Son
2

L’étrange hôtel de Secrets’ Hill – Kate Milford

97827002510360-3655713

Milo s’apprête à passer les vacances de Noël dans l’hôtel géré par ses parents. En plein hiver et situé tout en haut d’une colline, rares sont les clients à cette période de l’année et Milo espère bien profiter de ses parents pendant ces vacances. Mais voilà qu’un étrange monsieur aux chaussettes dépareillées débarque et demande une chambre. Puis une fille aux cheveux bleus et ainsi de suite… Que peuvent-ils bien tous avoir à faire à l’hôtel de Secrets’ Hill ?

★★★★★

D’habitude, les clients de l’hôtel, appelé parfois aussi Villa de Verre en raison de ses vitraux, sont plutôt des personnages louches qui trafiquent des choses non moins étranges : bulbes de fleurs, pistolets à bouchon, etc. Cette fois-ci, pourtant, pas de contrebandiers mais un chapelet d’étranges loustics aux styles et coiffures variés qui vont chambouler tous les projets de Milo, jeune garçon qui n’aime pas beaucoup le changement. A peine les premiers clients sont-ils arrivés que les mystères apparaissent : près du funiculaire qui amène les visiteurs jusqu’à l’hôtel, Milo découvre un portefeuille dans lequel se trouve une carte nautique qui ne ressemble à rien de connu alentour. Étrange ! Et quand certains clients se font dérober des objets lors de la nuit, c’est sûr, il se passe quelque chose à la Villa de Verre ! Avec l’aide de Meddy, la fille de la boulangère venue prêter main forte aux parents de Milo et fan de jeux de rôles, Milo va enquêter et peu à peu découvrir les secrets de l’hôtel et de ses clients…

Je n’avais pas été aussi bien menée en bateau dans un roman policier pour enfants depuis longtemps ! Kate Milford développe en plus de 500 pages un huis-clos hivernal qui rappelle bien sûr Les dix petits nègres d’Agatha Christie (sans le côté meurtrier) où les faux-semblants et les twists sont judicieusement placés. Parole de Bob, vous ne verrez pas venir l’une des révélations finales ! Ou alors vous êtes le genre vraiment très fort au Cluedo. Au-delà de l’enquête, qui n’est pas que policière d’ailleurs, mais qui a aussi un côté aventureux (le jeu de rôle) et historique (beaucoup de choses se jouent sur l’histoire de l’hôtel), l’auteure évoque aussi très bien la famille et l’adoption. Milo est un garçon d’origine chinoise recueilli par les Wood, qui gèrent l’hôtel. Malgré le fait qu’il n’a jamais connu ses véritables parents, il ne peut s’empêcher de penser à eux et de se demander qui ils sont. Il y a une réflexion extrêmement belle et intéressante sur ce sujet, distillée au fur et à mesure que l’enquête avance et où l’on sent que, malgré tout l’amour de ses parents adoptifs, il ne cessera jamais de se questionner. Kate Milford joue d’autant bien ses cartes qu’elle nous surprend lorsqu’un autre personnage découvre sa propre origine et qu’on aurait pu croire qu’elle allait coller avec celle de Milo. Elle ne tombe ainsi ni dans la facilité, ni dans le happy end total. Et c’est sans doute la très jolie et sensible note à la fin du roman qui explique ce choix et apporte autant de finesse à la psychologie de Milo.

L’étrange hôtel de Secrets’ Hill est un excellent roman à l’intrigue policière superbement ficelée, aux personnages attachants, malins et joueurs, qui fait la part belle non seulement à l’émotion mais également à l’aventure et au conte, où les histoires racontées au coin du feu sont tout aussi passionnantes que celle que nous suivons. Car la grande force du roman, c’est aussi de nous faire entrer dans cet hôtel comme si nous en étions nous aussi clients…
Un beau cadeau à faire pour Noël (et à lire à cette période totalement idéale), d’autant plus que le roman est illustré (même si j’aurais bien aimé plus de planches) et que sa couverture aux reflets argentés le fait briller de mille feux. :P

