Son
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The memory book – Lara Avery

9782371020740,0-3288970

Vous connaissez sans doute Lumen pour leurs romans plutôt orientés vers les littératures de l’imaginaire. Ce mois-ci, ils font une entorse à leur ligne éditoriale et nous proposent un roman totalement réaliste… :)

Sam a déjà tout prévu dans sa vie : elle sortira première du lycée et ira vivre à New York. Rien ne l’en empêchera, et surtout pas cette maladie rare qui l’a prise par surprise et l’a forcée à reconsidérer quelque peu ses plans. Elle a donc décidé de commencer un journal, qu’elle écrit à la future Sam, afin de ne pas oublier tout ce qu’elle vit…

★★★☆☆

Tout roman évoquant la maladie ne peut désormais plus éviter la comparaison avec Nos étoiles contraires… Ici, c’est une maladie rare et dégénérative qui s’est logée chez Sam, une fille très compétitrice et un peu solitaire qui a déjà tout prévu de sa vie future. Elle se voit déjà grande avocate, vie parfaite et tout le tralala. Alors autant vous dire que cette maladie, elle ne va pas la laisser gagner du terrain, elle va se battre pour réaliser ses rêves. Et c’est sans doute là que le roman s’éloigne fondamentalement de son illustre comparaison. Sam est en effet une jeune fille pleine de volonté, de courage et d’espoir. Elle ne se laisse pas miner par la maladie, à tel point que peu de monde autour d’elle ne le sait, à commencer par ses rares amis. Son combat se fait seul, ou alors en famille, jusqu’à ce que l’amour vienne s’en mêler… La progression de la maladie, qui survient au fil du récit va évidemment bouleverser tous les projets et toutes les relations de Sam. Heureusement, elle écrit à chaque instant sur son ordinateur, s’adressant à la future elle, pour le jour où elle ne se souviendra plus…

Journal intime, The memory book est bien sûr émouvant, nous faisant découvrir le quotidien d’une jeune fille en proie à une maladie qui se manifeste notamment par la perte de mémoire et la démence. Mais c’est aussi très drôle et plein d’espoir, notamment grâce à cette personnalité de Sam, son esprit de compétition et son coté geek, son envie de continuer à croquer la vie à pleine dents malgré l’inéluctable. Des messages de son entourage, des notes personnelles, des listes s’ajoutent aux extraits de son journal pour nous inviter un peu plus dans son intimité et dans sa vie de tous les jours. J’ai beaucoup aimé également les moments où la maladie gagne du terrain, et que ça se ressente dans l’écriture de Sam, dans sa rédaction. C’est une idée vraiment intéressante de la part de l’auteure. Je regretterais seulement quelques longueurs qui épaississent un roman déjà très gros ! Une belle lecture, néanmoins, pour les amateurs d’émotions. :)

The memory book, Lara Avery, traduit par Julie Lafon (Lumen)
disponible depuis le 12 mai 2016
9782371020740 – 15€
à partir de 14 ans
Son
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Krol le fou – Sigrid Baffert

9782211225717,0-3174681

Nous avions beaucoup aimé ici l’écriture sensible de Sigrid Baffert quand elle nous racontait l’histoire de la Fille qui avait deux ombres. Cette fois-ci, si c’est à de plus jeunes lecteurs que ce petit roman s’adresse, on retrouve encore une fois toute la sensibilité de l’auteure dans ce très beau texte illustré avec tout autant de finesse par Aurore Callias.

Edgar aime s’assoir après l’école sur le banc qui fait face à la mer et observer le rocher de Bass Rock, où nichent des fous de Bassan. Un jour, un oiseau se pose à côte de lui et se met à lui parler. Il s’appelle Krol, c’est un fou de Bassan et lui aussi aime le calme et rester à l’écart des autres…

★★★★☆

Edgar est un garçon solitaire et « trop lent » pour ses camarades de classe. Ce qu’il aime, c’est observer les oiseaux avec ses jumelles, Edgar est un scrutateur. C’est ce qui a plu à Krol et l’a incité à se poser sur le banc à côté du petit garçon pour lui parler. Passé la surprise de découvrir un oiseau qui parle, Edgar et Krol vont commencer à discuter ensemble et apprendre à se connaître. Bientôt, le fou a un service à demander au garçon, un service très important : lui écrire une lettre. Pas une lettre d’excuse, ou d’amour, mais plutôt une lettre de recommandation car Krol désire se trouver un travail. Un travail un peu comme les humains, ce qui étonne Edgar qui aimerait tant savoir voler, voltiger et plonger comme les fous de Bassan…

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Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir cette très belle rencontre entre ce garçon et ce fou, une histoire étonnante où un drôle d’oiseau va permettre à un enfant d’affronter sa solitude et de gagner en confiance en lui. On ressent toute l’affection de Sigrid Baffert pour ses personnages, pour cette tranche de vie au bord de la mer, ce petit moment de rêve. Les très belles illustrations d’Aurore Callias ajoutent à la tendresse qui se dégage de ce petit roman virevoltant comme un fou de Bassan.

Pour découvrir un peu plus le livre et ses illustrations, l’éditeur a réalisé une petite vidéo très chouette, avec la lecture d’un extrait par Sigrid Baffert herself !

