Son
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Des grands-mères en danger

Ils ne sont peut-être pas pour le même public, mais nos deux romans du jour abordent la relation d’enfants et adolescents avec leurs grands-mères, surtout quand celles-ci sont en danger… Frissons garantis !

Peur dans la neige

Fleur et son frère jumeau Julius vivent temporairement chez leur grand-mère. Une nuit, Fleur remarque de la lumière dans la forêt et, poussée par la curiosité, décide d’aller voir ce qui se trame. Qu’elle n’est pas sa surprise quand elle découvre un trésor ! Persuadée que cela pourra venir en aide à ses parents, elle s’empare du butin…provoquant une terrible réaction en chaîne…

★★★★☆

Sandrine Beau nous avait déjà bien fait flipper avec Toute seule dans la nuit ou encore Traquées ! Elle réussit encore une fois à nous embarquer avec efficacité et grelottements dans un polar bien ficelé, à destination des jeunes lecteurs. Un huis-clos aussi glaçant que la saison durant laquelle l’histoire se déroule, qui fait la part belle à des jeunes adolescents débrouillards et courageux et à une grand-mère peut-être en fauteuil roulant mais certainement pas « diminuée » ! Une mamie à la fois drôle et bravache qui fera tout aussi pour protéger ses petits-enfants. Décidément, Sandrine Beau est vraiment très forte quand il s’agit d’associer le suspense haletant du roman policier à la sensibilité des relations familiales. Idéal pour frissonner par temps de canicule ! On en redemande… 😀

Peur dans la neige, Sandrine Beau (Mijade)
collection Zone J
disponible depuis le 21 mars 2019
9782874231094 – 6€
à partir de 10 ans

 

La maison des oiseaux

Pour Zoé, harcelée par sa cousine, ses camarades et incomprise par ses parents, sa grand-mère est sa seule amie et elle se réfugie dès que possible chez elle, à la maison des Oiseaux. Mais mamie perd la tête, et les parents de Zoé décident de la placer dans une maison de retraite. Inimaginable pour Zoé comme pour sa grand-mère, qui souhaite mourir chez elle. Alors Zoé décide de fuguer, et d’emmener sa grand-mère avec elle pour retrouver un oncle qu’elle croyait disparu…

★★★★☆

Les secrets de famille sont au programme du nouveau roman d’Allan Stratton ! Mais c’est surtout la relation fusionnelle entre une adolescente et sa grand-mère atteinte de démence qui nous touche, et la difficulté pour Zoé de faire entendre sa voix tant elle est écrasée par une cousine horrible et des parents que la précarité obnubile au point de ne pas voir le mal-être de leur propre fille. La solitude de l’adolescence et la solitude de la vieillesse se mêlent alors, ne trouvant aucune échappatoire et aucun soutien familial, à moins de retrouver cet oncle dont personne ne parle jamais et qui, selon les paroles de la grand-mère de Zoé, se serait occupé d’elle, lui… Le roman devient passe alors par la case road-trip, et montre toute les difficultés rencontrées – et le courage ! – d’une jeune fille qui ferait tout pour donner à sa grand-mère la fin qu’elle mérite. Un roman bouleversant, aux thématiques fortes et rugueuses, comme sait si bien les faire Allan Stratton.

La maison des oiseaux, Allan Stratton, traduit par Sidonie Van den Dries (Milan)
disponible depuis le 29 mai 2019
9782745995872 – 15,90€
à partir de 13 ans
Son
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Duos improbables !

Force est de constater qu’on arrive à vous présenter des romans ou des albums avec des thématiques souvent proches. Cette fois, si les histoires de nos deux romans n’ont pas grand-chose en commun (quoique !), ils nous proposent en revanche tous deux des duos assez improbables… 😛

Nos mains en l’air

Dans la famille de Victor, on est braqueurs de père en fils. Sauf que Victor, c’est pas vraiment son truc. Il est plutôt gentil, et vient même en aide aux victimes de traumatismes. De son côté, Yaël est une toute jeune ado sourde, orpheline vivant chez une tante richissime et détestable. Lorsque Victor est envoyé cambrioler la maison de Yaël, la rencontre est totalement inattendue et va les mener à quitter leurs familles respectives…

★★★★☆

De cette rencontre aussi étonnante qu’improbable va débuter un road-trip d’Angers jusqu’à la Bulgarie où nos deux héros vont apprendre à se connaître et à se dépasser. Le talent de Coline Pierré réside dans la justesse de son ton, et dans la tendresse qu’elle met à chaque fois dans ses histoires et ses personnages. Il faut du temps à Victor pour apprivoiser la jeune Yaël, qui ne se laisse pas abattre par son handicap, mais l’inverse est également vrai, et la relation qui se noue entre les deux jeunes gens est lumineuse, spéciale, et donne toute sa saveur à ce roman aussi drôle que sensible. Une très belle réflexion sur la famille, le dépassement de soi, et une magnifique histoire d’amitié.