L’étrange hôtel de Secrets’ Hill, Kate Milford, traduit par Anne Delcourt, illustré par Alban Marilleau (Rageot)
disponible depuis le 3 novembre 2016
9782700251036 – 17,90€
à partir de 11 ans
0

Samedi 14 novembre – Vincent Villeminot

Une lecture qu’on redoute, à cause de sa thématique. Bien sûr à la réflexion la réticence s’amoindrit car on sait que Vincent Villeminot maîtrise ses sujets et que Tibo Bérard est minutieux même dans l’intensité, alors qu’est-ce qu’on risque ?

samedi14novembre

Le vendredi 13 novembre, B. perd son frère Pierre. Après un moment d’errance, il reconnait l’un des terroristes dans le métro et décide de le suivre. Prêt à tout, perdu dans son chagrin et ses incompréhensions il va s’adonner à l’expérience malheureuse de la vengeance…

★★★★★

Le rôle de leur vie

« mon frère Pierre est mort » et « l’Arabe », ces mots seront répétés de nombreuses fois par B. comme les litanies d’un homme fermé qui n’a pas encore la force de voir au-delà de son propre obscurantisme. Retranché chez sa soeur dans le nord, le présumé terroriste (on évite les conclusions trop hâtives dès le début du roman) sera séquestré par B. Ce qui suit ne sera que le théâtre de l’absurdité d’une violence arrivée trop tôt et par erreur dans la vie d’un homme. Un acte sauvage pour un acte sauvage. En attaquant dans leur foi cette fratrie dans des scènes qui coupent le souffle, B. devient l’ennemi à son tour. Les deux hommes ne semblent plus si différents désormais.

« Alors elles faisaient peur, les victimes ? Elles feraient peur, davantage que pitié ? »

C’est être témoin de leur plongée dans l’inconnu qui l’est. Mais les bêtes redeviennent des hommes, aussi au fil du roman B. devient Benjamin et l’Arabe Abdelkrim al-Raqiq. Benjamin vomit et Abdelkrim se souille : doit-on y voir la fuite de leur haine ? Benjamin semble reprendre sa forme humaine en donnant son prénom à Layla, la cadette al-Raqiq qu’il a humiliée et torturée.

Layla, meilleur espoir féminin
« S’il y a un problème avec l’islam en France, c’est toujours pour nous…les filles »  (Layla)

Elle a été la victime facile de Benjamin. Prise d’assaut dans la cage d’escalier de l’immeuble elle a d’abord cru aux prémices d’un viol avant de réaliser qu’elle allait devenir la cible des actes causés par son frère. Son sang-froid est bouleversant : elle a subit en silence les avilissements de B. De l’ingestion de porc en passant par la nudité forcée devant une caméra, elle est restée drapée dans la dignité et le calme. Après l’orage dans la tête de Benjamin, les excuses, les remords et les discussions sont engagés. Autant de compréhension et de recul dans un si petit corps me sidère. Elle semble pouvoir désamorcer tout ce qui est susceptible d’être sauvé, y compris Benjamin. Toute la définition de l’espoir réside en Layla.

Les figurants

Le choix d’exploiter ce lendemain du point de vue des anonymes est éminent : de la jeune étudiante au vieux barbu de la gare en passant par une infirmière, un père, tous se questionnent et ignorent comment agir. Des inconnus qui nous ressemblent et qui essaient, chacun apportant une perspective différente.

« Est-ce ça qu’ils attaquent, vraiment ? Le fait de rire, de boire, de mettre des robes légères, d’aller à un concert, en terrasse, de danser ? Vraiment ? Est-ce si subversif ? Ça les empêche de quoi, ces salauds ? D’être purs ? Elle ne sait pas. Elle est un peu perdue. »  (Ninon)
La prochaine séance…

…c’est vous qui en décidez. Comme un dvd qu’on regarde chez soi, cette lecture-visionnage est intime et Vincent vous laisse la télécommande. Les chapitres sont composés de 5 grands actes chacun contenant une part douloureuse, entrecoupés d’entractes qui nous permettent de reprendre notre souffle. Et quelquefois en pleine action, des arrêts sur image, des pauses minutieusement choisies. Si bien que nos questions pleines d’inquiétudes ont à peine le temps d’émerger que la réponse est déjà écrite. Et le générique de fin : les crédits de l’auteur qui lui aussi, apporte sa perspective à l’édifice.

