Son
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Les fantômes d’Achille Plume – Katherine & Florian Ferrier

9782377310555,0-4690500

Achille Plume est un garçon assez spécial ! Sa meilleure amie s’appelle Athénaïs et…est un fantôme ! En effet, le garçon a un incroyable don : celui de voir les fantômes. Mais bientôt, un terrible démon tente de l’attaquer lui et tous les fantômes. C’est Orcus, le terrible seigneur de Sombrenfer, bien décidé à anéantir la cité de Fantombres, où vivent les spectres.

★★★★☆

Achille était un garçon tout ce qu’il y avait de plus « normal » jusqu’au jour où, en frottant une vieille cuillère oxydée apparaisse, tel un génie de sa lampe, le fantôme d’Athénaïs, petite fille morte au XVIIIe siècle. La surprise passée, et de nombreux moments gênants à l’école plus tard, Achille se lie d’amitié avec Athénaïs et, bientôt, les deux se lancent dans une mission d’importance : libérer tous les fantômes des objets dont ils sont prisonniers pour qu’ils parviennent enfin à Fantombres, la cité qui fait office de paradis pour les fantômes. Car, vous ne le saviez peut-être pas, mais lorsque les gens meurent, leur fantôme peut parfois être emprisonné dans un objet qui était proche d’eux ou qu’ils tenaient à la main. Leur permettant de mettre fin à leur captivité, Achille devient vite le héros de tous les fantômes… Serait-ce pour cette raison qu’il est visé par le terrible Orcus et ses sbires dont les éclairs rouges détruisent humains comme fantômes ?

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Une aventure pleine de dangers et de mystères attend alors le jeune Achille, qui ne manque certainement pas de ressources ! Katherine et Florian Ferrier, après l’excellente série de BD Hôtel étrange, signent ici un roman tout aussi riche et pétillant ! Les fantômes ont ce moment le vent en poupe dans les romans de la collection et c’est ici toute l’inventivité de l’univers fantomatique, la qualité des personnages et du mystère qui les entoure, le suspense jusqu’au dernier moment et les illustrations superbes et dynamiques qui en font un roman d’aventure à ne pas manquer ! 😛

Les fantômes d’Achille Plume, Katherine & Florian Ferrier (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 7 février 2018
9782377310555 – 10,90€
à partir de 9 ans
Son
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J’ai suivi un nuage – Maëlle Fierpied

9782211234795,0-4787515

Aujourd’hui, c’est la fête ! Marie Cotillon, célèbre actrice et amie d’enfance de maman, vient prendre le goûter à la maison. Rémi aide sa mère, radieuse, à sortir la jolie nappe, préparer des petits gâteaux en forme de poussins et faire en sorte que tout soit parfait lorsque Marie arrivera. Mais celle-ci ne vient pas et le lendemain, la maman de Rémi a totalement perdu sa joie de vivre…

★★★★☆

Après 4 ans d’absence et 4 romans fantastiques de très grande qualité, Maëlle Fierpied (originaire de la Comté, sans doute possible) revient dans un genre qu’on ne lui connaissait pas : le roman contemporain. Et c’est avec beaucoup de sensibilité qu’elle nous raconte l’histoire de Rémi et de sa maman dont les humeurs varient aussi rapidement que les nuages envahissent le ciel avant la pluie. Un jour, sa maman est d’humeur joyeuse, inventant des relations célèbres, faisant des gâteaux et préparant une journée inoubliable ; le lendemain, elle est incapable de sortir de son lit, de manger ou de s’occuper de son fils. Une situation difficile pour cet enfant qui comprend bien que sa mère n’est pas comme les autres, dont les « mensonges » le font passer pour un idiot auprès de ses camarades, et qui est parfois contraint d’aller vivre chez ses grands-parents quand elle ne va vraiment pas bien. Et le jour où la maman de Rémi se fait interner dans un hôpital, le garçon part chez son papé et sa mamé…

