Son
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Les chroniques d’Hurluberland – Olivier Ka

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Après un texte très noir sur la relation entre une mère et son fils, Olivier Ka change littéralement de registre avec ce tout nouveau roman…détonnant ! 😀

Hurluberland est un drôle de royaume. Chaque jour, il s’y passe des choses étonnantes : des chanteuses qui font pousser des fleurs, une couturière qui pleure des diamants ou encore un pêcheur qui rapporte un cheval minuscule d’une île minuscule…

★★★★☆

Quelle agréable surprise que ce recueil d’histoires fantastico-burlesques qui nous transporte dans le monde improbable d’Hurluberland. Une contrée un peu magique avec son lot de bizarreries, ses personnages tarabiscotés et ses histoires délirantes. A travers ses 10 petites histoires, Olivier Ka nous fait découvrir son univers original et extravagant, où des personnages aux caractères très typés vont être aux prises avec des événements extraordinaires et, très souvent, à une morale qui les fera réfléchir à leurs comportements. Des histoires qui font ainsi penser à des petits contes, ou des fables.

L’écriture fine et humoristique d’Olivier Ka fait tout le charme de ce recueil inattendu mais particulièrement réussi. Des illustrations de Juliette Barbanègre ouvrent chaque chapitre et, avec cette superbe couverture, on regrette qu’il n’y ait pas plus d’images d’Hurluberland et de ses habitants au cœur du livre. Tout comme on regrette que le recueil soit si court ! Nul doute que ces hurluberlus de ce drôle de royaume ont encore des tonnes d’histoires à nous raconter ! Néanmoins, cette première entrée dans le monde inventé par Olivier Ka est à effectuer ! Vous ne regretterez assurément pas ce voyage singulier et absurde.

Et figurez-vous qu’avant d’être un livre, Les chroniques d’Hurluberland était, et est toujours, un spectacle de lectures musicales et d’ombres proposé par l’auteur lui-même ! Une très jolie façon de découvrir également cet univers insolite ! 🙂

Les chroniques d’Hurluberland, Olivier Ka (Le Rouergue)
collection DacOdac
disponible le 11 mai 2016
9782812610608 – 8€
à partir de 9 ans
Son
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Hugo de la nuit – Bertrand Santini

9782246860266,0-3345557

Une nuit d’été, un enfant, des fantômes, un secret… C’est le programme du tout nouveau roman de Bertrand Santini, après le génialissime et hilarant Journal de Gurty. Intrigués ? 😀

Hugo et sa famille vivent dans une belle demeure à Monliard. Un terrain qui attire la convoitise quand un gisement de pétrole est découvert dans le cimetière du domaine. Et une nuit, tout bascule…

★★★★☆

Difficile de vous résumer le roman de Bertrand Santini sans vous révéler quelques ressorts de l’intrigue ! Pourtant, je ne peux pas ne pas vous dire que Hugo, notre héros, meurt dès la première page. Eh oui, c’est bien triste mais c’est comme ça ! Hugo avait 11 ans, bientôt 12, et c’est la veille de son anniversaire que le malheur s’abat sur lui et sa famille… Sa mère, Hélène, est auteure de romans jeunesse et, grâce à la fortune amassée par les ventes de sa série à succès en 7 tomes (toute ressemblance avec le parcours d’une certaine J.K. Rowling serait fortuite), a acheté le domaine de Monliard. Son père, Romain, est botaniste et, quand le gisement de pétrole est découvert, il compte bien parvenir à protéger le domaine grâce à une fleur présumée éteinte qui a justement poussé près d’une tombe dans le cimetière. Mais, comme je vous l’ai dit, le malheur va s’abattre sur la famille…

C’est là qu’une simple histoire de territoire et d’avidité villageoise se transforme en conte horrifique et ce pour notre plus grand plaisir ! Je ne vous ferais pas de gros spoiler en vous disant que le cimetière de Monliard est hanté par des fantômes et que le cœur du roman va se dérouler entre le monde de la vie et celui de la mort. Pour ceux qui ont lu L’étrange vie de Nobody Owens, sachez que ce cimetière et ses habitants n’ont rien à envier à ceux de Neil Gaiman. Loufoques, étranges, exubérants, mélancoliques, tels sont les fantômes dont Hugo va faire la connaissance. Et nous voilà désormais dans un roman où la peur côtoie un humour pince-sans-rire avec beaucoup de réussite.