Samedi 14 novembre, Vincent Villeminot(Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 novembre 2016
9782848659220 – 15,50€
à partir de 14 ans
Son
1

Les belles vies – Benoît Minville

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Vasco et Djib’ sont amis depuis leur enfance. Inséparables, ils cumulent les bêtises plus ou moins graves jusqu’au jour où, après une bagarre, leurs parents décident de les envoyer dans la Nièvre où un couple accueillant des enfants de la DDASS accepte de les recevoir en échange de leur aide à la réparation d’une grange.

★★★★★

C’est le début de « vacances » qui vont totalement changer leurs vies ! Petits jeunes des cités qui font se lamenter les vieilles dames dans les bus, Vasco, d’origine portugaise, et Djib’, d’origine africaine, se retrouvent dans un trou perdu au fin fond de la Nièvre bien franchouillarde, avec son saucisson et ses vaches qui paissent tranquilles. Et quelques racistes. Ils débarquent ainsi chez Tonton et Tata, respectivement 80 et 60 ans, qui ont accueilli plus d’une cinquantaine d’enfants dans leur vie. Parmi ceux présents cet été-là, il y a Dylan et Jessica, frère et sœur abandonnés par une mère incapable de s’occuper d’eux. Le premier, apprenti chez un boucher, a énormément de mal à contenir un tempérament violent, la seconde est une bimbo qui file un mauvais coton. Il y a aussi Chloé, hippie aux cheveux courts dont le passé reste un mystère, et une ribambelle de petits, certains cassés par la vie, d’autres issus d’anciens pensionnaires de Tonton et Tata…

Toute cette smala va passer l’été à se baigner au lac, à la rivière ou la piscine, à faire du vélo, à préparer le repas du midi, à pêcher, aller aux champignons, regarder des films ou encore préparer une adaptation théâtrale de la Sorcière de la rue Mouffetard (avec un clin d’œil à un certain ogre de chez Sarbacane). Et entre toutes ces activités dignes des meilleures colonies de vacances, Vasco et Djib’ vont découvrir un tout nouveau monde et changer, apprendre à grandir. Ils vont d’abord devoir apprivoiser l’indomptable Dylan et ses démons, se découvrir un intérêt tout particulier pour les filles, se confronter aux péquenots du coin qui apprécient moyen la présence de ces parigots. Avec Benoît Minville, c’est tout un panel d’émotions qu’on trouve dans ses romans, ce sont des gosses paumés, des « frères » plein d’humour et de déconne, des premiers amours intenses, des amitiés balbutiantes, de la violence contenue, de la force tranquille, de la sagesse et de la vie. Jamais titre n’a été mieux trouvé pour un roman que celui-ci : Les belles vies. Un roman absolument magnifique, qui nous transporte dans des paysages de vacances à la campagne qu’on a tous connus, dans des émotions tourbillonnantes et dans des personnages dont on sait qu’ils vont nous manquer dès la dernière page tournée. Des belles vie, oui, vraiment très belles. *yeux qui brillent*

Les belles vies, Benoît Minville (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 5 octobre 2016
9782848659237 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
5

Les valises – Sève Laurent-Fajal

9782070587551,0-3333753

1982. Sarah vient de se disputer avec sa meilleure amie Josy et s’assoit toute seule dans le car qui emmène sa classe de lycéens en voyage scolaire. Ils se rendent en Pologne, pour visiter les camps de concentration. Là-bas, comme tous ses camarades, Sarah est sonnée, impressionnée par ce qu’elle voit, et surtout par toutes ces valises entassées dans une pièce…

