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Le jardinier qui cultivait des livres – Nadine Poirier et Claude K. Dubois

Il était une fois un vieux jardinier qui était passionné de livres. Plus que tout, il aimait raconter des histoires aux gens de son village. Il allait même à leurs portes pour leur lire ses extraits préférés. Ce qui n’était pas du goût des villageois. L’homme se retrouva seul, mais il continua à aimer passionnément les livres et les cultivait avec amour dans son jardin. Puis, un jour sous une feuille il trouva une petite fille. Seule, sans parents mais pleine de questions : est-ce que le vieil homme savait faire pousser les enfants ?

Cette histoire raconte avec tendresse le pouvoir de la lecture et le plaisir des mots. En effet, l’autrice dépose des mots aux goûts savoureux pour les enfants : désinvolte, goulûment, inusitée… L’amour du jardinier pour la lecture transparaît à chaque page « il prenait soin de sa culture » Mais au delà d’un éloge de la lecture, ce texte nous raconte l’adoption de cette petite fille par le vieil homme.

Illustré avec délicatesse par la grande illustratrice belge Claude K. Dubois, les images délivrent une douceur qui se lie finement au texte. On retrouve les teintes pâles, les contours flous… L’illustratrice parle très bien de son travail dans un texte que je vous transpose ici : « L’émotion est la seule force directrice dans mon travail. Je ne dessine pas pour le côté graphique, celui-ci me sert en fait à traduire avec force les sentiments de mes personnages : la joie, la tristesse et, toujours en filigrane, la fragilité et l’étonnement face au monde qui nous entoure. Le regard des enfants croisera celui de mes personnages. Pour que cette rencontre magique ait lieu, il faut que ce regard soit vrai, sincère et vivant. » (Source l’école des loisirs) On retrouve tout dans ce récit : la fragilité, le regard de l’enfant…

Un album magnifique qui gonfle notre coeur de joie lorsqu’on le termine. Une histoire pour les amoureux des livres mais qui parle aussi d’adoption, du temps qui passe, de soin… d’amour tout simplement.

Le jardinier qui cultivait des livres, Nadine Poirier, illustré par Claude K. Dubois (Editions D’EUX)
disponible depuis le 19 mars 2020
9782924645079 – 16€
à partir de 5 ans
Son
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Tracer – Guillaume Nail

Emjie a perdu ses parents dans un accident de voiture et vit désormais avec son oncle. Malgré l’amitié un peu folle de sa meilleure amie Nitsa et l’histoire d’amour naissante avec le nouveau, Walter, la jeune fille est incapable de faire son deuil, la tristesse prenant toute la place. Et puis, après avoir vu une émission de télé relatant le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, Emjie décide de partir et de tracer, seule, sa route…

Seule ? Pas tout à fait. Car cette randonnée de l’Alsace vers l’Aubrac ne se passe pas vraiment comme prévu… D’abord, il y a Nitsa qui s’incruste, avec son babillage incessant, ses chansons de Madonna et sa folle dinguerie. L’envie de solitude en prend un coup ! Et ça, c’est sans compter les imprévus et les rencontres qui foutent en l’air un itinéraire savamment préparé, les disputes et les soirées où on oublie tout…bref, la vie ! Car le cheminement d’Emjie sur la route de Compostelle n’a absolument rien de religieux ou de spirituel mais est bien celui de la reconstruction de soi, de la résilience. Et lorsque la jeune fille se retrouve enfin seule sur les chemins du GR, c’est enfin l’occasion de se confronter à elle-même, d’apprivoiser sa peine, d’accepter la perte.

En dépit de la gravité du sujet, le roman n’a rien de plombant, et ne tombe jamais dans le pathos ! Tracer est au contraire un roman lumineux, porté par une héroïne certes aux prises avec des émotions difficiles et compliquées, mais démontrant surtout une force et une volonté qui vont la porter jusqu’au bout de son projet, et de sa recherche d’un peu de bonheur perdu. Le ton est donné : simple, direct, à fleur de peau. Si Guillaume Nail réussit à évoquer la douleur de la perte avec autant de sensibilité que de rudesse, il parvient également à nous offrir des scènes très drôles autant que de jolis instants de grâce à travers des rencontres humaines que l’on n’oublie pas. Le chemin d’Emjie est parfois semé d’embûches, mais il est toujours porté par l’espoir, par l’objectif qu’elle s’est fixé, et par la volonté de parvenir à se sentir à nouveau vivante.

