Son
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Félines – Stéphane Servant

Chers lectrices et lecteurs de Bob & Jean-Michel, vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes pas mal fan de Stéphane Servant par ici (même si c’est avec stupeur qu’on se rend compte qu’on ne vous a jamais parlé de Sirius, en fait !!!). Et c’est toujours en frémissant d’impatience et de plaisir que l’on découvre ses nouvelles histoires. Nous avons donc lu le tant attendu Félines.

Ceci est une histoire vraie. Et elle raconte celle de Louise, 17 ans, parmi les premières jeunes filles du pays à être atteinte de la Mutation. Son corps se transforme, se recouvre de poils comme ceux d’un félin, ses sens s’aiguisent. Elle devient une Féline, comme presque toutes les jeunes filles du monde entier, et symbolise la voix et le visage de l’un des plus grands bouleversements de notre histoire. Grâce à Stéphane Servant, qui a recueilli avec humilité son témoignage, nous connaissons enfin le douloureux combat des Félines.

Quelle claque, mes aïeux, quelle claque ! Derrière cette géniale couverture de Patrick Connan qui annonce parfaitement la couleur, Stéphane Servant nous surprend avec ce témoignage exceptionnel et passionnant de Louise. Mettant son écriture au service de la voix de cette adolescente, l’auteur change littéralement de registre et nous raconte le combat de jeunes filles pour la liberté, celle de leurs corps, de leurs dignités. Un roman résolument engagé, féministe, en parfaite résonance avec les combats du moment, où tout commence lorsqu’une jeune fille de la classe de Louise se suicide après un incident à la piscine où l’on découvre son corps recouvert de poils. Bientôt, d’autres jeunes filles se découvrent un indélicat duvet… Et plus vite encore se propage la peur de cet étrange phénomène qui se répand à travers le monde et fait s’élever au pouvoir des extrémistes qui incitent à une violence toujours plus excessive contre les Félines. C’est ainsi que Louise, jusqu’alors adolescente relativement discrète et dans le moule, rejoint la résistance et toutes ces filles prêtes à se battre pour vivre. Car la Ligue de la Lumière atteint les sommets du pouvoir et le sort qui attend les Félines est tout bonnement effroyable…

Avec Félines, Stéphane Servant continue à interroger notre monde, de la même manière qu’il a pu le faire dans Sirius. On y retrouve d’ailleurs l’importance de la famille, de l’innocence de l’enfance et, bien sûr, on ne peut échapper aux références à notre histoire récente ou plus ancienne. Grâce à une narration diablement efficace, des sujets extrêmement forts et actuels dans lesquels les adolescents ne peuvent que se reconnaître, Stéphane Servant signe là un véritable hymne à la résistance, à la féminité et à la révolte pour construire un monde plus juste, tolérant. A faire lire à TOUS les adolescents !

Félines, Stéphane Servant (Le Rouergue)
collection Epik
disponible depuis le 21 août 2019
9782812618291 – 15,80€
à partir de 13 ans
Son
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How to stop time – Matt Haig

Tom Hazard a 439 ans. Il fait partie de ces personnes atteintes d’anagérie, une étrange condition qui ralentit le vieillissement à partir de la puberté et ne fait vieillir le corps que d’un an quand il en passe dix… Ainsi, Tom paraît n’avoir qu’une petite quarantaine d’années. Traversant les siècles, changeant d’identité et de lieu de vie tous les 8 ans pour ne pas éveiller les soupçons, le voilà qui s’installe à Londres où il prend un poste de professeur d’histoire. Mais sa longue et interminable vie est marquée par le deuil de son aimée et la recherche de sa fille, Marion, atteinte de la même affliction que lui…

★★★★☆

Après avoir exploré notre humanité à travers les yeux d’un extraterrestre dans le génialissime Humains, Matt Haig le fait maintenant à travers le temps et ce personnage « immortel » qui traverse les âges. Un roman fascinant et passionnant dont la construction, qui pourrait être complexe – des incessants allers et retours dans le passé, sans aucune chronologie si ce n’est celle des souvenirs au moment où Tom y pense -, est d’une fluidité remarquable. De l’époque Élisabéthaine aux années folles à Paris en passant par les grandes explorations en Polynésie, le périple à travers le temps de Tom est l’occasion pour l’auteur de le faire interagir avec de nombreuses « célébrités » de l’Histoire et des Arts.

