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On se met au vert !

Nos deux livres du jour n’ont pas que la verdure de la forêt et des arbres comme point commun. Ce sont également deux lectures idéales pour les plus jeunes, abondamment et joliment illustrées, et de très belles odes à la nature et à l’amitié…

Taupe & Mulot : les beaux jours

Taupe et Mulot sont deux amis qui passent leurs journées côté à côté, qu’il s’agisse d’aller peindre l’arrivée du printemps tout en haut de la colline, d’aller à la pêche pour s’assurer le dîner du soir ou de se soutenir pour aller déclarer sa flamme à une jolie taupe. Trois petites histoires attachantes et bucoliques dans lesquelles Henri Meunier décrit avec délicatesse et humour une amitié sincère, et nous fait partager des petits moments de vie empreints de philosophie. Un texte savoureux merveilleusement mis en images par Benjamin Chaud, qui apporte lui aussi son humour enlevé dans des illustrations vives et champêtres. Une première lecture délicieuse, qui sent bon la nature et qui nous donne envie de rester un peu plus longtemps avec Taupe et Mulot… Et ça tombe bien, un deuxième opus est prévu pour la fin de l’année ! Chouette !

Taupe & Mulot, t.1 Les beaux jours, Henri Meunier, illustré par Benjamin Chaud (hélium)
disponible depuis le 10 avril 2019
9782330120610 – 12,90€
à partir de 6 ans
Pombo Courage

Du côté de Pombo, les journées sont beaucoup plus calmes et c’est tant mieux ! Cet ours un peu paresseux n’aime rien tant que rester dans son fauteuil à bascule à siroter des boissons chaudes ou froides et rêver à quelques aventures lointaines. (Oui, il nous ressemble beaucoup, nous lecteurs !) Jusqu’au jour où Java vient l’embêter pour aller construire une cabane dans la forêt. Quelle idée ! Malgré sa mauvaise tête et son absence complète d’envie, Pombo accompagne Java mais l’escalade, c’est dangereux, et après une chute, Pombo décide de s’en retourner, fâché contre son ami. Alors qu’il se pelotonne sous sa couette, l’orage éclate. Pombo est bien au chaud dans son lit, mais Java est encore là-bas, dans la cabane… Quelle joie de retrouver l’écriture tendre et spirituelle d’Émile Cucherousset dans une nouvelle Petite Polynie, qui nous propose cette fois de trouver le courage qui existe en chacun de nous. Pombo Courage, c’est aussi l’histoire de deux caractères qui s’affrontent, entre l’ours en charentaise qui ne désire que son confort et celui, intrépide, qui désire l’aventure. Un texte autour de l’effort à accepter l’autre, accompagné des charmantes illustrations de Clémence Podocci, très expressives et aux tons délicieusement désuets. Des images minutieuses qu’on ne se lasse pas d’explorer et on ne peut que vous inviter à découvrir les carnets de l’illustratrice sur le blog de la collection pour s’émerveiller encore plus !

Pombo Courage, Émile Cucherousset, illustré par Clémence Paldacci (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 31 mars 2019
9782352894193 – 9€
à partir de 7 ans
Son
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Long way down – Jason Reynolds

Lorsqu’un type se fait flinguer dans le quartier de Will, il y a trois lois à respecter :
1 – Ne pas pleurer.
2 – Ne pas balancer.
3 – Se venger.
Quand c’est son frère qui se fait descendre, Will sait exactement ce qu’il doit faire.

★★★★☆

Se venger. Ouaip, tu as bien lu. Dans le quartier de Will, c’est œil pour œil. Un mec qui se fait buter = un autre mec qui se fait buter = encore un autre qui se fait buter… tu vois le topo. Ce jour-là, c’est Shawn qui se fait abattre au beau milieu de la rue. Il était parti faire une course pour sa mère et BAM ! Mort. Évidemment, personne n’a rien vu. Encore moins quand c’est la flicaille qui pose la question. Pourtant, Will sait qui a tué son frère. Il n’a même pas besoin d’y réfléchir. Juste le temps de prendre un gun et le voilà en route pour sa vengeance. Dans l’ascenseur qui l’emmène au rez-de-chaussée de son immeuble, pendant les soixante secondes de la descente, Will n’a plus que cette idée en tête. Mais comme un coup du sort, la machine s’arrête à chaque étage. Et à chaque étage, quelqu’un monte. Des souvenirs, des fantômes du passé, tous assassinés, tous victimes de ces trois lois.