Tracer, Guillaume Nail (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 5 février 2020
9782812619212 – 13,50€
à partir de 13 ans
Son
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La proie – Philippe Arnaud

Au Cameroun, Anthéa partage son quotidien entre les mardis où elle aide sa mère au marché et les autres jours de la semaine qu’elle passe à l’école et où l’apprentissage n’est pas si simple. Heureusement, elle retrouve après la classe tous les petits pour leur raconter des histoires, un talent qu’elle maîtrise parfaitement ! Jusqu’au jour où une belle femme blanche lui propose de les accompagner en France, où elle pourra recevoir une meilleure éducation…

★★★★☆

Mais vous pensez bien qu’avec un titre pareil, Anthéa ne va pas juste aller à l’école et soudainement devenir brillante grâce à notre merveilleux système scolaire ? Si ? Alors vous êtes bien optimiste… Anthéa est une jeune fille à la vie simple, un peu effacée derrière l’exubérance de sa cousine qui prend toute la place, et qui se trouve face à un blocage quand il s’agit d’apprendre mais qui se révèle complètement lorsqu’elle s’improvise conteuse auprès des plus jeunes. Elle ne rêvait pas particulièrement de la France ou de n’importe quel autre pays, jusqu’à ce que ces Blancs riches proposent à sa famille de s’occuper de son éducation en Europe. Elle part, le cœur meurtri de quitter son pays natal, ses amis, ce garçon qui commençait à l’intéresser… Et se retrouve dans la banlieue parisienne, où la richesse de la famille en Afrique ne signifie plus rien dans cette France où le père se retrouve au chômage et la mère reprend son travail à la mairie, subvenant seule aux besoins de la famille. Progressivement, le statut d’Anthéa passe de collégienne à domestique… Passeport confisqué, téléphone surveillé, impossibilité de sortir de l’appartement, c’est insidieusement que les rouages se mettent en place et que la vie d’Anthéa passe de la promesse d’une vie meilleure à celle d’un esclavage moderne terrifiant.

Philippe Arnaud nous conte l’histoire d’une lente descente aux enfers, où la luminosité de la vie au Cameron s’assombrit, se noircit à mesure que nous suivons Anthéa dans la découverte de sa nouvelle vie en France. Construit comme un thriller, avec Anthéa comme seul point de vue, c’est la tension qui nous prend aux tripes, c’est elle qui nous fait deviner, qui nous fait vainement espérer que non, ce n’est pas ce qui va se passer, que ça n’ira pas jusque-là… La réaction de la famille, l’attitude de chacun de ses membres est d’une violence terrible, qui ajoute complètement au sentiment d’angoisse, d’inéluctable, d’impuissance du lecteur… Un roman à la construction impeccable, subtil et glaçant sur la violence faite aux femmes, le néo-colonialisme et l’esclavage moderne, qui nous offre malgré tout le portrait d’une jeune fille forte et généreuse, que l’espoir et la résilience ne quitteront jamais.

La proie, Philippe Arnaud (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 janvier 2019
9782377311804 – 16€
à partir de 14 ans
Son
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Lectures d’été #2

Deuxième et dernière partie des lectures d’été de Bob…eh oui, ça sent déjà la rentrée littéraire ! Mais vous verrez, il est encore question de pas mal de voyages et ceux qui aiment se faire du mal y trouveront aussi leur compte. 😛

Catégorie #vacances de la loose

Un mois à l’ouest

A l’époque où Internet, les SMS et Google Maps n’existaient pas encore (quand vos ados n’étaient même pas nés), Fred tombe amoureux d’une canadienne et décide d’aller la rejoindre. Sauf qu’en fait, la miss partageait pas franchement les sentiments, et notre pauvre garçon se retrouve tout seul à errer sur un continent bien loin de chez lui. Commence alors un road-trip entre Canada et États-Unis, où les quelques dollars en poche fondent comme neige au soleil et où gros ratages et belles rencontres se succèdent. Comme toujours, le style de Claudine Desmarteau est vif, incisif, rythmé et nous offre ici de belles tranches d’oralité québécoise. On se régale des tribulations de ce frenchie un poil loser, qui cache malgré tout une véritable profondeur. Des photos en noir et blanc, comme des petites respirations apaisantes dans la galère, parsèment ce road-trip qui sent le vécu !

