Son
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Signé poète X – Elizabeth Acevedo

Xiomara, presque 16 ans, est une adolescente à qui on impose le silence. Ecrasée par une mère bigote qui veut faire d’elle une nonne, ignorée par un père constamment devant sa télé, reluquée et sifflée par tous les hommes à cause d’un corps devenu femme trop vite, son seul soutient réside en son jumeau, quoique pas toujours très aidant, et sa meilleure amie qui n’en peut plus de son intérêt pour les garçons… Jusqu’au jour où quelqu’un est prêt à entendre sa voix.

Vous en avez sans doute déjà beaucoup entendu parler, mais Signé Poète X le mérite assurément. Elizabeth Acevedo, americano-dominicaine et poétesse, a sans doute utilisé beaucoup de son propre parcours pour nous offrir celui de Xiomara, jeune fille qui doit jongler entre la religion et son premier amour. Comment réussir à être soi, à s’affirmer et à s’aimer quand, depuis toujours, le poids de la tradition, des stéréotypes, condamne toute forme d’émancipation ? Fille d’immigrés dominicains, fille d’un couple malheureux condamné au jugement des autres, fille « miracle », jumelle complètement différente de son frère avec qui elle ne parvient pas à communiquer, Xiomara ne peut quasiment compter sur personne pour s’en sortir. Alors elle le fait avec ses poings, n’hésitant pas à casser le pif de ceux qui se frottent trop près de son corps trop précoce, ou qui emmerdent son frère qui n’a pas sa carrure. Son seul refuge : un carnet dans lequel elle note ses poèmes, un jardin secret qu’elle n’est prête à ouvrir à personne, sauf peut-être à Aman…et puis à ce club de slam monté par la prof qui a remarqué son talent ?

Magnifique roman en vers, dans une traduction signée Clémentine Beauvais, Elizabeth Acevedo nous touche au cœur avec ce texte intense, et cette voix exceptionnelle qu’est celle de Xiomara, entre colère et pudeur. Un texte féministe sans aucun doute, mais qui évoque aussi la pression parentale, le poids de la religion, la puissance des mots et l’adolescence qui se cherche, qui veut croire en ses rêves. La puissance des mots de Xioamara, leur sensibilité et leur justesse, en font un roman rempli d’espoir et d’amour. Une très belle découverte, et une autrice à suivre et à entendre très bientôt en France (et profitez ainsi d’aller faire un petit coucou à notre coupine Lucille) ! 😉

Signé poète X, Elizabeth Acevedo, traduit par Clémentine Beauvais (Nathan)
disponible depuis le 29 août 2019
9782092587294 – 16,95€
à partir de 14 ans
Son
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En émois – Anne Cortey

En plein cœur de l’été, en Provence, Jeanne ne profite pas tellement de ses vacances. Sa meilleure amie est à l’autre bout de la France, elle doit s’occuper des animaux et aider ses parents dans leur boutique en pleine saison touristique. Son seul plaisir : se baigner dans le lac avec Gwen, resté dans le coin lui aussi. Mais alors que celui-ci tarde à la rejoindre au bord du lac, Jeanne entend la sonnerie d’un téléphone oublié. On y réclame Kévin mais Jeanne ne sait pas de qui il s’agit et la personne raccroche… Quel petit mystère à résoudre pour cet été aussi chaud que long…

Prolongeons un petit peu nos vacances d’été avec ce fort joli texte d’Anne Cortey, pour sa première excursion dans le roman adolescent. Dans un décor provençal absolument charmant, où l’on goûte toutes les sensations de la narratrice, nous transportant littéralement dans la chaleur de la colline et la rafraichissante fraîcheur du lac, Anne Cortey nous offre le récit d’une histoire d’amour qui naît, des premiers émois, comme l’évoque si bien le titre.