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Maëlle Fierpied évoque la maladie d’un parent – la bipolarité, bien que le terme ne soit jamais dit – et la difficulté pour un enfant à comprendre et à faire face. Un roman court mais très réussi où les questionnements, le mal-être et l’amour de l’enfant sont rendus avec beaucoup de justesse et de délicatesse. La relation avec les grands-parents est particulièrement belle, tout comme les moments fugaces qui se déroulent à l’école. Enfin, il n’y avait bien qu’une spécialiste des nuages pour illustrer un tel roman et c’est Julie Guillem et ses aquarelles qui apportent encore plus de douceur et d’émotion à l’histoire. Un roman poétique et bouleversant et une nouvelle facette du talent de Maëlle Fierpied à raconter des histoires.

J’ai suivi un nuage, Maëlle Fierpied, illustré par Julie Guillem (École des loisirs)
collection Neuf
disponible depuis le 17 janvier 2018
9782211234795 – 12,50€
à partir de 9 ans
Son
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Paris est tout petit – Maïté Bernard

9782748524901,0-4698375

Inès, 17 ans, prépare activement son bac, son admission à Sciences Po et trouve un job de femme de ménage chez les Brissac, dans les beaux quartiers de Paris. Mais elle n’avait certainement pas prévu de tomber amoureuse de Gabin, l’aîné de la famille ! Le coup de foudre passé, les jeunes gens apprennent à se connaître et à s’aimer… jusqu’au jour où des terroristes entrent dans le Bataclan, chamboulant totalement leur vie.

★★★★☆

Un peu plus de deux ans après les événements terribles du 13 novembre 2015 et un certain nombre de roman abordant le sujet, Maïté Bernard nous livre son histoire des attentats, une histoire qui commence par la naissance de l’amour entre deux jeunes gens. Inès, jeune fille de Guyancourt, est poussée par sa mère à faire de grandes études. Studieuse, elle révise sa préparation à Sciences Po tout en faisant le ménage dans une famille aisée de Paris. Gabin a 19 ans et, phobique scolaire, ne passe son bac que cette année. Ils tombent amoureux au premier regard et Gabin vole un baiser à la jeune fille dès le premier jour de la rencontre ! Un baiser qui chamboule tout dans l’esprit d’Inès, dans ses envies et ses désirs. Ainsi naît leur histoire d’amour, entre découverte de leurs milieux respectifs, de leurs passions et de Paris, ville si chère à Gabin et totalement inconnue d’Inès, qui y vit pourtant aux portes. Mais alors que tout semble aller pour le mieux, des attentats sont commis dans Paris et à Saint-Denis et quelqu’un qui leur est cher se trouve au Bataclan ce soir-là…

Avec beaucoup de pudeur et de sensibilité, Maïté Bernard aborde ce qui vient après les attentats, ce que provoque la perte d’un être cher dans ces circonstances, et ce qu’elles laissent en chacun, de manière individuelle ou collective. Des réflexions justes, pertinentes (bien que peut-être un peu trop démonstratives à la fin du roman), habilement liées à l’histoire d’amour d’Inès et Gabin, à leurs différences sociale et religieuse qui réinterrogent parfois leur couple. Un roman « qui répare », dit l’éditeur, je ne sais pas, mais un roman qui a déjà suffisamment de recul pour inviter le lecteur à revivre les événements de façon plus… apaisée ? Il se dégage indéniablement de Paris est tout petit un sentiment d’apaisement, de lucidité sur les événements, qui n’en fait pas un roman triste ou plein de colère. Maïté Bernard, au contraire, à travers le personnage d’Inès et de ses réflexions, de ce moment de sa vie dont elle ressort grandie, célèbre ici la vie, l’amour et Paris. Et c’est vraiment très beau !