Mais c’est bien l’aspect philosophique de la réflexion autour de l’amour, et de la mort, qui rythme toute l’histoire de Tom. Celui d’un amour perdu des siècles plus tôt, qui ne s’est jamais tari, mais qui pourrait bien le titiller à nouveau dans cette vie citadine et professorale dans un lycée de Londres. Celui d’un amour filial lui aussi déchiré par la séparation et c’est cette recherche de Marion qui va déterminer tout le parcours de Tom, qui sera au cœur du roman, alors que d’autres éléments viennent parfois détourner son chemin. Car, vous vous en doutez, Tom n’est pas le seul à souffrir de cette condition et, au fil de son histoire, va être confronté à d’autres personnes comme lui. Des personnes effrayées, parfois encore plus vieilles que lui, mais des personnes aussi organisées en une Société secrète qui œuvre à les protéger des autres et de certaines compagnies malveillantes. Mais comment concilier cette vie immortelle que l’on a parfois envie de quitter, cette recherche de sa fille et ces « obligations » que Tom a envers la société secrète ? Un petit côté thriller qui apporte une touche en plus à cette histoire et cette vie étonnante.

How to stop time, Matt Haig, traduit par Valérie Le Plouhinec (hélium)
disponible depuis le 13 mars 2019
9782330117245 – 16,50€
à partir de 13 ans
Son
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L’Enchanteur – Stephen Carrière

Le nom de Stephen Carrière ne vous est peut-être pas totalement inconnu… Éditeur (notamment pour le label La Belle Colère pour ce qui nous concerne), traducteur (c’est lui qui retraduit tous les Dr Seuss qui reparaissent au Nouvel Attila !), il est donc aussi écrivain et sort en ce début d’année son premier roman young adult. Autant vous le dire de suite, je n’avais pas eu de coup de cœur comme ça depuis un moment ! ❤

Au lycée, Stan est « l’Enchanteur », et avec sa bande de copains : Moh, David, Daniel et Jenny, il est capable de solutionner tous vos problèmes scolaires, familiaux ou sentimentaux. C’est le début de l’année et il ne reste que quelques mois à Daniel, atteint d’un cancer en phase terminale. Il commande alors à Stan son chef d’œuvre, un spectacle qui lui offrira une forme d’immortalité. Mais le « miracle » de l’Enchanteur pourrait bien être mis à mal par les meurtres sordides qui inquiètent la ville…

★★★★★

Pas besoin de plus de quelques pages pour être complètement happé par le récit que va nous conter Moh. Nous n’allons sans doute pas le croire, et pourtant, tout ce que Moh va nous raconter s’est réellement passé et sa charge en est ainsi immense. Mystérieux ? C’est sans doute pour cela qu’on ne décroche pas de ce roman dense et passionnant, qui flirte entre le roman de potes et le fantastique à tendance horrifique. L’éditeur cite la série Stranger Things pour faire un parallèle qui parle aux ados, il y a effectivement de ça ! Mais il y a aussi énormément de références, à commencer par celles au Barde lui-même puisque la bande d’amis va se donner le projet de faire une représentation du Songe d’une nuit d’été, choix certainement pas innocent, même si Moh ne s’en rendra compte qu’au fur et à mesure de son récit. D’autres références plus ésotériques seront à l’origine de notre fascination pour l’histoire de cette bande d’amis confrontée à un « Mal » qui ronge leur ville. Peu touchée par les attentats, leur ville est pourtant le théâtre d’une montée inquiétante de l’extrême-droite et de meurtres de jeunes gens. Une atmosphère menaçante dans laquelle ils vont bien malgré eux se retrouver puisque, si Stan est capable d’apporter une solution à tous les problèmes de ceux qui le sollicitent, son art n’est qu’une succession de services, de broderies autour de la vérité qui vont prendre de plus en plus d’ampleur à mesure qu’il avance dans le « miracle » promis à son meilleur ami Daniel…

Un roman dense, vous disais-je, mais ô combien captivant ! Et ça commence avec des personnages profondément attachants (même si je vous avoue avoir confondu pendant un petit moment Daniel et David – des prénoms trop proches, sans doute !), une intrigue merveilleusement construite et une écriture au cordeau ! Stephen Carrière joue habilement avec les genres, évoquant avec gravité le climat de violence de notre société actuelle, s’interrogeant sur le lien complexe de la vérité et du mensonge, tout en nous proposant avant tout un roman d’amitié ! Une amitié telle qu’elle va mener nos personnages à vivre leur vie la plus intensément possible, qu’elle va les faire grandir, mûrir, quitte à y laisser des plumes ?