★★★★☆

Comment une simple valise, avec une étiquette passée portant le nom de « Levin », peut-elle autant remuer la jeune Sarah, lycéenne discrète dont la mère semble lointaine et la famille totalement inexistante ? Est-ce que Sarah est un prénom juif ? Est-ce que le nom de ce père qu’elle n’a jamais connu est Levin ? D’où vient-elle ? Qui est-elle ? Ce sont les questions que ce voyage en Pologne soulève en Sarah et, l’absence totale de conversation avec sa mère ne l’aide pas à y voir clair. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de lui en poser… Et quand sa mère est victime d’un accident de la route la laissant dans le coma, Sarah va devoir continuer sa quête identitaire seule. Ou presque. Il y a d’abord Mr Bonnieux, le professeur d’histoire qui les a emmenés en Pologne. Conscient que Sarah y a vécu quelque chose de particulier, il lui propose de lui venir en aide et l’incite à fouiller dans les affaires de sa mère pour y trouver une piste… Et puis il y a Jérôme, le p’tit con, celui qui fait son intéressant devant tout le monde et qui, pourtant, est parvenu à lui ravir son cœur. Sarah, en plein émoi amoureux, va trouver en lui un soutien bien inattendu. Tous les deux, ils se lancent dans cette quête des origines…

Il y en a beaucoup des romans sur la recherche de l’identité et sur l’héritage de la Seconde Guerre mondiale, des familles juives. Pourtant, le roman de Sève Laurent-Fajal nous emporte dans l’histoire de Sarah avec une étonnante facilité et un intérêt croissant, où se mêlent habilement la naissance du premier amour et la découverte d’un passé douloureux. Le fait que l’histoire se déroule dans les années 1980 apporte également une touche d’originalité (l’utilisation du Minitel pour faire des recherches, par exemple), bien que ce soit un peu anecdotique par rapport à la sensibilité de l’écriture, et de l’histoire de Sarah. Un très beau roman, avec de l’amitié et de l’espoir, la mort et des secrets de famille, mais aussi, et surtout, avec beaucoup d’amour. Un très joli premier roman. :)

Les valises, Sève Laurent-Fajal (Gallimard jeunesse)
collection Scripto
disponible depuis le 15 septembre 2016
9782070587551 – 11€
à partir de 13 ans
Son
0

Tant que mon cœur bat – Madeline Roth

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L’année dernière, Jean-Michel était bouleversé par le premier texte pour ados de Madeline Roth. Cette année, ce sont deux nouvelles qui sont rassemblées dans un livre toujours aussi court mais qui ne laisse assurément pas indifférent…

★★★★★

Madeline Roth nous propose deux histoires : celle d’Esra, une jeune fille qui tombe éperdument amoureuse d’un homme bien plus vieux qu’elle a rencontré par hasard dans un café ; et celle de Laura, qui aimait un garçon qui ne lui retournait pas son amour et qu’un passé terrible hantait. Le point commun de ces deux récits : l’amour dans ce qu’il a de plus destructeur.

C’est avec une langue fiévreuse, des mots coupants, une écriture hypersensible que Madeline Roth nous livre ces destins brisés, ces personnages à fleur de peau, passionnés et tourmentés. Car il n’y a pas que ces deux jeunes filles dans l’histoire, mais aussi des garçons : celui qui était amoureux et celui qui ne l’était pas, qui ont aussi leur point de vue à donner sur ces moments de vie, d’amour. Nous sommes incapables de résister à toute cette émotion contenue dans ces 95 pages où nous ne pouvons que vivre ces histoires, où tout nous touche au plus profond de nos êtres et de nos sens. C’est véritablement la grande réussite de Madeline Roth que de parvenir à nous donner des coups de poings en plein dans le bide et d’en redemander, de se relever et de continuer jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’il ne reste rien.

Et c’est cette intensité, des histoires et de l’écriture, qui, à mon sens, reflète tout ce qu’il peut y avoir d’absolu, d’impossible à surmonter, dans la conception de l’amour à l’adolescence. Deux histoires tragiques, difficiles, qui nous marquent pour longtemps par leur puissance émotionnelle. C’est tout simplement éblouissant.