Contrairement à ce que laisse penser notre petit résumé du roman, la narration est double. On commence d’ailleurs avec celle du « garçon » avant de passer à Jeanne qui nous emmène dans son quotidien d’amatrice de grasses matinées. L’identité de ce garçon nous sera révélée un peu plus tard, alors que l’on suit à la fois son histoire en même temps que celle de Jeanne, où les rêves de joueur de volley se mêlent à des difficultés au collège ; et son passé à travers des flash-backs sur du papier rose, où l’on découvre les souffrances familiales. Bon, vous pensez bien que ce garçon est évidemment celui que Jeanne finira par rencontrer, mais nous ne vous dirons rien de plus de cette histoire et les circonstances de leur rencontre pour vous laisser apprécier la poésie des mots d’Anne Cortey et son écriture tout en sensations.

A noter la magnifique illustration de couverture de Cyril Pedrosa, ainsi que ses deux planches intérieures, tout aussi belles, qui nous plongent encore plus dans cette atmosphère enveloppante, chaude et intime de cet été du premier amour. Un très beau texte !

En émois, Anne Cortey (L’école des loisirs)
collection Medium
disponible depuis le 21 août 2019
9782211302289 – 13,50€
à partir de 12 ans
Son
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Des grands-mères en danger

Ils ne sont peut-être pas pour le même public, mais nos deux romans du jour abordent la relation d’enfants et adolescents avec leurs grands-mères, surtout quand celles-ci sont en danger… Frissons garantis !

Peur dans la neige

Fleur et son frère jumeau Julius vivent temporairement chez leur grand-mère. Une nuit, Fleur remarque de la lumière dans la forêt et, poussée par la curiosité, décide d’aller voir ce qui se trame. Qu’elle n’est pas sa surprise quand elle découvre un trésor ! Persuadée que cela pourra venir en aide à ses parents, elle s’empare du butin…provoquant une terrible réaction en chaîne…

★★★★☆

Sandrine Beau nous avait déjà bien fait flipper avec Toute seule dans la nuit ou encore Traquées ! Elle réussit encore une fois à nous embarquer avec efficacité et grelottements dans un polar bien ficelé, à destination des jeunes lecteurs. Un huis-clos aussi glaçant que la saison durant laquelle l’histoire se déroule, qui fait la part belle à des jeunes adolescents débrouillards et courageux et à une grand-mère peut-être en fauteuil roulant mais certainement pas « diminuée » ! Une mamie à la fois drôle et bravache qui fera tout aussi pour protéger ses petits-enfants. Décidément, Sandrine Beau est vraiment très forte quand il s’agit d’associer le suspense haletant du roman policier à la sensibilité des relations familiales. Idéal pour frissonner par temps de canicule ! On en redemande… 😀

Peur dans la neige, Sandrine Beau (Mijade)
collection Zone J
disponible depuis le 21 mars 2019
9782874231094 – 6€
à partir de 10 ans

 

La maison des oiseaux

Pour Zoé, harcelée par sa cousine, ses camarades et incomprise par ses parents, sa grand-mère est sa seule amie et elle se réfugie dès que possible chez elle, à la maison des Oiseaux. Mais mamie perd la tête, et les parents de Zoé décident de la placer dans une maison de retraite. Inimaginable pour Zoé comme pour sa grand-mère, qui souhaite mourir chez elle. Alors Zoé décide de fuguer, et d’emmener sa grand-mère avec elle pour retrouver un oncle qu’elle croyait disparu…

★★★★☆

Les secrets de famille sont au programme du nouveau roman d’Allan Stratton ! Mais c’est surtout la relation fusionnelle entre une adolescente et sa grand-mère atteinte de démence qui nous touche, et la difficulté pour Zoé de faire entendre sa voix tant elle est écrasée par une cousine horrible et des parents que la précarité obnubile au point de ne pas voir le mal-être de leur propre fille. La solitude de l’adolescence et la solitude de la vieillesse se mêlent alors, ne trouvant aucune échappatoire et aucun soutien familial, à moins de retrouver cet oncle dont personne ne parle jamais et qui, selon les paroles de la grand-mère de Zoé, se serait occupé d’elle, lui… Le roman devient passe alors par la case road-trip, et montre toute les difficultés rencontrées – et le courage ! – d’une jeune fille qui ferait tout pour donner à sa grand-mère la fin qu’elle mérite. Un roman bouleversant, aux thématiques fortes et rugueuses, comme sait si bien les faire Allan Stratton.