Une histoire terrible mise en vers par Jason Reynolds, un auteur et poète américain très prolifique que nous découvrons seulement chez nous avec cet excellent roman. On ne peut que saluer le choix d’Insa Sané (slameur et auteur que vous connaissez forcément pour sa Comédie Urbaine chez Sarbacane) pour la traduction, qui retranscrit toute la musicalité et la singularité de la poésie de Jason Reynolds. Un roman d’une grande puissance émotionnelle grâce à ce huis-clos oppressant qui laisse Will aux prises avec les fantômes de son passé, avec ses doutes, son désir de vengeance. Un huis-clos également glaçant, par les témoignages de tous ces proches assassinés, et qui nous laissera juge de l’issue de cette spirale de violence et de vengeance. Un roman social que Jason Reynolds dédie à tous les jeunes gens incarcérés aux États-Unis, qui n’ont pas su briser le cercle vicieux de leur violence quotidienne. Puissant !

Long way down, Jason Reynolds, traduit de l’anglais par Insa Sané (Milan)
disponible depuis le 3 avril 2019
9782408004736 – 15,90€
à partir de 14 ans
Son
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Partis sans laisser d’adresse – Susin Nielsen

On vous le dit et redit tous les deux ans : IL FAUT LIRE SUSIN NIELSEN. ❤ Comment faites-vous pour (sur)vivre sans ses livres dans vos vies, hein ? Alors que nous, on se languit de ses personnages, de son univers canadien, de son ton pince-sans-rire et de ses histoires truculentes… chaque nouvelle lecture d’un roman de Susin est une petite bulle en dehors du temps, un moment unique !
Chronique garantie sans objectivité aucune !!!

Félix Knutsson, bientôt 13 ans, se retrouve au commissariat. Pour expliquer ce qu’il y fait en ce 27 novembre, veille d’un événement capital, le garçon revient au moment où sa mère, Astrid, a perdu travail, petit copain et appartement, et où ils se sont retrouvés tous les deux à vivre dans un vieux Combi Volkswagen « emprunté ». La situation était pourtant censée être temporaire…

★★★★★

Après l’amour que je portais déjà très très fort à Ambrose et à Henry, je ne pensais pas trouver un personnage aussi fort, et pourtant ! Félix est un garçon profondément attachant, avec ses petites bizarreries qui font toujours le sel des ados et préados imaginés par Susin Nielsen, et qui rappelle un petit peu les fameux Ambrose et Henry. (D’ailleurs, je suis plus que ravie et profondément émue de retrouver Henry dans ce nouveau roman). ❤ Avec Partis sans laisser d’adresse, Susin Nielsen évoque la question de la précarité et, toujours, la relation familiale, ici celle d’une mère célibataire et de son fils. Astrid est une femme orgueilleuse qui n’est pas capable de garder un travail et d’accepter de se faire aider quand elle en a besoin. Par peur d’être séparée de son fils, elle demande à Félix de ne rien dire à son nouveau collège, l’idée étant de retrouver vite un travail et un logement décent. Mais tout ne se passe pas toujours aussi facilement et les semaines, les mois, passent et vivre dans un mini-van n’est plus si cool… Mais Félix a peut-être la solution : il a été sélectionné pour participer à l’émission junior de Qui, Que, Quoi, Quand ?, un jeu télévisé dans lequel il peut remporter jusqu’à 25 000$ !