Oui, il y a longtemps que je n’avais pas été secouée de la sorte ! Et j’espère que vous vous laisserez vous aussi séduire, et enchanter, par Stan et sa bande de copains. 😀

L’enchanteur, Stephen Carrière (PKJ)
disponible depuis le 3 janvier 2019
9782266290111 – 18,50€
à partir de 14 ans
Son
0

N.I.H.I.L : le tourbillon du temps – Alex Cousseau

N.I.H.I.L c’est l’immense vortex aquatique au centre du monde. Un monde composé uniquement d’îles, réparties au nord, au sud, à l’est et à l’ouest, où vivent Askold et Jeremias, enfermés dans une prison pour avoir tué le fils du roi ; Aanj, qui se découvre le pouvoir de voyager dans l’espace et le temps ; Grethe, qui navigue avec son père et repêche les étranges objets expulsés par le tourbillon…

★★★★☆

Jamais il n’aura été plus compliqué de résumer un roman d’Alex Cousseau ! Alors que ses exceptionnels romans d’aventures nous emportent dans des contrées lointaines et des aventures merveilleuses, c’est ici un étonnant voyage à travers le temps et l’espace d’un monde aussi étranger que familier au nôtre qui nous attend. Une complexité de l’univers, entre fantasy médiévale, conte traditionnel et monde contemporain, qui intrigue tout d’abord avant de nous subjuguer totalement. Un immense puzzle qui va finir par être dévoilé, notamment par la destinée de ces personnages aussi étranges que fascinants.

Je ne vous en dirais pas plus sur l’histoire tant il est difficile de choisir de quoi vous parler, sur quoi mettre l’accent ou comment amener les différents arcs des personnages. Aussi me contenterais-je de vous dire que le roman est merveilleusement écrit : on y retrouve toute la poésie d’Alex Cousseau, ce côté contemplatif, onirique et légendaire non dénué d’humour et de légèreté qui nous transporte dans son univers si particulier, si empreint de mythologies et d’images merveilleuses. Si les péripéties d’Askold relèvent presque de la farce médiévale, celles d’Aanj ont la saveur des contes nordiques et c’est toute cette diversité des inspirations, des univers qui font de ce roman un singulier voyage aux confins de l’espace et du temps où tout se retrouvera pourtant en un même endroit et à un même instant.

Accepterez-vous de vous laisser tenter ?

N.I.H.I.L : le tourbillon du temps, Alex Cousseau (Le Rouergue)
collection Epik
disponible depuis le 22 août 2018
9782812616464 – 15,90€
à partir de 14 ans
Son
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L’homme qui voulut peindre la mer : et autres nouvelles – Tristan Koëgel

Sept nouvelles autour de la Méditerranée, de l’Antiquité à nos jours. Où l’on rencontre une pâtissière à Gibraltar dont le secret de fabrication des gâteaux interroge les habitants ; où une jeune coiffeuse marseillaise doit composer avec son tyrannique patron ; où un amoureux des arts écoute un vieil homme lui raconter la provenance des incroyables statues du musée de Rome ; et bien d’autres histoires…