La maison des oiseaux, Allan Stratton, traduit par Sidonie Van den Dries (Milan)
disponible depuis le 29 mai 2019
9782745995872 – 15,90€
à partir de 13 ans
Son
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Duos improbables !

Force est de constater qu’on arrive à vous présenter des romans ou des albums avec des thématiques souvent proches. Cette fois, si les histoires de nos deux romans n’ont pas grand-chose en commun (quoique !), ils nous proposent en revanche tous deux des duos assez improbables… 😛

Nos mains en l’air

Dans la famille de Victor, on est braqueurs de père en fils. Sauf que Victor, c’est pas vraiment son truc. Il est plutôt gentil, et vient même en aide aux victimes de traumatismes. De son côté, Yaël est une toute jeune ado sourde, orpheline vivant chez une tante richissime et détestable. Lorsque Victor est envoyé cambrioler la maison de Yaël, la rencontre est totalement inattendue et va les mener à quitter leurs familles respectives…

★★★★☆

De cette rencontre aussi étonnante qu’improbable va débuter un road-trip d’Angers jusqu’à la Bulgarie où nos deux héros vont apprendre à se connaître et à se dépasser. Le talent de Coline Pierré réside dans la justesse de son ton, et dans la tendresse qu’elle met à chaque fois dans ses histoires et ses personnages. Il faut du temps à Victor pour apprivoiser la jeune Yaël, qui ne se laisse pas abattre par son handicap, mais l’inverse est également vrai, et la relation qui se noue entre les deux jeunes gens est lumineuse, spéciale, et donne toute sa saveur à ce roman aussi drôle que sensible. Une très belle réflexion sur la famille, le dépassement de soi, et une magnifique histoire d’amitié.

Nos mains en l’air, Coline Pierré (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 1er mai 2019
9782812618000 – 14,80€
à partir de 13 ans

 

Et la Lune, là-haut

Alistair est un génie des maths. Son rêve : aller sur la Lune. Mais Alistair n’a jamais mis les pieds hors de son appartement, où il vit seul avec sa mère. S’il est incollable sur les sciences (de l’astronomie au décryptage des émotions), il est en revanche complètement démuni lorsque sa mère décède, le laissant totalement seul. Il se décide alors à sortir et est tout de suite repéré par Yaro, un jeune sans-papiers qui flaire le bon pigeon…

★★★★☆

Nous passons un cran au-dessus dans l’improbable avec le duo Alistair-Yaro et leur histoire aussi rocambolesque que délirante ! Pourtant, et comme chez Coline Pierré, les choses sont loin d’être marrantes : la relation toxique entre Alistair et sa mère, le passé d’immigré de Yaro et toutes les embûches qu’ils vont rencontrer au cours de leur drôle de périple… Car malgré tout cela, et en dépit de la volonté de Yaro de juste crécher au sec quelques jours et se barrer ensuite, comme nous, il ne peut que s’attacher à ce drôle de zozo incapable de savoir ce que l’on fait lorsqu’une personne décède (la mettre dans le canapé n’est pas une bonne idée, par exemple). Muriel Zürcher réussit avec beaucoup d’humour et d’humanité à nous emporter dans ce compte à rebours décalé vers la réalisation des rêves d’Alistair et de Yaro.

Et la lune, là-haut, Muriel Zürcher (Thierry Magnier)
disponible depuis le 22 mai 2019
9791035202507 – 14,50€
à partir de 13 ans
Son
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On se met au vert !

