neuvier pour rapporter de l’argent à ses parents en des temps difficiles ? Ahah, je ne vous le dirais pas ! Mais sachez que cela concerne évidemment l’océan et les majestueuses baleines qui vivent dans ses eaux. Le roman fait la part belle au récit d’Eliaz, conté par un personnage de vieil homme malicieux qui ne refuse pas de raconter les légendes du village à de jeunes ados curieux. Un procédé assez classique mais qui fonctionne toujours aussi bien : on réagit comme Delphine et Thomas à chaque rebondissement de l’histoire. Et cette histoire, c’est celle d’Eliaz et de son étonnante amitié avec une baleinelle (ouais, c’est rare mais ça se dit) prénommé Skye. Je ne vous en dis pas plus, même si les lecteurs avertis verront sans doute où tout cela va.

La beauté du roman vous frappera par sa description du monde sous-marin et de celui des baleines. Notre imaginaire nous les présente douces, majestueuses, puissantes. Michelle Montmoulineix nous en fait le même portrait et y ajoute, sans qu’on s’en rende compte, tout un tas d’informations étonnantes sur ces superbes créatures. Je crois que les passages concernant Skye et sa mère Blow sont mes préférés, on y sent tout l’amour et toute la sensibilité de l’auteure pour les baleines. Des moments poétiques qui contrebalancent la dureté de la vie d’Eliaz sur le terre-neuvier, du mal de mer aux brimades du second. Mais grâce à la musique de son violon et aux étranges sculptures du saleur Lullan, indien du Canada, Eliaz va voir sa vie changer radicalement… Par bien des aspects, le récit de Léandre va toucher Delphine en plein cœur et la perte de sa mère la ronger sérieusement. La vieille et « folle » Marina lui apportera-t-elle les réponses qu’elle cherche ?

Baleine rouge est une histoire intemporelle somme toute classique mais qui apporte un vrai souffle d’aventure, avec des sensations et une universalité qui m’ont parfois rappelé les textes de Michael Morpurgo. Si vous aimez les baleines, comme Bob, alors vous n’en serez que plus conquis par ce texte aussi doux et éthéré qu’un moment passé dans la sérénité de l’océan.

Baleine rouge, Michelle Montmoulineix (hélium)
disponible depuis le 15 mars 2017
9782330075835 – 13,90€
à partir de 10 ans
Son
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Hors-champ – Chiara Carminati

9782889083527,0-3758505

Ce qu’on aime dans la collection Encrage, à la Joie de Lire, c’est découvrir la littérature européenne (mais pas que !) de qualité, ses auteurs que l’on apprend à connaître à travers de très beaux textes, parfois durs, parfois poétiques mais qui, toujours, nous transportent. Cette fois, notre rendez-vous est en Italie…

Quand la guerre éclate, Jolanda et sa famille sont obligés de quitter l’Autrice où ils vivaient depuis plusieurs années afin de rejoindre leur pays d’origine, l’Italie. Très vite, son père et son frère aîné sont envoyés sur le front pour combattre les autrichiens. Bientôt suivis par son autre frère et son meilleur ami Sandro, qui lui vole un baiser. Jolanda se retrouve alors seule avec sa mère, sa petite sœur Mafalda et leur ânesse Modestine. Mais un jour, leur mère est arrêtée et les deux filles sont livrées à elles-mêmes…

★★★★☆

Au cinéma, le hors-champ c’est la partie de la scène qui n’apparaît pas dans le champ de la caméra, ce qui n’est pas enregistré dans le film. Dans ce roman autour de la Première Guerre mondiale, ce ne sont donc pas les combats qui intéressent Chiara Carminati, les soldats sur le front, les tactiques des généraux, les prises de territoires ou le vainqueur de la guerre, mais ceux qui ne figurent généralement pas à la une des journaux, dans les films ou les livres d’histoire. L’auteure n’utilise finalement la guerre que pour évoquer une histoire de femmes, de famille. Il est cependant intéressant d’assister à cette guerre du point de vue des italiens, car il est assez rare, même dans nos livres d’histoire, d’évoquer la situation des autres pays européens. Cela dit, il vous faudra tout de même vous procurer d’autres livres plus précis si l’Italie pendant la Première Guerre mondiale vous intéresse car il s’agit ici uniquement d’éléments de contextes. . Car, comme je vous le disais, le cœur du sujet, ce sont les femmes, ce sont Jolanda, Mafalda, leur mère et les deux femmes dont cette dernière ne leur a jamais parlé et qui vont pourtant devenir des personnes importantes pour les deux enfants. Lorsque Jolanda et Mafalda se retrouvent sans leur mère, arrêtée et exilée loin du village, elles vont trouver refuge à Udine, chez une certaine Adèle, une vieille femme aveugle mais plutôt futée. C’est chez cette « tante » qu’elles vont découvrir un secret de famille, celui de leur mère… Et lorsque les bombardements touchent la ville, les deux filles et la vieille femme vont à nouveau devoir fuir et se rendre dans l’Italie autrichienne…

