Son
1

La sauvageonne – Anne Schmauch

Fleur vit dans une station-essence avec son frère Kilian, prodige du violon, sa mère qui gère la boutique et son père, pompiste et garagiste. Mais depuis de nombreuses années, la station n’attire plus personne et il est difficile de s’en sortir… Fleur et son frère ne rêvent que d’une chose : se tirer de là et monter à Paris, d’autant plus que Kilian a la possibilité de passer le concours du Conservatoire. Le jour où un malfrat vient s’échouer chez eux avec une valise pleine de billets, Fleur et Kilian décident de prendre la tangente…

★★★★☆

Première incursion d’Anne Schmauch dans le roman adolescent après l’excellent Mémé Dusa dans la collection Pépix, l’autrice quitte le registre de l’humour pour un texte beaucoup plus sombre et survolté, sur la quête de liberté de deux adolescents. On commence dans un cadre étonnant : celui d’une station-service perdue dans la cambrousse, entre Laon et Maubeuge, où la vie de Fleur se limite à une montagne de pneus d’un côté et à une odeur tenace d’essence de l’autre avec un père macho et tyrannique entre les deux. Vous aussi ça vous donnerait envie de vous tirer, non ? Quand l’opportunité se présente, si le vent de la liberté souffle très fort, tout comme la promesse d’une vie dorée, Fleur, son frère et leur copain de vacances et d’enfance Rodrigue se retrouvent finalement dans un environnement sans doute aussi gris et empuanti qu’avant : un vieil immeuble crado de Bagnolet avec vue plongeante sur l’autoroute A3. Gaz d’échappements et bruits de circulation ne vont pas les empêcher de continuer à croire à l’impossible. Sauf que ! Dépenser des billets volés, surtout des grosses coupures, c’est pas simple. Et quand on a jamais eu autant d’argent entre les mains, difficile de faire comme si un billet de 500 c’était la routine. On essaye de se faire à cette nouvelle vie qui commence et on fait également des rencontres. La plus marquante étant celle avec un petit groupe de graffeurs qui tente de survivre grâce à des petites combines sur l’autoroute. Et on se retrouve à nouveau dans un environnement totalement inédit, parallèle, invisible… C’est en fait l’une des grandes forces de ce roman que ces lieux inhabituels, habités de personnages bizarres, fantomatiques, terrifiants et, parfois, amicaux. L’autre force de La sauvageonne, c’est sa galerie de personnages, depuis la bagarreuse Fleur jusqu’aux rôles secondaires, dont l’épaisseur malgré leur nombre rend le texte particulièrement bien tenu. Enfin, Anne Schmauch maîtrise parfaitement son action, et ses scènes d’action, pour un rendu aussi brutal qu’efficace. Vaut mieux pas lui chercher des noises à la petite Fleur ! 😛

La sauvageonne, Anne Schmauch (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 mai 2018
9782377311002 – 15,50€
à partir de 14 ans
Son
2

Le trésor de l’île sans nom – Gilles Abier

Il existe une île sans nom, qu’on ne trouve sur aucune carte du monde connu, et sur laquelle un volcan éteint cache le trésor d’une bande de pirates. Et pendant que ces derniers écument les mers, leurs enfants attendent sagement sur cette île… ou presque ! Car des navires s’approchent parfois dangereusement des côtes de l’île et les jeunes habitants, aidés de leurs précepteurs et surveillants, usent de stratagèmes pour éloigner les opportuns ! Jusqu’au jour où un capitaine espagnol ne se laisse pas démonter…

★★★★★

On connaissait Gilles Abier pour ses romans sensibles, sur l’adolescence ou pour les plus jeunes, le voici désormais sabre au clair et à la barre d’une caravelle qui pourfend les vagues, direction l’aventure ! 😮 Les pirates se font plutôt rares dernièrement en littérature jeunesse, et il était temps de nous proposer un roman aussi palpitant et bien tourné, pour les plus jeunes lecteurs. Gilles Abier nous embarque donc dès les premières lignes dans cet univers passionnant, à la rencontre d’une bande de gosses échoués sur le sable, laissés à l’arrière par leurs parents bandits des mers, toujours à la recherche de trésors à amasser. Des enfants qui aimeraient bien eux aussi traverser les mers et vivre des aventures incroyables, pleines de combats et d’or étincelant. Mais leurs parents ont d’autres projets pour eux et, surtout, des adultes sont là pour les surveiller, depuis leur préceptrice qui leur inculque les bonnes manières à la cuisinière revêche en passant par le garde du volcan. On s’attache à leurs caractères différents et à leurs histoires personnelles et on se laisse entraîner dans la plus grande aventure de leur vie : défendre leur île contre l’envahisseur !