Paris est tout petit, Maïté Bernard (Syros)
disponible le 1er février 2018
9782748524901 – 17,95€
à partir de 14 ans
Son
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Les quatre gars – Claire Renaud

9782377310531,0-4690498

Ile de Noirmoutier. Les Fradet sont bien connus des gens de l’île qui les surnomment « la famille Dégâts », parce qu’ils font toujours tout de travers. Abandonnés par les femmes, ils sont quatre gars, trois générations, à vivre sous le même toit. Et c’est pas tous les jours facile, notamment pour le petit dernier, Louis, 9 ans, qui rêve d’une vie meilleure…

★★★★☆

Dans la famille Dégâts, je voudrais le papi. Pierre-Marie de son prénom, veuf depuis un certain temps mais convaincu que sa Raymonde lui parle au travers des éléments, et grand cuisiner de la famille. Je voudrais ensuite le père, Jean-Marie, saunier de métier (c’est le mec qui récolte le sel dans les marais salants pour ceux qui savent pas), bourru de nature, parfois même méchant depuis que sa femme est partie, un jour, sans prévenir et sans jamais revenir. Et enfin les deux fistons : Yves-Marie, futur soldat aux muscles saillants, accro à la musculation, qui draine dans son sillage un essaim de jeunes filles qui rient trop fort ; et Louis-Marie, maigrichon mais vif d’esprit comme son papi, qui aime autant les journées d’école avec les copains que d’entourlouper les Parisiens les jours de marché en leur vendant du sel deux fois plus cher (ou plus, c’est selon la tête du client). Une famille de bonhommes qui n’ont pas vu l’ombre d’une femme depuis des lustres et ne sont pas près d’en voir une…à moins que la jolie maîtresse de Louis n’y mette son petit grain de sel ? 😛

IL EST JOLI, MON LIVRE, IL EST FIN ET BIEN FRAIS ! C’est ce qu’on pourrait crier pour attirer le parigot crédule mais dépensier au marché de Noirmoutier, vantant les répliques bien salées de Papi, la touchante naïveté, vitalité, de Louis, les problèmes de cœur de Jean et d’Yves qui les transfigurent, pour le plus grand bonheur des lecteurs comme de notre petit narrateur et l’écriture pleine d’humour, de finesse, de sensibilité de Claire Renaud. Sauf qu’on vous filoute pas. Tout ça, c’est vrai ! Claire Renaud a un talent de raconteuse indéniable, on s’attache à Louis, à ses potes et à sa famille immédiatement, les dialogues sont savoureux et, si le sujet de la famille est le sujet le plus traité de la littérature, il en trouve ici encore une très belle variation, au travers de ces hommes marqués par le deuil ou l’absence (d’une présence, d’affection). La relation entre Louis et son papi est exceptionnelle, tout comme les moments où le garçon se retrouve bien malgré lui à être l’adulte de la famille, celui qui conseille et prend soin des autres. Ce qui nous offre souvent de bonnes tranches de rire avant de trouver toute son efficacité…

Les quatre gars, ce sont vraiment des chouette gars, une petite famille qu’on était super contents de rencontrer et qui nous manquent déjà la dernière page tournée…
Vous noterez, contrairement à la plupart des romans de la collection, celui-ci est vraiment accessible pour des plus jeunes lecteurs que d’habitude. 🙂

Les quatre gars, Claire Renaud (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 3 janvier 2018
9782377310531 – 15,50€
à partir de 11 ans
Son
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Quand vient la vague – Manon Fargetton & Jean-Christophe Tixier

9782700256383,0-4782516

Après plusieurs mois de disparition, Clément se met enfin à la recherche de sa sœur Nina, qui a quitté la maison un jour sans laisser de traces. Son enquête va le mener de Lacanau à Bordeaux où, petit à petit, il va découvrir la raison de sa fuite…

★★★☆☆

Qui aurait pu imaginer qu’une fille comme Nina disparaisse un jour sans rien dire, sans aucune raison apparente ? Elle avait tout pour elle : une famille aimante – un papa commercial pour une marque de sport, une maman bibliothécaire et un petit frère futur star du surf qu’elle adorait embêter – une meilleure amie, un garçon pour qui elle craquait et tout le confort matériel dont on peut rêver. Sauf que Nina découvre un secret, quelque chose de si énorme, de si bouleversant, qu’elle ne parvient pas à endiguer le flot d’émotions que cela provoque chez elle et qu’il n’y a qu’une seule issue possible : la fuite !

Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier, deux écrivains phares de la maison Rageot, s’allient pour proposer cette histoire à deux voix qui flirte avec le thriller. Nous suivons Clément, qu’un copain remet gentiment à sa place tout en le poussant à relancer l’enquête sur la disparition de sa sœur, et Nina, dans les mois qui ont précédé sa décision de couper tous liens avec sa famille. La raison de cette rupture familiale est révélée assez rapidement (mais je ne vous la dévoile pas !) car ce qui compte ici, c’est la réaction que cette révélation provoque, ce qu’elle implique pour deux jeunes gens qui n’ont rien demandé et à qui on a caché les choses les plus importantes de leurs vies. Il est question de confiance, d’amour, de choix, d’égoïsme et de résignation. Et il est intéressant d’avoir les points de vue de Clément et de Nina sur ces questions, entre celui qui reste, qui veut essayer malgré tout, et celle qui s’en va, incapable de pardonner. Outre le questionnement sur la famille, le roman aborde aussi d’autres sujets, aussi variés que la compétition sportive, l’homosexualité, le street art, les SDF, qui colorent les expériences de chacun des personnages mais qui, me semble-t-il, ne sont parfois qu’effleurés. Tout comme les personnages secondaires, comme les plus proches amis de Clément et Nina, qui ont clairement des choses à dire et qui auraient mérité d’être un peu plus exploités.

Avec Quand vient la vague, Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier parviennent, grâce à une écriture fluide et rythmée, à nous tenir en haleine jusqu’au bout du roman. Une histoire de famille qui nous interpelle, qui nous invite à réfléchir à l’impact des secrets, au couple et à ce que l’on peut accepter, ou non, de la personne qu’on aime.

Quand vient la vague, Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier (Rageot)
disponible le 16 janvier 2018
9782700256383 – 15,90€
à partir de 12 ans
Son
8

Vivant – Roland Fuentès

9782748525328,0-4698383

Pour les vacances de Pâques, huit amis se retrouvent dans un gîte près de Marseille. Au programme : révisions, sport et détente pour être fin prêts pour les examens. C’est Lucas qui a invité Elias, un inconnu pour les autres, mais qui attire leurs regards et leur curiosité durant tout le séjour. Jusqu’au moment où l’un des amis, Mattéo, se saisit d’un couteau et transforme ces vacances en combat à mort.

★★★☆☆

Le roman s’ouvre sur une course poursuite dans les calanques entre deux jeunes hommes. Mattéo, armé d’un couteau, poursuit avec rage Elias. Mattéo, c’est le leader charismatique du groupe de copains étudiants, celui qui pourrait devenir sportif professionnel, qui organise le programme des vacances, qui sort avec la belle Salomé. Elias, lui, est manœuvre sur un chantier et ne connaît dans le groupe que Lucas, qui l’a invité. On ne sait pas vraiment qui il est, d’où il vient, mais son incroyable gentillesse, sa curiosité et son attitude paisible, naïve, interpellent les autres jeunes, certains se sentent mal à l’aise, d’autres ne voient que de la perfection. En tous cas, Elias ne laisse personne indifférent. Et Mattéo encore moins que les autres ! Mais qu’est-ce qui pousse le sportif à ce coup de folie ? C’est bien la question que tous les protagonistes se posent… et nous avec !