Mais là où Bertrand Santini est le plus fort, c’est qu’il joue avec nos impressions et nos sensations jusqu’à la fin du roman, et nous interroge sur notre sens du rêve – ou du cauchemar – et de la réalité. C’est vraiment bien fichu, on se laisse entraîner dans cette nuit étrange et étonnante, on a les chocottes, on rigole, on frissonne, on danse… Une véritable ambiance gothico-burlesque que cette magnifique couverture toute en dorures ne laisse peut-être pas présager mais qui nous surprend fort agréablement. On en redemande ! 😛

Hugo de la nuit, Bertrand Santini (Grasset jeunesse)
disponible depuis le 20 avril 2016
9782246860259 – 13,50€
à partir de 11 ans
Son
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Cinémonstres – Stéphane Tamaillon et Laurent Audouin

Aventures et frissons sont au programme de ce beau dimanche où il fera bon découvrir quelques classiques du cinéma de genre. C’est parti ! 😀

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Brooks est la fille du célèbre réalisateur Harry Hausen et a grandi auprès des plus stars les plus glamours d’Hollywood et les meilleurs techniciens du cinéma. Cet été, toute l’équipe débarque en Amazonie pour le nouveau tournage d’Harry : un film de monstre ! Mais le lagon qu’ils ont choisi est réputé maudit et, bientôt, Rose Glamour, la star du film, est enlevée…

★★★★☆

La créature du lagon maudit, c’est la toute première aventure de Brooks dans la série Cinémonstres (qui comptera au moins 4 tomes, le prochain paraissant en août), créée par Stéphane Tamaillon (dont on vous a commenté son précédent roman et qu’on aime beaucoup ici) et Laurent Audouin (que vous connaissez sans aucun doute pour la série des Enquêtes de Mirette chez Sarbacane aussi). Ceux qui sont un peu vieux reconnaîtront sûrement les nombreuses références, à commencer par le film qui a inspiré cette première aventure : L’étrange créature du lac noir (1954). Quant aux plus jeunes, ils auront tout simplement le plaisir de découvrir une histoire complètement dingo, une jeune héroïne pleine de courage, des adultes colériques, trouillards et pas très débrouillards, et un monstre terrifiant…ou pas ?

Moi c'est pas tant le monstre qui me fait frissonner que le menton proéminent d'Edward...

Moi c’est pas tant le monstre qui me fait frissonner que le menton proéminent d’Edward…

Un petit roman au format album, qui ravira les amateurs de mystère et de monstres. L’écriture de Stéphane Tamaillon est efficace et énergique, les jeux de typographies et de bulles façon BD donnent encore plus de pep’s et les inventions de mots du père de Brooks enrichissent l’humour déjà bien présent de l’histoire et des personnages. Les illustrations de Laurent Audouin, riches et colorées, souvent en pleine page, se marient parfaitement au texte : Brooks en est encore plus pétillante, l’Amazonie terrifiante et la créature du lagon…pas si effrayante ? Un duo qui fonctionne en tous cas à merveille et que l’on a hâte de retrouver pour le prochain tome qui nous emmènera dans le froid de l’Alaska… Vivement le mois d’août ! 😛

Et pour ceux qui sont du côté de Poitiers, sachez qu’il y a une exposition en 3D à la Fnac de la ville jusqu’au 12 mars ! Une très chouette occasion de découvrir le livre, non ?

Cinémonstres – 1, La créature du lagon maudit, Stéphane Tamaillon, illustré par Laurent Audouin (Sarbacane)
disponible depuis le 2 mars 2016
9782848658506 – 12€
à partir de 8 ans
Son
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Une histoire de sable – Benjamin Desmarès

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Jeanne passe les vacances d’hiver dans une station balnéaire sinistre. Alors que ses parents passent leur temps à travailler sur l’ordinateur et que leur humeur est aussi massacrante que la sienne, Jeanne passe tout son temps dehors, à se balader dans la station, sur la plage, à croiser une vieille dame à vélo…et à rencontrer deux garçons sur le perron d’une maison, qui passent leur temps à compter les grains de sable.