Gilles Abier réussit admirablement à nous tenir en haleine de bout en bout, à redoubler d’inventivité et d’ingéniosité pour nous révéler les choses au bon moment, pour nous décrire une île sur laquelle on rêve de se rendre et pour nous faire passer l’un des meilleurs moments de lecture de la saison ! Et puisque le roman est génial, les illustrations ne pouvaient que l’être tout autant ! Le style de Mini Ludvin, que j’ai trouvé assez proche de l’animation japonaise, colle parfaitement à l’univers de la piraterie et ses aquarelles sont un petit bonheur : on en regrette presque que les couleurs si chouettes de la couverture ne se retrouvent pas dans les illustrations intérieures.
En bref, un excellent roman d’aventures à emporter obligatoirement avec vous à la plage, ça vous donnera assurément des idées ! Et Gilles, on en veut d’autres ! 😛

Le trésor de l’île sans nom, Gilles Abier, illustré par Mini Ludvin (Poulpe fictions)
disponible depuis le 3 mai 2018
9782377420377 – 9,95€
à partir de 9 ans
Son
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L’espoir sous nos semelles – Aurore Gomez

Après on long silence radio dont nous sommes bien désolées, Bob & Jean-Michel reprend du service et…été oblige, on vous invite à cliquer sur le petit visuel à droite pour découvrir notre sélection d’ouvrages à emporter avec vous en vacances ! 😀

***

Pour sauver sa famille de la pauvreté, Juno s’inscrit au « trek du Pownal », une course en montagne de 1000 kilomètres, suivie par les internautes, où s’affrontent 30 concurrents. Au bout de cette course : une rondelette somme d’argent pour le vainqueur.

★★★★☆

Après la mort de sa mère et de sa grande sœur, prodige de l’alpinisme, le père de Juno est tombé dans la dépression, délaissant travail et famille. La jeune fille a du abandonner ses études pour subvenir aux besoins de ses frère et sœur, et travaille à la conserverie locale. Lorsqu’elle découvre une publicité pour le fameux trek de Pownal, il ne lui faut pas longtemps pour décider de tenter sa chance. Commence alors pour elle une aventure tant sportive qu’humaine.

Roman d’aventure psychologique, on pense forcément à Hunger Games pour le côté 30 ados en liberté dans une course contre la montre. Pourtant, la comparaison s’arrête là : point de meurtres ou de dangers vicieux. Seule la nature et les autres concurrents sont susceptibles de mettre des bâtons dans les roues de Juno. Car, si elle n’a jamais montré de facultés particulières pour la marche en montagne, sa détermination est forte et la porte vers l’avant. C’est d’ailleurs le grand point fort de ce roman que ce personnage, cette jeune fille qui chemine vers une vie meilleure. On s’attache instantanément à elle, à ses blessures, à son courage et à sa profonde humanité. On se laisse embringuer dans cette marche de l’espoir, où Juno se retrouve face à elle-même, se lie avec d’autres concurrents, s’attire l’animosité de certains ou doit composer avec la stratégie de ceux qui veulent gagner coûte que coûte.
Et là où Aurore Gomez réussit à nous transporter encore plus, c’est dans le récit de ce trek, sur cette île fictive en pleine nature, où tout est savamment dosé. Randonner dans des espaces sauvages ou balisés n’est pas facile, et l’autrice parvient à amener le danger là où il faut et quand il faut, et tient son suspense jusqu’à la fin de la course. Mais celle-ci n’est pas une fin en soi, et c’est toute la finesse des relations tissées au fil de l’épreuve qui vont apporter de toutes nouvelles perspectives à l’endurante et battante Juno. Un excellent premier roman !