Avec Vivant, Roland Fuentès nous propose un thriller psychologique haletant et fascinant. Sa construction, alternant les chapitres de course poursuite et les souvenirs de chaque jeune sur ce qui a sans doute amené à cette folle cavalcade, amène un vrai suspense tandis que se révèlent petit à petit les événements, le déchaînement de violence. Sans vous en dire trop sur ce que l’histoire dévoile des personnages et de leurs motivations, Vivant c’est une réflexion sur notre rapport à l’autre et principalement à « l’étranger », à ce qu’il laisse à voir de lui et à ce qu’il nous montre de nous, ce qu’il provoque en nous, le meilleur comme le pire… C’est aussi une réflexion sur le groupe et comment un élément étranger, justement, peut faire basculer l’équilibre de chacun et du collectif. Et c’est aussi une évocation du sport et de ses valeurs que l’on rencontre assez peu en littérature, où Roland Fuentès met en lumière l’effort, le travail, l’art presque, que demande la performance sportive mais aussi la question de vie, de survie, qu’elle peut représenter pour certains. La dédicace qui figure au début du roman n’est d’ailleurs pas anodine…

S’il est difficile de dire que Vivant est « trop bien », c’est parce que le roman nous laisse avec un drôle de sentiment, celui d’avoir été bousculé, d’avoir posé dans notre esprit les petites pierres de la réflexion à entamer ou à poursuivre sur notre façon d’accueillir les autres, notre aptitude à la tolérance. Un roman profondément humain !

Vivant, Roland Fuentès (Syros)
disponible le 11 janvier 2018
9782748525328 – 14,95€
à partir de 13 ans
Son
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Jusqu’ici, tout va bien – Gary D. Schmidt

9782211217132,0-4442925

1968. Après avoir perdu son travail, le père de Doug Swieteck emmène toute sa famille à Marysville, une petite ville dans laquelle il espère trouver un nouveau travail. Doug n’est pas particulièrement enchanté : la ville est nulle, il fait trop chaud, la nouvelle maison est un trou à rat, son frère est un crétin fini, son autre frère au Vietnam et son père traîne trop avec Ernie Eco à boire des coups. Seul le sourire de sa mère le maintient à flot…jusqu’à sa rencontre avec les oiseaux d’Audubon…

★★★★★

Si vous ne connaissez pas les romans de Gary D. Schmidt, il est temps de vous y mettre ou vous rateriez des moments de lectures absolument exceptionnels ! Après nous avoir régalé avec La guerre des mercredis (on en a pas parlé ici, on a honte, mais Bob l’a lu super tard…genre il y a 2-3 mois alors on se rattrape maintenant) et le jeune Holling Hoodhood (eh ouais, ça arrive !) qui découvrait Shakespeare avec une prof qui le détestait tout en rencontrant ses idoles du baseball, c’est à l’un des copains de Holling que l’on s’intéresse dans ce nouveau roman : Doug.

Doug n’a pas la vie facile et, si on le suspectait déjà dans La guerre des mercredis, on le découvre enfin avec cette histoire qu’il nous raconte. Alors que les hommes s’apprêtent à marcher sur la Lune et que la guerre au Vietnam fait rage, le garçon emménage dans une nouvelle ville, la « stupide Marysville » et doit composer avec un père violent et un frère qui lui fait toutes les crasses possibles. Etiqueté « voyou » à cause de cela, il se retrouve mêlé à des bagarres au collège, dans le viseur du principal et dans le collimateur du prof de sport qui a servi au Vietnam. Pourtant, malgré la stupidité de la ville, Doug va faire deux rencontres décisives : Lil’, tout d’abord, une fille au caractère bien trempé, dont le père est l’épicier de la ville qui va lui donner un petit boulot pour le samedi après-midi ; et Mr Powell, le bibliothécaire de la bibliothèque qui n’ouvre que le samedi et qui détient des originaux des Oiseaux d’Amérique d’Audubon. Cette rencontre avec les peintures du naturaliste vont considérablement ébranler toutes les certitudes du garçon et révéler des talents dont il ne soupçonnait rien ! Mais l’histoire de Doug est loin de se contenter de cela et c’est tout ce qui fait la qualité de ce roman : la richesse de son histoire, des rencontres que fait Doug, de ses passions pour le baseball (Bob n’a personnellement rien capté à tous les trucs sur le baseball mais, en bon ami pour Doug, il a hoché la tête en connaisseur), pour le dessin, les oiseaux et tout ce qui est beau dans la vie, sa difficulté à composer avec son père et ses frères, notamment quand l’aîné rentre du Vietnam changé, à faire évoluer le regard des autres sur lui et sur les préjugés que les gens ont sur sa famille… Une richesse des thèmes (et il en manque par rapport à ce que je vous ai déjà dit) qui pourrait être fouillis et qui pourtant donne une incroyable cohérence à cette tranche de vie adolescente.