On le dit tout le temps aussi, mais le talent de Susin Nielsen, c’est véritablement de savoir doser à la perfection la mesure d’humour qu’il faut à une histoire somme toute pas si marrante. On rit. On éclate de rire, même. (Mais bon, je suis bon public quand il s’agit de prouts). Et puis on chiale à moitié, aussi. De tristesse ou de compassion. Mais de bonheur aussi. Parce que c’est ça aussi, les romans de Susin Nielsen. Une émotion pas possible, qui te fait passer du rire aux larmes en quelques phrases bien troussées. Une incarnation sensible et sincère des personnages – même chez Astrid, qu’on pourrait détester à plus d’un titre et qui déborde pourtant d’amour – et une histoire qui sait mêler l’extraordinaire à la dure réalité sans nier les difficultés, la gêne ou la souffrance, tout en choisissant de nous rappeler la force de l’amitié et de l’entraide. Un roman d’une formidable richesse, qui nous laisse le cœur gonflé de joie : d’avoir rencontré Félix, d’avoir passé un moment de plus dans l’imagination de Susin Nielsen, et de savoir qu’il y a toujours de l’espoir. ❤

Partis sans laisser d’adresse, Susin Nielsen, traduit par Valérie Le Plouhinec (hélium)
disponible depuis le 3 avril 2019
9782330120566 – 14,90€
à partir de 12 ans
Son
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♫ Tout au bout de mes rêves… ♫

Les deux romans que Bob vous présente aujourd’hui n’ont absolument rien à voir et pourtant… Deux romans portés par des narrateurs garçons, deux romans où les rêves (et les cauchemars !) sont le moteur de leurs histoires, deux romans aux ambiances à la limite de l’étrange… Allez au bout de vos rêves avec Jean-Jacques Goldman et Bob & Jean-Michel, c’est cadeau ! ♫

Même pas en rêve

Timéo entre en seconde et à l’internat en même temps. Surpris une nuit à rêver un peu trop intensément de la jolie Aliénor, il devient le souffre-douleur de ses compagnons de chambrée. Heureusement, il peut compter sur Louis, ténébreux et mystérieux, sur qui toutes les émotions semblent couler alors que Tim est complètement aux prises des siennes. Une amitié forte et étonnante, bientôt renforcée par des événements qui vont interroger Tim sur son nouvel ami…

★★★★☆

Difficile de survivre dans le milieu hostile du lycée quand on est un garçon craintif de nature, et particulièrement pessimiste. Timéo est la tête de turc parfaite et les autres l’ont bien compris. Il va pourtant trouver une aide inattendue mais ô combien précieuse avec Louis, dont toutes les filles sont amoureuses et à qui personne ne cherche des noises. Un passé mystérieux, renforcé par une présence paternelle qui fait rêver – le père de Louis est un brillant chercheur à l’origine de la spectrine, une sorte de drogue capable de faire oublier tous les mauvais souvenirs – et une absence totale de peur, Louis est un véritable héros pour Tim qu’un rien angoisse. Et puis le harcèlement continue et les événements s’enchaînent… Un premier roman de Vivien Bessières très prometteur sur la force de l’amitié et le harcèlement, bien sûr, mais avec aussi une ambiance proche du thriller qui nous interroge sur les traumatismes et l’acceptation d’une réalité qu’on voudrait oublier ou supprimer de son esprit. Un roman juste, parfois cruel mais surtout sensible sur l’adolescence. A découvrir !

Même pas en rêve, Vivien Bessières (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 6 février 2019
9782812617546 – 12,80€
à partir de 14 ans

 

Tant que durent les rêves

Nathan a dix-huit ans et se prépare pour les championnats de France de natation. Il est pressenti pour intégrer l’équipe de France aux prochains JO et ne rêvent d’ailleurs que de ça… Mais depuis quelques temps, une petite voix instille le doute en lui et la peur de ne pas réussir. Cette voix, cette « Bête » comme il la surnomme, prend tellement de place qu’un jour, Nathan assiste impuissant à un phénomène plus qu’étrange…