Le roman de Chiara Carminati paraît sans doute très classique dans ses thèmes, et il l’est, mais son écriture sensible nous transporte instantanément dans cette Italie du siècle dernier et ces destins de femmes. Son originalité tient finalement de l’insertion de photographies…totalement vides ! Après un moment de flottement (euh…une erreur à l’impression ?) et une vérification sur le site internet de l’éditeur, non, pas d’erreur, il n’y a absolument rien sur les photos, seulement cet aspect de photographies anciennes et une légende qui nous invite à imaginer le décor. C’est déroutant au début, et puis on se laisse guider dans ce hors-champ qu’il sera tout aussi important de lire que l’histoire. Une belle découverte de la littérature italienne !

Hors-champ, Chiara Carminati, traduit par Bernard Friot (La Joie de lire)
collection Encrage
disponible depuis le 11 février 2017
9782889083527 – 14,50€
à partir de 12 ans
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Celle qui voulait conduire le tram – Catherine Cuenca

Bob vous parlait de la collection de romans historiques Les Héroïques la dernière fois. Il en a lu encore un qui s’intéresse cette fois au sort des femmes durant la Première Guerre mondiale et c’est toujours aussi bien !

9782362661549,0-3723062

En 1916, les hommes sont mobilisés sur le front et les femmes prennent leur relève. Ancienne couturière, Agnès devient alors conductrice de tramway, un emploi mieux payé et qui lui plaît beaucoup. Mais lorsque son mari revient, blessé, il supporte mal que sa femme gagne plus que lui. Jusqu’au jour où la paix est déclarée et que les femmes sont envoyées. Révoltée, Agnès s’engage dans le mouvement des suffragettes, attisant encore l’animosité de son mari…

★★★★☆

A travers l’histoire d’Agnès, Catherine Cuenca nous fait découvrir un aspect de la Première Guerre mondiale souvent inconnu, voire ignoré : le travail des femmes pour soutenir l’effort de guerre. Des femmes qui prennent la place des hommes dans des métiers jusqu’alors réservés exclusivement aux genre masculin. Parce que, comme vous le savez, les femmes sont faibles de corps comme d’esprit (*blague, si jamais vous n’aviez pas compris*). Mais malgré la guerre et l’absence des hommes sur des postes utiles au quotidien, le remplacement par les femmes n’est pas forcément vu d’un bon œil. Insultes et mines désapprobatrices de la part de la société masculine comme féminine sont le lot de ces femmes qui « osent » postuler à ces emplois. Et si, comme beaucoup, Agnès est d’abord surprise de voir une jeune femme lui valider son ticket en montant dans le tramway, le perspective de gagner plus d’argent que dans son emploi actuel au sein d’un atelier de couture lui donne très vite l’envie de s’engager dans la compagnie de transport. Une décision qui va changer sa vie : elle va apprendre à conduire des tramways et, au contact de Renée, engagée dans la lutte pour le droit de vote des femmes, se trouver également une cause à défendre.

Mais le poids de conventions sociales, de la croyance de l’infériorité des femmes et de leur rôle uniquement marital, ménager, va clairement être un frein à l’épanouissement complet d’Agnès. D’autant plus quand son mari, Célestin, revient blessé de la guerre puis reprend son poste à l’atelier où il travaillait avec Agnès. Il gagne moins qu’elle, n’apprécie pas qu’elle fasse un boulot d’homme et voit d’un très mauvais œil son association avec des féministes et, pire, des « inverties ». Le vin aidant, Célestin se montre de plus en plus hostile et violent, renforcement d’autant la détermination d’Agnès à améliorer sa vie et celle des autres femmes… Une histoire qui trouve sa conclusion en 1945, avec Luce, la nièce d’Agnès et dont vous pouvez vous douter de l’issue historique.