L’espoir sous nos semelles, Aurore Gomez (Magnard)
disponible depuis le 10 avril 2018
9782210965263 – 15,90€
à partir de 12 ans
Son
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Solaire – Fanny Chartres

9782211235129,0-4913946

Ernest et Sara vivent avec leur mère depuis le divorce de leurs parents. Mais leur maman ne se remet pas de cette séparation et fait vivre à ses enfants des moments difficiles. Depuis quelques temps, Sara fond à vue d’œil et, lorsqu’elle fait un malaise au lycée, c’est le signal d’alarme pour Ernest. Le petit garçon va tout faire pour redonner le goût à sa sœur, et pas seulement celui des aliments, mais aussi celui de la vie…

★★★★★

Après le très beau J’ai suivi un nuage, de Maëlle Fierpied, l’école des loisirs nous propose un nouveau roman sur le même thème : la maladie d’un parent qui se répercute sur les enfants. Et tout comme sa consœur, Fanny Chartres parvient avec une grande sensibilité, une parfaite justesse et une immense douceur à retranscrire cette dépression et ses conséquences sur des enfants qui doivent apprendre à grandir tous seuls, sans l’aide de leur mère. Ils ont pourtant un père, qu’ils ne voient que le week-end, qu’ils craignent pourtant de retrouver – malgré leur enthousiasme – car cela signifie qu’ils vont laisser leur mère seule et que cette dernière le leur reprochera. Une situation difficile, terrible, pour ces deux enfants et qui, pour Sara, va l’amener à elle aussi se rendre malade. Ernest, lui, comprend très vite que sa sœur ne va pas bien et, bientôt, il aperçoit un loup qui rôde autour de sa sœur, un loup qui lui dit des méchancetés et cherche à le déstabiliser. Ce loup, c’est celui qui se croit le plus fort, c’est le héros d’une histoire de Mario Ramos qu’Ernest découvre à la BCD. Car l’originalité et la beauté du roman de Fanny Chartres, c’est aussi ce personnage du loup, et un peu après celui d’un bon gros géant, ces personnages fictionnels qui vont mettre des bâtons dans les roues du garçon ou bien tenter de lui donner les armes pour se sortir de cette situation : demander de l’aide.

Illustré tout en rondeurs et en douceurs par l’excellente Camille Jourdy, Solaire est un merveilleux roman qui, malgré son thème extrêmement dur, ne tombe à aucun moment dans le jugement ou le misérabilisme. On admire la plume de Fanny Chartres et ses personnages magnifiquement construits : le courageux Ernest, la fragile Sara et leur très belle relation frère/sœur ; et tous les personnages secondaires qui gravitent autour de leur histoire. Un roman émouvant et véritablement lumineux. ❤

Solaire, Fanny Chartres, illustré par Camille Jourdy (L’école des loisirs)
collection Neuf
disponible depuis le 4 avril 2018
9782211235129 – 12,50€
à partir de 9 ans
Son
1

Le veilleur des brumes, t.1 – Robert Kondo et Dice Tsutsumi

9782745994998,0-4784490

Dans un monde où les Brumes ont tout envahi, tout tué, le petit village de Val-de-l’Aube est le dernier bastion de la vie, protégé par le Barrage, qui repousse les brumes toutes les douze heures. Pierre est le responsable de ce barrage, il est le Veilleur de Brumes, une responsabilité bien grande pour un enfant seul.

★★★★★

OH LA VACHE ! Quelle sublime bande dessinée ! Adapté d’un court-métrage d’animation réalisé par les deux auteurs, et très justement récompensé (dont un Oscar, quand même), ce petit album est tout simplement bouleversant de beauté. Petite bande-annonce du court-métrage pour commencer :

Dans ce petit village protégé de la terrible menace des Brumes grâce au barrage construit par son père, Pierre est un élément indispensable de la communauté. Et pourtant, tout le monde semble avoir oublié : aussi bien l’instabilité de leur situation que le travail inestimable du petit garçon. Car voilà un moment qu’il veille seul au bon fonctionnement du moulin et du barrage. Son père a disparu, avalé par les Brumes. La mort de sa femme, la mère de Pierre, lui a été difficile à accepter et c’est sans doute sans toute sa tête qu’il a laissé Pierre tout seul. Le garçon fait depuis son travail aussi bien qu’il le peut, alternant entre l’école, où tout le monde semble l’ignorer sauf la pétillante Roxane, et le moulin, où il doit remonter le mécanisme toutes les douze heures. Mais voilà que bientôt, Pierre remarque une chose étonnante : les Brumes agissent désormais comme des vagues, elles se retirent peu à peu pour venir se fracasser brutalement contre le barrage. Jusqu’au jour où la vague est beaucoup plus forte que ce que Pierre pensait…

