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Traqués sur la lande – Jean-Christophe Tixier

Aujourd’hui, on vous parle du nouveau roman de Jean-Christophe Tixier (dont on avait beaucoup aimé le précédent), écrit dans le cadre du Feuilleton des Incos, qui consiste à faire découvrir les coulisses de l’écriture d’un roman à une classe grâce à une correspondance avec un auteur (plus d’infos sur le site des Incorruptibles). :)

9782700250961,0-3064173

1934, Belle-Île-en-Mer. Au bagne pour enfants, une émeute éclate après le coup de trop porté par un surveillant. Des garçons en profitent pour s’échapper sur la lande. Gabriel est parmi eux et, très vite, la traque commence. Aucun ne veut être repris, tous veulent retrouver la liberté. Pour cette dernière, Gabriel va pouvoir compter sur Aël, une jeune fille qui connaît le coin comme sa proche et qui, elle aussi, rêve de liberté…

★★★☆☆

Dans ce roman historique, Jean-Christophe Tixier évoque un sujet que l’on connaît assez peu et qui reste absent des livres d’histoire au collège ou au lycée : les bagnes pour enfants (en tous cas, ce n’était pas dans les miens à l’époque où j’y étais). Les moments qui s’y déroulent vraiment sont peu nombreux puisque le roman débute sur l’évasion des enfants mais, en peu de mots, Jean-Christophe Tixier nous fait très vite comprendre les terribles conditions de ces endroits. Le cœur du roman s’intéresse à la fuite, à la traque organisée par les habitants de l’île pour retrouver tous les jeunes gamins échappés. Une chasse motivée par l’argent et la peur. C’est dans ce contexte que Gabriel, jeune prisonnier évadé va croiser la route d’Aël, belle jeune fille qu’un père violent désire marier à un riche touriste. Aël, pleine de ressources et de bonté, va venir en aide à ce garçon aux yeux gris et à ses jeunes compagnons qui ne connaissent rien d’autre que les humiliations et les privations…

Tiré d’une histoire vraie, comme nous le rappelle l’auteur à la fin de son roman, Traqués sur la lande est un récit fluide et bien mené qui, au-delà de nous présenter une réalité historique, offre une belle histoire d’évasion, de liberté et d’amour. On sent certainement l’influence de la classe sur cette dernière – l’histoire d’amour me paraissant en effet un peu rapide – mais elle ajoute un romantisme tout de même bienvenu, contrebalançant les destins tragiques de certains des évadés. Sans vous dévoiler la fin, sachez que celle-ci est vraiment très réussie et surprenante, sans être un véritable happy-end, elle reste ouverte et pleine d’espoir. Une mention spéciale pour la couverture de Sébastien Pelon, que je trouve très belle.

Sur le même thème des colonies pénitentiaires pour enfants (mais quelques décennies plus tôt), je vous conseille également la lecture du très beau roman d’Ahmed Kalouaz, Les sauvageons.

Traqués sur la lande, Jean-Christophe Tixier (Rageot)
collection Le feuilleton des Incos
disponible depuis le 16 mars 2016
9782700250961 – 12,50€
à partir de 12 ans
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La classe de mer de monsieur Ganèche – Jérôme Bourgine

9782848658353,0-3166211

En ce mois de janvier frileux, rien de mieux qu’un petit roman à vous donner envie de hisser les voiles et de voguer loin de la routine. :)

Monsieur Ganèche est l’heureux professeur d’une classe de mer composée de six loustics qui lui en font voir de toutes les couleurs. Mais lorsque le rafiot qui les transportait jusqu’au lieu de vacances en Bretagne est contraint d’accoster sur un îlot qui semble abandonné, ils sont loin de se douter des aventures qui les attendent…

★★★★☆

Zlatan, Céline, Tho, Lucas, Fatima et Maïtiti, voilà les six « cas sociaux » dont Monsieur Ganèche, professeur remplaçant, a hérité. Monsieur Ganèche et ses grandes oreilles décollées, son petit air dans la Lune mais terrifiant lorsqu’il est en colère… Tout un tas de caractères bien différents qui vont être amenés à vivre ensemble et à constituer une équipe quand les problèmes commencent. Car l’île sur laquelle ils se retrouvent abandonnés est en réalité le repaire de trafiquants d’animaux (je ne vous spoile pas, c’est écrit sur la 4e de couverture !) et vous vous doutez bien qu’une bande de morveux sur le territoire de ces affreux bonhommes n’est pas la bienvenue…

