Son
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How to stop time – Matt Haig

Tom Hazard a 439 ans. Il fait partie de ces personnes atteintes d’anagérie, une étrange condition qui ralentit le vieillissement à partir de la puberté et ne fait vieillir le corps que d’un an quand il en passe dix… Ainsi, Tom paraît n’avoir qu’une petite quarantaine d’années. Traversant les siècles, changeant d’identité et de lieu de vie tous les 8 ans pour ne pas éveiller les soupçons, le voilà qui s’installe à Londres où il prend un poste de professeur d’histoire. Mais sa longue et interminable vie est marquée par le deuil de son aimée et la recherche de sa fille, Marion, atteinte de la même affliction que lui…

★★★★☆

Après avoir exploré notre humanité à travers les yeux d’un extraterrestre dans le génialissime Humains, Matt Haig le fait maintenant à travers le temps et ce personnage « immortel » qui traverse les âges. Un roman fascinant et passionnant dont la construction, qui pourrait être complexe – des incessants allers et retours dans le passé, sans aucune chronologie si ce n’est celle des souvenirs au moment où Tom y pense -, est d’une fluidité remarquable. De l’époque Élisabéthaine aux années folles à Paris en passant par les grandes explorations en Polynésie, le périple à travers le temps de Tom est l’occasion pour l’auteur de le faire interagir avec de nombreuses « célébrités » de l’Histoire et des Arts.

Mais c’est bien l’aspect philosophique de la réflexion autour de l’amour, et de la mort, qui rythme toute l’histoire de Tom. Celui d’un amour perdu des siècles plus tôt, qui ne s’est jamais tari, mais qui pourrait bien le titiller à nouveau dans cette vie citadine et professorale dans un lycée de Londres. Celui d’un amour filial lui aussi déchiré par la séparation et c’est cette recherche de Marion qui va déterminer tout le parcours de Tom, qui sera au cœur du roman, alors que d’autres éléments viennent parfois détourner son chemin. Car, vous vous en doutez, Tom n’est pas le seul à souffrir de cette condition et, au fil de son histoire, va être confronté à d’autres personnes comme lui. Des personnes effrayées, parfois encore plus vieilles que lui, mais des personnes aussi organisées en une Société secrète qui œuvre à les protéger des autres et de certaines compagnies malveillantes. Mais comment concilier cette vie immortelle que l’on a parfois envie de quitter, cette recherche de sa fille et ces « obligations » que Tom a envers la société secrète ? Un petit côté thriller qui apporte une touche en plus à cette histoire et cette vie étonnante.

How to stop time, Matt Haig, traduit par Valérie Le Plouhinec (hélium)
disponible depuis le 13 mars 2019
9782330117245 – 16,50€
à partir de 13 ans
Son
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De la douceur et des rêves…

En ce dimanche tout doux à lire avec un bon petit thé tout chaud, on vous propose deux albums d’une mignonnitude absolue ! ❤

Abcdaire des métiers qui n’existent pas

Alors que, petit, Bob s’imaginait en terrible Chasseur de dinosaures (= paléontologue, en fait), Claudine Morel, elle, se voyait plutôt Colorieuse de lune ou Xylophoniste sur champignons. Bon, Claudine était peut-être un peu plus mignonne que votre gros morse préféré. En tous cas, elle s’amusait follement à inventer des métiers qui n’existent pas et nous fait partager ses trouvailles fantaisistes et poétiques dans ce petit album qu’elle illustre également. Un dessin résolument doux et délicat, au crayon gris, où une couleur est associée à une lettre de l’alphabet et où chaque métier imaginaire est accompagné d’une scénette pleine d’humour ou de mignonnerie. On appréciera aussi le fait qu’il y ait autant de métiers masculins que féminins. Un abécédaire qui invite résolument au rêve et à l’imagination. Et vous, vous nous dites quel métier qui n’existe pas vous voudriez faire ?