★★★★☆

Croyez-le ou non, mais c’est avec ce recueil de nouvelles que Bob découvre enfin Tristan Koëgel ! Et ce voyage autour de la Méditerranée et à travers le temps est une merveilleuse lecture, à emporter impérativement avec vous en vacances pour rêver de ces rivages et de cette mer de toutes les légendes (surtout si vous passez votre été dans ce coin-là). L’homme qui voulut peindre la mer nous emmène dans des histoires où le fantastique est au cœur de chacun des récits. Les amoureux des nouvelles fantastiques classiques de Maupassant ou de Poe s’y retrouveront assurément tant on y retrouve la lente progression vers l’étrange que des chutes parfois très sombres ou terrifiantes. Mais là où Tristan Koëgel réussit à nous happer jusqu’au bout du livre, c’est grâce à la variété des époques, des lieux et des personnages, qui, même si on se doute que ça va peut-être finir comme on ne l’attend pas, nous fait découvrir des univers complètement différents et tous passionnants. Bien sûr, on va retrouver le même personnage dans chaque histoire : la mer. Tristan Koëgel nous la décrit avec une force et une poésie qui nous subjuguent et ce n’est sans doute pas un hasard si le titre du recueil reprend celui de la nouvelle qui retranscrit le mieux l’instabilité et la beauté de l’eau à travers ce peintre qui ne parvient pas à capturer l’essence de la Méditerranée sur sa toile.

Un recueil magnifique, dont la très jolie couverture de Giulia Vetri donne bien le ton, que je vous invite à découvrir pour la variété des textes et des vies rencontrées aux destins tristement actuels ou délicieusement mythologiques. Si le recueil est parfaitement lisible par les jeunes lecteurs, je m’interroge malgré tout sur leur réception de ces textes et je serai curieuse d’avoir vos retours si vous en avez !

L’homme qui voulut peindre la mer : et autres nouvelles, Tristan Koëgel (Didier Jeunesse)
disponible depuis le 6 juin 2018
9782278085620 – 14,90€
à partir de 11 ans
Son
0

Les fantômes d’Achille Plume – Katherine & Florian Ferrier

9782377310555,0-4690500

Achille Plume est un garçon assez spécial ! Sa meilleure amie s’appelle Athénaïs et…est un fantôme ! En effet, le garçon a un incroyable don : celui de voir les fantômes. Mais bientôt, un terrible démon tente de l’attaquer lui et tous les fantômes. C’est Orcus, le terrible seigneur de Sombrenfer, bien décidé à anéantir la cité de Fantombres, où vivent les spectres.

★★★★☆

Achille était un garçon tout ce qu’il y avait de plus « normal » jusqu’au jour où, en frottant une vieille cuillère oxydée apparaisse, tel un génie de sa lampe, le fantôme d’Athénaïs, petite fille morte au XVIIIe siècle. La surprise passée, et de nombreux moments gênants à l’école plus tard, Achille se lie d’amitié avec Athénaïs et, bientôt, les deux se lancent dans une mission d’importance : libérer tous les fantômes des objets dont ils sont prisonniers pour qu’ils parviennent enfin à Fantombres, la cité qui fait office de paradis pour les fantômes. Car, vous ne le saviez peut-être pas, mais lorsque les gens meurent, leur fantôme peut parfois être emprisonné dans un objet qui était proche d’eux ou qu’ils tenaient à la main. Leur permettant de mettre fin à leur captivité, Achille devient vite le héros de tous les fantômes… Serait-ce pour cette raison qu’il est visé par le terrible Orcus et ses sbires dont les éclairs rouges détruisent humains comme fantômes ?

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Une aventure pleine de dangers et de mystères attend alors le jeune Achille, qui ne manque certainement pas de ressources ! Katherine et Florian Ferrier, après l’excellente série de BD Hôtel étrange, signent ici un roman tout aussi riche et pétillant ! Les fantômes ont ce moment le vent en poupe dans les romans de la collection et c’est ici toute l’inventivité de l’univers fantomatique, la qualité des personnages et du mystère qui les entoure, le suspense jusqu’au dernier moment et les illustrations superbes et dynamiques qui en font un roman d’aventure à ne pas manquer ! 😛

Les fantômes d’Achille Plume, Katherine & Florian Ferrier (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 7 février 2018
9782377310555 – 10,90€
à partir de 9 ans
Son
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Miss Pook et les enfants de la lune – Bertrand Santini

9782246860556,0-4510344

Paris, 1907. Miss Pook, une sorcière, se fait passer pour une gouvernante anglaise auprès d’une famille bourgeoise et parvient à convaincre leur petite fille, Elise, de l’accompagner dans son château sur la Lune. Là-haut, Elise fait la connaissance de créatures aussi merveilleuses que terrifiantes et, bientôt, met au jour un terrible complot…

★★★★☆

Alors qu’une pluie de marrons s’abat sur la Provence de Gurty (n’hésitez pas à les offrir pour Noël, ils sont toujours délicieux – les marrons, mais aussi les aventures de l’épatante petite chienne 😛 ), Bertrand Santini nous offre aussi en cette fin d’année un conte fantastique trépidant…et terrifiant !