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Je vous le redis pour être sûre que vous le compreniez bien : cette BD est absolument SUBLIME ! Tant par son traitement graphique, avec une profonde douceur dans le trait, un très beau jeu sur le clair-obscur et le noir, que par son scénario où les émotions côtoient la quête initiatique qui attend notre jeune héros. Pour être honnête, le début est très sombre, l’histoire de Pierre nous prend littéralement aux tripes et titille nos glandes lacrymales. Un petit garçon qui a grandi bien plus vite que prévu, qui ne se doute certainement pas de son incroyable courage et qui nous touche au plus profond. Ce premier tome d’une saga oscillant entre fantastique et science-fiction est à ne pas manquer ! Un véritable bijou de beauté, de magie, de poésie, d’émotion. ❤

Le veilleur des brumes, t.1, Robert Kondo et Dice Tsutsumi, traduit par Aude Sécheret (Milan)
collection Grafiteen
disponible depuis le 7 mars 2018
9782745994998 – 16,50€
à partir de 10 ans
Son
2

Les filles de l’astrologue, t.1 – Laurence Schaack et Françoise de Guibert

9782700256215,0-4784569

France, XVIIe siècle : une ordonnance royale signée par Louis XIV interdit la pratique de toute forme de magie et de divination. Les astrologues font également partie de cette chasse aux sorcières et Germain Lavol de Sauvagnac est ainsi arrêté et emprisonné, laissant seules ses trois filles et leur cousine. Elles sont bientôt contraintes de quitter le domaine familial et, séparées, toutes vont tenter de se rejoindre et de libérer leur père et oncle. Les astres leur seront-ils favorables ?

★★★★★

Elles sont quatre : Thérèse, l’aînée, guérisseuse qui a pris le rôle de mère pour ses sœurs ; Ariane et Philomène, jumelles aux caractères diamétralement opposés, là où la première est studieuse et travailleuse, l’autre est sauvage et casse-cou ; et enfin Soledad, la cousine chassée d’Espagne, dont la frivolité n’a d’égale que la beauté…et la ruse ! Grâce à leurs qualités très différentes et à cause de leur expulsion du domaine familial, les quatre filles vont devoir rivaliser d’intelligence et de débrouillardise pour parvenir à leur objectif : sauver Germain, leur père et oncle, du procès – et sans doute de la terrible sentence – qui l’attend. Car les temps sont durs pour ceux qui pratiquent l’astrologie et les charlatans comme les astrologues respectables sont mis dans le même panier. Et quand tous les soutiens sur lesquels les quatre filles pouvaient compter les laissent tomber, leur séparation devient une nécessité. Commencent alors de très nombreuses aventures, qui vont les faire voyager de leur Tarn natal jusqu’à Paris, où tout se jouera sans doute auprès du roi !

Un premier tome passionnant et prometteur ! Dans un contexte historique déjà souvent exploité en littérature jeunesse, Laurence Schaack et Françoise de Guibert nous font découvrir l’astrologie et sa pratique au XVIIe siècle. Science ou croyance, réalité et mystification, qu’importe, on y découvre un monde totalement nouveau, source d’excitation (merci Soledad qui n’aide pourtant pas à dorer le blason de la profession) ou de frisson (on a hâte d’en savoir plus sur Philomène). Les deux autrices mènent tambour battant leur histoire et nos quatre héroïnes vont de péripéties en concours de circonstances, pour notre plus grand plaisir de lecture ! Car ce que Laurence Schaack et Françoise de Guibert ont construit est surtout un véritable roman d’aventures, qu’on ne lâche à aucun moment ! L’histoire est lancée, la grande Histoire est en marche également, nos héroïnes ont déjà traversé de nombreuses épreuves et ce premier tome nous a déjà régalé par la richesse de son univers, de ses intrigues et de ses personnages. On attend désormais avec impatience le deuxième tome, qui paraîtra au solstice d’été de cette année ! Oui oui ! Trop bien ! 😛

Les filles de l’astrologue, t.1, Laurence Schaack et Françoise de Guibert (Rageot)
disponible depuis le 21 mars 2018
9782700256215 – 14,90€
à partir de 12 ans
Son
0