★★★☆☆

Après avoir déjà fait du sport le thème (entre autres) de son précédent roman, Vivant (dont certains remarqueront peut-être les clins d’œil dans ce nouveau texte), Roland Fuentès continue à explorer la relation de ses personnages à une discipline sportive, à la façon dont elle les forge, aussi bien dans les qualités positives que dans les doutes, les moments de faiblesse ou de découragement. Ici, ce doute prend une forme totalement inattendue pour chavirer dans une ambiance très proche des nouvelles fantastiques du 19e siècle, où le héros assiste avec stupéfaction à un basculement de la plus grande étrangeté. Une expérience étonnante que Nathan va partager avec d’autres personnages du roman, qui vont tous être confrontés à la possible destruction de leur rêve… Petite mention pour Alicia, autrice en herbe, qui permet à Roland Fuentès de faire un parallèle intéressant entre l’écriture et le sport, où le degré de travail, de pratique et de persévérance ne sont peut-être pas si différents ? Un roman dans lequel on se laisse flotter et emporter doucement par le courant, dont les personnages nous invitent à croire en nos rêves et à nous dépasser pour les réaliser.

Tant que durent les rêves, Roland Fuentès (Syros)
disponible depuis le 7 février 2019
9782748526189 – 16,95€
à partir de 12 ans
Son
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De la sagesse des animaux…

On entend ou lit parfois que nous avons beaucoup à apprendre des animaux. Les livres pour la jeunesse ne nous contrediront sûrement pas, n’est-il pas ? Eh bien dans ces deux petits romans, à destination des plus jeunes, vous verrez que les animaux ne manquent pas de sagesse ! 😛

Hamaika et le poisson

Contrairement à ses congénères, Hamaika est une petite poule très curieuse qui s’éloigne chaque jour un peu plus de son rassurant poulailler. Et la voilà au bord de la mer, à se promener le long de la plage, manquant presque d’écraser un poisson coincé dans un trou d’eau. Pour Hamaika, c’est le début de quelque chose de tout nouveau…

★★★★★

Superbe découverte que ce texte plein d’intelligence de Pierre Zapolarrua ! Ou comment une petite poule tête en l’air mais avide de connaissances, de découverte du monde et des autres se lie d’amitié avec un poisson tout aussi exceptionnel qu’elle. Récit d’une amitié naissante, bien sûr, d’un apprentissage de l’autre dans ses particularités, il est aussi question du dépassement de soi et de tolérance. S’il n’est pas toujours simple de constater que les autres ne sont pas aussi ouverts d’esprit que soi-même, notamment lorsque les deux amis voudront se présenter à leurs familles respectives, Hamaika ne baisse pas les bras et, malgré les doutes, continue à se battre pour un monde plus grand, meilleur… Une écriture vive, rythmée, non dénuée d’humour et de malice : des adjectifs que l’on peut accorder également aux illustrations d’Anastasia Parrotto dont j’ai adoré le style ! ❤ Une magnifique Petite Polynie qui donne de l’espoir et des couleurs à ce début d’année !

Hamaika et le poisson, Pierre Zapolarrua, illustré par Anastasia Parrotto (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 17 janvier 2019
9782352894131 – 9,50€
à partir de 7 ans

 

Par la forêt / Par le lac

C’est la fin de l’hiver, bientôt arrivera le printemps. Et pour rien au monde ce petit Indien ne manquerait ce spectacle du changement de saison ! Pour observer ce phénomène, il doit se rendre à la Colline aux Lézards…mais quel chemin prendre ? Par le lac ou par la forêt ?

★★★★★

Nouvel opus de la collection Boomerang, dont le principe est de proposer une histoire recto-verso, avec souvent le même récit raconté par deux voix différentes, Alex Cousseau nous propose ici un jeu différent : la même histoire, la même fin, mais un chemin différent pour y accéder. Notre jeune chasseur, à travers les rencontres animales qu’il fera dans ses deux périples, ne sera pas au bout de ses surprises… Les amoureux d’Alex Cousseau retrouveront avec plaisir son univers plein de poésie, inspiré de contes ou légendes (ici amérindiennes) et où la nature tient une place essentielle. Une nature aussi splendide et magique que terrible et où il est souvent question de survie. Les autres se laisseront emporter par son univers et son écriture aussi poétiques que sensibles. Et vous, quel chemin choisirez-vous ?

