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La ballade de Mulan – Clémence Pollet

9782355581021,0-2690359

En ce moment chez Bob et Jean-Michel, on délaisse un peu la rentrée littéraire ados au profit de beaux ouvrages à mettre impérativement dans vos listes pour Noël (et oui, ça va arriver vite !) Cette fois, c’est la nouveauté des éditions HongFei Cultures que nous vous invitons à découvrir avec plein d’étoiles dans les yeux ! :D

C’est la guerre et tous les hommes sont réquisitionnés. Son père étant trop âgé, Mulan décide de revêtir des habits d’homme et de partir à sa place. Douze ans durant, Mulan se bat en se faisant passer pour un homme. A la fin de la guerre, elle revient dans sa famille et dévoile à ses anciens compagnons d’arme estomaqués son véritable genre.

★★★★★

On ne vous avait pas encore parlé de cette maison d’édition qui a pourtant bientôt dix ans et qui s’intéresse plus particulièrement à la Chine et à sa culture. Avec La ballade de Mulan, c’est une légende importante de ce lointain pays qui nous est proposée. Et quand bien même vous avez vu l’adaptation de Disney sur cette héroïne, c’est finalement une vraie découverte que ce texte, traduit par Chun-Liang Yeh – co-fondateur de la maison – qui est assez loin de ce que l’on croit connaître de cette figure légendaire. Tout d’abord, le texte original, reproduit à la fin de l’album et datant du IVe siècle, est en réalité très court, et se lit finalement un peu comme une chanson ou un poème, une ballade – d’où le titre – que l’on écoute ou apprend. Il n’y a ensuite pas d’histoire d’amour, ou de révélation du véritable genre de Mulan avant la fin de la guerre qui l’a mobilisée pendant si longtemps. C’est un très beau texte, elliptique, mais grandiose, qui évoque des thématiques au final très actuelles : l’identité, la liberté, la question du genre.

L'une de nos illustrations préférées.

L’une de nos illustrations préférées : Mulan quittant ses habits de femme.

Quant aux illustrations de Clémence Pollet : quelle splendeur ! La technique ici utilisée est la linogravure avec un jeu sur trois couleurs (jaune, bleu, rouge). La grande taille de l’album et les illustrations sur double page nous permet d’en apprécier au mieux toute la beauté des traits, des motifs et des couleurs. Clémence Pollet nous offre ici une lecture illustrée de la légende avec beaucoup de talent et de finesse dans le choix de ce qu’elle souhaite représenter.

Une illustration parfaite de la transformation de Mulan.

Une illustration parfaite de la transformation de Mulan.

Il faut enfin signaler l’extrême soin apporté au livre de manière générale, avec notamment une jaquette qui cache une très belle évocation de la dualité de Mulan (et comme on est sympa, on vous la montre ci-dessous). Un ouvrage de très grande qualité à posséder absolument, coup de cœur de Bob et Jean-Michel ! :D

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La ballade de Mulan, illustré par Clémence Pollet (HongFei cultures)
disponible depuis le 10 septembre 2015
9782355581021 – 19,90€
à partir de 6 ans

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Le livre de toutes les réponses sauf une – Manon Fargetton

9782700247886,0-2778185

Cette année, Bérénice entre dans un nouveau collège et, comme à chaque fois, son nom de famille – Lamort – provoque les moqueries. Mais cette fois, il y a une autre élève au nom étrange : Pandora Hurlevent, qui sait supporter les ricanements. Les deux jeunes filles vont vite se lier d’amitié, à laquelle va se joindre Lazare. Un trio qui va partager ses rêves et ses confidences chez Bérénice…jusqu’au jour où c’est au tour de Pandora d’accueillir son amie chez elle…

★★★★☆

Déjà connue pour ses romans de fantasy ou ses thrillers chez Rageot, Manon Fargetton s’adresse ici à un lectorat un peu plus jeune pour une histoire qui mordille la frontière du fantastique. On y retrouve trois personnages, trois ados un peu en marge des autres, dont on se moque à cause de leurs noms un peu spéciaux ou de leur orientation sexuelle. Mais au-delà des notions de harcèlement, c’est surtout l’amitié qui prime, les liens qui se créent entre chaque personnage. Et notamment ceux de Bérénice et Pandora. Issues de familles originales (monde du spectacle pour Bérénice, histoire et archéologie pour Pandora), il était évident que les deux jeunes filles ne pouvaient qu’être amies. Pourtant, une différence sociale va les séparer un certain temps, jusqu’à ce que Pandora accepte d’inviter Bérénice chez elle, dans un manoir à l’écart de la ville, avec chauffeur, cuisinière et tableaux de maîtres. Mais le plus intéressant chez les Hurlevent, c’est la bibliothèque. Une bibliothèque magnifique qui referme un ouvrage millénaire, un livre capable de répondre à toutes les questions…sauf une. Sauf celles qui commencent pas « pourquoi ? »… Pourtant, Bérénice n’a que des questions de ce type à la bouche, car elle cache un lourd secret, qu’elle a confié à son amie qui pense que le livre lui permettra de soulager son cœur. Mais c’est tout le contraire qui se passe…
Sans vous en dire plus sur l’histoire, qui se découvre véritablement au fil des pages, Le livre de toutes les réponses sauf une est un très joli roman qui mélange une variété de thématiques sans pour autant tomber dans le fourre-tout. Un peu de suspense, des amitiés qui se nouent et se dénouent, des éléments fantastiques, des secrets et pas mal de références. Mais aussi une façon de gérer un deuil, de se construire ou se reconstruire. Une belle évocation de relations familiales, en somme. L’écriture de Manon Fargetton est tout en douceur, et la pointe de magie sert parfaitement le propos plutôt grave évoqué dans l’histoire. Je regrette peut-être juste que le mystère archéologique ne soit pas résolu, j’aurais été bien curieuse de découvrir l’hypothèse de l’auteure. :P