★★★☆☆

Avec cette couverture et ce titre énigmatique, on ne pouvait s’attendre qu’à une histoire tout aussi étrange. Le début commence pourtant dans une réalité fracassante : Jeanne ne cesse de se disputer avec ses parents, de jouer les rebelles – ou les ados en crise – et de claquer les portes à tout bout de champ. Alors autant vous dire qu’elle n’est pas particulièrement heureuse de passer des vacances à la mer en plein hiver. D’autant qu’il n’y a personne, rien, nulle part où aller ! Elle croise bien une petite vieille à vélo, mais c’est tout. Mortel, le coin est mortel ! Jusqu’au moment où, remontant une rue déserte, Jeanne aperçoit deux garçons tout aussi désœuvrés qu’elle. Ce n’est que le lendemain qu’elle ose les aborder et, après une conversation à la limite de l’absurde, accepte de les aider à compter les grains de sable devant la maison. Alain et Bruno, ce sont les deux garçons avec lesquels elle se lie d’amitié. Deux drôles de gars, aux looks improbables, dont les parents sont aussi absents qu’invisibles.

Finalement, ces vacances ne vont pas être si nulles que ça pour Jeanne. Tout son temps libre, elle le passe avec Alain et Bruno, ou alors au bar, le seul endroit ouvert dans ce patelin désert, où elle écoute les conversations des habitués. Petit à petit, le récit bascule dans le fantastique et, dans la plus pure tradition du genre, on ne s’en rend pas tout de suite compte et on se pose des questions, tout comme Jeanne. Quel mystère entoure Alain et Bruno ? Pour cela, il faudra lire ce roman très bien écrit, qui fait également la part belle à l’amour adolescent. Une histoire étrange, sensible et émouvante, qui donne un vrai roman d’ambiance, atmosphérique.

Une histoire de sable, Benjamin Desmarès (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 10 février 2016
9782812609978 – 10,70€
à partir de 13 ans
Son
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Classiques illustrés

La période de Noël voit toujours la parution de beaux albums. Aujourd’hui, Bob vous propose une belle sélection de textes classiques illustrés par des artistes contemporains, à offrir à tous et à (re)lire ! 🙂 On y parlera pas forcément des textes, le plus souvent connu, mais surtout des images qui les accompagnent.

Docteur Jekyll & Mister Hyde

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L’un des plus célèbres textes de R.L. Stevenson est ici traduit et adapté par Maxime Rovere. C’est Sébastien Mourrain qui illustre avec un certain brio l’univers fiévreux et inquiétant de cette histoire fantastique. La couverture, tout en relief et particulièrement belle, donne parfaitement le ton, à la fois de l’histoire mais aussi des illustrations. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ce papillon illustrant la double personnalité est particulièrement beau et effrayant, non ? Sébastien Mourrain a choisi de rester dans les tons de la couverture pour l’intérieur du livre : du noir et blanc, avec une touche de jaune, ce qui donne une atmosphère toute particulière à ce texte rendu accessible aux plus jeunes. Un album sombre et envoûtant, une belle relecture de ce classique.
Rendez-vous sur le site de l’illustrateur pour quelques aperçus. 🙂

Docteur Jekyll et Mister Hyde, Robert Louis Stevenson, illustré par Sébastien Mourrain, traduit et adapté par Maxime Rovere (Milan jeunesse)
collection Albums classiques
disponible depuis le 7 octobre 2015
9782745965486 – 16,90€
à partir de 10 ans

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L’appel de la forêt

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C’est dans la collection des « Grands Classiques illustrés » que nous retrouvons maintenant L’appel de la forêt. Publié pour le centenaire de la mort de Jack London, le texte s’offre une nouvelle traduction par Annie-France Mistral et, surtout, les illustrations splendides de Maurizio Quarello. Comme pour les autres titres de la collection, le format est grand (plus que le double décimètre de Bob, c’est dire !) et agréable, le texte intégral est accompagné d’illustrations en pleine page, voire en double-pages. Un vrai régal pour les yeux que ces magnifiques peintures à l’huile de Maurizio Quarello, aussi riches que le texte de London et où le sauvage et la beauté des grands espaces se disputent à la cruauté des hommes. Un album superbe, un hommage vibrant à l’œuvre pleine d’aventure de Jack London, la meilleure façon de lire ou relire ce très beau roman.

