Son
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Phobie – Sarah Cohen-Scali

Après le dérangeant mais fascinant Max, que l’on vous conseille de lire avec vos tripes bien accrochées dans vos bidous, Sarah Cohen-Scali explore les plus infimes recoins de notre conscience dans un roman entre cauchemar et…cauchemar.

9782354884598,0-3710514Depuis qu’elle a cinq ans, Anna est terrorisée par le croque-mitaine. Car c’est le monstre du placard qui a tué son père, elle en est persuadée, même si tout le monde lui dit qu’il s’est tout simplement enfui en les laissant seules, sa mère et elle. Malgré les thérapies, la jeune fille ne s’est jamais débarrassée de son cauchemar et, lorsqu’elle se réveille dans une cave sombre à l’odeur de moisi, une peur terrible s’instille en elle : le croque-mitaine va-t-il la tuer elle-aussi ?

★★★☆☆

Huis-clos angoissant mâtiné de références aux contes de fées, Phobie joue très bien le jeu de la peur, de l’ambiance malsaine et de la difficulté à voir ce qui tient du fantasme ou de la réalité. Anna est une jeune fille troublée, incapable de passer la nuit hors de chez elle, en proie à des angoisses que personne ne comprend et traumatisée par la disparition de son père. Est-il mort ? Juste disparu, comme tant d’autres hommes qui abandonnent leurs familles quand tout va mal ? Seuls les souvenirs agréables en sa compagnie, quand il lui lisait des contes de fées, la font tenir. Jusqu’au jour où elle est mystérieusement invitée à une fête d’Halloween. Est-ce là une opportunité de retrouver son père ? Quand Anna se réveille dans cette cave, elle comprend que cette fête était une erreur et que son cauchemar ne fait que (re)commencer…

Phobie s’intéresse à nos peurs les plus profondes, aux traumatismes de l’enfance et à leur éventuelle résolution. Pour cela, nous ne suivrons pas que la séquestration d’Anna, aux prises avec un ravisseur maléfique, mais aussi le commandant Ferreira, le policier en charge de l’enquête sur l’enlèvement de la jeune fille, qui va devoir s’associer à un psychiatre pour essayer de la retrouver. Car selon le docteur Fournier, la clé de l’enlèvement d’Anna se trouve dans son passé. Et si Ferreira parvient à résoudre la disparition du père d’Anna, alors il retrouvera la fille…

Avec Phobie, Sarah Cohen-Scali mêle les genres et joue avec leurs codes. Si la première partie relève de l’angoisse et du thriller avec une grande efficacité (on frissonne en découvrant cette atmosphère glauque, sordide de la séquestration d’Anna et des parallèles avec certains contes de fée), la résolution de l’enlèvement d’Anna intervient en plein milieu de roman pour entamer alors une autre dimension de l’histoire…que je ne peux vous révéler sans tout vous gâcher ! Et c’est peut-être ce qui m’a le moins emballée dans Phobie, cette deuxième partie où, même si l’enquête continue, l’angoisse disparaît totalement au profit d’autre chose. C’est compliqué de vous expliquer pourquoi sans vous dévoiler quoi que ce soit… :P En tous cas, pour la partie horrifique, le pari est tenu et, si vous n’avez pas peur du croque-mitaine, lancez-vous ! Amateurs de thrillers angoissants, n’hésitez pas non plus à vous plonger dans l’univers de Phobie. Pour les petites natures, passez votre chemin…

Phobie, Sarah Cohen-Scali (Gulf Stream)
collection Électrogène
disponible le 9 février 2017
9782354884598 – 18€
à partir de 14 ans
Son
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Chaton pâle et les insupportables petits messieurs – Gaëlle Duhazé

97823555811750-3396396

Chaton Pâle vit tout seul dans sa maison à l’orée de la forêt. Il passe tout son temps à ranger et nettoyer sa maison, faire la cuisine et lire des livres plein d’aventures. Parfois, il aimerait sortir ou rendre visite à son amie Mouffette mais alors apparaissent des petits messieurs insupportables qui le dissuadent de quitter sa maison…