Le livre de toutes les réponses sauf une, Manon Fargetton (Rageot)
disponible depuis le 16 septembre 2015
9782700247886 – 6,45€
à partir de 11 ans

Discussion
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La langue des bêtes – Stéphane Servant

Stéphane Servant, il est incroyable. C’est le genre de mec qui peut faire un album trop drôle qui parle de slip (Le Machin) et qui peut aussi raconter une fresque magique et magnifique autour de trois femmes (Le cœur des louves, qui fut un très gros coup de cœur de Bob). Alors autant vous dire qu’on trépignait d’impatience de découvrir son nouveau roman ! :D

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Au fond des bois, loin de la civilisation, vit une communauté d’anciens membres d’un cirque. Un triste clown, un lion édenté, un vieux marionnettiste, une trapéziste brisée, un nain chanteur, un ogre terrifiant…qui prennent soin de la Petite, seule enfant de cette étrange troupe. Bientôt, des hommes viennent pour leur demander de quitter le territoire qu’ils occupent, pour envoyer la Petite à l’école… Tant de fils qui vont se nouer, ou se dénouer…

Dans la langue de Bob

★★★☆☆

Il y a du rêve, de l’étrangeté, du fantastique dans ce roman qui nous transporte. En même temps, avec un titre et une couverture pareille, on ne pouvait s’attendre qu’à du mystère et de la bizarrerie. Cet univers de cirque oublié, de gloire passée et perdue, est le terreau parfait pour nous faire découvrir la Petite, cette enfant étrange élevée dans un certain isolement, avec la forêt et les carcasses d’animaux morts pour seuls compagnons de jeux. Et les histoires. Oui, les histoires qu’on lui raconte depuis toujours, et notamment celle du lieu où ils vivent, terrain d’une ancienne malédiction, de bébés jetés au fond de la mine, d’une Bête qui se repaissait de la peine des hommes, et des animaux qui perdirent l’usage de la parole. Toutes ces histoires qui vont mener la Petite à son destin et à celui du cirque…
Si la langue des bêtes est un mystère pour les hommes, celle de Stéphane Servant nous ravit et nous émerveille. J’ai beaucoup aimé son écriture, son intérêt pour la langue et les mots qui transparaît également dans son histoire. Il y a de la poésie, de la fureur, du mensonge, de la beauté, de l’horreur et la vérité…on ne ressort certainement pas indemne d’un roman de Stéphane Servant. Pourtant, j’ai trouvé La langue des bêtes un peu long, parfois répétitif en essayant de nous cacher les révélations jusqu’à la dernière page. Mais cela reste une expérience de lecture comme je les aime, un roman qui nous emporte loin dans l’imaginaire…

Avec les mots de Jean-Michel

★★★★☆

Il est difficile de parler avec justesse d’un roman qui nous a ému, transporté dans les tréfonds de notre imagination et qu’on a refermé à regret. Comme le mentionne si bien Bob « c’est une expérience de lecture », de celles qui se font trop rares car la poésie qui en émane est si envoûtante qu’elle éclipse tout le reste le temps d’une lecture. Tout – absolument tout – est merveilleux dans La langue des bêtes : des légendes enchanteresses aux personnages sibyllins, de la forêt poussiéreuse au cirque déchu…
Bizarre ? Vous avez dit bizarre ?
Qu’à cela ne tienne, c’est l’étrangeté de ce roman qui le rend si particulier mais pas inaccessible, loin de là : il trouvera son public, j’en suis certaine. Ce roman aux allures de conte intemporel à l’étoffe des plus grands : une qualité d’écriture évidente, de la magie à chaque page et un ton qui nous donne l’impression d’avoir l’esprit enveloppé dans la ouate – oui, même lors de scènes brutales où mes oreilles bourdonnaient. J’espère que c’est bien l’émotion qui me gagnait et non pas un éventuel problème de surdité. A l’instar de Bob, je n’ai pas trouvé de longueurs à ce roman, sans doute parce que j’étais trop plongée dans les affres délicieuses de ces bizarreries et que je ne souhaitais plus en sortir. Notez la beauté de la couverture : le travail de l’artiste Laura Makabresku correspond parfaitement avec le texte de Stéphane Servant, une association emblématique qui a fait ma joie et mon bonheur.