Gary D. Schmidt est un auteur à découvrir absolument : on ne s’ennuie pas un seul instant, grâce à Doug, plein d’humour et de spontanéité, qui nous fait rire, nous émeut et nous fait passer par tout un tas d’émotions ; aux nombreux personnages qui gravitent autour de lui et sont particulièrement fouillés et intelligemment écrits ; à tous ce que les histoires, celles avec un grand H ou celles que l’on vit au quotidien, apportent à un adolescent et construisent ce qu’il deviendra, qu’elles soient sombres ou pleines d’espoir. Un roman d’une grande intelligence, passionnant, terriblement drôle, et lumineux. Un vrai coup de cœur ! ❤

Jusqu’ici, tout va bien, Gary D. Schmidt, traduit par Caroline Guilleminot (École des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 4 octobre 2017
9782211217132 – 18€
à partir de 13 ans
Son
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Libérez l’ours en vous – Carole Trébor

9782748521306,0-4698370

Kolia et Lisa sont deux lycéens qui participent au club de théâtre de leur établissement. Cette année, ils devaient travailler avec leurs camarades sur la pièce Les justes de Camus. Mais leur professeure, Patricia Valente, est malade et ne peut pas assurer les cours cette année… Avec un nouveau professeur et l’aide du mari de Patricia, les jeunes gens vont lui faire la surprise de monter une autre pièce de théâtre, celle écrite par leur professeure : Merci l’ours

★★★★☆

Après avoir écrit de nombreux romans historiques ou fantastiques avec la Russie en toile de fond, Carole Trébor nous propose cette fois-ci une fiction totalement contemporaine, à la rencontre d’adolescents passionnés par le théâtre voulant créer la surprise pour leur enseignante malade et absente en ce début d’année scolaire. Le récit est porté principalement par Kolia, d’origine russe, dont le destin est de devenir comédien, mais que son père ne comprend pas, avec qui les relations sont difficiles, d’autant plus depuis la mort de sa mère, de sa grand-mère et du remariage de son père avec une femme qu’il déteste ; et Lisa, dont les parents travailleurs sociaux ne sont pas plus encourageants – et dont elle a un peu honte – qui ne rêve que des paillettes et des lumières du métier d’actrice. Deux personnages forts, parfois agaçants, parfois attachants, toujours émouvants, autour desquels gravitent des seconds rôles que l’on découvre en même temps que Kolia et Lisa acceptent de les laisser entrer dans leurs vies.