Un mois à l’ouest, Claudine Desmarteau (Thierry Magnier)
disponible depuis le 18 avril 2018
9791035201470 – 14,50€
à partir de 15 ans
Y aller

On continue avec un autre loser du voyage : Solal, complètement accro aux jeux vidéo, et notamment à Zelda, qui décide un jour de tout arrêter, de se débrancher, et se lance dans un périple un peu fou : rejoindre le centre de la France, à Bruère-Allichamp. Équipé d’un sac à dos plus lourd que lui et de toute sa motivation, le garçon se lance, il y va ! Hervé Giraud nous offre un road-trip totalement décalé qui fonctionne à merveille : on rit de ce retour à la nature de ce geek un peu halluciné qui n’a que le monde de Zelda pour repère (et qui obtient d’ailleurs des « objets magiques » au fur et à mesure des rencontres de son périple) et on s’attendrit de sa naïveté et de son exaltation en toute situation. Une aventure initiatique jubilatoire !

Y aller, Hervé Giraud (Thierry Magnier)
disponible depuis le 16 mai 2018
9791035201777 – 12,90€
à partir de 13 ans

Catégorie #ouille, ça pique !

Les collisions

Quand deux lycéens de terminale L s’ennuient et décident de jouer les Merteuil et Valmont de leur classe, attendez-vous à un remake des Liaisons dangereuses où les lettres deviennent textos mais où la manipulation et la perversité sont exactement les mêmes ! Gabriel et Laëtitia n’ont absolument rien à envier à leurs aînés de fiction, et Joanne Richoux nous brosse un portrait à l’acide de cette jeunesse qui s’ennuie et qui n’a – presque – que faire des conséquences, nous montrant par là-même à quel point la transposition de la cour du XVIIIe siècle à cette classe de lycée est d’une étonnante modernité. Un roman terriblement dérangeant, mais tellement juste, porté par un style acéré, intransigeant, qui nous place dans la position non moins honteuse d’un voyeur impuissant qui se délecte des drames à venir. Une vraie claque !

Les collisions, Joanne Richoux (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 4 avril 2018
9782377310739 – 15,50€
à partir de 14 ans
Son
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Classiques illustrés (bis)

Il y a deux ans, nous vous proposions déjà une petite sélection de romans classiques illustrés, cadeaux parfaits pour les fêtes de Noël. Une nouvelle fournée pour cette saison avec toujours autant de beaux albums à offrir, pour le plaisir des yeux et de la (re)découverte de textes indémodables ! Bon, on ne vous remet par le Harry Potter illustré de l’année, vous l’avez déjà acheté, hein ? 🙂

Moby Dick

9782377310197,0-4371917

La célèbre histoire de la baleine blanche et de son poursuivant acharné est ici illustrée par Anton Lomaev, connu dans son pays pour avoir surtout illustré les contes de fées les plus célèbres. Avec ses crayons et son aquarelle, il nous propose des illustrations vibrantes et magnifiques, sublimées par un grand format qui rend véritablement hommage à la qualité de ses images. On ne peut que succomber au charme classique de sa peinture grâce à une illustration quasiment à chaque page, à ses portraits stupéfiants et à ses scènes de navigation somptueuses. Le texte, dans une nouvelle traduction, ne reprend pas tout à fait l’œuvre intégrale, mais voilà une belle façon de (re)découvrir le roman d’Herman Melville.

Moby Dick, Herman Melville, illustré par Anton Lomaev, traduit par Jean Muray (Sarbacane)
collection Les grands classiques illustrés
disponible depuis le 4 octobre 2017
9782377310197 – 29,90€
à partir de 11 ans
Vendredi ou La vie sauvage

9782081394438,0-4371168

Chez Flammarion, c’est Ronan Badel qui s’attaque à un autre monument de la littérature contemporaine (enfin…du siècle dernier, quoi) : Vendredi ou La vie sauvage, de Michel Tournier. Dans une palette de couleur restreinte, avec du bleu-vert pour dominante, Ronan Badel met son trait vif et plein d’humour au service de ce roman d’aventure qui célèbre la nature et la liberté. Là aussi un grand format qui permet d’apprécier l’histoire comme les dessins, entre vignettes et pleines pages, sur un papier bien agréable au toucher. Un véritable plaisir de relire ce roman découvert à l’école quand Bob était petit !