Miss Pook, c’est une sorte de Mary Poppins diabolique. A priori bien sous tous rapports, élégante, raffinée et bien élevée, cette fausse gouvernante est en réalité une sorcière à qui il ne faut pas chercher des noises et accompagnée de Goldorillon, un dragon de papier chinois. C’est par un stratagème digne des mises en garde d’un conte de fées que Miss Pook arrive à convaincre la petite Elise de quitter son douillet logis parisien pour s’installer avec elle sur la Lune. Dans son château merveilleux, Elise s’ennuie tout de même bien vite et ne rêve que d’explorer la Lune et ses mystères…malgré les interdictions de sa nouvelle maman ! Et c’est dans un enchaînement digne des tribulations d’Alice dans le pays des Merveilles que tombe Elise, où les rencontres avec d’étranges personnages se succèdent, pour un final tout en rebondissements !

Bertrand Santini, comme dans Hugo de la nuit (certain repèreront sans doute le clin d’œil), crée un univers sombre et décalé, dans lequel il s’affranchit des codes classiques induits par ses inspirations, tout en ne donnant absolument aucune limite à son imagination. Une imagination débordante mais cohérente dans son univers, qui emprunte à un certain nombre de mythes, pour notre plus grand plaisir. Et comme dans son précédent roman chez Grasset, Bertrand Santini porte à nouveau un regard amer sur l’humanité, nous invitant à réfléchir sur qui sont les véritables monstres grâce à des personnages complexes et inattendus, Miss Pook et Elise en tête.

Miss Pook et les enfants de la Lune est le premier tome réussi d’une série dont on a hâte de connaître la suite après une fin surprenante ! Bertrand Santini continue à nous émerveiller par ses univers riches, vifs et plein de surprises, tout en étant d’une grande sensibilité et d’une acuité sur le monde de l’enfance et de ses questionnements, même si c’en est parfois cruel. On notera la très belle couverture de Laurent Gapaillard, qui aurait bien donné envie d’avoir des illustrations intérieures… 😉

Miss Pook et les enfants de la lune, Bertrand Santini (Grasset jeunesse)
disponible depuis le 8 novembre 2017
9782246860556 – 13,90€
à partir de 10 ans
Son
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Le phénomène Philomène – Emmanuelle Cosso

9782848659404,0-4198015

Anatole est un ado un peu ailleurs, qui se prend la porte en plein nez, qui lit des mangas tout seul dans la cour et que tout le monde ignore un peu superbement… Sauf Juliette, apprentie journaliste qui a un faible pour le garçon. Un jour, pourtant, Anatole se découvre un talent particulier : il peut voir les fantômes ! Il rencontre ainsi Philomène, morte en 1870 dans un accident de la filature qui se trouvait à la place du collège…

★★★★☆

Et cette Philomène, c’est un vrai phénomène (ohohoh!) ! Du même âge qu’Anatole, c’est bien la première fois qu’un humain vivant peut la voir. Pour Anatole, c’est la révélation. Lui qui était rêveur, pas du tout ami des maths et de la géographie, voilà que, grâce à cette petite fantôme qui l’aide à se sortir de situations périlleuses face aux professeurs et à ses camarades, le garçon change… Ce que ne manque pas de repérer Juliette, qui connaît Anatole depuis toujours et nous raconte son étonnante histoire. Car si Philomène est particulièrement heureuse d’être enfin vue d’un garçon vivant, ses motivations à se lier à Anatole sont nombreuses. Et grâce à Philomène, Anatole va découvrir l’histoire de son collège, celle des enfants en 1870 et, peut-être, devenir un héros ?