Pour un œil de poupée – Marina Cohen

9791035201319,0-4694227

Hadley emménage dans une nouvelle maison avec sa mère, son beau-père Ed et son fils Isaac, âgé de six ans. Fâchée et boudeuse depuis que sa mère la délaisse complètement pour cette nouvelle famille, Hadley finit par découvrir dans le grenier une magnifique maison de poupée, réplique exacte de sa nouvelle demeure, dans laquelle sont posées trois poupées formant une famille idéale. Lorsque la jeune fille formule le vœu que sa famille ressemble à celle des poupées, elle ne se doute pas que son monde va basculer…

★★★★☆

Ceux qui ne se sentent pas très à l’aise sous le regard de verre des poupées devraient frissonner en lisant ce roman prenant à l’atmosphère délicieusement terrifiante. Qui, après une dispute avec sa famille, ne s’est jamais dit « ah si seulement ma mère était plus comme ci ? si seulement mon père était comme ça ? et si je n’avais pas de sœur ou de frère !? » Attention aux souhaits que l’on exprime, nous disent parfois certains dictons. Et c’est précisément ce que dit également Grace, la meilleure amie mystique un peu hippie de la maman de Hadley à la jeune fille lors de sa visite dans leur nouvelle maison. Mais Hadley, toute gamine qu’elle est, ne peut s’empêcher de formuler des souhaits sous le coup de la colère, sans se rendre compte qu’une étrange magie est à l’œuvre dans cette maison réputée maudite, de laquelle un nombre incalculable de familles se sont enfuis. Et c’est sans compter ces poupées trop ressemblantes sculptées par la vieille dame qui habite au-dessus du garage, ou cet étrange œil de verre trouvé en même temps que la maison de poupée, qui semble détenir un drôle de pouvoir… Bientôt, Ed et Isaac disparaissent, comme effacés de la mémoire de tous et Hadley se retrouve seule avec sa mère, pour son plus grand plaisir…jusqu’à ce qu’elle souhaite que son vrai père vive avec elles…

Il y a dans Pour un œil de poupée un petit air de Coraline qui ravira assurément ceux qui ont lu cette excellente histoire de Neil Gaiman. Pour les autres, ce sera l’occasion de découvrir un roman fantastique où l’effroi n’a d’égal que le suspense qui nous tient jusqu’au dénouement. Des flashbacks du temps des premiers propriétaires de la maison permettent de lever le voile sur l’histoire de cet endroit, sur les croyances issues du folklore allemand, tout en ajoutant des pièces au puzzle qui se construit sous nos yeux. Un roman qui, par l’épouvante, nous interroge aussi sur la famille et les relations que l’on a – ou pas – avec chacun de ses membres et sur le bonheur. Et qui vous fera réfléchir à deux fois avant de souhaiter de changer de parents parce que les vôtres sont nuls ! 😛

Pour un œil de poupée, Marina Cohen, traduit par Valérie Dayre (Thierry Magnier)
disponible depuis le 21 février 2018
9791035201319 – 16,40€
à partir de 12 ans
Son
0

Le célèbre catalogue Walker & Dawn – Davide Morosinotto

9782211233682,0-4787548

P’tit Trois, Eddie, Julie et Min sont des enfants du bayou. Quatre amis inséparables qui trouvent un jour 3$ dans une vieille boîte en fer. La richesse pour ces gamins qui s’empressent alors de commander un article dans le Célèbre catalogue de Walker & Dawn, qui permet à tous les américains d’acheter ce qu’ils veulent par correspondance. Mais lorsque leur colis arrive enfin, les quatre amis découvrent une montre cassée à la place du revolver qu’ils avaient commandé… C’est le début d’une grande aventure qui va les mener de leur bayou natal à la grande ville industrielle de Chicago.

★★★★★

Amateurs de romans d’aventures et de gosses débrouillards à la Marc Twain, ce livre est fait pour vous ! Raconté alternativement par P’tit Trois, l’aventurier casse-cou du groupe, Eddie, le binoclard shaman des marais, Julie la jolie rouquine mais aussi la plus intelligente, et enfin Min, son petit frère Noir qui ne parle pas, le récit de Davide Morosinotto nous transporte dans une Amérique du début du 20ème siècle où quatre gosses pauvres des bayous vont se lancer dans une grande aventure où ils découvriront des choses inédites et merveilleuses. Mais pas que ! Car cette monstre cassée qu’ils ont reçu dans leur colis et qu’ils espèrent bien pouvoir échanger se trouve être l’objet d’une bien vaste affaire et tout le monde ne leur veut pas du bien…