L’appel de la forêt, Jack London, illustré par Maurizio A.C. Quarello, traduit par Annie-France Mistral (Sarbacane)
collection Les grands classiques illustrés
disponible depuis le 7 octobre 2015
9782848657950 – 23,50€
à partir de 10 ans

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Peter Pan

9782013831369,0-2352043

L’ouvrage le plus volumineux de cette sélection, c’est Peter Pan qui, de ses 200 pages, en compte une bonne moitié illustrée. C’est Régis Lejonc (que Bob adore !) qui nous propose sa version de cette histoire centenaire, que l’on prend énormément de plaisir à relire, d’autant plus quand la version de Disney nous a pas mal parasité. J’ai beaucoup aimé le style qu’a choisi Régis Lejonc, en parfait accord avec l’époque où a été publié le roman, puisque tous ses tableaux ne sont pas sans rappeler l’Art nouveau (moi qui adore Alfons Mucha, j’ai été servie). Grâce à ces images, je me suis surprise à redécouvrir le texte et à l’apprécier tout autrement. Une très belle expérience de lecture et encore un très beau livre à offrir !

Peter Pan, James Matthew Barrie, illustré par Régis Lejonc, traduit par Michel Laporte (Gautier-Languereau)
disponible depuis le 21 octobre 2015
9782013831369 – 25€
à partir de 10 ans

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Harry Potter à l’école des sorciers

9782070669073,0-2723765

On termine avec l’incontournable pour Noël, à offrir impérativement à tous les fans d’Harry Potter ! C’est Jim Kay qui illustre ce tout premier tome illustré et c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on découvre chacun de ses tableaux au cours de la relecture. Malgré les images que l’on garde des film ou des précédentes couvertures des livres, nous ne sommes pas déçus de l’apparence de Drago ou de Hagrid et, surtout, on passe son temps à regarder les petits détails, qui ajoutent à l’univers, et les couleurs, superbes ! L’édition la plus chère de cette sélection mais qui fera le bonheur de tous les fans du petit sorcier à la cicatrice. Ce sera d’ailleurs l’un des cadeaux de Bob, obligé !

Harry Potter à l’école des sorciers, J.K. Rowling, illustré par Jim Kay, traduit par Jean-François Ménard (Gallimard jeunesse)
disponible depuis le 22 octobre 2015
9782070669073 – 39€
à partir de 10 ans

Son
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Par bonheur, le lait… – Neil Gaiman et Boulet

Un nouveau roman de Neil Gaiman, c’est un peu comme Noël. On trépigne d’impatience jusqu’au jour fatidique et on se jette sur les cadeaux comme des pigeons sur une miette de pain. Et le mieux, c’est un livre de Neil Gaiman illustré ! Coup de bol, Par bonheur, le lait est un roman à destination des plus jeunes et illustré par Boulet (dont on adore tout particulièrement les Notes, par ici). Pour la petite histoire, il faut savoir qu’à chaque traduction, Neil Gaiman demande à ce que ce soit un illustrateur « local » qui participe à son livre. En Angleterre, par exemple, c’est Chris Riddell qui a fait les illustrations (un illustrateur qu’on aime aussi beaucoup) et qui a notamment choisi de représenter Neil Gaiman dans le rôle du papa de cette histoire, ce que je trouve plutôt cool ! 😀 Pour avoir un aperçu des autres éditions, je vous renvoie sur le tumblr officiel de Neil Gaiman.