Nos deux livres du jour n’ont pas que la verdure de la forêt et des arbres comme point commun. Ce sont également deux lectures idéales pour les plus jeunes, abondamment et joliment illustrées, et de très belles odes à la nature et à l’amitié…

Taupe & Mulot : les beaux jours

Taupe et Mulot sont deux amis qui passent leurs journées côté à côté, qu’il s’agisse d’aller peindre l’arrivée du printemps tout en haut de la colline, d’aller à la pêche pour s’assurer le dîner du soir ou de se soutenir pour aller déclarer sa flamme à une jolie taupe. Trois petites histoires attachantes et bucoliques dans lesquelles Henri Meunier décrit avec délicatesse et humour une amitié sincère, et nous fait partager des petits moments de vie empreints de philosophie. Un texte savoureux merveilleusement mis en images par Benjamin Chaud, qui apporte lui aussi son humour enlevé dans des illustrations vives et champêtres. Une première lecture délicieuse, qui sent bon la nature et qui nous donne envie de rester un peu plus longtemps avec Taupe et Mulot… Et ça tombe bien, un deuxième opus est prévu pour la fin de l’année ! Chouette !

Taupe & Mulot, t.1 Les beaux jours, Henri Meunier, illustré par Benjamin Chaud (hélium)
disponible depuis le 10 avril 2019
9782330120610 – 12,90€
à partir de 6 ans
Pombo Courage

Du côté de Pombo, les journées sont beaucoup plus calmes et c’est tant mieux ! Cet ours un peu paresseux n’aime rien tant que rester dans son fauteuil à bascule à siroter des boissons chaudes ou froides et rêver à quelques aventures lointaines. (Oui, il nous ressemble beaucoup, nous lecteurs !) Jusqu’au jour où Java vient l’embêter pour aller construire une cabane dans la forêt. Quelle idée ! Malgré sa mauvaise tête et son absence complète d’envie, Pombo accompagne Java mais l’escalade, c’est dangereux, et après une chute, Pombo décide de s’en retourner, fâché contre son ami. Alors qu’il se pelotonne sous sa couette, l’orage éclate. Pombo est bien au chaud dans son lit, mais Java est encore là-bas, dans la cabane… Quelle joie de retrouver l’écriture tendre et spirituelle d’Émile Cucherousset dans une nouvelle Petite Polynie, qui nous propose cette fois de trouver le courage qui existe en chacun de nous. Pombo Courage, c’est aussi l’histoire de deux caractères qui s’affrontent, entre l’ours en charentaise qui ne désire que son confort et celui, intrépide, qui désire l’aventure. Un texte autour de l’effort à accepter l’autre, accompagné des charmantes illustrations de Clémence Podocci, très expressives et aux tons délicieusement désuets. Des images minutieuses qu’on ne se lasse pas d’explorer et on ne peut que vous inviter à découvrir les carnets de l’illustratrice sur le blog de la collection pour s’émerveiller encore plus !

Pombo Courage, Émile Cucherousset, illustré par Clémence Paldacci (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 31 mars 2019
9782352894193 – 9€
à partir de 7 ans
Son
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Long way down – Jason Reynolds

Lorsqu’un type se fait flinguer dans le quartier de Will, il y a trois lois à respecter :
1 – Ne pas pleurer.
2 – Ne pas balancer.
3 – Se venger.
Quand c’est son frère qui se fait descendre, Will sait exactement ce qu’il doit faire.