Avec Celle qui voulait conduire le tram, Catherine Cuenca nous livre un roman passionnant sur l’histoire de ces femmes qui se sont battues pour leurs droits à une époque complexe. Au travers d’un destin, celui d’Agnès et de son héritage, évoqué avec humanité et émotion. Ses rêves, ses doutes et ses actions sont rendus avec un réalisme parfois rude, nous rappelant toute la difficulté à se battre pour nos convictions et la patience requise pour être témoin du changement. Un très beau roman historique à compléter avec le visionnage du film Les Suffragettes, sur le même thème mais en Angleterre, où les femmes obtinrent les droit de vote plus tôt que nous…

Celle qui voulait conduire le tram, Catherine Cuenca (Talents Hauts)
collection Les Héroïques
disponible depuis le 11 février 2017
9782362661549 – 14€
à partir de 13 ans
Son
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Je suis ton soleil – Marie Pavlenko

9782081396623,0-4031862

Déborah entre en terminale et son année commence mal. Non seulement son chien miteux lui a dévoré toutes ses godasses et elle doit se rendre au lycée en bottes de pluie, mais il y a aussi sa mère qui découpe des magazines à en garnir tout le salon, et c’est sans compter son père qu’elle découvre au bras d’une belle inconnue… Heureusement, Déborah va pouvoir compter sur l’amitié toute neuve de Jamal et Victor, sans oublier sa meilleure amie Éloïse.

★★★★☆

Tu pensais en te levant ce matin que ta vie c’était un peu la loose ? Genre t’as pas révisé ton contrôle, ton collant est troué ou le chat a fait pipi sur ton tapis ? LOL. Tu n’as aucune chance contre Déborah, reine de la malchance (ou scoumoune, selon son théorème) qui assiste au chamboulement de sa vie, et pas juste à cause de son chien galeux, Isidore, qui pue du bec et lui détruit ses ballerines. Sa mère agit comme une folledingue, découpant des magazines et collant des post-it partout sur le miroir de l’entrée avec un mystérieux numéro de téléphone et que dire de son père, le sale traître qui embrasse une autre femme ? Et puis sa meilleure amie Éloïse qui s’amourache d’un beau neuneu et la laisse doucement tomber, la contraignant à devenir amie avec Jamal, alias mygale-man et ses dents de cheval et…le beau Victor, le nouveau. Bon, ok, tout n’est pas totalement naze…sauf quand Victor a en fait déjà une copine. Échec et mat.

Mais Déborah a de la chance, c’est Marie Pavlenko qui s’occupe de nous raconter son histoire. Après s’être plutôt illustrée dans les genres de l’imaginaire (Le livre de Saskia, Marjane…), l’auteure nous emmène dans le quotidien ébouriffant de cette ado un peu perdue mais volontaire et pleine d’humour ! Car le roman est aussi lumineux que sa couverture dorée et son titre estival : Déborah est incroyablement drôle et l’écriture enlevée de Marie Pavlenko d’une grande fraîcheur. Le secret des coquillettes sur la couverture vous sera révélée en lisant le roman, tout comme d’autres éléments de l’histoire qui, vous le découvrirez, ne sont pas tous aussi comiques que ce que peut le laisser penser cette chronique, mais la gouaille de cette lycéenne foutraque, son chien-clochard qui schlingue (mais qui est super attachant) et tous les personnages qui gravitent autour d’elle ne pourront que vous ravir le cœur. C’est en tous cas ce qui est arrivé à Bob.

Il y a une vraie justesse dans cette description de l’adolescence, que ce soit dans le ton ou dans les personnages et Marie Pavlenko parvient à nous toucher et à nous bidonner en même temps (ou presque, hein, vous verrez qu’il y a quand même des trucs pas rigolos rigolos). On a dit à Bob que le roman faisait penser aux Petites reines, de Clémentine Beauvais. Au début, il trouvait que non, mais en fait, oui, il est tout aussi jubilatoire, notamment grâce à Déborah, qui n’a en effet rien à envier à la truculente Mireille. Le propos n’est pas le même, mais le plaisir de lecture, assurément ! Bref, laisse tomber les remèdes de grand-mère pour réparer ton collant troué et cours vite te procurer les épatantes aventures de Déborah ! ;D

Je suis ton soleil, Marie Pavlenko (Flammarion jeunesse)
disponible depuis le 8 mars 2017
9782081396623 – 17,50€
à partir de 14 ans
Son
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Quand le monstre naîtra – Nicolas Michel