Abcdaire des métiers qui n’existent pas, Claudine Morel (Didier Jeunesse)
disponible depuis le 13 mars 2019
9782278091553 – 11,90€
à partir de 3 ans

 

Avec toi

Après la rêverie, célébrons maintenant les petites joies du quotidien et l’amour d’un parent pour son enfant. Avec toi, c’est la relation incroyablement tendre et toute en émotion d’une maman pour sa fille, et les moments qu’elles partagent tous les jours. Du lever au coucher, en passant par le travail ou l’école, Pauline Delabroy-Allard nous fait entrer dans ce quotidien tout ce qu’il y a de plus banal et qui est pourtant ce qui compte le plus pour ces deux personnages. Un texte magnifique de douceur, où la mère et la fille s’expriment tour à tour, la première sur la page de gauche, la seconde sur celle de droite. Un procédé que l’on retrouve dans les illustrations d’HifuMiyo avec le point de vue de la maman et, en regard, celui de la petite fille dont on voit les événements à travers les yeux. Vous ne manquerez pas d’être fasciné par ses images, proches de la sérigraphie, dont j’ai particulièrement adoré le ton très paisible, moderne et nostalgique tout à la fois. Magnifique !

Avec toi, Pauline Delabroy-Allard, illustré par HifuMiyo (Thierry Magnier)
disponible depuis le 6 février 2019
9791035202262 – 14,90€
à partir de 4 ans
Son
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Dix – Marine Carteron

Dix. C’est le nombre de participants à une émission de télé-réalité novatrice qui se déroulera dans un manoir perdu sur une île. Sept adolescents, entourés de trois adultes, vont participer à une sorte d’escape game littéraire où le but du jeu n’est pas seulement de résoudre l’énigme…mais de s’en sortir vivant !

★★★★☆

Quand ils nous promettent un « clin d’œil sanglant » aux Dix petits nègres d’Agatha Christie, les éditions du Rouergue ne mentent pas sur la marchandise ! Marine Carteron reprend la trame de ce célèbre roman pour nous proposer une histoire de vengeance moderne. Certains ne seront donc peut-être pas surpris par le déroulé du récit, les autres auront le plaisir de découvrir et assister à un huis-clos macabre et malsain dans lequel tous les personnages ont des choses à se reprocher. Mais tout le monde s’accordera sur l’efficacité du récit et le rythme – des chapitres courts et des changements de personnages qui s’enchaînent – qui ne nous fait pas lâcher le roman !

Amateurs d’hémoglobines, vous serez servis ! Marine Carteron rivalise d’imagination – tout en s’inspirant de contes et de mythes, éléments importants de cette histoire – pour décrire les tourments de ces dix coupables. Des descriptions sans fard, qui risquent de vous donner quelques renvois, soyez-en avertis ! En tous cas, et sans vous révéler la teneur des raisons du supplice de ces dix personnages aux types très marqués, il est captivant de découvrir peu à peu ce dont ils sont tous coupables, la façon dont chacun essaye de se dédouaner de ses crimes ou de vivre avec cette culpabilité. Marine Carteron est vraiment très forte pour nous tenir en haleine et nous inciter à tourner les pages jusqu’à connaître le fin mot de son histoire (même si c’est l’heure de dodo depuis longtemps !).

Dix est un roman sans complaisance, pour les tortionnaires, bien sûr, mais aussi pour ceux qui ont laissé faire. Cru et cruel, le roman aborde des thématiques actuelles très fortes et, en ce sens, la libre adaptation fonctionne très bien. On prend un certain plaisir – un peu coupable, ok – à se délecter du châtiment réservé à tous ces personnages retors que vous allez vite trouver détestables. Alors, vous vous laissez tenter ?

Dix, Marine Carteron (Le Rouergue)
collection DoAdo Noir
disponible depuis le 20 mars 2019
9782812617324 – 14,80€
à partir de 14 ans
Son
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Inspirants portraits de femmes

En ce dimanche d’une semaine bien choisie, ce sont deux albums documentaires consacrés aux femmes que nous vous proposons de découvrir, dans la lignée des Histoires du soir pour filles rebelles. 🙂

J’aimerais te parler d’elles

Avec J’aimerais te parler d’elles, on retrouve le principe des portraits de femmes qui ont marqué l’histoire : elles sont artistes, scientifiques, militantes ou aventurières. Certaines sont déjà très célèbres (Calamity Jane, Marie Curie, Simone Veil ou encore Emma Watson), d’autres un peu moins mais toutes ont été retenues pour leur contribution à l’évolution des droits des femmes. Grâce à leurs destins exceptionnels, ces 50 femmes du monde entier sélectionnées dans le 19e et le 20e siècle permettent à son autrice, Sophie Carquain, de délivrer aux plus jeunes lecteurs des messages positifs et inspirants. Les illustrations colorées de Pauline Duhamel enrichissent véritablement cet album, depuis les portraits en médaillon très ressemblants aux images pleine page proposant des scénettes humoristiques et optimistes.