★★★★☆

Se venger. Ouaip, tu as bien lu. Dans le quartier de Will, c’est œil pour œil. Un mec qui se fait buter = un autre mec qui se fait buter = encore un autre qui se fait buter… tu vois le topo. Ce jour-là, c’est Shawn qui se fait abattre au beau milieu de la rue. Il était parti faire une course pour sa mère et BAM ! Mort. Évidemment, personne n’a rien vu. Encore moins quand c’est la flicaille qui pose la question. Pourtant, Will sait qui a tué son frère. Il n’a même pas besoin d’y réfléchir. Juste le temps de prendre un gun et le voilà en route pour sa vengeance. Dans l’ascenseur qui l’emmène au rez-de-chaussée de son immeuble, pendant les soixante secondes de la descente, Will n’a plus que cette idée en tête. Mais comme un coup du sort, la machine s’arrête à chaque étage. Et à chaque étage, quelqu’un monte. Des souvenirs, des fantômes du passé, tous assassinés, tous victimes de ces trois lois.

Une histoire terrible mise en vers par Jason Reynolds, un auteur et poète américain très prolifique que nous découvrons seulement chez nous avec cet excellent roman. On ne peut que saluer le choix d’Insa Sané (slameur et auteur que vous connaissez forcément pour sa Comédie Urbaine chez Sarbacane) pour la traduction, qui retranscrit toute la musicalité et la singularité de la poésie de Jason Reynolds. Un roman d’une grande puissance émotionnelle grâce à ce huis-clos oppressant qui laisse Will aux prises avec les fantômes de son passé, avec ses doutes, son désir de vengeance. Un huis-clos également glaçant, par les témoignages de tous ces proches assassinés, et qui nous laissera juge de l’issue de cette spirale de violence et de vengeance. Un roman social que Jason Reynolds dédie à tous les jeunes gens incarcérés aux États-Unis, qui n’ont pas su briser le cercle vicieux de leur violence quotidienne. Puissant !

Long way down, Jason Reynolds, traduit de l’anglais par Insa Sané (Milan)
disponible depuis le 3 avril 2019
9782408004736 – 15,90€
à partir de 14 ans
Son
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Partis sans laisser d’adresse – Susin Nielsen

On vous le dit et redit tous les deux ans : IL FAUT LIRE SUSIN NIELSEN. ❤ Comment faites-vous pour (sur)vivre sans ses livres dans vos vies, hein ? Alors que nous, on se languit de ses personnages, de son univers canadien, de son ton pince-sans-rire et de ses histoires truculentes… chaque nouvelle lecture d’un roman de Susin est une petite bulle en dehors du temps, un moment unique !
Chronique garantie sans objectivité aucune !!!

Félix Knutsson, bientôt 13 ans, se retrouve au commissariat. Pour expliquer ce qu’il y fait en ce 27 novembre, veille d’un événement capital, le garçon revient au moment où sa mère, Astrid, a perdu travail, petit copain et appartement, et où ils se sont retrouvés tous les deux à vivre dans un vieux Combi Volkswagen « emprunté ». La situation était pourtant censée être temporaire…

★★★★★

Après l’amour que je portais déjà très très fort à Ambrose et à Henry, je ne pensais pas trouver un personnage aussi fort, et pourtant ! Félix est un garçon profondément attachant, avec ses petites bizarreries qui font toujours le sel des ados et préados imaginés par Susin Nielsen, et qui rappelle un petit peu les fameux Ambrose et Henry. (D’ailleurs, je suis plus que ravie et profondément émue de retrouver Henry dans ce nouveau roman). ❤ Avec Partis sans laisser d’adresse, Susin Nielsen évoque la question de la précarité et, toujours, la relation familiale, ici celle d’une mère célibataire et de son fils. Astrid est une femme orgueilleuse qui n’est pas capable de garder un travail et d’accepter de se faire aider quand elle en a besoin. Par peur d’être séparée de son fils, elle demande à Félix de ne rien dire à son nouveau collège, l’idée étant de retrouver vite un travail et un logement décent. Mais tout ne se passe pas toujours aussi facilement et les semaines, les mois, passent et vivre dans un mini-van n’est plus si cool… Mais Félix a peut-être la solution : il a été sélectionné pour participer à l’émission junior de Qui, Que, Quoi, Quand ?, un jeu télévisé dans lequel il peut remporter jusqu’à 25 000$ !