On ne vous avait pas encore parlé de la collection Les Héroïques, parue en septembre dernier chez Talents Hauts. Pour vous la situer, c’est une collection de romans historiques qui s’intéressent à ceux qui sont « oubliés » ou laissés de côté dans les manuels d’histoire : les femmes, les enfants ou encore les handicapés, les immigrés… Christophe Léon et Jessie Magana ont ouvert cette collection, l’un avec un texte autour des enfants de la Réunion forcés à quitter leur famille pour être envoyés en métropole, l’autre avec une évocation de la Seconde Guerre mondiale du point de vue d’une jeune fille qui entre dans la Résistance quand tous les hommes de son île sont partis à la guerre… Avec Quand le monstre naîtra, c’est à nouveau la Seconde Guerre mondiale en toile de fond, mais du point de vue d’une enfant.

9782362661808,0-3723061

1939. Lucille vit en Provence, en zone libre, tandis que la guerre éclate dans le reste de la France. Insouciante et espiègle, elle se lie d’amitié avec Elsa et Emmanuel, les nouveaux locataires de la ferme de sa grand-mère. Mais bientôt, le couple est obligé de quitter leur logement et les parents de Lucille lui annoncent qu’ils attendant un bébé. Tout s’effondre autour de la petite fille, qui n’a pas du tout envie de voir ce petit frère ou cette petite sœur, ce « monstre », arriver…

★★★★☆

Alors que sa sœur Anna va bientôt mourir, Lucile raconte à sa petite-fille son histoire, ainsi que celle d’Anna. C’était il y a longtemps, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que Lucille n’avait que 6 ans et que, comme beaucoup d’enfants à cet âge, elle ne comprenait pas vraiment ce qui se passait… Petite fille espiègle, aventureuse et turbulente, Lucile vit avec ses parents et sa grand-mère muette et inerte depuis la mort de son mari durant la Première Guerre mondiale. Lorsque les nouveaux locataires de la ferme, Elsa et Emmanuel, s’installe, c’est le début d’une belle amitié et de beaux moments pour Lucile. Mais la guerre est là et, même s’il semble ne rien se passer dans leur coin de Provence, Elsa et Emmanuel vont être chassés. Parce qu’ils sont Juifs. Et la mère de Lucile est enceinte. Deux nouvelles qui vont bouleverser Lucile et la rendre horrible avec tout le monde, et surtout avec ce bébé à venir. Dans la cour de récréation, Lucile joue à un jeu mesquin avec son amie Grenadine : « quand le monstre naîtra… » où elles disent des choses horribles sur le bébé. Et bientôt, les choses dégénèrent…

La guerre à travers les yeux d’une enfant. C’est donc le parti pris de Nicolas Michel, qui nous livre une histoire passionnante et toute en tension, ainsi que le portrait d’une petite fille plutôt sale gosse confrontée à des événements qu’elle ne comprend pas et dont elle ressent pourtant la gravité. Il y a une vraie justesse dans le personnage de Lucile, entre naïveté et lucidité, que les adultes veulent protéger des événements mais dont les secrets risquent bien de se retourner contre eux. Et parce que l’histoire est vue à travers les yeux d’une petite fille, il y aussi des jolis moments de poésie, du rire et de l’espoir… Mais surtout beaucoup d’émotions, que l’on ressent dans l’écriture de Nicolas Michel et dans sa volonté de nous livrer les sentiments d’une enfant dans un pays en guerre. Une très belle réussite et une collection à suivre, assurément !

Quand le monstre naîtra, Nicolas Michel (Talents Hauts)
collection Les Héroïques
disponible depuis le 19 janvier 2017
9782362661808 – 16€
à partir de 12 ans
Son
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Le jour où je suis partie – Charlotte Bousquet

Dans le monde parfait de Bob et Jean-Michel où tous naissent et vivent libres et égaux, sous la forme animale de son choix et sans discrimination, les romans de Charlotte Bousquet n’existent pas. Il n’y en a pas besoin. Malheureusement, dans la vraie vie, il y en a vraiment besoin des romans de Charlotte Bousquet…

9782081373853,0-3717549

Tidir vit dans la campagne marocaine avec sa famille. Lorsque son père, qu’elle ne voit jamais, décide de la marier contre son gré, elle décide de fuir et de rejoindre Rabat, où s’organise le 8 mars un rassemblement pour l’émancipation des femmes. Avec le souvenir de sa meilleure amie violée puis mariée de force à son bourreau, elle prend la route, décidée à prendre également son destin en main.