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Au petit-déjeuner, un frère et une sœur constatent qu’il n’y a plus de lait à mettre dans leurs céréales ! Puisque maman est partie travailler, c’est à papa de quitter son journal pour aller chercher le précieux ingrédient indispensable à tout petit-déjeuner. Mais ce qui ne devait être qu’une simple course à l’épicerie du coin va se transformer en aventure incroyable…

★★★★★

Et attention : soucoupes volantes, dinosaures, pirates, volcans en éruption et autres joyeusetés sont au programme de cette histoire loufoque et hilarante qui fait habilement basculer une scène de la vie quotidienne en aventure trépidante. Il est intéressant de connaître la petite histoire qui est à l’origine du roman, expliquée par l’auteur en préambule, et dont je ne vous dirais rien (faut bien garder un peu de surprise !) si ce n’est que Par bonheur, le lait est censé réhabiliter le rôle des papas dans la vie des enfants. Avouez que c’est classe un papa qui se fait enlever par des extraterrestres en allant chercher le lait ? Qui se retrouve à parcourir l’espace-temps en dirigeable avec un stégosaure ? C’est le genre de truc idéal pour se la péter dans la cour de récré, non ? En tous cas, ce papa-ci est un véritable héros, surtout dans le fait de raconter des histoires à ses enfants totalement ébaubis par tout ce qu’il a vécu en allant seulement acheter du lait. Est-ce qu’il nous raconte pas des cracks, le padre, là ? Mystère et boule de gomme…

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Comme toujours, on peut compter sur l’écriture de Neil Gaiman et son humour so british pour nous emporter dans une histoire savoureuse. Les illustrations de Boulet sont en parfaite adéquation avec le texte, tous les détails y sont. Et, surtout, elles sont très nombreuses et prennent une importance très appréciable. J’ai particulièrement adoré les scènes de la fin, qui ajoutent au questionnement avec lequel tous les lecteurs termineront leur lecture : vraies ou pas, les histoires du papa ? Génial !

Par bonheur, le lait…, Neil Gaiman et Boulet (Au diable Vauvert)
disponible le 5 novembre 2015
9782846269681 – 12,50€
à partir de 8 ans

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Amanda et les amis imaginaires – A.F Harrold

 

Rudger est le meilleur ami d’Amanda et son seul défaut est de ne pas réellement exister. Amanda Shuffleup : drôle de fillette, à l’imaginaire débordant passe qui le plus clair de son temps à s’amuser avec Rudger jusqu’au jour où un terrible accident chamboule tout…

★★★★☆

amandaamisimaginairesUn sacré petit roman !  Après l’accident d’Amanda, Rudger commence à s’estomper et pour continuer à vivre, il se doit de retrouver un autre enfant qui croirait suffisamment en lui. Très vite, la solitude gagne ce bonhomme qui part à la recherche de sa vie imaginée par Amanda. Un personnage imaginaire peut-il survivre sans son créateur ? Ce roman possède cette dimension terrifiante où un être tente de subsister dans un monde où tout est contre lui. Vous ne serez pas au bout de vos surprises lorsque vous rencontrerez Monsieur Butor qui a la réputation de hanter les mondes imaginaires. Sinistre, on raconte qu’il les mangerait…C’est brillant, dramatique et drôle. Les illustrations d’Emily Gravett ajoutent une force supplémentaire à cet ouvrage qui est déjà d’une belle originalité. Si vous connaissez le dessin animé Foster, la maison des amis imaginaires (oui, ici nous aimons Gulli et Cartoon Network), vous trouverez de petites similitudes qui raviront votre goût pour l’onirique, la fantaisie et où vous développerez un attachement certain aux personnages qui sont choux : Rudger est si gentil que la perspective de lui faire un câlin vous décrochera un sourire. Amanda est spirituelle et le fait qu’elle ne soit qu’une enfant provoque des situations farfelues nécessaires à l’histoire.

On peut tout de même se questionner sur la santé mentale de cette fillette. Ne faites pas “OHHH”, je sais que tout le monde se pose la question. Elle va bien. Je vous le promets. On se dit que ses parents doivent être des gens horribles pour qu’une enfant soit poussée à l’extrême dans ses retranchements…mais il s’avère que sa maman est une femme tout à fait réconfortante, posée, délicieuse et son instinct maternel ne lui impose pas d’emmener sa fille consulter un psychiatre. Elle préfère jouer le jeu de son enfant, tout simplement. N’est-ce pas pendant l’enfance que l’imaginaire se doit de ne pas être brisé par un autre que soi-même ?