On le dit tout le temps aussi, mais le talent de Susin Nielsen, c’est véritablement de savoir doser à la perfection la mesure d’humour qu’il faut à une histoire somme toute pas si marrante. On rit. On éclate de rire, même. (Mais bon, je suis bon public quand il s’agit de prouts). Et puis on chiale à moitié, aussi. De tristesse ou de compassion. Mais de bonheur aussi. Parce que c’est ça aussi, les romans de Susin Nielsen. Une émotion pas possible, qui te fait passer du rire aux larmes en quelques phrases bien troussées. Une incarnation sensible et sincère des personnages – même chez Astrid, qu’on pourrait détester à plus d’un titre et qui déborde pourtant d’amour – et une histoire qui sait mêler l’extraordinaire à la dure réalité sans nier les difficultés, la gêne ou la souffrance, tout en choisissant de nous rappeler la force de l’amitié et de l’entraide. Un roman d’une formidable richesse, qui nous laisse le cœur gonflé de joie : d’avoir rencontré Félix, d’avoir passé un moment de plus dans l’imagination de Susin Nielsen, et de savoir qu’il y a toujours de l’espoir. ❤

Partis sans laisser d’adresse, Susin Nielsen, traduit par Valérie Le Plouhinec (hélium)
disponible depuis le 3 avril 2019
9782330120566 – 14,90€
à partir de 12 ans
Son
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♫ Tout au bout de mes rêves… ♫

Les deux romans que Bob vous présente aujourd’hui n’ont absolument rien à voir et pourtant… Deux romans portés par des narrateurs garçons, deux romans où les rêves (et les cauchemars !) sont le moteur de leurs histoires, deux romans aux ambiances à la limite de l’étrange… Allez au bout de vos rêves avec Jean-Jacques Goldman et Bob & Jean-Michel, c’est cadeau ! ♫

Même pas en rêve

Timéo entre en seconde et à l’internat en même temps. Surpris une nuit à rêver un peu trop intensément de la jolie Aliénor, il devient le souffre-douleur de ses compagnons de chambrée. Heureusement, il peut compter sur Louis, ténébreux et mystérieux, sur qui toutes les émotions semblent couler alors que Tim est complètement aux prises des siennes. Une amitié forte et étonnante, bientôt renforcée par des événements qui vont interroger Tim sur son nouvel ami…

★★★★☆

Difficile de survivre dans le milieu hostile du lycée quand on est un garçon craintif de nature, et particulièrement pessimiste. Timéo est la tête de turc parfaite et les autres l’ont bien compris. Il va pourtant trouver une aide inattendue mais ô combien précieuse avec Louis, dont toutes les filles sont amoureuses et à qui personne ne cherche des noises. Un passé mystérieux, renforcé par une présence paternelle qui fait rêver – le père de Louis est un brillant chercheur à l’origine de la spectrine, une sorte de drogue capable de faire oublier tous les mauvais souvenirs – et une absence totale de peur, Louis est un véritable héros pour Tim qu’un rien angoisse. Et puis le harcèlement continue et les événements s’enchaînent… Un premier roman de Vivien Bessières très prometteur sur la force de l’amitié et le harcèlement, bien sûr, mais avec aussi une ambiance proche du thriller qui nous interroge sur les traumatismes et l’acceptation d’une réalité qu’on voudrait oublier ou supprimer de son esprit. Un roman juste, parfois cruel mais surtout sensible sur l’adolescence. A découvrir !