Ce qui fait l’originalité du roman de Carole Trébor, c’est la pièce de théâtre qui parsème le récit. Merci l’ours est une pièce qui existe vraiment, écrite par l’autrice, et qui a été jouée. C’est une pièce musicale, où les chansons s’intègrent dans l’histoire racontée sur scène. Pour ceux qui le souhaitent, vous pouvez télécharger l’application Syros Live et, en flashant la couverture du roman, pourrez accéder au livret de la pièce pour la lire en entier, écouter les chansons (mais ce n’était pas encore disponible aujourd’hui) et découvrir d’autres petits bonus ! Mais cette pièce, c’est aussi un moyen pour les élèves de découvrir leur enseignante sous un jour nouveau car il s’agit d’une pièce semi-autobiographique et ce sont bien des surprises qui attendent Kolia et Lisa à la lecture du livret…

Avec Libérez l’ours en vous, Carole Trébor propose une histoire dense où se mêlent habilement les difficultés personnelles des adolescents et leurs problématiques de comédiens en herbe, avec la volonté de réussir à tout concilier malgré les obstacles. C’est bien évidemment un hymne au théâtre et pas seulement aux acteurs, à ceux qu’on voit sur scène, mais aussi aux autres, à ceux qui sont dans les coulisses, qui font tout pour que ça marche le jour J. Et ce sont aussi de belles histoires d’amitié, d’amours naissants, de compréhension et d’acceptation des histoires familiales et de leurs secrets. Un bien joli roman pour commencer l’année !

Libérez l’ours en vous, Carole Trébor (Syros)
disponible le 4 janvier 2018
9782748521306 – 17,95€
à partir de 13 ans
Son
3

Classiques illustrés (bis)

Il y a deux ans, nous vous proposions déjà une petite sélection de romans classiques illustrés, cadeaux parfaits pour les fêtes de Noël. Une nouvelle fournée pour cette saison avec toujours autant de beaux albums à offrir, pour le plaisir des yeux et de la (re)découverte de textes indémodables ! Bon, on ne vous remet par le Harry Potter illustré de l’année, vous l’avez déjà acheté, hein ? 🙂

Moby Dick

9782377310197,0-4371917

La célèbre histoire de la baleine blanche et de son poursuivant acharné est ici illustrée par Anton Lomaev, connu dans son pays pour avoir surtout illustré les contes de fées les plus célèbres. Avec ses crayons et son aquarelle, il nous propose des illustrations vibrantes et magnifiques, sublimées par un grand format qui rend véritablement hommage à la qualité de ses images. On ne peut que succomber au charme classique de sa peinture grâce à une illustration quasiment à chaque page, à ses portraits stupéfiants et à ses scènes de navigation somptueuses. Le texte, dans une nouvelle traduction, ne reprend pas tout à fait l’œuvre intégrale, mais voilà une belle façon de (re)découvrir le roman d’Herman Melville.

Moby Dick, Herman Melville, illustré par Anton Lomaev, traduit par Jean Muray (Sarbacane)
collection Les grands classiques illustrés
disponible depuis le 4 octobre 2017
9782377310197 – 29,90€
à partir de 11 ans
Vendredi ou La vie sauvage

9782081394438,0-4371168

Chez Flammarion, c’est Ronan Badel qui s’attaque à un autre monument de la littérature contemporaine (enfin…du siècle dernier, quoi) : Vendredi ou La vie sauvage, de Michel Tournier. Dans une palette de couleur restreinte, avec du bleu-vert pour dominante, Ronan Badel met son trait vif et plein d’humour au service de ce roman d’aventure qui célèbre la nature et la liberté. Là aussi un grand format qui permet d’apprécier l’histoire comme les dessins, entre vignettes et pleines pages, sur un papier bien agréable au toucher. Un véritable plaisir de relire ce roman découvert à l’école quand Bob était petit !