On vous assure que c’est un excellent roman. Si jamais vous souhaitez nous contredire, n’hésitez pas à nous envoyer un mail en indiquant vos nom, prénom et adresse afin qu’on vienne cordialement vous casser la figure :)

La langue des bêtes, Stéphane Servant (Rouergue)
collection DoAdo
disponible le 19 août 2015
9782812609268 – 15,90€
à partir de 14 ans

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Là où se cache le diable – Benjamin Guérif

9782748516937,0-2632068

Une couverture qui interpelle, un titre propre à faire frissonner…mais quel est cet endroit où se cache le diable ? La réponse se trouve-t-elle dans cette histoire ? Mystère mystère… :)

Adam est un garçon solitaire, qui s’intéresse à tout ce qui touche à l’imaginaire. Il vient d’emménager dans une maison en pleine campagne et peine à se faire des amis. Mais cela ne l’ennuie pas, car il passe son temps à se promener dans la forêt, explorer les lieux qui l’entourent. Un soir, il distingue une étrange lueur qui vacille au-dessus du sol. Un prétexte parfait pour Adam qui se lance à corps perdu dans ce mystère…

★★☆☆☆

Un mystère qui va s’intéresser aux légendes et à la réalité – ou non – qu’elles cachent. Les amateurs de surnaturel seront sans doute intéressés par ce court roman qui interroge notre relation aux croyances, aux vieilles légendes et aux malédictions. J’ai beaucoup aimé les réflexions d’Adam sur le sujet, surtout lorsqu’il confronte ses idées avec des personnages qui vont lui venir en aide au cours de l’histoire : un gentil bibliothécaire (youhou!) et une étrange femme aux allures de bohémienne. Je crois qu’on se demande tous si les dragons ont existé ou non, s’il y a vraiment des lieux hantés, etc. Mais Benjamin Guérif ne vous donnera aucune réponse, seulement encore un peu de grain à moudre. Mais je trouve ça plutôt chouette ! :)

En revanche, j’ai été déçue par le roman dans son ambiance générale. J’ai eu un peu de mal à m’attacher à Adam, qui est sans doute trop dans son petit monde. J’ai eu parfois l’impression que l’auteur voulait rendre une atmosphère glauque ou effrayante…sans y parvenir tout à fait (à part dans la scène finale). J’ai trouvé aussi que l’auteur semblait vouloir aborder des sujets totalement autres que le mystère qui ronge Adam (le monde de la finance, par exemple) mais restait bien trop en surface, donnant une impression de « cheveu sur la soupe ». En fait, je crois qu’il manque le « petit quelque chose », une sorte de saveur, qui aurait pu donner au roman une dimension toute autre, sans doute plus étouffante ou plus fantastique. Et je regrette surtout la fin ! Nous avons la réponse au mystère mais je trouve dommage que ça n’aille pas plus loin, tout se finit trop vite pour apprécier toute la résolution. Il y a ici une sorte de rendez-vous manqué, comme s’il manquait un chapitre pour conclure le tout…

Là où se cache le diable, Benjamin Guérif (Syros jeunesse)
collection Rat noir
disponible depuis le 7 mai 2015
9782748516937 – 13,50€
à partir de 12 ans

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Les enfants de la mer – Daisuke Igarashi

9782848655314,0-1432632

Pour notre sélection de Noël, nous n’avions pas encore de bandes dessinées ou de mangas. C’est désormais chose faite, avec Les enfants de la mer, une série qui m’a véritablement enthousiasmée et mis des étoiles plein les mirettes !

Ruka, collégienne, vit au bord de la mer. Lors des vacances d’été, elle fait la rencontre de deux garçons : Umi et Sora, qui ont été élevés par des dugongs, mammifères marins en voie de disparition. Ruka est fascinée. Au même moment, les scientifiques s’inquiètent : des milliers de poissons disparaissent partout dans le monde, dans la mer comme dans les aquariums. Quelle est la cause de ce phénomène ? Et pourquoi Umi et Sora intéressent-ils autant de monde ?

★★★★★

Si vous connaissez un(e) amateur(rice) de mangas ou, plus généralement, d’illustrations, n’hésitez pas à lui offrir cette série : elle est tout simplement magnifique. Le dessin de Daisuke Igarashi se démarque totalement du manga qu’on a l’habitude de lire et je suis parfois restée des heures en admiration devant une pleine page montrant une baleine ou le fond de l’océan. Son souci du détail, la beauté de son trait, tout cela rend l’histoire magique ! Car le point fort également de cette série, c’est son histoire, étrange et fascinante, qui s’intéresse au mystère des origines. Le récit s’attache principalement à suivre Ruka et les deux garçons, Umi et Sora, ainsi qu’aux événements qui se déroulent dans les océans du monde entier. Mais on retrouve également dix petites histoires sur la mer, des témoignages ou des légendes, réparties dans les cinq volumes. Tout cela contribue à une ambiance toute particulière, un peu fantastique, un peu légendaire, et surtout poétique, qui nous envoûte littéralement. Une série exceptionnelle !

Les enfants de la mer, Daisuke Igarashi (Sarbacane)
en librairie depuis 2012
Série terminée en 5 tomes – 15,50 €
à partir de 12 ans