★★★★☆

Avec ce nouveau roman, Charlotte Bousquet continue à s’engager sur la cause des femmes. Après Là où tombent les anges et Sang-de-Lune qui abordaient la condition féminine sous le prisme de l’Histoire et de la dystopie, c’est ici dans nos sociétés actuelles qu’elle ancre le récit de Tidir, jeune fille forte et indépendante révoltée par le sort funeste de sa meilleure amie et par la société dans laquelle elle vit. C’est sa grand-mère Damya qui est son modèle, la seule femme de sa famille à la soutenir et à l’inciter à se battre pour vivre sa vie. Entre les traditions archaïques, ineptes, la peur de la « honte », et l’attrait de la liberté, Tidir choisit très vite quel sens elle veut donner à sa vie, même si ce chemin doit être semé d’embûches. Et il le sera, assurément. Car lorsqu’elle rencontre un jeune français à Marrakech qu’elle sauve in extremis d’une bande de racketteurs, partager sa compagnie est extrêmement mal vu…

Par l’évocation du voyage de Tidir vers sa liberté, Charlotte Bousquet dresse le portrait d’une société marocaine entre des traditions anciennes, rigides, et une modernité qui se veut dénuée de tous préjugés quand ce n’est pas le cas… Une société qui peut nous paraître lointaine mais qui ne l’est assurément pas au vu des combats menés partout dans le monde pour les droits des femmes. Et les réflexions qu’entend Tidir tout au long du roman, de la part des hommes comme des femmes, des campagnards comme des citadins, ne sont pas si éloignées de celles que l’on entend en France à l’égard des jeunes filles ou des femmes… C’est aussi avec beaucoup de justesse et un véritable cheminement dans la pensée de Tidir que Charlotte Bousquet évoque le viol et le destin terrible de son amie Illi. Les questions qu’elle se pose résonneront en chacune, tout comme la réflexion qui évolue au fil de la lecture et des expériences vécues par Tidir. Emaillé de références à des personnalités ou des événements importants pour l’émancipation de la femme au Maroc, et notamment à des auteures ou des journalistes, le roman propose l’éducation et l’écriture comme solution à l’oppression patriarcale. Et c’est peut-être de cette manière que Tidir trouvera sa liberté à elle…

Le jour où je suis partie est donc un très beau récit initiatique, magnifié par l’écriture toujours aussi soignée de Charlotte Bousquet et par la description des paysages de la campagne marocaine qui prennent vie sous nos yeux. Émouvante et sensible, une histoire universelle qui ne devient que trop nécessaire pour inviter les jeunes filles et garçons à réfléchir à leur avenir…

Le jour où je suis partie, Charlotte Bousquet (Flammarion jeunesse)
collection Tribal
disponible depuis le 4 janvier 2017
9782081373853 – 13€
à partir de 13 ans
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Barracuda for ever – Pascal Ruter

Alors que Le cœur en braille connaît le succès d’une adaptation au cinéma, Pascal Ruter nous offre un nouveau roman que vous trouverez aussi bien dans le rayon jeunesse que chez les vieux avec des couvertures très différentes ! Vous préférez laquelle ? :)

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C’est à 85 ans que le grand-père de Léonard, ex-boxeur de légende répondant au nom de Napoléon, décide d’entamer un « renouvellement de vie ». Autrement dit, il divorce de sa femme, adopte un chien qu’il appelle Point à la ligne, projette d’enlever le présentateur du jeu des 1000 euros sur France Inter et passe sa vie au bowling. Et pas question de se laisser « déporter » en maison de retraite ! Pour Léonard, cette décision est aussi étonnante que pleine de promesse de moments incroyables avec son grand-père…

★★★☆☆

C’est au rythme du tube de Claude François que Pascal Ruter nous embarque dans son roman un brin fou-fou aux côtés d’un vieil homme qui pète la forme et de son petit-fils qui ne demande rien de mieux que de passer du temps avec son super grand-père, ex-boxeur pro du bowling et amateur de jeux radiophoniques. C’est Léonard qui nous raconte le changement radical de Napoléon, ce passage chez le juge où on lui accorde le divorce pour « renouvellement de vie », devant une famille sidérée et une grand-mère qui n’a rien vu venir. C’est Léonard aussi qui va vivre avec Napoléon, son empereur, des aventures rocambolesques, tout en évoquant les souvenirs de sa vie passée, de son combat mythique avec Rocky, de la façon dont il a rencontré sa grand-mère, de son métier de taximan, etc. Et c’est toujours Léonard qui sera témoin des autres changements de Napoléon, ceux qu’il tient à cacher tout particulièrement mais qui, sournoisement, le prennent en embuscade, lui tendent des pièges…