Vendredi ou La vie sauvage, Michel Tournier, illustré par Ronan Badel (Flammarion)
disponible depuis le 18 octobre 2017
9782081394438 – 19,90€
à partir de 10 ans
Alice & merveilles

9782278089284,0-4440920

Point de nouvelle édition avec Alice & merveilles (on triche un peu sur notre postulat de départ, du coup) mais une véritable réinterprétation de l’histoire d’Alice dans cet album CD d’une excellente qualité ! Le texte savoureux, moderne et virevoltant, entre théâtre et chanson, est proposé par Stéphane Michaka, les illustrations merveilleuses et tourbillonnantes de couleurs par Clémence Pollet et la musique swinguante de Didier Benetti est brillamment interprétée par l’Orchestre national de France et les solistes de la Maîtrise de Radio France. Une réussite à tous les points de vue, qui fait véritablement honneur au texte original de Lewis Carroll et à ses personnages. Rendez-vous sur le site de l’éditeur pour écouter quelques extraits et voir quelques planches de cet album joyeux et pétillant pour une fête de Noël de ouf !

Alice & merveilles, Stéphane Michaka d’après Lewis Carroll, illustré par Clémence Pollet (Didier jeunesse)
collection Albums-CD
disponible depuis le 2 novembre 2017
9782278089284 – 23,80€
à partir de 6 ans
Son
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Miss Pook et les enfants de la lune – Bertrand Santini

9782246860556,0-4510344

Paris, 1907. Miss Pook, une sorcière, se fait passer pour une gouvernante anglaise auprès d’une famille bourgeoise et parvient à convaincre leur petite fille, Elise, de l’accompagner dans son château sur la Lune. Là-haut, Elise fait la connaissance de créatures aussi merveilleuses que terrifiantes et, bientôt, met au jour un terrible complot…

★★★★☆

Alors qu’une pluie de marrons s’abat sur la Provence de Gurty (n’hésitez pas à les offrir pour Noël, ils sont toujours délicieux – les marrons, mais aussi les aventures de l’épatante petite chienne 😛 ), Bertrand Santini nous offre aussi en cette fin d’année un conte fantastique trépidant…et terrifiant !

Miss Pook, c’est une sorte de Mary Poppins diabolique. A priori bien sous tous rapports, élégante, raffinée et bien élevée, cette fausse gouvernante est en réalité une sorcière à qui il ne faut pas chercher des noises et accompagnée de Goldorillon, un dragon de papier chinois. C’est par un stratagème digne des mises en garde d’un conte de fées que Miss Pook arrive à convaincre la petite Elise de quitter son douillet logis parisien pour s’installer avec elle sur la Lune. Dans son château merveilleux, Elise s’ennuie tout de même bien vite et ne rêve que d’explorer la Lune et ses mystères…malgré les interdictions de sa nouvelle maman ! Et c’est dans un enchaînement digne des tribulations d’Alice dans le pays des Merveilles que tombe Elise, où les rencontres avec d’étranges personnages se succèdent, pour un final tout en rebondissements !

Bertrand Santini, comme dans Hugo de la nuit (certain repèreront sans doute le clin d’œil), crée un univers sombre et décalé, dans lequel il s’affranchit des codes classiques induits par ses inspirations, tout en ne donnant absolument aucune limite à son imagination. Une imagination débordante mais cohérente dans son univers, qui emprunte à un certain nombre de mythes, pour notre plus grand plaisir. Et comme dans son précédent roman chez Grasset, Bertrand Santini porte à nouveau un regard amer sur l’humanité, nous invitant à réfléchir sur qui sont les véritables monstres grâce à des personnages complexes et inattendus, Miss Pook et Elise en tête.

Miss Pook et les enfants de la Lune est le premier tome réussi d’une série dont on a hâte de connaître la suite après une fin surprenante ! Bertrand Santini continue à nous émerveiller par ses univers riches, vifs et plein de surprises, tout en étant d’une grande sensibilité et d’une acuité sur le monde de l’enfance et de ses questionnements, même si c’en est parfois cruel. On notera la très belle couverture de Laurent Gapaillard, qui aurait bien donné envie d’avoir des illustrations intérieures… 😉

Miss Pook et les enfants de la lune, Bertrand Santini (Grasset jeunesse)
disponible depuis le 8 novembre 2017
9782246860556 – 13,90€
à partir de 10 ans