★★★★☆

Que faire quand l’angoisse nous tenaille dès qu’on veut mettre le pied dehors ? Ou que l’on veut commencer quelque chose d’un peu grandiose ? C’est bien tout le problème de Chaton Pâle, un petit chat qui a la goutte au nez, qui s’occupe autant que possible avec des tâches ménagères et qui paraît bien tristounet avec son allure misérable. Et ce ne sont pas ces insupportables petits messieurs qui vont l’aider à se prendre en main. Car chaque fois que Chaton Pâle décide de faire autre chose que les poussières ou des gâteaux, une horde de personnages humanoïdes et plutôt diaboliques « poppent » (oui, on invente des verbes, on fait ce qu’on veut chez Bob et Jean-Michel) autour de lui et se mettent à râler, à trouver des excuses terrifiantes pour ne pas sortir de la maison, à dire que tout est nul… Alors le jour où tombent accidentellement du ciel Grand-Mère Chat du Pissenlit et sa corneille Myrtille, je peux vous dire que les insupportables petits messieurs vont hurler tout ce qu’ils peuvent pour empêcher Chaton Pâle de lui ouvrir la porte. (Bon, après, c’est vrai que quand on voit Grand-Mère Chat énervée, on pourrait un peu avoir peur de lui ouvrir…je dis ça, je dis rien…) Mais heureusement pour Chaton Pâle et notre histoire, il va ouvrir à cette vieille dame accidentée et voir ainsi son existence bouleversée…

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Je vous laisse découvrir le reste de cette histoire savoureuse dans ce très bel album sur le dépassement de l’angoisse et l’apprentissage de la confiance en soi. Un album qui emprunte aussi quelques codes à la BD et peut être tout à fait lu en première lecture comme un roman ! Le texte est en effet plutôt dense mais plein d’humour et de simplicité. Les illustrations sont, elles, absolument superbes et géniales ! J’ai particulièrement aimé les différents insupportables petits messieurs, certains sont terrifiants, d’autres plutôt rigolos et d’autres encore ressemblent à des gens qu’on connaît et dont le caractère concorde plutôt bien avec ces petits démons… Des images éclatantes et pleines de douceur au crayon et à l’aquarelle qui fourmillent de détails et qui offrent à l’album un final heureux et épanouissant pour Chaton Pâle qui en ressort grandi. Si vous ne connaissiez pas Gaëlle Duhazé, c’est maintenant chose faite ! :)

Chaton pâle et les insupportables petits messieurs, Gaëlle Duhazé (HongFei cultures)
disponible depuis le 15 septembre 2016
9782355581175 – 14,50€
à partir de 6 ans
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Des histoires qui filent la trouille – Sylvie Misslin & Isabelle Wlodarczyk

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Une anthologie d’histoires horrifiques à la couverture soignée, si douce qu’on aimerait frotter sa joue dessus, aux illustrations sombres et teintées de lumière bien placées pour vous fiche une petite chair de poule. Ne me dites pas que vous n’avez pas envie de le feuilleter.

★★★☆☆

A deux paires de mains, Sylvie et Isabelle ont œuvré pour faire frissonner vos têtes blondes, juste ce qu’il faut. 18 histoires courtes à partir de 5 ans , mais rassurez-vous, vous pourrez les laisser seuls avec ce bien beau livre : ils dormiront sans encombres. Comme un prélude avant des histoires plus sombres, ces pages mettent dans une ambiance où on touche du doigt la peur, où le mystère est de circonstance et chaque histoire se clôt par une fin plutôt rassurante. Le but de ce recueil est de faire découvrir aux jeunes lecteurs un style bien différent de ce que l’on peut proposer à cet âge en matière « d’épouvante ». Un avant-goût qui les amèneront peut-être vers un style plus effrayant (R.L Stine n’est jamais très loin avec Chair de Poule).