Par la forêt / Par le lac, Alex Cousseau, illustré par Marta Orzel (Le Rouergue)
collection Boomerang
disponible depuis le 9 janvier 2019
9782812617294 – 6,50€
à partir de 8 ans
Son
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Un si petit oiseau – Marie Pavlenko

En vacances, Abi est victime d’un terrible accident de la route qui lui laisse un bras en charpie. Amputée, la jeune fille doit composer avec ce handicap et laisse son ancienne vie, insupportable, derrière elle pour se murer dans son chagrin et la détestation de son nouvel état…

★★★★☆

Il y a deux ans, Marie Pavlenko nous faisait nous gondoler avec Déborah et sa loose légendaire. Cette année, autant vous dire qu’on se marre moyen moyen avec ce nouveau roman qui commence durement, et sanglantement. Imagine, t’as 20 ans et toutes tes dents, tu rêves de devenir véto… Bon, t’as quand même été larguée par ton copain deux semaines plus tôt, ça va peut-être pas fort. Et là, bim, tu te retrouves avec le bras amputé jusqu’à l’épaule. Tu passes des mois à l’hosto, tes parents en profitent pour déménager et quand tu reviens, tu peux gentiment te terrer dans ta chambre, te gaver d’antidouleurs et attendre que le temps passe à te morfondre sur ton état et sans voir personne. Car tu es devenue moche, inutile, un vrai poids pour ta famille. D’ailleurs ta sœur en a marre et te le fait sentir, ton père fait le mariole pour essayer de te faire rire, ta mère plaque tout pour s’occuper exclusivement de toi, et ta tante folle-dingue essaye tant bien que mal de te remonter le moral. Ouais, bon, dis comme ça, ça a l’air horrible comme vie. Et sans doute que ça l’est ! Essayez donc de faire des choses avec un seul bras quand vous en avez toujours eu deux ! Et puis, petit à petit, Abi sort de sa coquille… Ça commence par une petite sortie chez le coiffeur, et puis au parc…et puis avec quelqu’un, quelqu’un d’autre qu’un membre de sa famille… Ce quelqu’un, c’est Aurèle, un passionné de zoziaux qui parviendra peut-être à inciter Abi à déployer ces ailes… (C’est beau, hein ?)

Encore une fois, Marie Pavlenko parvient à trouver le ton juste, sait instiller la touche d’humour, de légèreté ou de totale déconnade quand il le faut, sans jamais minimiser les émotions et les sentiments de son personnage, son rapport à ce nouveau corps, sa gravité, ses doutes et ses peines. On sent un véritable amour pour Abi et sa famille – la relation mère/fille est d’ailleurs touchante, et est un peu dans la continuité de celle de Je suis ton soleil. Et suivre Abi dans ce chemin vers l’acceptation de son nouveau soi, de sa perte, dans sa (re)découverte des autres, est une expérience absolument bouleversante. Un si petit oiseau est une petite pépite de douceur et d’émotion à découvrir comme à l’éclosion d’un petit volatile qui sort de son œuf. Prenez-en soin et il vous le rendra bien. 🙂

Un si petit oiseau, Marie Pavlenko (Flammarion)
disponible depuis le 2 janvier 2019
9782081443846 – 17,50€
à partir de 13 ans
Son
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La proie – Philippe Arnaud

Au Cameroun, Anthéa partage son quotidien entre les mardis où elle aide sa mère au marché et les autres jours de la semaine qu’elle passe à l’école et où l’apprentissage n’est pas si simple. Heureusement, elle retrouve après la classe tous les petits pour leur raconter des histoires, un talent qu’elle maîtrise parfaitement ! Jusqu’au jour où une belle femme blanche lui propose de les accompagner en France, où elle pourra recevoir une meilleure éducation…