Nos mains en l’air, Coline Pierré (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 1er mai 2019
9782812618000 – 14,80€
à partir de 13 ans

 

Et la Lune, là-haut

Alistair est un génie des maths. Son rêve : aller sur la Lune. Mais Alistair n’a jamais mis les pieds hors de son appartement, où il vit seul avec sa mère. S’il est incollable sur les sciences (de l’astronomie au décryptage des émotions), il est en revanche complètement démuni lorsque sa mère décède, le laissant totalement seul. Il se décide alors à sortir et est tout de suite repéré par Yaro, un jeune sans-papiers qui flaire le bon pigeon…

★★★★☆

Nous passons un cran au-dessus dans l’improbable avec le duo Alistair-Yaro et leur histoire aussi rocambolesque que délirante ! Pourtant, et comme chez Coline Pierré, les choses sont loin d’être marrantes : la relation toxique entre Alistair et sa mère, le passé d’immigré de Yaro et toutes les embûches qu’ils vont rencontrer au cours de leur drôle de périple… Car malgré tout cela, et en dépit de la volonté de Yaro de juste crécher au sec quelques jours et se barrer ensuite, comme nous, il ne peut que s’attacher à ce drôle de zozo incapable de savoir ce que l’on fait lorsqu’une personne décède (la mettre dans le canapé n’est pas une bonne idée, par exemple). Muriel Zürcher réussit avec beaucoup d’humour et d’humanité à nous emporter dans ce compte à rebours décalé vers la réalisation des rêves d’Alistair et de Yaro.

Et la lune, là-haut, Muriel Zürcher (Thierry Magnier)
disponible depuis le 22 mai 2019
9791035202507 – 14,50€
à partir de 13 ans
Son
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On se met au vert !

Nos deux livres du jour n’ont pas que la verdure de la forêt et des arbres comme point commun. Ce sont également deux lectures idéales pour les plus jeunes, abondamment et joliment illustrées, et de très belles odes à la nature et à l’amitié…

Taupe & Mulot : les beaux jours

Taupe et Mulot sont deux amis qui passent leurs journées côté à côté, qu’il s’agisse d’aller peindre l’arrivée du printemps tout en haut de la colline, d’aller à la pêche pour s’assurer le dîner du soir ou de se soutenir pour aller déclarer sa flamme à une jolie taupe. Trois petites histoires attachantes et bucoliques dans lesquelles Henri Meunier décrit avec délicatesse et humour une amitié sincère, et nous fait partager des petits moments de vie empreints de philosophie. Un texte savoureux merveilleusement mis en images par Benjamin Chaud, qui apporte lui aussi son humour enlevé dans des illustrations vives et champêtres. Une première lecture délicieuse, qui sent bon la nature et qui nous donne envie de rester un peu plus longtemps avec Taupe et Mulot… Et ça tombe bien, un deuxième opus est prévu pour la fin de l’année ! Chouette !

Taupe & Mulot, t.1 Les beaux jours, Henri Meunier, illustré par Benjamin Chaud (hélium)
disponible depuis le 10 avril 2019
9782330120610 – 12,90€
à partir de 6 ans
Pombo Courage