Voilà un Pépix très différent des précédents titres de la collection ! Pas de bonus, pas d’humour débordant d’irrévérence (bien que Juliette soit une reporter pleine d’esprit et apporte pas mal d’humour au récit), mais une véritable histoire d’amitié inoubliable, d’aventure à hauteur d’ado rêveur et de secrets historiques tout plein d’émotion. Emmanuelle Cosso nous transporte par son écriture fluide et délicate et son histoire parfaitement construite dans laquelle les révélations s’égrènent au fil du récit, pour nous surprendre et nous émouvoir. Une jolie manière d’aborder la grande Histoire et la condition difficile des enfants de la fin du XIXe siècle. Les illustrations au crayon de Nathanaël Ferdinand complètent à merveille l’histoire dans toutes ses émotions, j’ai beaucoup aimé son style et son souci du détail (je n’avais pas remarqué qu’on voyait Anatole avec son pansement sur le nez – résultat de la porte prise dans la figure dès la première page – jusqu’à la fin du livre). C’est le premier roman d’Emmanuelle Cosso et ça ne présage que du bon pour la suite, j’ai été véritablement séduite par son écriture et son histoire intemporelle et pleine de charme !

Le phénomène Philomène, Emmanuelle Cosso, illustré par Nathanaël Ferdinand (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 6 juin 2017
9782848659404 – 10,90€
à partir de 9 ans
Son
3

Baleine rouge – Michelle Montmoulineix

9782330075835,0-4045933

Delphine part en vacances au bord de la mer avec son père et sa belle-mère qu’elle n’apprécie pas. En se promenant sur la plage, elle fait la rencontre d’une vieille femme qui semble confondre les couleurs et qui, chaque soir, s’en va nager au loin. Intriguée, Delphine et son nouvel ami Thomas se rendent chez Léandre, un vieil homme qui va leur conter l’histoire étonnante d’Eliaz, mousse breton du siècle dernier, et de Skye, jeune baleine bleue.

★★★★☆

Quel rapport entre Delphine, adolescente du 21e siècle à la famille recomposée et dont la mère lui manque affreusement après qu’elle soit partie un jour sans laisser d’adresse, et Eliaz, jeune garçon de onze ans engagé comme mousse sur un terre-neuvier pour rapporter de l’argent à ses parents en des temps difficiles ? Ahah, je ne vous le dirais pas ! Mais sachez que cela concerne évidemment l’océan et les majestueuses baleines qui vivent dans ses eaux. Le roman fait la part belle au récit d’Eliaz, conté par un personnage de vieil homme malicieux qui ne refuse pas de raconter les légendes du village à de jeunes ados curieux. Un procédé assez classique mais qui fonctionne toujours aussi bien : on réagit comme Delphine et Thomas à chaque rebondissement de l’histoire. Et cette histoire, c’est celle d’Eliaz et de son étonnante amitié avec une baleinelle (ouais, c’est rare mais ça se dit) prénommé Skye. Je ne vous en dis pas plus, même si les lecteurs avertis verront sans doute où tout cela va.

La beauté du roman vous frappera par sa description du monde sous-marin et de celui des baleines. Notre imaginaire nous les présente douces, majestueuses, puissantes. Michelle Montmoulineix nous en fait le même portrait et y ajoute, sans qu’on s’en rende compte, tout un tas d’informations étonnantes sur ces superbes créatures. Je crois que les passages concernant Skye et sa mère Blow sont mes préférés, on y sent tout l’amour et toute la sensibilité de l’auteure pour les baleines. Des moments poétiques qui contrebalancent la dureté de la vie d’Eliaz sur le terre-neuvier, du mal de mer aux brimades du second. Mais grâce à la musique de son violon et aux étranges sculptures du saleur Lullan, indien du Canada, Eliaz va voir sa vie changer radicalement… Par bien des aspects, le récit de Léandre va toucher Delphine en plein cœur et la perte de sa mère la ronger sérieusement. La vieille et « folle » Marina lui apportera-t-elle les réponses qu’elle cherche ?

Baleine rouge est une histoire intemporelle somme toute classique mais qui apporte un vrai souffle d’aventure, avec des sensations et une universalité qui m’ont parfois rappelé les textes de Michael Morpurgo. Si vous aimez les baleines, comme Bob, alors vous n’en serez que plus conquis par ce texte aussi doux et éthéré qu’un moment passé dans la sérénité de l’océan.