Tant que mon cœur bat, Madeline Roth (Thierry Magnier)
disponible le 21 septembre 2016
9782364749405 – 9,50€
à partir de 15 ans
Son
1

Golden Valley – Gaël Aymon

9782070587544,0-3333752

Pour les vacances, Max rejoint ses parents en Birmanie, où vient de s’installer l’entreprise de son père. Résigné à s’ennuyer dans leur propriété d’expatriés, il fait pourtant le rencontre de Brandon, gosse de riche birman qui l’invite à des fêtes. Lors d’une de ces soirées chez le jeune homme, Max fait la connaissance de Dolly, sa grande sœur époustouflante de beauté et particulièrement brillante, qui annonce de grands changements dans sa vie…

★★★☆☆

Maximilien, c’est le beau gosse qu’on voit dans les séries télé américaines : 17 ans, 1m92, champion de natation, grande école, famille riche et qu’on imagine beau comme un dieu grec. Il débarque en Birmanie avec assez peu d’enthousiasme, sachant qu’il va se retrouver seul avec sa mère qui l’insupporte très vite et son père qui sera constamment occupé avec la nouvelle implantation de son entreprise dans le pays. Et quand il voit la piscine, autant dire que le garçon est douché (oh oh !) : même pas assez grande pour faire des longueurs. Très vite, cependant, il rencontre des jeunes locaux et expatriés comme lui, et vont passer leur temps à faire la fête dans les bars ou jouer à des jeux vidéo chez les uns et les autres. Jusqu’à ce que Max tombe sur Dolly, la sœur de Brandon, 20 ans, superbe, qui étudie aux Etats-Unis et semble collée à son portable 24/7. Pour lui, c’est le coup de foudre, et il semblerait que pour elle aussi. Mais leur histoire d’amour doit rester secrète car, en Birmanie, les femmes qui sortent avec des étrangers sont très mal vues…

La Birmanie, c’est le choc des cultures pour Max. Il y a d’abord le temps, cette chaleur étouffante et ces moussons. Mais il y a aussi le mode de vie des birmans, l’histoire de ce pays qu’on sait à peine situer sur une carte du monde… Cette visite sur la côte où, en croisant un village de « squatteurs », le guide lui dit qu’il n’avait rien vu de tel. Et puis il y a Dolly, cette fille étonnante, qu’il désire ardemment mais qu’il sait inatteignable. Impossible. Cette fille qu’il avait déjà vue avant mais qui lui a intimé le silence quand il l’a mentionné devant Brandon. Comment revoir Dolly, comment être avec elle ? Comment, alors qu’il ne reste que cinq semaines en Birmanie ? Je ne vous dirais rien, et vous laisserais découvrir ce roman d’une jeunesse dorée où les certitudes s’effondrent, où le vernis de la richesse se craquèle pour laisser entrevoir une réalité insoupçonnée. Un éveil au monde intéressant.

Golden Valley, Gaël Aymon (Gallimard jeunesse)
collection Scripto
disponible depuis le 15 septembre 2016
9782070587544 – 8,65€
à partir de 15 ans
Discussion
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L’échappée – Allan Stratton

9782745980625,0-3426764

Après un thriller sombre et terrifiant, Allan Stratton revient avec un roman tout aussi glaçant ! Paru tout d’abord en 2000 outre-Atlantique, puis revu et corrigé en 2008, L’échappée est le tout nouveau roman de l’auteur paru en France. :)

Leslie est une lycéenne bourrée de problèmes, à l’école comme à la maison. Au point où elle pensait que sa vie ne pouvait pas être plus médiocre, Jason, un nouvel élève du type « cool-et-je-le-sais » entre tout à coup dans son quotidien de fille à la dérive…

Avec les mots de Jean-Michel…

★★★★☆

Allan Stratton a choisir de mettre en évidence une jeune femme timide, naïve, rebelle, avec un léger manque de confiance en elle comme beaucoup à cet âge, qui veut (se) prouver quelque chose…une adolescente normale en somme. Toutes les filles du lycée deviennent envieuses de Leslie lorsqu’elle rencontre Jason. Quelle chance de posséder un tel garçon dans son existence. A tort. Car Jason est un type odieux, du genre à devenir une enflure de première catégorie qui battra sa femme avec à coups de torchon bien placés pour éviter les bleus. Déterminé à contrôler chaque élément de la vie de Leslie, il va la terroriser de façons inimaginables. Le point positif c’est que cette situation va permettre à Leslie de grandir et de s’élever dans le vrai monde : vous savez celui qui est froid, dur, où on ne peut compter que sur sa propre volonté ?
Le côté sombre de la première histoire d’amour est brillamment exploité. Perturbant et captivant, ce roman l’est indubitablement car Allan n’a pas peur de nous montrer à quel point une relation abusive peut être féroce. Un auteur vraiment engagé, ce monsieur Stratton : écrire à travers le cerveau tourmenté d’une adolescente et parfaitement cibler sa psychologie, c’est du grand art.