Vendredi ou La vie sauvage, Michel Tournier, illustré par Ronan Badel (Flammarion)
disponible depuis le 18 octobre 2017
9782081394438 – 19,90€
à partir de 10 ans
Alice & merveilles

9782278089284,0-4440920

Point de nouvelle édition avec Alice & merveilles (on triche un peu sur notre postulat de départ, du coup) mais une véritable réinterprétation de l’histoire d’Alice dans cet album CD d’une excellente qualité ! Le texte savoureux, moderne et virevoltant, entre théâtre et chanson, est proposé par Stéphane Michaka, les illustrations merveilleuses et tourbillonnantes de couleurs par Clémence Pollet et la musique swinguante de Didier Benetti est brillamment interprétée par l’Orchestre national de France et les solistes de la Maîtrise de Radio France. Une réussite à tous les points de vue, qui fait véritablement honneur au texte original de Lewis Carroll et à ses personnages. Rendez-vous sur le site de l’éditeur pour écouter quelques extraits et voir quelques planches de cet album joyeux et pétillant pour une fête de Noël de ouf !

Alice & merveilles, Stéphane Michaka d’après Lewis Carroll, illustré par Clémence Pollet (Didier jeunesse)
collection Albums-CD
disponible depuis le 2 novembre 2017
9782278089284 – 23,80€
à partir de 6 ans
Son
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Luna la nuit – Ingrid Chabbert et Clémentine Pochon

9782354190972,0-4356164

La nuit, Luna a peur et se cache sous une montagne de coussin, espérant retrouver le jour rassurant. Son père travaille toute la journée et sa mère est alitée, endormie par les médicaments. A l’école, elle a du mal à s’ouvrir aux autres, préfère rêver et prétendre que tout va bien. Jusqu’au jour où arrive Marie, l’autre fille de son père, qui va désormais vivre avec eux une semaine sur deux. Luna est plutôt contente, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que Marie aussi a peur la nuit…

★★★★★

Wow ! Ce fut ma première réaction, entre stupéfaction et frisson, lorsque je suis arrivée à la dernière page de cette bande dessinée. Est-ce que j’ai loupé des cases ? Pas bien regardé le dessin ou compris le texte ? Pas voulu voir, peut-être ? Ou étais-je volontairement induite en erreur parce que les auteurs ont choisi de montrer une chose plus qu’une autre ? Hum, vous devez être bien intrigués ! Et c’est très délicat de vous parler de cette BD sans vous ôter la surprise qui sera peut-être également la vôtre lorsque vous découvrirez ce magnifique album !

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Je me contenterais alors d’évoquer le texte d’Ingrid Chabbert, à la fois tout en retenue et d’une puissance évocatrice où l’on sent tout le mal-être et l’émotion à fleur de peau de cette enfant minée par l’angoisse, par cette mère totalement absente, incapable de sortir de son lit et qui ne sera même pas là pour la retrouver à l’hôpital quand elle se cogne brutalement contre un mur à l’école. Un texte en économie de mots, à l’image de la personnalité de Luna, effacée, triste et pourtant pleine d’imagination, de rêverie. Et puis il y a les dessins de Clémentine Pochon, dont c’est le premier album de bande dessinée, qui s’articulent à merveille avec le texte d’Ingrid Chabbert, qui montre ce qui n’est pas dit, qui suggère par un magnifique trait fin au noir et blanc, avec seulement quelques couleurs. Il y a de la délicatesse dans ses dessins, des émotions sublimes dans ses personnages, dans la compréhension entre Luna et Marie, et des images saisissantes, aussi bien dans la douceur que la brutalité.
Une bande dessinée superbe sur un sujet difficile, abordé avec finesse et pudeur, à découvrir absolument !