Amanda et les amis imaginaires, A.F Harrold & Emily Gravett (illustratrice)
(Seuil Jeunesse)
disponible depuis le 1er octobre 2015
9791023504088 – 15€
à partir de 10 ans

Son
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De la part du diable – Aina Basso

9782364747791

Norvège, XVIIe siècle. Issue d’une famille aristocratique de Copenhague, Dorothe, seize ans, épouse un homme plus âgé qu’elle. Elle le suit dans une province de Norvège où son travail l’a affecté : il doit instruire les procès en sorcellerie. Elen a le même âge et vit dans un petit village avec sa mère et ses nombreux frères. Sa mère, guérisseuse et libre des hommes, lui transmet son savoir et ses dons. Jusqu’au jour où les procès en sorcellerie prennent de l’ampleur et qu’Elen soit contrainte de quitter sa maison pour sauver sa mère…

★★★★☆

A travers le destin de deux jeunes filles que tout semble opposer, Aina Basso nous transporte à une époque importante et pourtant méconnue de l’histoire norvégienne… Une histoire qui en rappelle pourtant beaucoup d’autres de la même période à travers l’Europe et au-delà, où les femmes étaient accusées de sorcellerie par jalousie, peur, ou car trop libres.
Le récit est alterné entre Dorothe et Elen, parfois entrecoupé d’étranges moments où le fantastique et le mythe prennent le pas sur l’histoire. Un procédé qui invite à se plonger totalement dans ce roman fascinant et très bien écrit. J’ai beaucoup aimé l’histoire de chacun des personnages, entre Dorothe, jeune fille qui voudrait rester enfant et qui est contrainte de faire un bon mariage, sa peur d’être mariée à celui qu’elle surnomme « l’homme grave » et sa solitude une fois arrivée dans un pays où elle ne parle pas la langue ; et Elen, seule fille d’une ribambelle d’enfants conçus de pères différents, ravie de sa liberté, de la vie qu’elle mène avec sa mère, de leur lien particulier, jusqu’au jour où arrive un petit frère, un bébé monstrueux dont elle est persuadée qu’il a été échangé à la naissance pour paraître si laid et maléfique. Bien sûr, leurs destins vont finir par se rejoindre, pour le meilleur mais surtout pour le pire… Je ne vous en dirais cependant pas plus là-dessus au risque de vous gâcher le roman… 🙂
Les scènes figurant les procès, au cœur de ce roman, sont, elles, très documentées, et particulièrement dures. L’auteure décrit avec précision plusieurs moments clés de cette chasse aux sorcières et nous montre ainsi toute l’horreur de cette période – un épilogue documentaire vient d’ailleurs compléter le récit. De la part du diable est un roman passionnant sur l’histoire de la Norvège, ses croyances anciennes et ses légendes, porté par deux héroïnes touchantes et où la justice ne triomphe pas toujours… Une très belle découverte !

De la part du diable, Aina Basso (Thierry Magnier)
disponible depuis le 14 octobre 2015
9782364747791 – 16€
à partir de 13 ans

Son
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Le livre de toutes les réponses sauf une – Manon Fargetton

9782700247886,0-2778185

Cette année, Bérénice entre dans un nouveau collège et, comme à chaque fois, son nom de famille – Lamort – provoque les moqueries. Mais cette fois, il y a une autre élève au nom étrange : Pandora Hurlevent, qui sait supporter les ricanements. Les deux jeunes filles vont vite se lier d’amitié, à laquelle va se joindre Lazare. Un trio qui va partager ses rêves et ses confidences chez Bérénice…jusqu’au jour où c’est au tour de Pandora d’accueillir son amie chez elle…