Allan : plus fort que les plus forts ▼

Allan, auteur de la balle dans son pull en fibres mélangées ▼

…et ceux de Bob

★★★★☆

Un roman glaçant, écrit sous la forme d’un journal intime – exercice demandé par la professeur de français déprimée de Leslie – qui nous plonge dans l’enfer quotidien de la jeune fille depuis sa rencontre avec le beau et sexy Jason. Allan Stratton retranscrit à la perfection les pensées qui agitent l’adolescente sous la coupe de ce « pervers narcissique » et la difficulté qu’elle a à accepter que sa relation amoureuse ne se passe pas « normalement » mais aussi la honte, la peur, la solitude, la colère… Malgré des lueurs d’espoir, Leslie ne trouve aucun soutien du côté des adultes – la proviseure du lycée étant bien la pire ! – et n’est surtout pas prête à la recevoir quand il lui est proposé… Une descente aux enfers terrible et terrifiante tandis que les secrets du garçon sont percés à jour. Avec L’échappée, Allan Stratton signe un roman dur et sans concession, servi par une écriture à la première personne particulièrement accrocheuse. A lire !

L’échappée, Allan Stratton, traduit par Sidonie Van den Dries (Milan)
disponible depuis le 7 septembre 2016
9782745980625 – 13,90€
à partir de 14 ans
Son
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A la place du cœur – Arnaud Cathrine

9782221193334,0-3343096

Une magnifique couverture brodée, un roman qui aborde les attentats de 2015 et une histoire d’amour en parallèle… C’est le nouveau roman d’Arnaud Cathrine.

Caumes à 17 ans et ce soir de janvier où il fête son anniversaire semble être le grand soir : Esther, la fille qui le fait vibrer, se rapproche de lui et l’embrasse. Le lendemain, en cours, il reçoit un texto de son frère qui travaille à Paris. « Putain, Charlie ». Caumes croyait qu’il s’était trompé de destinataire…jusqu’à ce que les nouvelles se répandent dans le lycée…

★★★★☆

Une semaine dans la vie de Caumes. C’est le temps que dure le roman, c’est le temps qu’il faut à Arnaud Cathrine pour nous interroger sur l’avenir et les pensées d’un adolescent en plein milieu du drame qui a frappé la France en janvier 2015 et qui a changé pas mal de choses dans nos vies. Tout commençait bien pour Caumes : le jour de son anniversaire, il se fait embrasser à pleine bouche par Esther. Enfin. Le retour à la réalité du lendemain est difficile. Il faut émerger de la fête bien arrosée et, surtout, se souvenir du goût du baiser. Quand l’attentat de Charlie Hebdo survient, le changement est perceptible chez Caumes et tous ses camarades. Il y a ceux qui ont des proches à Paris, ceux dont les idées politiques les amène à dire n’importe quoi, ceux qui n’y comprennent rien, et ceux qui doivent aussi se demander comment être amoureux, être plein de désir pour une fille tout en vivant cette période étrange…