J’aimerais te parler d’elles, Sophie Carquain, illustré par Pauline Duhamel (Albin Michel Jeunesse)
disponible depuis le 27 février 2019
9782226437785 – 15€
à partir de 6 ans

 

Les inventrices et leurs inventions

Du côté des éditions des Éléphants, ce sont les inventrices qui sont à l’honneur ! Dans cet album tout aussi passionnant, on découvre ainsi que de nombreuses inventions toujours utiles de nos jours (le lave-vaisselle, les essuie-glaces ou encore le Wi-Fi) ont été imaginées par des femmes ! Évidemment, toutes sont inconnues au bataillon, à part peut-être Hedy Lamarr pour les plus cinéphiles. Des textes courts et intelligents qui présentent à la fois l’inventrice (sauf quand on ne sait pas grand-chose d’elle) et les circonstances de son invention. Aitziber Lopez rend ainsi justice à ces femmes oubliées et démontre que les idées et les inventions scientifiques ne sont pas que l’apanage des hommes. Un album encore une fois inspirant, et joyeusement illustré par Luciano Lozano.

Les inventrices et leurs inventions, Aitziber Lopez, illustré par Luciano Lozano, traduit par Sébastien Cordin (Éditions des Éléphants)
disponible depuis le 21 février 2019
9782372730723 – 14€
à partir de 6 ans
Son
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♫ Tout au bout de mes rêves… ♫

Les deux romans que Bob vous présente aujourd’hui n’ont absolument rien à voir et pourtant… Deux romans portés par des narrateurs garçons, deux romans où les rêves (et les cauchemars !) sont le moteur de leurs histoires, deux romans aux ambiances à la limite de l’étrange… Allez au bout de vos rêves avec Jean-Jacques Goldman et Bob & Jean-Michel, c’est cadeau ! ♫

Même pas en rêve

Timéo entre en seconde et à l’internat en même temps. Surpris une nuit à rêver un peu trop intensément de la jolie Aliénor, il devient le souffre-douleur de ses compagnons de chambrée. Heureusement, il peut compter sur Louis, ténébreux et mystérieux, sur qui toutes les émotions semblent couler alors que Tim est complètement aux prises des siennes. Une amitié forte et étonnante, bientôt renforcée par des événements qui vont interroger Tim sur son nouvel ami…

★★★★☆

Difficile de survivre dans le milieu hostile du lycée quand on est un garçon craintif de nature, et particulièrement pessimiste. Timéo est la tête de turc parfaite et les autres l’ont bien compris. Il va pourtant trouver une aide inattendue mais ô combien précieuse avec Louis, dont toutes les filles sont amoureuses et à qui personne ne cherche des noises. Un passé mystérieux, renforcé par une présence paternelle qui fait rêver – le père de Louis est un brillant chercheur à l’origine de la spectrine, une sorte de drogue capable de faire oublier tous les mauvais souvenirs – et une absence totale de peur, Louis est un véritable héros pour Tim qu’un rien angoisse. Et puis le harcèlement continue et les événements s’enchaînent… Un premier roman de Vivien Bessières très prometteur sur la force de l’amitié et le harcèlement, bien sûr, mais avec aussi une ambiance proche du thriller qui nous interroge sur les traumatismes et l’acceptation d’une réalité qu’on voudrait oublier ou supprimer de son esprit. Un roman juste, parfois cruel mais surtout sensible sur l’adolescence. A découvrir !