Il y a dans les romans de Pascal Ruter toujours une grande tendresse dans les personnages et dans leurs relations. La force de Barracuda for ever, c’est bien le lien qui unit Léonard et son grand-père. Ce sont toutes les situations abracadabrantes dans lesquelles ils se retrouvent, toutes les idées farfelues de ce Napoléon énergique et bagarreur. Cette tendresse mélangée à un humour ravageur, ça donne ce roman plein d’émotions, dans lequel les personnages secondaires ont également toute leur importance, des lettres de la grand-mère de Léonard jusqu’à son amitié avec Alexandre, un drôle de garçon qui ne se sépare jamais de sa casquette et lui a raflé toutes ses billes…
Barracuda for ever et son histoire intergénérationnelle parviendra-t-ils à toucher autant les adultes que les plus jeunes ? :)

Barracuda for ever, Pascal Ruter (Didier jeunesse)
disponible depuis le 18 janvier 2017
9782278059461 – 17€
à partir de 12 ans
Son
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Need – Joelle Charbonneau

97827459753930-3426777

« Désir : envie de posséder un objet ou de réaliser un rêve.
Besoin : nécessité de détenir quelque chose ou d’accomplir un acte essentiel à votre vie. »
Need est le nouveau réseau social qui fait fureur auprès des adolescents du lycée de Nottawa. Ce site génial propose en effet de répondre à tous vos besoins, de façon totalement anonyme, et sans vous demander quoi que ce soit en échange…enfin, juste des petits services de rien du tout…

★★★★☆

Kaylee est une lycéenne qui a du mal à concilier la vie au lycée et en famille depuis l’annonce de la maladie de son petit frère. Pour avoir une chance de survivre, la garçon doit attendre une greffe de rein. Et malgré toutes les pistes déployées par Kaylee, aucun donneur compatible ne s’est présenté… Alors quand ce nouveau site apparaît sur la toile, Kaylee est tout d’abord réticente, se posant des questions sur l’étonnante facilité avec laquelle tout semble être possible… Puis un jour, elle fait sa première demande sur NEED : « j’ai besoin d’un rein pour mon frère ». Évidemment, quand on a lu plein de livres et vu plein de films et de séries, on se dit tout de suite : « ohoooh, il y en a un qui va se retrouver vite fait dépiauté de son rein et se vidant de son sang dans une baignoire » (Non ? Pas vous ?) Bref. En dépit de cette évidence, ce qui est intéressant, c’est comment Joelle Charbonneau va jouer avec les personnages et les situations pour mener à ce qu’on imagine bien être la fin terrible du livre. Car le roman ne se concentre pas uniquement sur Kaylee et va aussi nous proposer de suivre certains de ses camarades de classe et comment eux aussi vont être entraînés dans cette machinerie infernale, comment ils vont embrasser le jeu pervers des contreparties pour obtenir ce qu’ils veulent, ou comment ils vont s’en trouver victimes.

Clairement, nous sommes dans un roman rythmé, dans une écriture d’une grande simplicité et qui nous embarque dans une frénésie et une angoisse permanente. La collection Page Turners n’a jamais aussi bien portée son nom ! Mais ce qui est le plus fascinant dans ce roman, c’est bien sûr la réflexion autour des réseaux sociaux et de ce que nous sommes prêts à faire pour obtenir ce que l’on veut. Terrifiant. C’est sans doute le mot qui qualifie le mieux le roman, tant les situations présentées et vécues par les personnages sont réalistes et pourraient faire l’objet des pages de faits divers dans les journaux.
J’ai seulement été un peu déçue de la résolution, de qui se cache derrière NEED et pourquoi il a ciblé les lycéens de Nottawa. Heureusement, la toute dernière page change la donne… :P Si vous êtes à la recherche d’un bon thriller psychologique à vous glacer le sang…bienvenue sur NEED