Luna la nuit, Ingrid Chabbert, illustré par Clémentine Pochon (Les Enfants rouges)
collection Isturiale
disponible depuis le 7 septembre 2017
9782354190972 – 15€
à partir de 12 ans
Son
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Le phénomène Philomène – Emmanuelle Cosso

9782848659404,0-4198015

Anatole est un ado un peu ailleurs, qui se prend la porte en plein nez, qui lit des mangas tout seul dans la cour et que tout le monde ignore un peu superbement… Sauf Juliette, apprentie journaliste qui a un faible pour le garçon. Un jour, pourtant, Anatole se découvre un talent particulier : il peut voir les fantômes ! Il rencontre ainsi Philomène, morte en 1870 dans un accident de la filature qui se trouvait à la place du collège…

★★★★☆

Et cette Philomène, c’est un vrai phénomène (ohohoh!) ! Du même âge qu’Anatole, c’est bien la première fois qu’un humain vivant peut la voir. Pour Anatole, c’est la révélation. Lui qui était rêveur, pas du tout ami des maths et de la géographie, voilà que, grâce à cette petite fantôme qui l’aide à se sortir de situations périlleuses face aux professeurs et à ses camarades, le garçon change… Ce que ne manque pas de repérer Juliette, qui connaît Anatole depuis toujours et nous raconte son étonnante histoire. Car si Philomène est particulièrement heureuse d’être enfin vue d’un garçon vivant, ses motivations à se lier à Anatole sont nombreuses. Et grâce à Philomène, Anatole va découvrir l’histoire de son collège, celle des enfants en 1870 et, peut-être, devenir un héros ?

Voilà un Pépix très différent des précédents titres de la collection ! Pas de bonus, pas d’humour débordant d’irrévérence (bien que Juliette soit une reporter pleine d’esprit et apporte pas mal d’humour au récit), mais une véritable histoire d’amitié inoubliable, d’aventure à hauteur d’ado rêveur et de secrets historiques tout plein d’émotion. Emmanuelle Cosso nous transporte par son écriture fluide et délicate et son histoire parfaitement construite dans laquelle les révélations s’égrènent au fil du récit, pour nous surprendre et nous émouvoir. Une jolie manière d’aborder la grande Histoire et la condition difficile des enfants de la fin du XIXe siècle. Les illustrations au crayon de Nathanaël Ferdinand complètent à merveille l’histoire dans toutes ses émotions, j’ai beaucoup aimé son style et son souci du détail (je n’avais pas remarqué qu’on voyait Anatole avec son pansement sur le nez – résultat de la porte prise dans la figure dès la première page – jusqu’à la fin du livre). C’est le premier roman d’Emmanuelle Cosso et ça ne présage que du bon pour la suite, j’ai été véritablement séduite par son écriture et son histoire intemporelle et pleine de charme !

Le phénomène Philomène, Emmanuelle Cosso, illustré par Nathanaël Ferdinand (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 6 juin 2017
9782848659404 – 10,90€
à partir de 9 ans
Son
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La bibliothèque des citrons – Jo Cotterill

Il n’y a pas que les oignons qui font pleurer quand vous les épluchez. Les citrons aussi, même quand on en a pas dans la vraie vie mais juste sur la couverture d’un livre, Bob peut en témoigner à grand renfort des mouchoirs…

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Calypso a dix ans, n’a aucun ami à l’école et se réfugie dans les livres de sa bibliothèque, hérités de sa maman décédée quelques années plus tôt. Elle vit seule avec son père, un écrivain qui s’est donné la tâche d’écrire une histoire encyclopédique du citron. Un jour, une nouvelle arrive à l’école. Elle s’appelle Mae et va bousculer les habitudes de la solitaire Calpyso, lui faisant découvrir toute l’étendue du mot « amitié ».