Même pas en rêve, Vivien Bessières (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 6 février 2019
9782812617546 – 12,80€
à partir de 14 ans

 

Tant que durent les rêves

Nathan a dix-huit ans et se prépare pour les championnats de France de natation. Il est pressenti pour intégrer l’équipe de France aux prochains JO et ne rêvent d’ailleurs que de ça… Mais depuis quelques temps, une petite voix instille le doute en lui et la peur de ne pas réussir. Cette voix, cette « Bête » comme il la surnomme, prend tellement de place qu’un jour, Nathan assiste impuissant à un phénomène plus qu’étrange…

★★★☆☆

Après avoir déjà fait du sport le thème (entre autres) de son précédent roman, Vivant (dont certains remarqueront peut-être les clins d’œil dans ce nouveau texte), Roland Fuentès continue à explorer la relation de ses personnages à une discipline sportive, à la façon dont elle les forge, aussi bien dans les qualités positives que dans les doutes, les moments de faiblesse ou de découragement. Ici, ce doute prend une forme totalement inattendue pour chavirer dans une ambiance très proche des nouvelles fantastiques du 19e siècle, où le héros assiste avec stupéfaction à un basculement de la plus grande étrangeté. Une expérience étonnante que Nathan va partager avec d’autres personnages du roman, qui vont tous être confrontés à la possible destruction de leur rêve… Petite mention pour Alicia, autrice en herbe, qui permet à Roland Fuentès de faire un parallèle intéressant entre l’écriture et le sport, où le degré de travail, de pratique et de persévérance ne sont peut-être pas si différents ? Un roman dans lequel on se laisse flotter et emporter doucement par le courant, dont les personnages nous invitent à croire en nos rêves et à nous dépasser pour les réaliser.

Tant que durent les rêves, Roland Fuentès (Syros)
disponible depuis le 7 février 2019
9782748526189 – 16,95€
à partir de 12 ans
Son
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Longtemps, j’ai rêvé de mon île – Lauren Wolk

Abandonnée à la naissance dans une barque à la dérive, Corneille est recueillie par Osh, qui vit sur une petite île au large du Massachussetts. Son enfance est rythmée par la pêche aux homards, aux moules et les leçons avec Miss Maggie. Mais en grandissant, la petite se pose de plus en plus de questions sur ses origines : d’où vient-elle ? Qui sont ses parents ? Pourquoi tout le monde a-t-il peur d’elle…est-ce parce qu’elle pourrait venir de l’île de Penikese où se trouvait à l’époque une léproserie ?

★★★★★

Après la belle découverte que fut La combe aux loups paru l’année dernière (terrible roman sur les préjugés et le mensonge en pleine Seconde guerre mondiale), l’école des loisirs nous fait le plaisir de continuer à explorer l’œuvre de Lauren Wolk, qui nous emmène cette fois dans les États-Unis des années 1920. Cette fois encore, nous sommes dans un décor très rural, ici insulaire, où l’on découvre la vie simple et pourtant comblée d’une petite fille élevée par un homme au passé mystérieux qui s’est délesté de son ancienne vie pour s’échouer sur une île quasi-perdue. Mais l’amour de Osh et la gentillesse de Miss Maggie ne suffisent bientôt plus à Corneille qui éprouve un véritable manque : celui de ses origines. Lorsqu’un garde champêtre s’installe sur l’île de Penikese qui fut autrefois le sanctuaire des lépreux, le désir de Corneille de connaître son passé va la pousser à s’engager dans une enquête qui risque fort de ne pas être aussi simple que cela et, surtout, plus dangereuse qu’elle ne le croit…

La particularité des romans de Lauren Wolk, c’est l’atmosphère. Un rythme lent, poétique, qui invite à prendre le temps de rentrer dans le roman. Une fois que l’on a accepté cela, on se laisse emporter par ses personnages rudement bien écrits – Corneille en tête, bien sûr, mais la relation qui la lie à Osh est absolument magnifique d’émotion et de retenue – et son histoire passionnante et documentée, depuis la recherche d’un trésor de pirate à la quête initiatique en passant par des naufrages et une rencontre terrifiante…

Longtemps j’ai rêvé de mon île est un roman émouvant et poétique, que j’ai sans doute préféré au précédent de Lauren Wolk, pour son talent à construire une atmosphère empreinte de mystères et pour cette relation si belle et si profonde qui lie Corneille à Osh. La beauté de sa couverture achèvera, j’espère, de vous convaincre de découvrir ce merveilleux roman !