Les contes de la crypte pour les plus jeunes

Montrer que la peur réside dans chacun d’entre nous que l’on soit enfant, adulte, troll, fantôme ou autre monstre : un pari réussi pour les auteurs. Dans l’une des histoires, deux enfants fantômes sont effrayés par les humains par exemple…ou plus simplement la couverture où ce crâne – tout de même symbole de la mort – semble apeuré par une souris ! A chaque début d’histoire on retient son souffle, on frissonne pour les héros et puis vient la chute inattendue. Je n’ai pas trouvé que ces histoires soient terrifiantes, mais elles ont un charme original.

Dans la catégorie

« Il l’a bien cherché »

Le troll transformé en caillou

« Le méchant le plus naze »

L’ogre qui avait peur du jour

« Le meilleur vilain »

Le trafiquant d’ombres : un escroc qui arnaque les enfants afin de leur voler leurs jouets. Trop balèze.

« L’histoire la plus originale »

La vaisselle de la sorcière

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Des histoires qui filent la trouille, Sylvie Misslin & Isabelle Wlodarczyk, illustré par Jan Bielecki (Amaterra)
disponible depuis le 24 mars 2016
9782368560952 – 12,90€
à partir de 6 ans
Son
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Ce n’est pas l’histoire… – Michaël Escoffier et Amandine Piu

On vous a déjà dit qu’on adorait les albums de Michaël Escoffier chez Bob et Jean-Michel ? Si on apprécie tout particulièrement ses collaborations avec Kris Di Giacomo, on est aussi très curieuses de le découvrir en solo ou avec d’autres illustrateurs. Aujourd’hui, c’est un album avec Amandine Piu que l’on vous présente. :)

★★★★☆
9782352412557,0-2747963

Ce n’est pas l’histoire… semble crier un petit poussin sur la couverture. Rien qu’avec ça, Bob pensait que le livre parlerait d’un gamin relou qui sait mieux que la bibliothécaire le contenu de l’histoire…euh, enfin d’un poussin qui croit qu’il sait tout mais en fait non. Bon, bref.

Alors, tonton Bob, c’est quoi l’histoire, à la fin ? En fait, c’est tout simple, et l’histoire commence dès l’ouverture du livre puisque l’on voit un œuf se briser pour laisser s’échapper un poussin à la page de titre. Et celui-ci se met à courir aussitôt d’une page à l’autre tandis que l’histoire semble commencer. Ce n’est pas l’histoire d’un éléphant qui vivait dans une boîte d’allumettes… Mince, alors ! C’est que ça avait l’air chouette comme histoire, ça, genre Pomelo SDF, quoi. Bon, on passe à la suite, en suivant ce petit poussin qui, en sortant de l’histoire précédente à les plumes du derrière en feu ! Ce n’est pas l’histoire d’un poney qui avait avalé une trompette… Ben zut-euh ! Elle avait l’air vachement cool aussi, celle-là ! (En plus, le poney s’appelle Prout-Prout !)

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Et l’histoire continue ainsi jusqu’à la chute qui sera sans doute inattendue ! Et que je ne vous révèle pas ! :P Mais peu importe, car le plus important dans cet album, et le plus rigolo, c’est quand même toutes ces histoires que l’on nous promet et qui n’en sont pas ! Le poussin navigue ainsi de couvertures de livres fictifs en couvertures de livres fictifs, souvent acteur malgré lui, d’ailleurs, et pour notre plus grand plaisir, puisque les illustrations d’Amandine Piu regorgent de détails marrants (les titres des faux livres, les noms des deux auteurs, des éditeurs…). Des couleurs vives, plein de trouvailles et un petit héros décidément très mystérieux font de cet album qui évoque la peur un livre à lire et relire pour en apprécier tous les détails insolites et, bien sûr, se rassurer. Très très chouette !