Quand j’ai commencé à lire le roman, que j’ai avancé dans l’histoire, je me suis longuement demandé si j’aimais ou non ce que je lisais. C’était un sentiment bizarre et, une fois refermé, je n’avais toujours aucune idée de ce que j’en pensais. Et après m’être laissé le temps de la réflexion, j’ai fini par comprendre que oui, j’avais aimé. J’ai aimé parce Arnaud Cathrine a su parfaitement mêler le roman d’amour et le roman d’actualité et, surtout, parce qu’il l’a fait d’une manière que je trouve la plus réussie jusqu’à présent après avoir lu pas mal de texte abordant les attentats (de janvier ou novembre 2015). Et cette réussite, c’est celle du personnage de Caumes, un garçon qui vit le truc le plus beau de sa vie et qui doit composer avec des événements qui le touchent, certes, mais peut-être pas autant que d’autres, parce qu’il ne comprend pas bien ce qui se passe – s’est passé – ou parce qu’il ne connaît pas grand-monde sur Paris (même si son frère bosse pour un journal là-bas et qu’ils s’inquiète, bien sûr) ou tout un tas d’autres raisons. J’ai trouvé Caumes et les personnages du roman finalement très proches de nous, vraiment très proches de la plupart de la population : ceux qui se sont révoltés aussitôt, ceux qui n’ont pas réalisé, ceux qui ont été profondément affecté, ceux qui connaissaient quelqu’un, ceux qui se sont révélés être des connards et ceux qui ont été touché mais qui devaient ou voulaient continuer à vivre…

Voilà. A la place du cœur, c’est un roman juste, sincère, cru et une belle réflexion sur la vie et l’amour malgré la mort et l’horreur. Et je suis bien curieuse de savoir ce qui nous attend dans la suite, puisqu’il s’agit de la « saison 1 »… et de connaître votre avis si vous l’avez déjà lu !

A la place du cœur, Arnaud Cathrine (Robert Laffont)
collection R
disponible le 5 septembre 2016
9782221193334 – 16€
à partir de 15 ans
Son
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Le secret de Grayson – Ami Polonsky

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Depuis la mort de ses parents quand il était petit, Grayson fait semblant d’être ce que les autres voient. Dans son imaginaire et devant son miroir, en revanche, il s’imagine tel qu’il est réellement… Solitaire et effacé, son monde commence pourtant à se colorer quand il fait la connaissance d’Amelia, une nouvelle, puis lorsque son professeur préféré poste une annonce pour participer à la pièce de théâtre du collège…

★★★★☆

Grayson est en sixième, vit avec son oncle et sa tante qui l’ont recueilli après la mort tragique de ses parents, et partage sa vie avec Jack et Brett, ses cousins. Au collège, il n’a pas vraiment d’amis, passe tous ses repas au CDI en faisant ses devoirs… Sa vie est morne, d’autant plus qu’il ne peut pas être lui-même, être celui qu’il voudrait quand il se regarde dans le miroir et qu’il imagine que son ample tee-shirt est en réalité une jolie robe. Quand Amelia arrive dans sa classe, c’est le début d’une amitié timide. Une amitié qui ne durera malheureusement pas et qui sera brisée lorsque, lors d’une virée shopping dans une friperie, Amelia le découvre essayant des vêtements de fille. Heureusement, Grayson trouvera un réconfort avec la pièce de théâtre montée par Finn, son professeur de sciences humaines, où il va tenir le premier rôle : celui de la déesse grecque Perséphone. Un choix qui va déclencher une tempête autour de Grayson, à l’école mais aussi dans sa famille…

Dans ce très beau roman, tout en finesse et en délicatesse, Ami Polonsky aborde la douloureuse question du genre, d’un garçon qui s’est toujours senti fille et qui est incapable d’être lui-même. Pression familiale, pression sociale, norme, les garçons ne peuvent pas aimer le rose ou porter des jupes, n’est-ce pas ? Pourtant, il n’y a que comme ça que Grayson imagine son reflet. Lorsqu’il se présente à l’audition pour le premier rôle féminin dans la pièce, et qu’il l’obtient, c’est à la fois le déferlement autour de lui mais aussi en lui : comment oser quand on s’est toujours caché, quand on a peur de ce que vont dire les autres, de ce qu’on verra dans leur regard ? Dans ce maelstrom d’émotions, Grayson va pouvoir compter sur certains de ses camarades, à commencer par les filles, mais aussi sur son professeur et son oncle. Mais rien ne sera facile…

Après un début peut-être un peu long – on sent rapidement que l’amitié avec Amelia est vouée à l’échec – le roman se révèle tout en émotions tandis qu’on accompagne Grayson dans sa difficile affirmation, dans son combat pour être lui-même et dans la douleur d’un passé qui ressurgit et de ce que son choix implique pour d’autres que lui. C’est vraiment très beau, très émouvant, le style est à l’image de cette douceur qui émane de l’histoire malgré toutes les difficultés que rencontre Grayson, et même si tout n’est pas rose à la fin, on en ressort avec une note d’espoir, de dépassement de soi. Une très belle lecture !