Longtemps, j’ai rêvé de mon île, Lauren Wolk, traduit par Marie-Anne de Béru (L’école des loisirs)
collection Medium
disponible depuis le 2 janvier 2019
9782211234481 – 16,50€
à partir de 12 ans
Son
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De la sagesse des animaux…

On entend ou lit parfois que nous avons beaucoup à apprendre des animaux. Les livres pour la jeunesse ne nous contrediront sûrement pas, n’est-il pas ? Eh bien dans ces deux petits romans, à destination des plus jeunes, vous verrez que les animaux ne manquent pas de sagesse ! 😛

Hamaika et le poisson

Contrairement à ses congénères, Hamaika est une petite poule très curieuse qui s’éloigne chaque jour un peu plus de son rassurant poulailler. Et la voilà au bord de la mer, à se promener le long de la plage, manquant presque d’écraser un poisson coincé dans un trou d’eau. Pour Hamaika, c’est le début de quelque chose de tout nouveau…

★★★★★

Superbe découverte que ce texte plein d’intelligence de Pierre Zapolarrua ! Ou comment une petite poule tête en l’air mais avide de connaissances, de découverte du monde et des autres se lie d’amitié avec un poisson tout aussi exceptionnel qu’elle. Récit d’une amitié naissante, bien sûr, d’un apprentissage de l’autre dans ses particularités, il est aussi question du dépassement de soi et de tolérance. S’il n’est pas toujours simple de constater que les autres ne sont pas aussi ouverts d’esprit que soi-même, notamment lorsque les deux amis voudront se présenter à leurs familles respectives, Hamaika ne baisse pas les bras et, malgré les doutes, continue à se battre pour un monde plus grand, meilleur… Une écriture vive, rythmée, non dénuée d’humour et de malice : des adjectifs que l’on peut accorder également aux illustrations d’Anastasia Parrotto dont j’ai adoré le style ! ❤ Une magnifique Petite Polynie qui donne de l’espoir et des couleurs à ce début d’année !

Hamaika et le poisson, Pierre Zapolarrua, illustré par Anastasia Parrotto (MeMo)
collection Petite Polynie
disponible depuis le 17 janvier 2019
9782352894131 – 9,50€
à partir de 7 ans

 

Par la forêt / Par le lac

C’est la fin de l’hiver, bientôt arrivera le printemps. Et pour rien au monde ce petit Indien ne manquerait ce spectacle du changement de saison ! Pour observer ce phénomène, il doit se rendre à la Colline aux Lézards…mais quel chemin prendre ? Par le lac ou par la forêt ?

★★★★★

Nouvel opus de la collection Boomerang, dont le principe est de proposer une histoire recto-verso, avec souvent le même récit raconté par deux voix différentes, Alex Cousseau nous propose ici un jeu différent : la même histoire, la même fin, mais un chemin différent pour y accéder. Notre jeune chasseur, à travers les rencontres animales qu’il fera dans ses deux périples, ne sera pas au bout de ses surprises… Les amoureux d’Alex Cousseau retrouveront avec plaisir son univers plein de poésie, inspiré de contes ou légendes (ici amérindiennes) et où la nature tient une place essentielle. Une nature aussi splendide et magique que terrible et où il est souvent question de survie. Les autres se laisseront emporter par son univers et son écriture aussi poétiques que sensibles. Et vous, quel chemin choisirez-vous ?

Par la forêt / Par le lac, Alex Cousseau, illustré par Marta Orzel (Le Rouergue)
collection Boomerang
disponible depuis le 9 janvier 2019
9782812617294 – 6,50€
à partir de 8 ans
Son
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L’Enchanteur – Stephen Carrière

Le nom de Stephen Carrière ne vous est peut-être pas totalement inconnu… Éditeur (notamment pour le label La Belle Colère pour ce qui nous concerne), traducteur (c’est lui qui retraduit tous les Dr Seuss qui reparaissent au Nouvel Attila !), il est donc aussi écrivain et sort en ce début d’année son premier roman young adult. Autant vous le dire de suite, je n’avais pas eu de coup de cœur comme ça depuis un moment ! ❤

Au lycée, Stan est « l’Enchanteur », et avec sa bande de copains : Moh, David, Daniel et Jenny, il est capable de solutionner tous vos problèmes scolaires, familiaux ou sentimentaux. C’est le début de l’année et il ne reste que quelques mois à Daniel, atteint d’un cancer en phase terminale. Il commande alors à Stan son chef d’œuvre, un spectacle qui lui offrira une forme d’immortalité. Mais le « miracle » de l’Enchanteur pourrait bien être mis à mal par les meurtres sordides qui inquiètent la ville…