Ce n’est pas l’histoire…, Michaël Escoffier, illustré par Amandine Piu (Frimousse)
disponible depuis le 21 janvier 2016
9782352412557 – 13€
à partir de 3 ans
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Amanda et les amis imaginaires – A.F Harrold

 

Rudger est le meilleur ami d’Amanda et son seul défaut est de ne pas réellement exister. Amanda Shuffleup : drôle de fillette, à l’imaginaire débordant passe qui le plus clair de son temps à s’amuser avec Rudger jusqu’au jour où un terrible accident chamboule tout…

★★★★☆

amandaamisimaginairesUn sacré petit roman !  Après l’accident d’Amanda, Rudger commence à s’estomper et pour continuer à vivre, il se doit de retrouver un autre enfant qui croirait suffisamment en lui. Très vite, la solitude gagne ce bonhomme qui part à la recherche de sa vie imaginée par Amanda. Un personnage imaginaire peut-il survivre sans son créateur ? Ce roman possède cette dimension terrifiante où un être tente de subsister dans un monde où tout est contre lui. Vous ne serez pas au bout de vos surprises lorsque vous rencontrerez Monsieur Butor qui a la réputation de hanter les mondes imaginaires. Sinistre, on raconte qu’il les mangerait…C’est brillant, dramatique et drôle. Les illustrations d’Emily Gravett ajoutent une force supplémentaire à cet ouvrage qui est déjà d’une belle originalité. Si vous connaissez le dessin animé Foster, la maison des amis imaginaires (oui, ici nous aimons Gulli et Cartoon Network), vous trouverez de petites similitudes qui raviront votre goût pour l’onirique, la fantaisie et où vous développerez un attachement certain aux personnages qui sont choux : Rudger est si gentil que la perspective de lui faire un câlin vous décrochera un sourire. Amanda est spirituelle et le fait qu’elle ne soit qu’une enfant provoque des situations farfelues nécessaires à l’histoire.

On peut tout de même se questionner sur la santé mentale de cette fillette. Ne faites pas « OHHH », je sais que tout le monde se pose la question. Elle va bien. Je vous le promets. On se dit que ses parents doivent être des gens horribles pour qu’une enfant soit poussée à l’extrême dans ses retranchements…mais il s’avère que sa maman est une femme tout à fait réconfortante, posée, délicieuse et son instinct maternel ne lui impose pas d’emmener sa fille consulter un psychiatre. Elle préfère jouer le jeu de son enfant, tout simplement. N’est-ce pas pendant l’enfance que l’imaginaire se doit de ne pas être brisé par un autre que soi-même ?

Amanda et les amis imaginaires, A.F Harrold & Emily Gravett (illustratrice)
(Seuil Jeunesse)
disponible depuis le 1er octobre 2015
9791023504088 – 15€
à partir de 10 ans

Son
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Ses griffes et ses crocs – Mathieu Robin

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Bob avait prévu de faire son article un peu plus tôt mais figurez-vous que, à l’instar des personnages du roman qu’il va vous présenter, votre morse préféré est parti en vacances dans une contrée sauvage (la Bourgogne) et n’avait aucun moyen de communication avec le monde…jusqu’à aujourd’hui. :P

Marcus a toutes sortes de tocs qui font de sa vie une suite de cauchemars. Lorsque sa famille part en vacances avec des amis dans un chalet perdu au fond de la forêt, ses repères sont complètement chamboulés. Et cela ne s’arrange pas lorsqu’il tombe sur un livre parlant de la montagne où ils se trouvent, une montagne que la légende dit maudite…

★★★★☆

Si vous souhaitez vous faire peur cet été, alors Ses griffes et ses crocs est fait pour vous ! L’intrigante et magnifique couverture du livre donne très bien le ton : il y a aura du mystère, des légendes et sans doute du frisson. Et tout y est, en effet. On découvre tout d’abord Marcus et ses angoisses qui l’amènent à ne pas pouvoir marcher sur les rainures du parquet ou à devoir prendre absolument le même chemin à l’aller et au retour ; on apprend à connaître sa famille, et notamment sa grande sœur Lia, rebelle un peu gothique qui le traite avec mépris. Puis ceux avec qui ils vont passer leurs vacances : Mary et Paul, jumeaux parfaits, et Sam, leur grand frère trisomique, accompagné de son gros chien Hercule. Tout ce petit monde va être enfermé dans un chalet à flan de montagne et devoir s’adapter aux manies déroutantes de Marcus. Jusqu’au moment où les parents disparaissent suite à une promenade…
C’est à ce moment que tout va se jouer et que l’on se retrouve dans un roman oscillant entre l’aventure et l’horreur, où des enfants vont être livrés à eux-mêmes et devoir s’improviser « héros ». Car Marcus découvre très vite les secrets de la montagne et la légende qui l’accompagne, une légende terrible qui parle d’une Bête, un monstre qui dévore tout sur son passage. Et quand tous les animaux de la forêt s’enfuient, Marcus est persuadé que la Bête s’est réveillée par sa faute. Car il a enfreint ses tocs.
Mathieu Robin parvient à nous emporter dans son roman dès les premiers instants. On sait que quelque chose va arriver, mais quoi ? Il nous fait passer de surprises en surprises, des vrais surprises, car on ne voit rien venir et on a pas l’habitude de voir certaines choses arriver… Qu’il est difficile de vous en parler sans dévoiler des moments importants !
En tous cas, Ses griffes et ses crocs est un roman captivant et angoissant, qui parvient à maintenir son suspense et ses révélations jusqu’à la dernière page.