★★★★★

A la mort de sa mère, Calypso n’avait que cinq ans. Très vite, son père lui a appris à barricader ses émotions, à se montrer forte et ne pas pleurer à la moindre contrariété. Lui-même a fait la même chose et s’est abîmé dans son travail, la correction de manuscrits, puis l’écriture de son chef d’œuvre : un livre consacré aux citrons ! (Ne riez pas, c’est très sérieux !) Alors Calypso a grandi seule avec son père, et même seule avec elle-même et ses livres, ceux que sa mère avait quand elle était petite. Des classiques de la littérature anglo-saxonne qu’elle dévore et qui lui permettent de s’évader et d’apprendre tout un tas de choses. Si cette vie semble lui plaire, il y a pourtant des à-côtés pas très chouettes : il y a longtemps qu’on ne lui a pas acheté de nouveaux vêtements, son papa oublie souvent de faire les courses et c’est elle qui cuisine, ou plutôt qui fait griller les tartines avec du fromage fondu ou des restes de fond de placard. Mais tout cela lui semble « normal »…jusqu’au jour où elle fait la rencontre de Mae, qui veut très vite devenir son amie. Malgré ses réticences, Calypso va se laisser entraîner dans cette amitié naissante et découvrir qu’elle a beaucoup de choses en commun avec la nouvelle, à commencer par l’amour des livres et des mots. Au fur et à mesure que leur complicité grandit, Calypso va progressivement se rendre compte que sa vie avec son père n’est pas véritablement « normale » et qu’un papa ne devrait pas autant laisser seul son enfant…

La bibliothèque des citrons est un coup au cœur, une lecture qui ne peut pas vous laisser insensible, Bob en avait d’ailleurs les yeux très très humides (mais comme il lisait dehors, c’était à cause du vent, hein !). Jo Cotterill nous émeut par cette description d’une relation inversée entre un père enfermé dans son chagrin contenu et une petite fille qui a du grandir trop vite et assumer son quotidien et celui de son père toute seule. Il n’y a aucun pathos, aucune volonté de faire pleurer dans les chaumières mais une réflexion sensible et intelligente sur notre façon de gérer le deuil, sur l’importance de s’ouvrir aux autres, de demander et d’accepter de l’aide, et sur la puissance de l’amitié. L’écriture est toute en retenue et pleine de douceur, à l’image de Calypso, et c’est sans doute aussi ce qui la charge émotionnellement. Il y a également l’atmosphère, cette maison un peu perdue au fond d’un jardin où la nature a repris ses droits, où il fait froid, son allure de demeure ancienne, voire hantée, où se trouvent tous les vieux livres de sa mère (des classiques que l’on a d’ailleurs bien envie de découvrir pour ceux qu’on ne connaît pas). La solitude de cette petite fille nous transperce et son amitié avec Mae, salutaire et généreuse, lui ouvre les yeux et le cœur et lui apporte l’espoir de surmonter enfin ce chagrin aux côtés de son père. La bibliothèque des citrons est un roman bouleversant et débordant d’amour, à lire absolument !

La bibliothèque des citrons, Jo Cotterill, traduit par Charlotte Grossetête (Fleurus)
disponible le 14 avril 2017
9782215133315 – 16,90€
à partir de 10 ans
Son
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La petite romancière, la star et l’assassin – Caroline Solé

Il y a deux ans, Caroline Solé sortait un premier roman percutant qui avait beaucoup plus à Bob. Cette année, elle récidive avec un roman au titre tout aussi long, toujours aussi percutant et avec une nouvelle manière d’aborder l’adolescence et la célébrité…

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Cheyenne a quinze ans et décide de mettre à profit les vacances sans sa famille pour réaliser son funeste projet : en finir avec la vie. Mais voilà que la célèbre actrice qui vit en face de chez elle débarque dans sa belle villa et que, une nuit, Cheyenne est témoin d’une scène étrange : un homme enterre le cadavre d’un enfant dans le jardin…

★★★★☆

C’est un rapport de police, mentionnant la découverte du cadavre d’un enfant dans la poche duquel figurait le portait de la star, qui ouvre le roman où les trois personnages principaux vont être interrogés. On commence avec Cheyenne, jeune fille mal dans sa peau qui voulait profiter de l’absence de sa famille pour mettre fin à ses jours mais qui, faute d’un peu plus de courage, se met à jouer les Fenêtre sur cour. Puis c’est au tour de Tristan, assistant de la star qui vit en face de chez Cheyenne, de raconter sa présence dans cette histoire et son désir de devenir cinéaste. Et enfin l’actrice, celle dont tout le monde parle et dont personne ne sait véritablement rien de sa triste vie. Comment ses trois personnages totalement différents peuvent-ils être liés ? Ont-ils vraiment quelque chose à voir avec le cadavre repêché de cet enfant ?