Dans ce très grand et superbe roman d’aventures, Davide Morosinotto nous propose ainsi de voyager dans l’Amérique du siècle dernier, à travers cet étonnant Célèbre catalogue de Walker & Dawn qui montre l’essor du commerce, de l’industrialisation et du capitalisme et, à travers ses personnages, de la vie et des mentalités de l’époque. Une immersion totale dans cette période historique à laquelle chaque personnage qui raconte apporte sa réflexion, son passé propre et ses espoirs. Ce changement de narrateur à chaque partie du roman permet ainsi de ne jamais s’essouffler dans le récit et, surtout, de s’attacher à chacun des personnages, à leur insouciance ou à leur gravité, à leur émerveillement et leur désir de liberté. Bien que le roman soit un vrai pavé, le rythme est excellent, on ne s’ennuie jamais et on se laisse totalement emporter par toutes ces aventures étonnantes, grisantes et parfois terrifiantes. On apprécie également tout le travail graphique autour de l’histoire, depuis la reproduction des articles du Célèbre catalogue, des cartes géographiques ou d’articles de journaux jusqu’à cette très belle couverture à rabats.

Un roman absolument captivant ! Vous aussi, laissez la moiteur du bayou et montez dans un bateau à aube, un train de marchandises ou l’une de ses incroyables automobiles pour vivre l’aventure qui vous rendra riche !

Le célèbre catalogue Walker & Dawn, Davide Morosinotto, traduit par Marc Lesage (L’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 21 février 2018
9782211233682 – 18€
à partir de 12 ans
Son
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Soixante-douze heures – Marie-Sophie Vermot

9791035201357,0-4694228

72 heures. C’est le temps dont dispose Irène, 17 ans, qui vient d’accoucher d’un petit garçon, pour revenir sur la décision qu’elle a prise depuis le jour où elle s’est rendu compte de sa grossesse. Elle accouchera sous X. Dans sa chambre d’hôpital, en attendant de sortir et de signer les papiers qui permettront à son enfant d’être adopté, Irène repense à ces derniers mois de sa vie, qui a révélé et changé beaucoup de choses autour d’elle…

★★★★★

Irène est une jeune fille discrète, bonne élève, qu’on ne remarque pas tellement mais qu’on imagine mal faire une « erreur ». Mais un jour, chez sa grand-mère, Irène rencontre un voisin, Alban, un garçon qui aime cette maigreur qu’on lui reproche et la fait se sentir désirable. Ils font l’amour, sans réellement se poser de questions, mus par le désir – et oubliant de se protéger. C’était la première fois pour Irène et, comble de malchance, elle tombe enceinte ! Alors qu’elle sent l’enfant grandir en elle, Irène prend une décision. Elle n’avortera pas, elle mènera sa grossesse à son terme et accouchera sous X. Une annonce à la famille de son état, puis sa décision, chamboulent tout dans la vie d’Irène. Et alors que l’adolescente vient tout juste d’expulser le bébé de son corps, alors qu’elle se remet doucement de cette expérience sur son lit d’hôpital, alors qu’elle attend impatiemment la fin des 72 heures qui marqueront l’abandon de son enfant, elle nous raconte comment cet événement a fait exploser les barrières autour d’elle.

Sur le thème de la maternité et de la grossesse adolescente, Marie-Sophie Vermot nous livre un portrait bouleversant de cette jeune fille dont la décision pourtant bien claire pour elle est sans cesse remise en cause par les autres. Le récit se déroule sur les 72 heures où Irène est à l’hôpital, attendant de poser un point final à son accouchement sous X et l’on se laisse totalement emporter par le flot de ses souvenirs, de ses impressions, de ses découvertes sur sa famille qui n’ont fait que renforcer sa décision, et sur cet amour qu’elle porte malgré tout à cet enfant qui a grandi en elle. Une alternance entre l’avant et le maintenant qui fonctionne parfaitement, qui semble parfois semer le doute dans l’esprit de la jeune fille, et qui explique sa décision. Les réflexions sur le désir, sur la réputation d’une grossesse adolescente, sur l’abandon, sur la famille, sont particulièrement subtiles et j’ai également beaucoup aimé cette description de l’accouchement, un événement qui passe souvent bien vite dans les histoires, et qui nous est raconté ici dans ce qu’il a de plus cru.
Un roman magnifique, une écriture sensible et intime sur un sujet peut-être souvent déjà abordé mais raconté ici avec intelligence, sans jugement. Saluons enfin la très jolie illustration de couverture d’Édith Carron, en parfaite adéquation avec le contenu du roman, et le ressenti de lecture. Un très très beau livre. ❤

Soixante-douze heures, Marie-Sophie Vermot (Thierry Magnier)
disponible depuis le 14 février 2018
9791035201357 – 13€
à partir de 14 ans
Son
1

Polynies : une nouvelle collection de romans chez MeMo !