Baleine rouge, Michelle Montmoulineix (hélium)
disponible depuis le 15 mars 2017
9782330075835 – 13,90€
à partir de 10 ans
Son
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Nous autres, simples mortels – Patrick Ness

S’il y a bien un auteur que Bob et Jean-Michel aiment particulièrement, c’est Patrick Ness. Et ce depuis son incroyablement originale trilogie du Chaos en marche que l’on vous conseille très très grandement de découvrir. 😀 Alors que l’adaptation au cinéma du magnifique Quelques minutes après minuit sort en France en janvier 2017, on vous présente aujourd’hui son dernier né : Nous autres, simples mortels.

97820750745820-3453695Mikey attend la fin de l’année avec impatience. Il espère décrocher son bac et partir ensuite à l’université. Le bal de promo l’angoisse un peu également, désireux qu’il est d’y aller avec la jolie Henna à qui il n’arrive pas à dire son amour… Mais il se passe des choses un peu bizarres dans sa ville, en ce moment. Mikey a été témoin d’un étrange rayon bleu dans la forêt. Puis des animaux ont commencé à se comporter étrangement…genre un cerf qui se relève après avoir été percuté par sa voiture ! Le monde serait-il encore sous la menace d’une apocalypse quelconque ?

★★★☆☆

Vampires, zombies, mangeurs d’âmes et autres extraterrestres, la petite ville de banlieue de Michael aura tout connu ! Etonnamment, personne n’en parle vraiment, et tout le monde s’en fout pas mal. Surtout Mikey et sa bande de copains pour qui le principal, l’urgence, c’est d’obtenir le bac. D’autant que tous ces trucs-là, ce sont les « indie kids » qui les vivent. Ceux qui sont populaires, qui ont des noms un peu chelous et qui se fourrent toujours dans le sauvetage de la planète.

Tout ça vous paraît un peu étrange, obscur ? C’est pas mal l’effet que nous procure le roman quand on le commence : qui sont ces indie kids ? mais que se passe-t-il, en fait ? Car Patrick Ness a choisi de s’intéresser non pas aux héros des histoires, à ceux qui combattent les vampires ou cassent du zombie à coup de raquette, mais bien à ceux qui ne sont pas les héritiers des Chasseurs, ou les adolescents aux super-pouvoirs. Imaginez que, dans Twilight, on ait l’histoire du point de vue de la fille dans la classe de Bella qui n’a aucune idée que les Cullen sont des vampires et qui ne peut pas piffrer Bella qu’elle trouve pas intéressante et puis, de toute façon, elle a déjà des tonnes d’autres amis. Euh…ouais, ok, mais du coup ça doit être un peu chiant, non ? Détrompez-vous ! En se moquant des romans fantastiques adolescents actuels (clairement, dans les ouvertures de chapitres, qui expliquent ce qui se passe pour les indie kids, tous les poncifs du genre sont rassemblés et c’est vraiment très drôle), Patrick Ness évoque surtout l’adolescence telle qu’elle est vécue par tout un chacun : l’angoisse de réussir son bac, l’interrogation sur l’amour, l’amitié, la famille et ses problèmes, l’anxiété et autres maladies de l’adolescence. Des thématiques qui paraissent là aussi « déjà lues » mais qui, mêlés à cette histoire héroïque en second plan, amènent surtout à nous dire que, même dans nos vies ordinaires, il peut se passer des choses extraordinaires. Inutile d’être celui qui trucidera la Reine des Damnés ou celle qui vivra un triangle amoureux avec un Ange et un Démon. Pas besoin de ça pour souffrir, faire preuve de courage, prendre des risques ou aimer. On le fait très bien aussi dans la vraie vie. Et ça nous suffit.

Un roman peut-être un peu en dessous des précédents, il n’est clairement pas aussi fort émotionnellement que les autres, mais très étonnant et dont j’ai trouvé très drôles les piques lancées aux romans young adults ! 😛

Nous autres, simples mortels, Patrick Ness, traduit par Bruno Krebs (Gallimard jeunesse)
disponible depuis le 21 novembre 2016
9782075074582 – 16€
à partir de 14 ans