Ses griffes et ses crocs, Mathieu Robin (Actes Sud junior)
collection Ado
disponible depuis le 3 juin 2015
9782330050795 – 13€
à partir de 13 ans

Son
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Le coeur de la poupée – Rafik Schami

9782211211819,0-2644780

Quel étrange livre que Le cœur de la poupée ! Il faut dire aussi que Bob l’a un peu cherché, car il n’aime pas trop les poupées…ça lui file la pétoche ! Et cette couverture et ces illustrations de poupées de Grégory Elbaz ont bien accentué le sentiment de malaise de Bob. Sérieusement, ça ne vous fait pas un peu peur, vous ?

Un jour où il fait tout gris, Nina accompagne ses parents au marché aux puces. Sous l’étal d’un vendeur, elle découvre une poupée dans un seau, mais il se n’agit pas de n’importe quelle poupée. C’est Petitoi, une poupée qui parle et qui est capable d’aspirer les peurs. Une poupée parfaite pour Nina. Mais une poupée à qui il manque pourtant quelque chose et qu’elle aimerait beaucoup avoir…

★★☆☆☆

Le cœur de la poupée nous emporte dans un univers très enfantin, où les chapitres se succèdent sans toujours se suivre. En effet, nous suivons Nina dans sa vie de tous les jours, les anecdotes de l’école, ses jeux avec sa voisine, ses angoisses et ses peurs, les gens qu’elle rencontre. Et Petitoi, qui est toujours là pour jouer avec elle, lui raconter des histoires ou des souvenirs de ses vies d’avant avec d’autres enfants, discuter avec les autres peluches et jouets, etc. Un univers qui semble finalement ne s’ancrer dans aucun temps en particulier. Je croyais d’ailleurs que le roman se passait à une époque plus ancienne que la nôtre. Les illustrations semblent intemporelles et l’écriture de Rafik Schami agréablement vieillotte. Mais différents éléments du récit nous prouvent que non.

Le cœur de la poupée aborde une certaine variété de thèmes, depuis la peur enfantine en passant par la mort et le deuil, mais qui a surtout une grand part de philosophie. Car Petitoi se demande ce que cela lui ferait d’avoir un cœur, de ressentir comme Nina ressent les choses. Et la petite fille et la poupée échangent régulièrement sur des concepts comme la mort ou l’âme…
Un roman étonnant, donc, sur l’importance de l’enfance, mais dont j’ai peur qu’il ne trouve pas son public autant chez les plus jeunes que chez les ados de par sa construction peu évidente, qui en fait une lecture peu facile. Il n’a en tous cas pas tellement trouvé son public avec Bob.

Le coeur de la poupée, Rafik Schami, illustré par Grégory Elbaz (École des loisirs)
collection Neuf grands formats
en librairie depuis le 20 mai 2015
9782211211819 – 15,80€
à partir de 9 ans

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Embardée – Christophe Léon

embardeeGeorge et Phil habitent à Paris, ce sont des plasticiens reconnus, d’excellents artistes. Ils sont également mariés et heureux papas de Gabrielle, qui a maintenant 13 ans. Leur bonheur est sans équivoque. L’histoire devient moins douce lorsque Christophe Léon nous entraîne dans un futur sombre où les bouleversements les plus cauchemardesques transforment la vie paisible d’une famille homoparentale en quotidien violent où l’intolérance est maîtresse de la rue. Cette histoire ne vous rappelle rien ? Un passé pas si lointain…la discrimination, les interdictions, les losanges roses à porter sur son torse.