C’est bien la question qui nous taraude jusqu’à la fin du roman. Car, de déposition en circonvolutions, chacun des personnages va nous révéler bien plus que ce qu’ils pensent. Cela ne sera sans doute d’aucune aide à la police pour résoudre son affaire, mais cela nous ravira, nous lecteurs, de découvrir l’envers du décor, comment l’une assiste à une scène terrible, comment l’autre révèle la vérité sur son geste et comment la dernière observe malgré son absence. Ce procédé du huis-clos de la salle d’interrogatoire où chacun parle sans s’arrêter, jamais interrompu, fonctionne particulièrement bien, faisant monter la tension, nous emmenant sur des fausses pistes et révélant petit à petit le fin mot de l’histoire. Mais là où Caroline Solé est vraiment forte, c’est dans sa dépiction de l’adolescence et de ses affres, la dépression terrible dont souffre Cheyenne, la marginalité (on remarquera d’ailleurs que Christopher n’est pas loin…), la solitude induite par la célébrité. Des thèmes déjà abordés dans son précédent roman, qui trouvent une toute autre dimension dans ce récit à plusieurs voix particulièrement touchant.

La petite romancière, la star et l’assassin, Caroline Solé (Albin Michel Jeunesse)
collection Litt’
disponible depuis le 29 mars 2017
9782226396716 – 12€
à partir de 13 ans
Son
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Chaton pâle et les insupportables petits messieurs – Gaëlle Duhazé

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Chaton Pâle vit tout seul dans sa maison à l’orée de la forêt. Il passe tout son temps à ranger et nettoyer sa maison, faire la cuisine et lire des livres plein d’aventures. Parfois, il aimerait sortir ou rendre visite à son amie Mouffette mais alors apparaissent des petits messieurs insupportables qui le dissuadent de quitter sa maison…

★★★★☆

Que faire quand l’angoisse nous tenaille dès qu’on veut mettre le pied dehors ? Ou que l’on veut commencer quelque chose d’un peu grandiose ? C’est bien tout le problème de Chaton Pâle, un petit chat qui a la goutte au nez, qui s’occupe autant que possible avec des tâches ménagères et qui paraît bien tristounet avec son allure misérable. Et ce ne sont pas ces insupportables petits messieurs qui vont l’aider à se prendre en main. Car chaque fois que Chaton Pâle décide de faire autre chose que les poussières ou des gâteaux, une horde de personnages humanoïdes et plutôt diaboliques « poppent » (oui, on invente des verbes, on fait ce qu’on veut chez Bob et Jean-Michel) autour de lui et se mettent à râler, à trouver des excuses terrifiantes pour ne pas sortir de la maison, à dire que tout est nul… Alors le jour où tombent accidentellement du ciel Grand-Mère Chat du Pissenlit et sa corneille Myrtille, je peux vous dire que les insupportables petits messieurs vont hurler tout ce qu’ils peuvent pour empêcher Chaton Pâle de lui ouvrir la porte. (Bon, après, c’est vrai que quand on voit Grand-Mère Chat énervée, on pourrait un peu avoir peur de lui ouvrir…je dis ça, je dis rien…) Mais heureusement pour Chaton Pâle et notre histoire, il va ouvrir à cette vieille dame accidentée et voir ainsi son existence bouleversée…

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Je vous laisse découvrir le reste de cette histoire savoureuse dans ce très bel album sur le dépassement de l’angoisse et l’apprentissage de la confiance en soi. Un album qui emprunte aussi quelques codes à la BD et peut être tout à fait lu en première lecture comme un roman ! Le texte est en effet plutôt dense mais plein d’humour et de simplicité. Les illustrations sont, elles, absolument superbes et géniales ! J’ai particulièrement aimé les différents insupportables petits messieurs, certains sont terrifiants, d’autres plutôt rigolos et d’autres encore ressemblent à des gens qu’on connaît et dont le caractère concorde plutôt bien avec ces petits démons… Des images éclatantes et pleines de douceur au crayon et à l’aquarelle qui fourmillent de détails et qui offrent à l’album un final heureux et épanouissant pour Chaton Pâle qui en ressort grandi. Si vous ne connaissiez pas Gaëlle Duhazé, c’est maintenant chose faite ! 🙂

Chaton pâle et les insupportables petits messieurs, Gaëlle Duhazé (HongFei cultures)
disponible depuis le 15 septembre 2016
9782355581175 – 14,50€
à partir de 6 ans