★★★★☆

Mais vous pensez bien qu’avec un titre pareil, Anthéa ne va pas juste aller à l’école et soudainement devenir brillante grâce à notre merveilleux système scolaire ? Si ? Alors vous êtes bien optimiste… Anthéa est une jeune fille à la vie simple, un peu effacée derrière l’exubérance de sa cousine qui prend toute la place, et qui se trouve face à un blocage quand il s’agit d’apprendre mais qui se révèle complètement lorsqu’elle s’improvise conteuse auprès des plus jeunes. Elle ne rêvait pas particulièrement de la France ou de n’importe quel autre pays, jusqu’à ce que ces Blancs riches proposent à sa famille de s’occuper de son éducation en Europe. Elle part, le cœur meurtri de quitter son pays natal, ses amis, ce garçon qui commençait à l’intéresser… Et se retrouve dans la banlieue parisienne, où la richesse de la famille en Afrique ne signifie plus rien dans cette France où le père se retrouve au chômage et la mère reprend son travail à la mairie, subvenant seule aux besoins de la famille. Progressivement, le statut d’Anthéa passe de collégienne à domestique… Passeport confisqué, téléphone surveillé, impossibilité de sortir de l’appartement, c’est insidieusement que les rouages se mettent en place et que la vie d’Anthéa passe de la promesse d’une vie meilleure à celle d’un esclavage moderne terrifiant.

Philippe Arnaud nous conte l’histoire d’une lente descente aux enfers, où la luminosité de la vie au Cameron s’assombrit, se noircit à mesure que nous suivons Anthéa dans la découverte de sa nouvelle vie en France. Construit comme un thriller, avec Anthéa comme seul point de vue, c’est la tension qui nous prend aux tripes, c’est elle qui nous fait deviner, qui nous fait vainement espérer que non, ce n’est pas ce qui va se passer, que ça n’ira pas jusque-là… La réaction de la famille, l’attitude de chacun de ses membres est d’une violence terrible, qui ajoute complètement au sentiment d’angoisse, d’inéluctable, d’impuissance du lecteur… Un roman à la construction impeccable, subtil et glaçant sur la violence faite aux femmes, le néo-colonialisme et l’esclavage moderne, qui nous offre malgré tout le portrait d’une jeune fille forte et généreuse, que l’espoir et la résilience ne quitteront jamais.

La proie, Philippe Arnaud (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 janvier 2019
9782377311804 – 16€
à partir de 14 ans
Son
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Broadway Limited, t.2 Un shim sham avec Fred Astaire – Malika Ferdjoukh

C’est la fin du blog tour autour de Broadway Limited et, comme promis (mais avec un jour de retard), on vous donne notre avis sur ce tome 2 que l’on espérait depuis si longtemps ! 😀 En attendant les résultats du concours pour remporter les deux romans (il vous reste 2 petits jours, dépêchez-vous), n’hésitez pas non plus à (re)découvrir notre avis sur le premier tome ! A priori, notre chronique est sans spoilers et on vous propose de commencer la lecture avec le résumé du tome 2 par l’éditeur :

Janvier 1949. Six. Elles sont six à souffler sur leurs doigts quand le brouillard s’attarde sur New York. Avant de se réchauffer dans la cuisine de l’honorable pension Giboulée, où elles partagent aussi leurs rêves fous, leurs escarpins trop pointus et quelques pancakes joufflus. Un jour, elles seront comédiennes ou danseuses, et Broadway sera à leurs pieds. En attendant, Hadley, Manhattan, Page, Chic, Etchika et Ursula courent les théâtres, les annonces, les auditions, les cachets – New York est une ville fabuleuse à condition d’avoir des sparadraps dans son sac. Elles ont 19 ans ou à peine plus, et elles donneraient tout pour réussir, elles qui n’ont rien, en dehors de leur talent. Cela peut-il suffire dans cette Amérique d’après-guerre qui ne fait pas de cadeau ? Pas sûr. Mais si elles n’y croient pas, si elles n’y croient pas scandaleusement, qui y croira ?