Du côté de Pombo, les journées sont beaucoup plus calmes et c’est tant mieux ! Cet ours un peu paresseux n’aime rien tant que rester dans son fauteuil à bascule à siroter des boissons chaudes ou froides et rêver à quelques aventures lointaines. (Oui, il nous ressemble beaucoup, nous lecteurs !) Jusqu’au jour où Java vient l’embêter pour aller construire une cabane dans la forêt. Quelle idée ! Malgré sa mauvaise tête et son absence complète d’envie, Pombo accompagne Java mais l’escalade, c’est dangereux, et après une chute, Pombo décide de s’en retourner, fâché contre son ami. Alors qu’il se pelotonne sous sa couette, l’orage éclate. Pombo est bien au chaud dans son lit, mais Java est encore là-bas, dans la cabane… Quelle joie de retrouver l’écriture tendre et spirituelle d’Émile Cucherousset dans une nouvelle Petite Polynie, qui nous propose cette fois de trouver le courage qui existe en chacun de nous. Pombo Courage, c’est aussi l’histoire de deux caractères qui s’affrontent, entre l’ours en charentaise qui ne désire que son confort et celui, intrépide, qui désire l’aventure. Un texte autour de l’effort à accepter l’autre, accompagné des charmantes illustrations de Clémence Podocci, très expressives et aux tons délicieusement désuets. Des images minutieuses qu’on ne se lasse pas d’explorer et on ne peut que vous inviter à découvrir les carnets de l’illustratrice sur le blog de la collection pour s’émerveiller encore plus !

Pombo Courage, Émile Cucherousset, illustré par Clémence Paldacci (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 31 mars 2019
9782352894193 – 9€
à partir de 7 ans
Son
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Lou après tout, t.1 – Jérôme Leroy

2051. Suite au Grand Effondrement, le monde tel qu’on le connaît n’est plus. Lou et Guillaume font partie des rares survivants et trouvent refuge dans une ancienne villa dans les Flandres. Malgré les années d’errance et de danger, la sensation de sécurité de leur nouvelle maison ne soit pas les endormir… Car le danger est toujours là.

Après la douce utopie que nous promettait Jérôme Leroy dans Macha ou l’évasion, le voici qui nous dresse le portait d’un monde apocalyptique, terriblement vide d’humanité et regorgeant de monstruosités. Lou, jeune adolescente, et Guillaume, qui l’a recueillie quand elle était enfant, tentent de survivre dans cette France complètement dévastée et soumise à des créatures terrifiantes qui n’ont plus rien de leur humanité originelle (vous verrez, ça craint). Alors qu’ils s’installent dans une ancienne villa d’écrivains, espérant y trouver du confort et de la sécurité après tant d’errance, l’éventualité de la mort vient les narguer… L’occasion pour Guillaume de revenir sur ce qui a mené au Grand Effondrement…

Comme dans Macha (et oui, on va y revenir encore), Jérôme Leroy utilise le flash-back pour nous projeter dans l’adolescence de Guillaume, qui va assister à tous les événements qui mèneront à la « fin du monde » : catastrophes naturelles, montée au pouvoir du nationalisme et du fascisme avec le Bloc patriotique (un parti déjà présent dans Macha), construction d’un mur pour séparer riches et pauvres, dépendance à la réalité virtuelle et aux écrans qui provoque du cyberautisme, une population sous anti-dépresseurs… Bref, vous commencez à voir le tableau ? Et c’est fou comme ça ressemble à l’état actuel de notre monde, non ? Jérôme Leroy réussit à nous faire frissonner à l’idée de ce monde qui nous attend – peut-être – et à nous emporter complètement dans son roman grâce à un rythme soutenu qui nous fait dépasser la sidération de l’inéluctabilité de cette histoire, et à des personnages qui nous questionnent, nous émeuvent et nous rappellent l’importance des histoires, de la poésie et de la beauté.

Premier tome d’une trilogie qui nous emmène peut-être vers le monde la Douceur de Macha (si l’on en croit le titre du tome 3 annoncé ?), Jérôme Leroy démontre encore une fois tout son talent à nous captiver à travers une histoire de science-fiction empreinte d’un réalisme un peu trop brûlant (et on espère qu’elle n’est pas prophétique !) et des personnages auxquels on s’attache. J’ai en tous cas hâte de suivre les aventures de Lou dans la suite, qui paraîtra dès le mois d’octobre !