Même pas en rêve, Vivien Bessières (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 6 février 2019
9782812617546 – 12,80€
à partir de 14 ans

 

Tant que durent les rêves

Nathan a dix-huit ans et se prépare pour les championnats de France de natation. Il est pressenti pour intégrer l’équipe de France aux prochains JO et ne rêvent d’ailleurs que de ça… Mais depuis quelques temps, une petite voix instille le doute en lui et la peur de ne pas réussir. Cette voix, cette « Bête » comme il la surnomme, prend tellement de place qu’un jour, Nathan assiste impuissant à un phénomène plus qu’étrange…

★★★☆☆

Après avoir déjà fait du sport le thème (entre autres) de son précédent roman, Vivant (dont certains remarqueront peut-être les clins d’œil dans ce nouveau texte), Roland Fuentès continue à explorer la relation de ses personnages à une discipline sportive, à la façon dont elle les forge, aussi bien dans les qualités positives que dans les doutes, les moments de faiblesse ou de découragement. Ici, ce doute prend une forme totalement inattendue pour chavirer dans une ambiance très proche des nouvelles fantastiques du 19e siècle, où le héros assiste avec stupéfaction à un basculement de la plus grande étrangeté. Une expérience étonnante que Nathan va partager avec d’autres personnages du roman, qui vont tous être confrontés à la possible destruction de leur rêve… Petite mention pour Alicia, autrice en herbe, qui permet à Roland Fuentès de faire un parallèle intéressant entre l’écriture et le sport, où le degré de travail, de pratique et de persévérance ne sont peut-être pas si différents ? Un roman dans lequel on se laisse flotter et emporter doucement par le courant, dont les personnages nous invitent à croire en nos rêves et à nous dépasser pour les réaliser.

Tant que durent les rêves, Roland Fuentès (Syros)
disponible depuis le 7 février 2019
9782748526189 – 16,95€
à partir de 12 ans
Son
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De la sagesse des animaux…

On entend ou lit parfois que nous avons beaucoup à apprendre des animaux. Les livres pour la jeunesse ne nous contrediront sûrement pas, n’est-il pas ? Eh bien dans ces deux petits romans, à destination des plus jeunes, vous verrez que les animaux ne manquent pas de sagesse ! 😛

Hamaika et le poisson

Contrairement à ses congénères, Hamaika est une petite poule très curieuse qui s’éloigne chaque jour un peu plus de son rassurant poulailler. Et la voilà au bord de la mer, à se promener le long de la plage, manquant presque d’écraser un poisson coincé dans un trou d’eau. Pour Hamaika, c’est le début de quelque chose de tout nouveau…

★★★★★

Superbe découverte que ce texte plein d’intelligence de Pierre Zapolarrua ! Ou comment une petite poule tête en l’air mais avide de connaissances, de découverte du monde et des autres se lie d’amitié avec un poisson tout aussi exceptionnel qu’elle. Récit d’une amitié naissante, bien sûr, d’un apprentissage de l’autre dans ses particularités, il est aussi question du dépassement de soi et de tolérance. S’il n’est pas toujours simple de constater que les autres ne sont pas aussi ouverts d’esprit que soi-même, notamment lorsque les deux amis voudront se présenter à leurs familles respectives, Hamaika ne baisse pas les bras et, malgré les doutes, continue à se battre pour un monde plus grand, meilleur… Une écriture vive, rythmée, non dénuée d’humour et de malice : des adjectifs que l’on peut accorder également aux illustrations d’Anastasia Parrotto dont j’ai adoré le style ! ❤ Une magnifique Petite Polynie qui donne de l’espoir et des couleurs à ce début d’année !

Hamaika et le poisson, Pierre Zapolarrua, illustré par Anastasia Parrotto (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 17 janvier 2019
9782352894131 – 9,50€
à partir de 7 ans

 

Par la forêt / Par le lac

C’est la fin de l’hiver, bientôt arrivera le printemps. Et pour rien au monde ce petit Indien ne manquerait ce spectacle du changement de saison ! Pour observer ce phénomène, il doit se rendre à la Colline aux Lézards…mais quel chemin prendre ? Par le lac ou par la forêt ?