Vous connaissez sans aucun doute le travail des éditions MeMo et de leurs magnifiques albums où l’on retrouve des auteurs et illustrateurs comme Mélanie Rutten ou Emilie Vast pour les plus contemporains, ou encore Remy Charlip ou Maurice Sendak pour ceux un peu plus anciens… Cette année, les éditions MeMo lancent leur toute première collection de romans, Polynies, dirigée par Chloé Mary (ancienne éditrice à l’école des loisirs), qui proposera des romans à partir de 7 ans et jusqu’à l’adolescence. Couvertures à rabats, tranches colorées, on y retrouvera tout le soin que la maison apporte déjà à ses albums. En janvier sont parus les deux premiers romans de la collection, à destination des plus jeunes, que l’on vous présente ici, et autant vous dire qu’on a hâte de découvrir la suite ! 😛 Pour en savoir plus sur la collection et découvrir déjà de nombreux bonus, rendez-vous sur le blog dédié ou bien sur l’édition numérique des Nouvelles de Polynies.

Truffe et Machin

9782352893646, 0-4693737Aujourd’hui, Truffe et Machin, les deux frères lapins, s’ennuient. Rien à faire et aucune idée pour se lancer dans une aventure trépidante ! Alors qu’ils errent le long de l’ancienne voie ferrée, Truffe a soudain le début d’une idée, mais le ventre gargouillant de son frère la lui fait oublier et les deux lapins se mettent alors à la recherche de cette idée qu’ils imaginent merveilleuse…

★★★★☆

« Retrouver l’idée perdue » est la première des histoires de Truffe et Machin, qui en compte trois. Entre jeux d’enfants et idées saugrenues, Emile Cucherousset nous fait découvrir avec un style vif et plein d’humour le petit monde de deux lapins jamais bien loin de leur maman et de leur terrier. Un univers tout en douceur et en couleurs que les illustrations de Camille Jourdy complètent à merveille, faisant partie intégrante des histoires. On se laisse emporter dans ces petits bouts de vie plein de fantaisie et de bonheur. Une première lecture sans doute plus exigeante que les autres, mais qui ravira les amateurs d’histoires tendres et colorées.

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Truffe et Machin, Emile Cucherousset, illustré par Camille Jourdy (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 18 janvier 2018
9782352893646 – 8€
à partir de 7 ans
La petite épopée des pions

9782352893653, 0-4693736Sacha habite dans un coffret de bois avec d’autres Sacha noirs et blancs. Parfois, La Main le sort de cette boîte pour le déplacer sur un damier, avant de le ranger soigneusement à sa place. Mais le Géant-Monde, qui s’étire bien au-delà de son coffret attire Sacha et, bientôt, le petit pion ne rêve plus que d’une chose : sentir le vent de la liberté sur son bois.

★★★★★

En voilà une idée inédite : faire parler et rêver les pions d’un échiquier ! Grâce à ces drôles de personnages, Audren évoque avec une grande réussite l’idée de liberté, de conformisme, de dépassement de soi. Comment pourrait-on découvrir le monde en étant un simple petit pion, incapable de se déplacer autrement que lorsqu’un coude malheureux vous fait rouler sur le tapis avant que La Main ne vous récupère ? Et le monde n’est-il pas dangereux ? N’est-ce pas plus simple de rester bien au chaud dans son coffret, où l’on sait être en sécurité, ou bien garder sa place sur l’échiquier ? Audren nous livre un texte remarquable d’imagination et que dire des illustrations en noir et blanc de Cédric Philippe, absolument superbes, qui ajoutent à l’ambiance toute particulière de cette histoire. Ses double-pages muettes vers la fin du roman insufflent une poésie et un imaginaire encore plus puissant à ce roman véritablement magique. A découvrir !

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La petite épopée des pions, Audren, illustré par Cédric Philippe (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 18 janvier 2018
9782352893653 – 8€
à partir de 8 ans