Lou, après tout, t.1 – Le grand effondrement, Jérôme Leroy (Syros)
disponible le 16 mai 2019
9782748526349 – 16,95€
à partir de 13 ans
Son
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Les orphelins de métal – Padraig Kenny

Christopher est un jeune orphelin qui travaille pour M. Absalom, un inventeur malhonnête, qui crée des robots. Ces derniers sont désormais courants en Angleterre, où ils sont tantôt serviteurs, tantôt mains d’œuvre. Pourtant, il y a des règles à la création de ces robots et notamment celle de ne pas les faire ressembler à des « authentiques » êtres humains. Le jour où Christopher est enlevé par des mystérieux inconnus, ses amis robots, Lapoigne, Jack, Manda et Rob, accompagnés d’Estelle, jeune fille qui fabrique de la peau, se lancent à sa recherche et vont découvrir de nombreux secrets…

★★★★★

Bienvenue dans une Angleterre uchronique où, après la Grande Guerre, les robots sont aussi naturels dans notre paysage que les grille-pains. Un univers régi par les lois de la mécanique qui interdisent aux inventeurs de donner vie à des robots de taille adulte ou de leur insuffler une âme. Si tout cela vous fait penser aussi bien à Pinocchio que Le Magicien d’Oz ou encore aux lois de la robotique d’Asimov, c’est normal ! Avec de telles inspirations, Padraig Kenny nous offre un conte absolument fascinant et passionnant qui pose la question de ce qu’est l’humanité. Autant vous l’annoncer tout de suite : vous allez être complètement tourneboulés par ces petits robots d’une redoutable candeur et d’une profonde sensibilité malgré leur absence d’âme et leurs cœurs faits de rouages et de métal.

Un roman d’aventures mené tambour battant, qui nous emmène à la découverte de cet univers où s’affrontent inventeurs de légende, terribles secrets et risques inconsidérés, et où l’amitié reste la plus grande valeur pour tous ces petits robots. Des personnages touchants, drôles et loyaux, qui nous font reconsidérer les notions de bien et de mal. De nombreux passages, comme la tentative de M. Absalom de vendre Jack à un couple qui vient de perdre son enfant ; l’arrivée à Havrefer, cette cité où se rassemblent tous les robots qui attendent d’être réparés par Cormier, le plus grand inventeur de tous les temps désormais reclus par le chagrin ; ou encore la découverte de Christopher de sa véritable nature, sont tout simplement émouvants et nous interrogent sur tout ce que peut impliquer une invention aussi extraordinaire que ces robots dotés d’intelligence. Deuil, espoir ou encore mémoire sont alors des concepts susceptibles de trouver une toute nouvelle vie dans cet univers…

Un roman riche et captivant sur la nature humaine, une galerie de personnages bouleversants et une magnifique histoire d’amitié, de loyauté et d’acceptation de l’autre. C’est vraiment très très beau ! ❤

Les orphelins de métal, Padraig Kenny, traduit par Julie Lafon (Lumen)
disponible depuis le 4 avril 2019
9782371021693 – 15€
à partir de 10 ans
Son
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Le royaume de la Pierre d’Angle, t.1 L’art du naufrage – Pascale Quiviger

Après deux ans de navigation avec son équipage, le prince Thibault décide de retourner à Pierre d’Angle, son royaume natal. Le retour est long, entre escales protocolaires et tempêtes, passagère clandestine et orphelin à sauver. Jusqu’au jour où Thibault apprend que son père est mort. Il n’a que quelques jours pour venir réclamer la couronne ou cette dernière échoira à son frère Jacquard, aussi sombre et comploteur que lui est juste et bon.

★★★★★

Et ceci n’est que le début de l’histoire, car ces 480 pages de fantasy sont aussi riches que passionnantes ! Premier tome d’une saga qui en comptera quatre (et on a du bol car ils sont déjà tous écrits et paraîtront donc très vite jusqu’au printemps 2020), tous les ingrédients du genre sont réunis : un jeune prince qui doit se battre pour sa couronne ; une belle esclave en fuite promise à une grande destinée ; des jeux de pouvoirs ; une île mystérieuse et débordant de secrets ; et un soupçon de malédiction ? Là vous vous demandez sûrement : « ok, alors si ça ressemble à ce qu’on connaît déjà, pourquoi c’est aussi bien ? » Et je vous réponds : parce que c’est rudement bien écrit et que, même si on retrouve tous les motifs propres à la fantasy, on ne sait jamais ce qui nous attend vraiment et on se laisse complètement emporter par cet univers et cette histoire passionante.