★★★★★

Il nous aura donc fallu attendre trois ans pour découvrir la suite des aventures des pensionnaires de la maison Giboulée ! Et c’est avec délice que l’on se replonge dans ce New-York de la fin des années 1940 aux côtés de toutes ces jeunes filles rêvant de danse, de théâtre et de paillettes et de notre Jocelyn qui s’accoutume décidément plutôt bien à l’Amérique – ou peut-être Dido y est-elle pour quelque chose ? On appréciera d’ailleurs la scène d’ouverture, qui n’est pas sans rappeler celle du premier tome et qui ne manquera pas d’éveiller déjà une certaine curiosité à découvrir ce qui se cache dans ce nouveau roman…

Et si ça virevolte toujours autant, si ça s’amuse, s’aime et se défait, cette suite nous emmène également dans une période où la peur du communisme grandit et où les chasses aux sorcières ne sont pas loin de reprendre… Manhattan pourra vous en toucher deux mots ! Mais il y a aussi tous ces secrets, tous ces prétendants, toutes ces fêlures chez certaines, qui donnent un peu plus de mystère aux différentes intrigues… et tandis que des fils se dénouent, risquant à tout moment de définitivement éventer la surprise ou le secret, d’autres se tissent… Et c’est là encore tout le talent de Malika Ferdjoukh que de mêler l’insouciance de ces jeunes filles qui ne veulent passer leurs soirées qu’à danser à des mystères dissimulés et potentiellement dangereux… Si je dois avouer commencer à avoir une petite préférence pour l’histoire d’Hadley, une belle surprise nous attend également dans ce Shim sham avec Fred Astaire puisque l’on y découvre aussi une partie du passé d’Artemisia, surnommée le Dragon, l’une des propriétaires de la pension. Ne vous laissez donc pas subjuguer par la présence de Billie Holliday avec qui vous allez partager un verre, ou celle de cette petite miss Kelly qui fait des publicité pour des désodorisants, ou encore par celle de Fred Astaire qui pourrait bien vous proposer de danser avec lui…et soyez attentifs à tous les petits détails qui pourraient bien se révéler d’importance et dont on découvrira – on espère dans pas trop longtemps – le fin mot de l’histoire puisqu’il est déjà annoncé un tome 3 qui portera le titre d’Un thé avec Grace Kelly… Le croirez-vous si on vous dit qu’on a hâte ? 😛

Broadway Limited, t.2 Un shim sham avec Fred Astaire, Malika Ferdjoukh (L’école des loisirs)
collection Médium
disponible le 7 novembre 2018
9782211234849 – 18,50€
à partir de 13 ans
Son
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Ah l’amour !

Aujourd’hui, c’est l’amour et tous ses tracas qui unit nos deux romans.

Ce soir je le fais / Ce soir je le quitte

Ce soir, à la soirée organisée par Emma, Simon et elle ont tous deux un plan. Pour Emma, c’est le soir où elle quittera Loïc, qu’elle ne supporte plus. Pour Simon, c’est celui où il se déclarera enfin à Méline et couchera avec elle…

★★★★★

Vous connaissiez sans doute la collection Boomerang pour les plus jeunes, avec ses textes recto-verso. Voici le premier à destination des ados ! Et pour une première, quoi de mieux que cette éternelle et passionnante question du désir, de l’amour ? C’est Cathy Ytak qui se prête au jeu avec ces deux histoires racontant la même nuit, du point de vue de deux personnages qui ont tout à jouer ce soir-là. Comme toujours, Cathy Ytak est d’une exquise justesse dans sa description des élans du corps et du cœur. Toute sa sensibilité et sa finesse s’expriment dans ces textes courts mais ô combien appropriés. Le récit tête-bêche fonctionne à merveille et on espère que le concept sera à nouveau proposé pour les ados !