★★★★☆

Déjà connue pour ses romans de fantasy ou ses thrillers chez Rageot, Manon Fargetton s’adresse ici à un lectorat un peu plus jeune pour une histoire qui mordille la frontière du fantastique. On y retrouve trois personnages, trois ados un peu en marge des autres, dont on se moque à cause de leurs noms un peu spéciaux ou de leur orientation sexuelle. Mais au-delà des notions de harcèlement, c’est surtout l’amitié qui prime, les liens qui se créent entre chaque personnage. Et notamment ceux de Bérénice et Pandora. Issues de familles originales (monde du spectacle pour Bérénice, histoire et archéologie pour Pandora), il était évident que les deux jeunes filles ne pouvaient qu’être amies. Pourtant, une différence sociale va les séparer un certain temps, jusqu’à ce que Pandora accepte d’inviter Bérénice chez elle, dans un manoir à l’écart de la ville, avec chauffeur, cuisinière et tableaux de maîtres. Mais le plus intéressant chez les Hurlevent, c’est la bibliothèque. Une bibliothèque magnifique qui referme un ouvrage millénaire, un livre capable de répondre à toutes les questions…sauf une. Sauf celles qui commencent pas « pourquoi ? »… Pourtant, Bérénice n’a que des questions de ce type à la bouche, car elle cache un lourd secret, qu’elle a confié à son amie qui pense que le livre lui permettra de soulager son cœur. Mais c’est tout le contraire qui se passe…
Sans vous en dire plus sur l’histoire, qui se découvre véritablement au fil des pages, Le livre de toutes les réponses sauf une est un très joli roman qui mélange une variété de thématiques sans pour autant tomber dans le fourre-tout. Un peu de suspense, des amitiés qui se nouent et se dénouent, des éléments fantastiques, des secrets et pas mal de références. Mais aussi une façon de gérer un deuil, de se construire ou se reconstruire. Une belle évocation de relations familiales, en somme. L’écriture de Manon Fargetton est tout en douceur, et la pointe de magie sert parfaitement le propos plutôt grave évoqué dans l’histoire. Je regrette peut-être juste que le mystère archéologique ne soit pas résolu, j’aurais été bien curieuse de découvrir l’hypothèse de l’auteure. 😛

Le livre de toutes les réponses sauf une, Manon Fargetton (Rageot)
disponible depuis le 16 septembre 2015
9782700247886 – 6,45€
à partir de 11 ans

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Les neiges de l’éternel – Claire Krust

9782917689929,0-2681494

Pour cette rentrée littéraire ado, Bob a décidé de vous parler d’un premier roman qui ne figure pas dans une collection pour adolescents mais qui, par sa qualité et son histoire, pourrait tout à fait leur plaire. 😉

Yuki, jeune fille noble dont le frère se meurt, décide de quitter le château de son père Daimyo pour partir à la recherche d’un célèbre guérisseur, son dernier espoir pour sauver son frère. Dans le froid de l’hiver, la jeune fille se déguise en homme et parvient au pied de la montagne où il vit. Mais le guérisseur, depuis la mort de son fils, ne souhaite plus soigner qui que ce soit… Yuki réussira-t-elle à faire fléchir l’homme et à sauver son frère ?

★★★★☆

En vrai, je ne vous ai fait le résumé que de la première histoire qui constitue ce doux et éclatant roman, telle la neige qui recouvre le paysage de ce Japon féodal imaginé par Claire Krust. Je dis bien roman car, malgré ce que l’on pourrait penser être des nouvelles à la lecture des différentes parties, chaque histoire est liée à l’autre, d’une manière ou d’une autre, sans se soucier de la chronologie ou des personnages. C’est d’ailleurs l’une des particularités des Neiges de l’éternel, une construction qui s’affranchit du temps, qui nous surprend, mais qui donne aussi cette saveur à la lecture, celle de découvrir toute une vie par fragments, jouant avec notre impatience de percer les mystères et les secrets et notre infini plaisir à se laisser emporter par les histoires de ces personnages, vivants…ou non.
Ce qui m’a également beaucoup plu est cette ambiance hivernale, presque un personnage de chacun des récits, cette fantasy latente, où les fantômes et la magie s’entremêlent aux croyances issues de ce Japon presque réaliste (car la géographie évoquée dans le roman vous montrera vite qu’il n’y du Japon que l’inspiration). Les personnages, à commencer par Yuki, sont tous très beaux, même lorsqu’ils sont cruels ou égoïstes, et on s’attache à chacun d’entre eux, les redécouvrant au fur et à mesure des histoires. Au final, il semble que la mort et la maladie soient au cœur des Neiges de l’éternel, mais Claire Krust parvient avec la douceur des flocons à nous faire tourner la dernière page avec l’espoir et l’amour. Une très belle découverte ! 🙂

Les neiges de l’éternel, Claire Krust (ActuSF)
collection Les trois souhaits
disponible depuis le 21 août 2015
9782917689929 – 18€
à partir de 14 ans