Pascale Quiviger réussit à nous happer dès les premières scènes du roman. Une écriture fluide, poétique et intelligente, qui ne s’embarrasse pas de fioritures ampoulées comme c’est souvent le cas en fantasy, et qui joue beaucoup sur l’humour. Même dans des situations terribles, certains dialogues sont tout bonnement savoureux et pince-sans-rire. Il est ainsi tout à fait possible d’éclater de rire avant de revenir à des affaires plus sérieuses. Vous vous laisserez alors embarquer dans un récit captivant et intrigant, aux côtés de personnages diablement attachants. Thibault, en tête, bien sûr, car on ne résiste jamais à un prince droit dans ses bottes – même s’il cache quelques secrets. Mais aussi Ema, l’esclave en fuite qui, par son intelligence et son courage, va susciter le respect de tous ces marins évidemment misogynes (vous savez bien qu’une femme sur un bateau, ça porte malheur). Un couple de héros non seulement féministes mais surtout égalitaires, et ça c’est rare. Les seconds rôles ne sont clairement pas en reste, depuis les marins aux personnalités aussi différentes qu’étonnantes (fan de l’amiral Dorec, personnellement), que les présumés « méchants » de l’histoire qui vont sans doute avoir beaucoup à nous révéler dans les tomes suivants…

L’art du naufrage est le premier tome prometteur d’une saga de fantasy où l’aventure et les mystères nous tiennent déjà sacrément en haleine. Embarquez à bord de l’Isabelle, et voguez avec l’équipage de Thibault jusqu’au royaume de Pierre d’Angle, vous ne serez assurément pas déçus du voyage ! ❤

Le royaume de la Pierre d’Angle, t.1 L’art du naufrage, Pascale Quiviger (Le Rouergue)
collection Epik
disponible depuis le 10 avril 2019
9782812618048 – 16,90€
à partir de 13 ans
Son
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Long way down – Jason Reynolds

Lorsqu’un type se fait flinguer dans le quartier de Will, il y a trois lois à respecter :
1 – Ne pas pleurer.
2 – Ne pas balancer.
3 – Se venger.
Quand c’est son frère qui se fait descendre, Will sait exactement ce qu’il doit faire.

★★★★☆

Se venger. Ouaip, tu as bien lu. Dans le quartier de Will, c’est œil pour œil. Un mec qui se fait buter = un autre mec qui se fait buter = encore un autre qui se fait buter… tu vois le topo. Ce jour-là, c’est Shawn qui se fait abattre au beau milieu de la rue. Il était parti faire une course pour sa mère et BAM ! Mort. Évidemment, personne n’a rien vu. Encore moins quand c’est la flicaille qui pose la question. Pourtant, Will sait qui a tué son frère. Il n’a même pas besoin d’y réfléchir. Juste le temps de prendre un gun et le voilà en route pour sa vengeance. Dans l’ascenseur qui l’emmène au rez-de-chaussée de son immeuble, pendant les soixante secondes de la descente, Will n’a plus que cette idée en tête. Mais comme un coup du sort, la machine s’arrête à chaque étage. Et à chaque étage, quelqu’un monte. Des souvenirs, des fantômes du passé, tous assassinés, tous victimes de ces trois lois.

Une histoire terrible mise en vers par Jason Reynolds, un auteur et poète américain très prolifique que nous découvrons seulement chez nous avec cet excellent roman. On ne peut que saluer le choix d’Insa Sané (slameur et auteur que vous connaissez forcément pour sa Comédie Urbaine chez Sarbacane) pour la traduction, qui retranscrit toute la musicalité et la singularité de la poésie de Jason Reynolds. Un roman d’une grande puissance émotionnelle grâce à ce huis-clos oppressant qui laisse Will aux prises avec les fantômes de son passé, avec ses doutes, son désir de vengeance. Un huis-clos également glaçant, par les témoignages de tous ces proches assassinés, et qui nous laissera juge de l’issue de cette spirale de violence et de vengeance. Un roman social que Jason Reynolds dédie à tous les jeunes gens incarcérés aux États-Unis, qui n’ont pas su briser le cercle vicieux de leur violence quotidienne. Puissant !

Long way down, Jason Reynolds, traduit de l’anglais par Insa Sané (Milan)
disponible depuis le 3 avril 2019
9782408004736 – 15,90€
à partir de 14 ans
Son
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Partis sans laisser d’adresse – Susin Nielsen

On vous le dit et redit tous les deux ans : IL FAUT LIRE SUSIN NIELSEN. ❤ Comment faites-vous pour (sur)vivre sans ses livres dans vos vies, hein ? Alors que nous, on se languit de ses personnages, de son univers canadien, de son ton pince-sans-rire et de ses histoires truculentes… chaque nouvelle lecture d’un roman de Susin est une petite bulle en dehors du temps, un moment unique !
Chronique garantie sans objectivité aucune !!!