★★★★★

Pas besoin de plus de quelques pages pour être complètement happé par le récit que va nous conter Moh. Nous n’allons sans doute pas le croire, et pourtant, tout ce que Moh va nous raconter s’est réellement passé et sa charge en est ainsi immense. Mystérieux ? C’est sans doute pour cela qu’on ne décroche pas de ce roman dense et passionnant, qui flirte entre le roman de potes et le fantastique à tendance horrifique. L’éditeur cite la série Stranger Things pour faire un parallèle qui parle aux ados, il y a effectivement de ça ! Mais il y a aussi énormément de références, à commencer par celles au Barde lui-même puisque la bande d’amis va se donner le projet de faire une représentation du Songe d’une nuit d’été, choix certainement pas innocent, même si Moh ne s’en rendra compte qu’au fur et à mesure de son récit. D’autres références plus ésotériques seront à l’origine de notre fascination pour l’histoire de cette bande d’amis confrontée à un « Mal » qui ronge leur ville. Peu touchée par les attentats, leur ville est pourtant le théâtre d’une montée inquiétante de l’extrême-droite et de meurtres de jeunes gens. Une atmosphère menaçante dans laquelle ils vont bien malgré eux se retrouver puisque, si Stan est capable d’apporter une solution à tous les problèmes de ceux qui le sollicitent, son art n’est qu’une succession de services, de broderies autour de la vérité qui vont prendre de plus en plus d’ampleur à mesure qu’il avance dans le « miracle » promis à son meilleur ami Daniel…

Un roman dense, vous disais-je, mais ô combien captivant ! Et ça commence avec des personnages profondément attachants (même si je vous avoue avoir confondu pendant un petit moment Daniel et David – des prénoms trop proches, sans doute !), une intrigue merveilleusement construite et une écriture au cordeau ! Stephen Carrière joue habilement avec les genres, évoquant avec gravité le climat de violence de notre société actuelle, s’interrogeant sur le lien complexe de la vérité et du mensonge, tout en nous proposant avant tout un roman d’amitié ! Une amitié telle qu’elle va mener nos personnages à vivre leur vie la plus intensément possible, qu’elle va les faire grandir, mûrir, quitte à y laisser des plumes ?

Oui, il y a longtemps que je n’avais pas été secouée de la sorte ! Et j’espère que vous vous laisserez vous aussi séduire, et enchanter, par Stan et sa bande de copains. 😀

L’enchanteur, Stephen Carrière (PKJ)
disponible depuis le 3 janvier 2019
9782266290111 – 18,50€
à partir de 14 ans
Son
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Un si petit oiseau – Marie Pavlenko

En vacances, Abi est victime d’un terrible accident de la route qui lui laisse un bras en charpie. Amputée, la jeune fille doit composer avec ce handicap et laisse son ancienne vie, insupportable, derrière elle pour se murer dans son chagrin et la détestation de son nouvel état…

★★★★☆

Il y a deux ans, Marie Pavlenko nous faisait nous gondoler avec Déborah et sa loose légendaire. Cette année, autant vous dire qu’on se marre moyen moyen avec ce nouveau roman qui commence durement, et sanglantement. Imagine, t’as 20 ans et toutes tes dents, tu rêves de devenir véto… Bon, t’as quand même été larguée par ton copain deux semaines plus tôt, ça va peut-être pas fort. Et là, bim, tu te retrouves avec le bras amputé jusqu’à l’épaule. Tu passes des mois à l’hosto, tes parents en profitent pour déménager et quand tu reviens, tu peux gentiment te terrer dans ta chambre, te gaver d’antidouleurs et attendre que le temps passe à te morfondre sur ton état et sans voir personne. Car tu es devenue moche, inutile, un vrai poids pour ta famille. D’ailleurs ta sœur en a marre et te le fait sentir, ton père fait le mariole pour essayer de te faire rire, ta mère plaque tout pour s’occuper exclusivement de toi, et ta tante folle-dingue essaye tant bien que mal de te remonter le moral. Ouais, bon, dis comme ça, ça a l’air horrible comme vie. Et sans doute que ça l’est ! Essayez donc de faire des choses avec un seul bras quand vous en avez toujours eu deux ! Et puis, petit à petit, Abi sort de sa coquille… Ça commence par une petite sortie chez le coiffeur, et puis au parc…et puis avec quelqu’un, quelqu’un d’autre qu’un membre de sa famille… Ce quelqu’un, c’est Aurèle, un passionné de zoziaux qui parviendra peut-être à inciter Abi à déployer ces ailes… (C’est beau, hein ?)