On retrouve dans cette histoire tout le cocktail qui nous plaît dans la collection Pépix : de l’humour et, surtout, de l’aventure. On s’attache très rapidement à chacun des personnages (mêmes si certains sont vraiment des sales gosses) et notamment à Monsieur Ganèche, à sa bienveillance et à son côté un peu original. En fait, Monsieur Ganèche, c’est un peu l’instit’ qu’on aurait bien aimé avoir. Mais ce que j’ai préféré, c’est l’intrigue de Jérôme Bourgine, rondement menée, qui nous entraîne d’un bout à l’autre de l’île et transforme nos jeunes héros en aventuriers intrépides. A la lecture, j’ai repensé à tous ces films que je regardais enfant, où des gamins partaient à la chasse au trésor en faisant tourner en bourrique les terribles méchants. En tous cas, une classe de mer qui tourne de cette manière, j’aurais bien aimé en vivre une !

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Un Pépix ne serait pas non plus réussi sans ses illustrations et celles-ci, de Maurèen Poignonec, sont une invitation de plus au désir d’aventure. J’ai beaucoup aimé son trait, fin et malicieux, et toute l’énergie qui s’en dégage. C’en est presque à regretter que toutes les images ne soient pas en couleur !

Une très chouette histoire, en tous cas, où l’amitié, la confiance en soi et la défense des animaux sont les maîtres mots. Et un bel avant-goût des vacances d’été… :)

La classe de mer de monsieur Ganèche, Jérôme Bourgine, illustré par Maurèen Poignonec (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 6 janvier 2016
9782848658353 – 11,90€
à partir de 9 ans
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Chasse à l’ange – Ingelin Rossland

9782812607196,0-2347356

Engel Winge, jeune journaliste dans un patelin norvégien, se rend sur l’île de Maroya, réputée hantée. Avec l’aide d’une médium, elle va mettre au jour des éléments étranges qui vont alimenter son enquête et l’embarquer dans une affaire qui va la conduire jusqu’à Berlin…

★★★☆☆

Ce roman fait suite à Aile d’ange et, pour vraiment tout comprendre, il me semble judicieux de lire ce premier tome. Notamment pour connaître l’âge et la personnalité de notre héroïne car il m’a fallu un très long moment (plus de la moitié du livre) pour découvrir qu’Engel avait 17 ans ! Ce qui peut être utile quand on lit certains passages au début, très crus, où elle discute sexe avec une copine ou à sa façon de parler. C’est un détail, mais j’avoue que cela m’a un peu manqué pour m’attacher au personnage, qui a d’ailleurs de faux airs de Lisbeth Salander de Millénium. Bref. En lisant la quatrième de couverture, je m’attendais à un petit côté fantastique qui n’avait pas l’air déplaisant. Or, au fur et à mesure que l’enquête progresse, et qui est censée attester ou non de la présence de fantômes sur l’île, le sujet disparaît complètement au profit d’une enquête sur la drogue et autres magouilles financières. Vous risquez donc d’être déçus si vous cherchiez une histoire de fantômes ! Malgré tout, l’enquête est intéressante, le dépaysement agréable, et l’audace et l’obstination de notre journaliste donnent du rythme à cette courte histoire. Il y a d’ailleurs un petit côté cinématographique dans le découpage des chapitres, où les ellipses sont très importantes, et où l’action s’enchaîne sans s’embourber dans des descriptions trop longues. Un roman plutôt honnête, donc, même s’il me semble qu’il vaut tout de même mieux avoir lu le précédent avant de se lancer dans cette nouvelle enquête.

Chasse à l’ange, Ingelin Rossland (Rouergue)
collection DoAdo Noir
en librairie depuis le 5 novembre
9782812607196 – 13,50 €
à partir de 15 ans