★★★★★

Nouvel opus de la collection Boomerang, dont le principe est de proposer une histoire recto-verso, avec souvent le même récit raconté par deux voix différentes, Alex Cousseau nous propose ici un jeu différent : la même histoire, la même fin, mais un chemin différent pour y accéder. Notre jeune chasseur, à travers les rencontres animales qu’il fera dans ses deux périples, ne sera pas au bout de ses surprises… Les amoureux d’Alex Cousseau retrouveront avec plaisir son univers plein de poésie, inspiré de contes ou légendes (ici amérindiennes) et où la nature tient une place essentielle. Une nature aussi splendide et magique que terrible et où il est souvent question de survie. Les autres se laisseront emporter par son univers et son écriture aussi poétiques que sensibles. Et vous, quel chemin choisirez-vous ?

Par la forêt / Par le lac, Alex Cousseau, illustré par Marta Orzel (Le Rouergue)
collection Boomerang
disponible depuis le 9 janvier 2019
9782812617294 – 6,50€
à partir de 8 ans
Son
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Un si petit oiseau – Marie Pavlenko

En vacances, Abi est victime d’un terrible accident de la route qui lui laisse un bras en charpie. Amputée, la jeune fille doit composer avec ce handicap et laisse son ancienne vie, insupportable, derrière elle pour se murer dans son chagrin et la détestation de son nouvel état…

★★★★☆

Il y a deux ans, Marie Pavlenko nous faisait nous gondoler avec Déborah et sa loose légendaire. Cette année, autant vous dire qu’on se marre moyen moyen avec ce nouveau roman qui commence durement, et sanglantement. Imagine, t’as 20 ans et toutes tes dents, tu rêves de devenir véto… Bon, t’as quand même été larguée par ton copain deux semaines plus tôt, ça va peut-être pas fort. Et là, bim, tu te retrouves avec le bras amputé jusqu’à l’épaule. Tu passes des mois à l’hosto, tes parents en profitent pour déménager et quand tu reviens, tu peux gentiment te terrer dans ta chambre, te gaver d’antidouleurs et attendre que le temps passe à te morfondre sur ton état et sans voir personne. Car tu es devenue moche, inutile, un vrai poids pour ta famille. D’ailleurs ta sœur en a marre et te le fait sentir, ton père fait le mariole pour essayer de te faire rire, ta mère plaque tout pour s’occuper exclusivement de toi, et ta tante folle-dingue essaye tant bien que mal de te remonter le moral. Ouais, bon, dis comme ça, ça a l’air horrible comme vie. Et sans doute que ça l’est ! Essayez donc de faire des choses avec un seul bras quand vous en avez toujours eu deux ! Et puis, petit à petit, Abi sort de sa coquille… Ça commence par une petite sortie chez le coiffeur, et puis au parc…et puis avec quelqu’un, quelqu’un d’autre qu’un membre de sa famille… Ce quelqu’un, c’est Aurèle, un passionné de zoziaux qui parviendra peut-être à inciter Abi à déployer ces ailes… (C’est beau, hein ?)

Encore une fois, Marie Pavlenko parvient à trouver le ton juste, sait instiller la touche d’humour, de légèreté ou de totale déconnade quand il le faut, sans jamais minimiser les émotions et les sentiments de son personnage, son rapport à ce nouveau corps, sa gravité, ses doutes et ses peines. On sent un véritable amour pour Abi et sa famille – la relation mère/fille est d’ailleurs touchante, et est un peu dans la continuité de celle de Je suis ton soleil. Et suivre Abi dans ce chemin vers l’acceptation de son nouveau soi, de sa perte, dans sa (re)découverte des autres, est une expérience absolument bouleversante. Un si petit oiseau est une petite pépite de douceur et d’émotion à découvrir comme à l’éclosion d’un petit volatile qui sort de son œuf. Prenez-en soin et il vous le rendra bien. 🙂

Un si petit oiseau, Marie Pavlenko (Flammarion)
disponible depuis le 2 janvier 2019
9782081443846 – 17,50€
à partir de 13 ans