Le secret de Grayson, Ami Polonsky, traduit par Valérie Le Plouhinec (Albin Michel Jeunesse)
collection Litt’
disponible le 1er septembre 2016
9782226318916 – 15,90€
à partir de 12 ans
Son
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Le fils de l’Ursari – Xavier-Laurent Petit

Xavier-Laurent Petit s’inspire du monde actuel et des gens que l’on rencontre au détour d’une vie dans nombre de ses romans. Avec Le fils de l’Ursari, il continue cette exploration dans un roman encore une fois d’une grande qualité.

9782211230070,0-3389135

Ciprian est le fils d’un Ursari, un combattant légendaire capable de défier un ours. Avec sa famille, ils se produisent sur les places des villages dans les pays de l’Est. Mais ils sont détestés là-bas et un jour, ils sont contraints de fuir… Deux hommes, Zlot et Lazlo, leur proposent de devenir riches, à Paris, là où l’argent coule à flot, où l’on devient riche sans s’en rendre compte. Bien malgré eux, Ciprian et sa famille se retrouvent alors dans un camion, direction la France…

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Chaque jour, nous voyons ces femmes, bébés dans les bras, déambuler dans le métro en demandant quelques pièces. Depuis la vitre du train, on aperçoit des bidonvilles aux portes de Paris… C’est de l’autre côté des grillages que Xavier Laurent-Petit nous emmène dans ce roman fort et bouleversant. Où l’on découvre la famille de Ciprian, son père qui combat les ours et dont la fierté remonte jusqu’aux lettres de protection délivrées par l’empereur Sigismond au XVe siècle ; sa mère gardienne du feu ; son frère Dimetriu qui emprunte tout ce dont ils ont besoin pour manger ; sa sœur Vera qui chante et danse pour attirer le public. Lorsque tout ce monde arrive en France, la fierté doit être oubliée et à chacun est attribué un nouveau métier : ferrailleur pour le père ; nourrice itinérante pour Vera ; gardienne de distributeurs de billets pour la mère et emprunteur de portefeuilles pour Dimetriu et Ciprian, son apprenti. Malgré l’argent qu’ils rapportent chaque soir, la vie se révèle bien plus difficile que ce qu’on leur avait promis. Et bientôt, les véritables ennuis commencent… Du côté de Ciprian, pourtant, il y a un peu de lumière. C’est au jardin du Luxembourg que tout va se jouer, lorsque le garçon découvre ce jeu étrange avec des pièces blanches et des pièces noires…

Est-ce l’espoir qui s’épanouit pour le garçon ? C’est en tous cas l’un des messages du roman de Xavier-Laurent Petit. A travers l’odyssée de la famille de Ciprian, qui dépeint les conditions des Roms dans notre pays et le trafic insurmontable dont ils sont victimes, on découvre « l’envers du décor ». Le destin de Ciprian, qui va trouver une voie d’échappatoire, apporte la note d’espoir pour sa famille et les autres, même si ce chemin est semé d’embûches. Mais il pourra compter sur l’aide de personnages presque mythologiques tant leurs caractéristiques lui sont étonnantes. Car la force de ce roman, c’est aussi le regard de Ciprian sur le monde, son absence d’éducation scolaire en fait un naïf tout voltairien, et apporte une touche d’humour bienvenue. L’écriture de Xavier-Laurent Petit, pleine d’émotions, finit de nous transporter dans ce roman où l’on passe du rire aux larmes, de la tradition ancestrale, presque magique, d’un monde oublié, à la dure et cruelle réalité de la pauvreté et du trafic d’êtres humains en France. Un roman bouleversant et éclatant, à mettre entre toutes les mains !

Le fils de l’Ursari, Xavier-Laurent Petit (École des loisirs)
collection Médium
disponible le 24 août 2016
9782211230070 – 15,80€
à partir de 13 ans