NEED, Joelle Charbonneau, traduit par Amélie Sarn (Milan jeunesse)
disponible depuis le 19 octobre 2016
9782745975393 – 14,90€
à partir de 13 ans
Son
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L’étrange hôtel de Secrets’ Hill – Kate Milford

97827002510360-3655713

Milo s’apprête à passer les vacances de Noël dans l’hôtel géré par ses parents. En plein hiver et situé tout en haut d’une colline, rares sont les clients à cette période de l’année et Milo espère bien profiter de ses parents pendant ces vacances. Mais voilà qu’un étrange monsieur aux chaussettes dépareillées débarque et demande une chambre. Puis une fille aux cheveux bleus et ainsi de suite… Que peuvent-ils bien tous avoir à faire à l’hôtel de Secrets’ Hill ?

★★★★★

D’habitude, les clients de l’hôtel, appelé parfois aussi Villa de Verre en raison de ses vitraux, sont plutôt des personnages louches qui trafiquent des choses non moins étranges : bulbes de fleurs, pistolets à bouchon, etc. Cette fois-ci, pourtant, pas de contrebandiers mais un chapelet d’étranges loustics aux styles et coiffures variés qui vont chambouler tous les projets de Milo, jeune garçon qui n’aime pas beaucoup le changement. A peine les premiers clients sont-ils arrivés que les mystères apparaissent : près du funiculaire qui amène les visiteurs jusqu’à l’hôtel, Milo découvre un portefeuille dans lequel se trouve une carte nautique qui ne ressemble à rien de connu alentour. Étrange ! Et quand certains clients se font dérober des objets lors de la nuit, c’est sûr, il se passe quelque chose à la Villa de Verre ! Avec l’aide de Meddy, la fille de la boulangère venue prêter main forte aux parents de Milo et fan de jeux de rôles, Milo va enquêter et peu à peu découvrir les secrets de l’hôtel et de ses clients…

Je n’avais pas été aussi bien menée en bateau dans un roman policier pour enfants depuis longtemps ! Kate Milford développe en plus de 500 pages un huis-clos hivernal qui rappelle bien sûr Les dix petits nègres d’Agatha Christie (sans le côté meurtrier) où les faux-semblants et les twists sont judicieusement placés. Parole de Bob, vous ne verrez pas venir l’une des révélations finales ! Ou alors vous êtes le genre vraiment très fort au Cluedo. Au-delà de l’enquête, qui n’est pas que policière d’ailleurs, mais qui a aussi un côté aventureux (le jeu de rôle) et historique (beaucoup de choses se jouent sur l’histoire de l’hôtel), l’auteure évoque aussi très bien la famille et l’adoption. Milo est un garçon d’origine chinoise recueilli par les Wood, qui gèrent l’hôtel. Malgré le fait qu’il n’a jamais connu ses véritables parents, il ne peut s’empêcher de penser à eux et de se demander qui ils sont. Il y a une réflexion extrêmement belle et intéressante sur ce sujet, distillée au fur et à mesure que l’enquête avance et où l’on sent que, malgré tout l’amour de ses parents adoptifs, il ne cessera jamais de se questionner. Kate Milford joue d’autant bien ses cartes qu’elle nous surprend lorsqu’un autre personnage découvre sa propre origine et qu’on aurait pu croire qu’elle allait coller avec celle de Milo. Elle ne tombe ainsi ni dans la facilité, ni dans le happy end total. Et c’est sans doute la très jolie et sensible note à la fin du roman qui explique ce choix et apporte autant de finesse à la psychologie de Milo.

L’étrange hôtel de Secrets’ Hill est un excellent roman à l’intrigue policière superbement ficelée, aux personnages attachants, malins et joueurs, qui fait la part belle non seulement à l’émotion mais également à l’aventure et au conte, où les histoires racontées au coin du feu sont tout aussi passionnantes que celle que nous suivons. Car la grande force du roman, c’est aussi de nous faire entrer dans cet hôtel comme si nous en étions nous aussi clients…
Un beau cadeau à faire pour Noël (et à lire à cette période totalement idéale), d’autant plus que le roman est illustré (même si j’aurais bien aimé plus de planches) et que sa couverture aux reflets argentés le fait briller de mille feux. :P

L’étrange hôtel de Secrets’ Hill, Kate Milford, traduit par Anne Delcourt, illustré par Alban Marilleau (Rageot)
disponible depuis le 3 novembre 2016
9782700251036 – 17,90€
à partir de 11 ans