Encore une fois, Marie Pavlenko parvient à trouver le ton juste, sait instiller la touche d’humour, de légèreté ou de totale déconnade quand il le faut, sans jamais minimiser les émotions et les sentiments de son personnage, son rapport à ce nouveau corps, sa gravité, ses doutes et ses peines. On sent un véritable amour pour Abi et sa famille – la relation mère/fille est d’ailleurs touchante, et est un peu dans la continuité de celle de Je suis ton soleil. Et suivre Abi dans ce chemin vers l’acceptation de son nouveau soi, de sa perte, dans sa (re)découverte des autres, est une expérience absolument bouleversante. Un si petit oiseau est une petite pépite de douceur et d’émotion à découvrir comme à l’éclosion d’un petit volatile qui sort de son œuf. Prenez-en soin et il vous le rendra bien. 🙂

Un si petit oiseau, Marie Pavlenko (Flammarion)
disponible depuis le 2 janvier 2019
9782081443846 – 17,50€
à partir de 13 ans
Son
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La proie – Philippe Arnaud

Au Cameroun, Anthéa partage son quotidien entre les mardis où elle aide sa mère au marché et les autres jours de la semaine qu’elle passe à l’école et où l’apprentissage n’est pas si simple. Heureusement, elle retrouve après la classe tous les petits pour leur raconter des histoires, un talent qu’elle maîtrise parfaitement ! Jusqu’au jour où une belle femme blanche lui propose de les accompagner en France, où elle pourra recevoir une meilleure éducation…

★★★★☆

Mais vous pensez bien qu’avec un titre pareil, Anthéa ne va pas juste aller à l’école et soudainement devenir brillante grâce à notre merveilleux système scolaire ? Si ? Alors vous êtes bien optimiste… Anthéa est une jeune fille à la vie simple, un peu effacée derrière l’exubérance de sa cousine qui prend toute la place, et qui se trouve face à un blocage quand il s’agit d’apprendre mais qui se révèle complètement lorsqu’elle s’improvise conteuse auprès des plus jeunes. Elle ne rêvait pas particulièrement de la France ou de n’importe quel autre pays, jusqu’à ce que ces Blancs riches proposent à sa famille de s’occuper de son éducation en Europe. Elle part, le cœur meurtri de quitter son pays natal, ses amis, ce garçon qui commençait à l’intéresser… Et se retrouve dans la banlieue parisienne, où la richesse de la famille en Afrique ne signifie plus rien dans cette France où le père se retrouve au chômage et la mère reprend son travail à la mairie, subvenant seule aux besoins de la famille. Progressivement, le statut d’Anthéa passe de collégienne à domestique… Passeport confisqué, téléphone surveillé, impossibilité de sortir de l’appartement, c’est insidieusement que les rouages se mettent en place et que la vie d’Anthéa passe de la promesse d’une vie meilleure à celle d’un esclavage moderne terrifiant.

Philippe Arnaud nous conte l’histoire d’une lente descente aux enfers, où la luminosité de la vie au Cameron s’assombrit, se noircit à mesure que nous suivons Anthéa dans la découverte de sa nouvelle vie en France. Construit comme un thriller, avec Anthéa comme seul point de vue, c’est la tension qui nous prend aux tripes, c’est elle qui nous fait deviner, qui nous fait vainement espérer que non, ce n’est pas ce qui va se passer, que ça n’ira pas jusque-là… La réaction de la famille, l’attitude de chacun de ses membres est d’une violence terrible, qui ajoute complètement au sentiment d’angoisse, d’inéluctable, d’impuissance du lecteur… Un roman à la construction impeccable, subtil et glaçant sur la violence faite aux femmes, le néo-colonialisme et l’esclavage moderne, qui nous offre malgré tout le portrait d’une jeune fille forte et généreuse, que l’espoir et la résilience ne quitteront jamais.

La proie, Philippe Arnaud (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 janvier 2019
9782377311804 – 16€
à partir de 14 ans