Félix Knutsson, bientôt 13 ans, se retrouve au commissariat. Pour expliquer ce qu’il y fait en ce 27 novembre, veille d’un événement capital, le garçon revient au moment où sa mère, Astrid, a perdu travail, petit copain et appartement, et où ils se sont retrouvés tous les deux à vivre dans un vieux Combi Volkswagen « emprunté ». La situation était pourtant censée être temporaire…

★★★★★

Après l’amour que je portais déjà très très fort à Ambrose et à Henry, je ne pensais pas trouver un personnage aussi fort, et pourtant ! Félix est un garçon profondément attachant, avec ses petites bizarreries qui font toujours le sel des ados et préados imaginés par Susin Nielsen, et qui rappelle un petit peu les fameux Ambrose et Henry. (D’ailleurs, je suis plus que ravie et profondément émue de retrouver Henry dans ce nouveau roman). ❤ Avec Partis sans laisser d’adresse, Susin Nielsen évoque la question de la précarité et, toujours, la relation familiale, ici celle d’une mère célibataire et de son fils. Astrid est une femme orgueilleuse qui n’est pas capable de garder un travail et d’accepter de se faire aider quand elle en a besoin. Par peur d’être séparée de son fils, elle demande à Félix de ne rien dire à son nouveau collège, l’idée étant de retrouver vite un travail et un logement décent. Mais tout ne se passe pas toujours aussi facilement et les semaines, les mois, passent et vivre dans un mini-van n’est plus si cool… Mais Félix a peut-être la solution : il a été sélectionné pour participer à l’émission junior de Qui, Que, Quoi, Quand ?, un jeu télévisé dans lequel il peut remporter jusqu’à 25 000$ !

On le dit tout le temps aussi, mais le talent de Susin Nielsen, c’est véritablement de savoir doser à la perfection la mesure d’humour qu’il faut à une histoire somme toute pas si marrante. On rit. On éclate de rire, même. (Mais bon, je suis bon public quand il s’agit de prouts). Et puis on chiale à moitié, aussi. De tristesse ou de compassion. Mais de bonheur aussi. Parce que c’est ça aussi, les romans de Susin Nielsen. Une émotion pas possible, qui te fait passer du rire aux larmes en quelques phrases bien troussées. Une incarnation sensible et sincère des personnages – même chez Astrid, qu’on pourrait détester à plus d’un titre et qui déborde pourtant d’amour – et une histoire qui sait mêler l’extraordinaire à la dure réalité sans nier les difficultés, la gêne ou la souffrance, tout en choisissant de nous rappeler la force de l’amitié et de l’entraide. Un roman d’une formidable richesse, qui nous laisse le cœur gonflé de joie : d’avoir rencontré Félix, d’avoir passé un moment de plus dans l’imagination de Susin Nielsen, et de savoir qu’il y a toujours de l’espoir. ❤

Partis sans laisser d’adresse, Susin Nielsen, traduit par Valérie Le Plouhinec (hélium)
disponible depuis le 3 avril 2019
9782330120566 – 14,90€
à partir de 12 ans
Son
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Nous sommes l’étincelle – Vincent Villeminot

★★★★★

Depuis le début de l’année, on trépigne d’impatience à l’idée de vous parler du nouveau roman de Vincent Villeminot. Et pourtant, l’exercice n’est pas simple ! (On s’y est repris à plusieurs fois et cet article sans queue ni tête vous le confirmera). Parce que le roman de Vincent est une expérience de lecture, de littérature. Qu’en faire un résumé pour vous le présenter ne serait pas lui rendre justice. Nous sommes l’étincelle est un roman grandiose, une aventure humaine et révolutionnaire unique. Sur un thème qui peut faire penser à de la dystopie « classique » : une jeunesse qui cherche à se désolidariser du monde des adultes qui les déçoit et organise une grande révolution, Vincent Villeminot s’interroge sur l’utopie et, particulièrement intéressant, sur ce qui se passe après cette révolution. Et si on s’était trompé ? Une question vertigineuse et passionnante qui est le moteur de tous ces personnages dont nous allons faire connaissance au fil d’un récit qui se dévide, se coupe et se rejoint dans une construction délibérément fragmentaire et une temporalité non-linéaire s’étalant sur de nombreuses décennies.