★★★★★

Un énorme coup de cœur pour ce roman

Tout commence par un accident : la voiture a fait une « embardée ». Personne ne porte secours aux deux pères ; « la loi interdisant de porter secours à ces gens-là ». Le losange rose cousu sur leurs poitrines rappelant aux témoins qu’ils sont « différents ». Condamnés à vivre dans un ghetto avec les autres losanges roses, ils sont bannis et fichés. Leurs droits ont été proscrits : plus d’union en mairie, plus le droit d’adopter d’enfants, plus de défilés mais en dépit de cette société à vomir George et Phil s’aiment plus que tout et inculque à leur fille le mode de survie. Les injustices répétées dans ce roman m’ont rapidement fait mal au cœur. Nous apprenons à un passage que Gabrielle est somalienne et elle se fait traiter de « négresse » dans la cour de l’école. Une scène étrange pour la fillette car son environnement familial était jusque là dépourvu de tout racisme. Mais George et Phil arrivent à tout arranger à chaque agression ce qui nous rend le sourire. Ce roman pousse à la réflexion : et si tout cela arrivait ? L’alternative que propose Christophe Léon n’est pas impossible, le roman est d’ailleurs très crédible. Le schéma de la famille traditionnelle n’est pas remis en cause : un papa + une maman = enfant épanoui. Pourquoi pas. Mais l’auteur nous montre que deux papas peuvent rendre également un enfant heureux. Par ailleurs Gabrielle est traumatisée par toutes les violences extérieures dont elle est le témoin et parfois la victime et non pas par le fait d’être élevée par deux hommes. D’ailleurs l’amour qu’ils se portent est exemplaire et rend leur foyer chaleureux. N’importe quel enfant rêverait de grandir dans une famille comme la leur.

Il y a un élément dans le roman que je n’arrive pas à me sortir de la tête : Christophe Léon fait mention d’un groupe que je qualifierai de terrifiant. La LVF : Ligue pour les Valeurs Familiales qui milite pour l’internement psychiatrique des losanges roses. Actuellement, il existe des gens persuadés que l’homosexualité est une maladie.

Ce roman est brillant, il ouvre l’esprit.

Embardée, Christophe Léon (La Joie de lire)
collection Encrage
en librairie depuis le 19 mars 2015
9782889082667 – 13€
à partir de 12 ans

Son
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Eleanor – Holly Black

9782747047708,0-2283387

Aujourd’hui, c’est Halloween, alors quoi de mieux que vous présenter un livre censé faire peur ? Alors voici Eleanor…mais tiendra-t-elle le pari de vous filer la pétoche ?

Zach, Poppy et Alice partagent la même passion : les jeux de rôles avec des figurines. Ils ont inventé leur propre monde, peuplé des pirates, de sirènes et de trésors, gouverné par la Sublime Reine, une étrange poupée de porcelaine qui trône dans une vitrine chez Poppy. Mais un jour, Zach est contraint d’arrêter de jouer et le plus étrange se produit : la poupée s’anime et ordonne à Poppy de la ramener auprès des siens ou les trois enfants ne connaîtront jamais le repos…