Ce soir, je le fais / Ce soir, je le quitte , Cathy Ytak (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 26 septembre 2018
9782812616549 – 8,50€
à partir de 13 ans

Mon âme frère

Les notes de Camille sont en chute libre. Convoquée au lycée avec ses parents, la sentence finit par tomber : privée de sortie, de téléphone et, surtout, de retrouver Yanis, son petit ami. La jeune fille finit par craquer…

★★★★☆

Même s’il peut se lire indépendamment, Mon âme frère est plus ou moins la suite de Oublier Camille, où nous découvrions les prémices de l’histoire entre Camille et Yanis du point de vue du garçon. Histoire d’amour, toujours, où Camille va s’interroger sur sa relation avec Yanis, le roman évoque aussi et surtout la pression exercée par les parents sur l’avenir de leur enfant. C’est vraiment l’idée du chemin tracé par les adultes qui est au cœur du récit et des réflexions de cette jeune fille qui ne sait plus quoi faire pour se sortir de ce qu’on attend d’elle et cherche sa vérité. Gaël Aymon parle avec réalisme et sensibilité de la difficulté à trouver sa place, à faire entendre sa voix et à résister à la pression sociale ou familiale. Un roman qui explore avec acuité les relations entre filles et garçons, également, à travers l’histoire d’amour de Camille et Yanis.

Mon âme frère, Gaël Aymon (Actes Sud Junior)
collection Ado
disponible depuis le 3 octobre 2018
9782330111427 – 13,90€
à partir de 13 ans
Son
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Cœur battant – Axl Cendres

Un nouveau texte d’Axl Cendres, c’est comme quand tu sais déjà le cadeau que tu vas avoir à Noël. T’es tout fébrile, impatient, tu tiens pas en place et en même temps tu veux faire genre tu sais te tenir. Et puis quand c’est l’heure de le découvrir, tu arraches complètement l’emballage et tu te précipites direct pour commencer à lire ce livre que tu attendais depuis tellement longtemps ! Et ce livre, c’est Cœur battant, qui a effectivement bien fait battre notre petit cœur… 😛

Alex a 17 ans et il a tenté de se suicider. Mais il s’est loupé et se retrouve dans une clinique avec d’autres « suicidants » : la vieille et élégante Colette, le naïf et un peu gros Victor, le riche et grincheux Jacopo et enfin la belle et cynique Alice. Cette petite brochette de ratés du suicide décide un jour de s’évader de la clinique, direction le manoir de Jacopo, pour finir leur vie en beauté, et ce tous ensemble !

★★★★★

Vous pensiez que le suicide, c’était pas franchement drôle ? C’est que vous ne connaissiez pas encore Axl Cendres qui est bien la SEULE à pouvoir nous raconter l’histoire de ces cinq « ratés » de la mort avec autant de finesse psychologique et de larmes de rire. Évidemment, tous ces personnages n’ont pas tenté de se suicider pour le fun, hein, les raisons de leurs gestes sont tous très sérieux, durs, romantiques, compliqués, mais ce n’est pas parce qu’on a voulu en finir avec la vie qu’on ne peut pas garder sa personnalité, qui se révèle lors des sessions d’Alex avec les médecins et thérapeutes. Et lui qui craignait de se retrouver avec des dépressifs à donner encore plus envie de se jeter par la fenêtre, le voilà à échanger avec un glouton qui connaît toutes les combines de la clinique et que son côté candide rend drôlement attachant ; avec une vieille dame coquette qui raffole d’aphorismes en tout genre ; un riche italien que tout emmerde ou encore avec une fille autoritaire à la pique acerbe mais quand même vachement jolie !

Et lorsque tout ce petit monde décide de partir en week-end pour aller se foutre en l’air, autant vous dire que leur petit périple va se révéler bien plus compliqué que prévu… Et c’est là tout le talent d’Axl Cendres que de nous mener par le bout du nez dans un road-trip délirant, presque ubuesque, à grand coup de réparties bien trouvées, de réflexions hyper profondes sur le sens et la beauté de la vie, et d’un style drôlement et superbement vivant ! Si la fin est un peu trop prévisible (et le livre beaucoup trop court !!!), Coeur battant n’en est pas moins un roman diablement émouvant, tranchant, décapant et lumineux !

Petit P.S. : Axl, nous sommes ravies de faire enfin la connaissance de Qui-Tu-Sais ! 😉

Cœur battant, Axl Cendres (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 5 septembre 2018
9782377311484 – 15,50€
à partir de 13 ans