Do not count on us, c’est le point de départ. Un manifeste écrit en 2022 par un jeune universitaire britannique qui va inspirer la jeunesse, en France, mais partout aussi en Europe. C’est l’étincelle qu’il fallait pour réveiller les consciences, pour inciter Antigone, Xavier, Paul, Jay ou La Houle à faire sécession, à quitter la ville pour suivre le rêve d’un retour à la nature, à une communauté sans leader, sans argent, sans tout ce qui fait aujourd’hui leur rejet de cette société à laquelle ils ne veulent plus appartenir. Un roman politique ? Oui, mais pas que ! Car il y a aussi Montana, Dan et Judith. On est en 2061, dans la Forêt. Ils sont ados, enfants, et ils s’amusent auprès d’un point d’eau. Jusqu’à l’arrivée des loups. Les vrais, les animaux, et puis les autres, ceux qui enlèvent des gosses, les traînent dans toute la forêt…pour les dévorer ? D’autres récits, encore, se mêlent et se croisent, pour former un roman aussi foisonnant que maîtrisé.

Et puis il y a cette écriture, violente, organique, brutale et poétique ; ces fragments de manifeste qui exaltent, ces psaumes qui invitent à la contemplation ; ces aventures passionnantes, angoissantes, optimistes, terrifiantes. Une émotion, des émotions, on ne ressort tout simplement pas indemne de cette lecture. Un roman qui hante, dans le bon sens du terme, un roman qui fait sens, qui interpelle, qui nous touche en plein cœur. Bravo, Mr Villeminot !

Nous sommes l’étincelle, Vincent Villeminot (PKJ)
disponible le 4 avril 2019
9782266290913 – 18,90€
à partir de 14 ans
Son
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How to stop time – Matt Haig

Tom Hazard a 439 ans. Il fait partie de ces personnes atteintes d’anagérie, une étrange condition qui ralentit le vieillissement à partir de la puberté et ne fait vieillir le corps que d’un an quand il en passe dix… Ainsi, Tom paraît n’avoir qu’une petite quarantaine d’années. Traversant les siècles, changeant d’identité et de lieu de vie tous les 8 ans pour ne pas éveiller les soupçons, le voilà qui s’installe à Londres où il prend un poste de professeur d’histoire. Mais sa longue et interminable vie est marquée par le deuil de son aimée et la recherche de sa fille, Marion, atteinte de la même affliction que lui…

★★★★☆

Après avoir exploré notre humanité à travers les yeux d’un extraterrestre dans le génialissime Humains, Matt Haig le fait maintenant à travers le temps et ce personnage « immortel » qui traverse les âges. Un roman fascinant et passionnant dont la construction, qui pourrait être complexe – des incessants allers et retours dans le passé, sans aucune chronologie si ce n’est celle des souvenirs au moment où Tom y pense -, est d’une fluidité remarquable. De l’époque Élisabéthaine aux années folles à Paris en passant par les grandes explorations en Polynésie, le périple à travers le temps de Tom est l’occasion pour l’auteur de le faire interagir avec de nombreuses « célébrités » de l’Histoire et des Arts.

Mais c’est bien l’aspect philosophique de la réflexion autour de l’amour, et de la mort, qui rythme toute l’histoire de Tom. Celui d’un amour perdu des siècles plus tôt, qui ne s’est jamais tari, mais qui pourrait bien le titiller à nouveau dans cette vie citadine et professorale dans un lycée de Londres. Celui d’un amour filial lui aussi déchiré par la séparation et c’est cette recherche de Marion qui va déterminer tout le parcours de Tom, qui sera au cœur du roman, alors que d’autres éléments viennent parfois détourner son chemin. Car, vous vous en doutez, Tom n’est pas le seul à souffrir de cette condition et, au fil de son histoire, va être confronté à d’autres personnes comme lui. Des personnes effrayées, parfois encore plus vieilles que lui, mais des personnes aussi organisées en une Société secrète qui œuvre à les protéger des autres et de certaines compagnies malveillantes. Mais comment concilier cette vie immortelle que l’on a parfois envie de quitter, cette recherche de sa fille et ces « obligations » que Tom a envers la société secrète ? Un petit côté thriller qui apporte une touche en plus à cette histoire et cette vie étonnante.

How to stop time, Matt Haig, traduit par Valérie Le Plouhinec (hélium)
disponible depuis le 13 mars 2019
9782330117245 – 16,50€
à partir de 13 ans