★★☆☆☆

« Certains jeux peuvent s’avérer dangereux », telle est la phrase d’accroche de la quatrième de couverture. Malheureusement, je n’ai pas été aussi effrayée que je l’espérais. Le début du roman est un peu long à se mettre en place, l’auteur prend le temps de nous présenter les personnages, leur vie plutôt tranquille ou les difficultés familiales qu’ils rencontrent. Il faut attendre d’être arrivé au tiers du livre pour que l’aventure commence véritablement, quand les enfants décident de se lancer dans cette quête folle de ramener la Sublime Reine, qui contiendrait les cendres d’une petite fille morte, dans sa ville d’origine afin de l’enterrer. C’est également à ce moment que les éléments de peur ou d’horreur entrent dans l’histoire, car des choses bien étranges se déroulent durant leur périple, des choses auxquelles la poupée ne serait pas étrangère… Eleanor fera-t-elle peur aux plus jeunes ? Peut-être, mais j’ai trouvé que le roman aurait pu être un peu plus effrayant ou, du moins, garder le suspense jusqu’au bout et jouer un peu plus sur les doutes des personnages. Car j’ai trouvé que les enfants acceptaient assez facilement l’histoire de cette poupée (qui est pourtant terrible !) et ne semblaient pas toujours être dans une peur constante. A un moment donné, l’auteur insiste plus sur l’aspect initiatique de son histoire, et la façon dont cette quête fait grandir Zach et Alice. Déçue, donc, par cette histoire que j’attendais vraiment effrayante…

Eleanor, Holly Black (Bayard jeunesse)
en librairie depuis le 16 octobre
9782747047708 – 13,90 €
à partir de 10 ans

Son
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Un hiver en enfer – Jo Witek

9782330034306

Avec Jean-Michel, on a rencontré Jo Witek début septembre, lors de la matinée de présentation La Martinière/Seuil (on voulait vous en parler mais on a pas eu le temps…). Jean-Michel vous a déjà parlé de son documentaire consacré aux femmes célèbres, alors c’est à mon tour de vous parler de son tout dernier roman pour les adolescents…

Edward est un adolescent fragile. D’autant plus fragile que sa mère, qui est incapable de l’aimer, est régulièrement internée et son père, architecte de renom, souvent absent. Le harcèlement qu’il subit constamment dans son lycée privé ne lui apporte même pas la possibilité de souffler dans la vie… Alors quand ses parents ont un grave accident de la route et qu’Edward se retrouve seul avec sa mère qui soudain l’étouffe, il ne semble plus très loin de l’enfer…

★★★★☆

Choc ! C’est le premier mot qui nous vient lorsque l’on referme le livre. Jo Witek nous embarque dans un thriller très réussi, où la folie et l’horreur s’entremêlent sous nos yeux ébahis. On s’attache très vite à ce jeune homme qui, malgré une qualité de vie aisée (sa famille est riche et cultivée), est moqué et harcelé par ses camarades car sa mère est « folle ». Il ne trouve refuge que sur Internet et les MMORPG dans lesquels il mène une vie qui lui convient. Mais lorsque son père, dont il était extrêmement proche, trouve la mort dans un accident de voiture, tout bascule. Et c’est le début de la descente aux enfers pour Edward, qui va non seulement agir envers ses tortionnaires mais aussi être celui qui va subir une torture du quotidien… Beaucoup de thématiques très fortes sont abordées dans ce roman : il y a tout d’abord le harcèlement à l’école, qui va prendre des proportions énormes mais qui va aussi donner l’opportunité à Edward de se faire un ami, et un ami qui va compter. Mais c’est surtout la folie qui va être le thème central de ce roman glaçant. Non seulement celle de la mère – une femme qui n’a jamais pu aimer son enfant car elle-même n’a jamais connu sa véritable mère – mais aussi celle d’Edward, poussé à bout par ses camarades et rendu paranoïaque et angoissé. Alors quand après la mort de son père, la mère d’Edward se met à changer et à être plus « aimante » avec lui, le sentiment de paranoïa d’Edward va s’accentuer…et qui pourrait donner crédit à un enfant aussi perturbé ? C’est là toute la teneur du roman, et toute la force du récit car, jusqu’au bout, on se demande qui est fou et qui ne l’est pas ? En tous cas, n’étant pas une grande lectrice de polars, je me suis laissée prendre dans cette histoire malsaine et me suis même fait surprendre par quelques révélations ! Bref, un thriller qui fonctionne bien et qui, assurément, ne vous laissera pas de marbre…

Un hiver en enfer, Jo Witek (Actes Sud Junior)
en librairie depuis le 27 août
9782330034306 – 14,80 €
à partir de 14 ans