Krol le fou, Sigrid Baffert, illustré par Aurore Callias (L’école des loisirs)
collection Mouche
disponible depuis le 30 mars 2016
9782211225717 – 8€
à partir de 7 ans
Son
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Nouvelle collection : « Mes premiers Witty »

Vous devez tous connaître aujourd’hui la collection Witty chez Albin Michel ? (On en a chroniqué quelques-uns ici-même) Si ce n’est pas le cas, faut vous rattraper ! Tout de suite ! :P Pour les autres, une belle surprise car l’éditeur sort cette année Mes premiers Witty, une toute nouvelle collection pour les plus jeunes, à partir de 7 ans, avec les mêmes ingrédients : des auteurs anglo-saxons pros de l’humour, des enfants héros d’aventures du quotidien et des illustrations à gogo. Chouette, non ? En tous cas, nous on avait hâte ! Et ça tombe bien car la collection est lancée aujourd’hui, avec les deux titres que voici :

Crumble – Michael Rosen

9782226325211, 0-3095660

Laurie-Anne se rend à l’animalerie avec sa mère, dans l’espoir de se choisir un chien. Mais elle ne s’attendait pas du tout à ce que le chien qu’elle a repéré lui fasse passer un « entretien d’embauche ». Parviendra-t-elle à convaincre le canidé d’être adopté ?

★★★☆☆

Crumble est le genre de chien plutôt dur en affaire. La pauvre Laurie-Anne ne pensait pas devoir répondre à toute une batterie de questions, elle qui venait choisir un chien qu’elle appellerait Lassie. Raté ! Michael Rosen (celui de La chasse à l’ours) détourne ici cette règle humaine qui veut que ce soit le maître qui choisisse son chien et non l’inverse. Cet acte tout simple de la vie quotidienne prend alors une dimension fantastique pour notre plus grand plaisir. Les illustrations de Tony Ross, toujours fidèle à son style, ajoutent au charme de cette petite histoire idéale pour les jeunes lecteurs.

Crumble, Michael Joel Rosen, illustré par Tony Ross, traduit par Anne Léonard (Albin Michel)
collection Mes premiers Witty
disponible depuis le 2 mars 2016
9782226325211 – 7,50€
à partir de 7 ans
Colin de l’espace : la course cosmique puante – Tim Collins

9782226324672, 0-3095661

Colin s’ennuie en classe. En même temps, M. Watkins est le professeur le plus soporifique du monde ! Heureusement, Harry, le petit nouveau, va le tirer de son ennui. Car Harry voyage dans le temps et l’espace grâce à une poubelle magique. Les deux garçons vont alors partir à l’aventure, jusqu’à ce qu’une terrible erreur dans le passé les fasse revenir dans un monde terrifiant : tout le monde ressemble à M. Watkins !

★★★★★

Alors là, vous allez vous régaler ! Colin de l’espace, c’est un peu Doctor Who mais pour vos petits neveux. D’abord, le vaisseau spatial de Harry, c’est une benne à ordure (c’est un peu moins classe que la cabine de police, ok, mais c’est plus drôle) et il possède un transpondeur interstellaire (genre de tournevis sonique, un peu). Mais surtout, il peut voyager à travers le temps et l’espace et le moindre faux pas peut changer le cours du temps ! Pas de bol, c’est ce qu’ils ont fait. Colin et Harry ont malencontreusement ramené un poil de moustache de M. Watkins dans le passé et l’évolution étant passé par là, l’humanité s’est transformée en bonhommes chauves à moustaches soporifiques au possible et au vocabulaire limité. Colin et Harry vont alors devoir réparer leur erreur pour retrouver un monde normal… Cette histoire totalement déjantée et pleine d’humour l’est d’autant plus par les illustrations hyper présentes de Joëlle Dreidemy et leur côté parfois un peu BD, mais surtout grâce à l’inventivité de l’auteur. Génial ! Encore plus cool ? Le tome 2 sera disponible dès le mois de mai ! :D

Colin de l’espace : la course cosmique puante, Tim Collins, illustré par Joëlle Dreidemy, traduit par Mickey Gaboriaud (Albin Michel Jeunesse)
collection Mes premiers Witty
disponible depuis le 2 mars 2016
9782226324672 – 8,50€
à partir de 7 ans
Son
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Les petits orages – Marie Chartres

On vous avait déjà parlé de Marie Chartres avec son très beau et poétique roman sibérien, cette fois-ci, elle nous emmène dans les montagnes du Dakota du Sud, à la rencontre d’un duo inoubliable. :)

9782211222969,0-3103790Moses Laufer Victor Léonard a 16 ans, est boiteux, boutonneux, et habite le Dakota du Sud. Il y a un an, lui et sa mère ont eu un grave accident de voiture. Depuis, Moses a non seulement une patte folle mais également une rage qu’il ne contrôle pas et qu’il n’arrive pas à exprimer. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir des parents psys ! Un jour, au lycée, il rencontre Ratso, un Indien pétri lui aussi de secrets mais qui, à l’inverse de tous, ne le traite pas comme un pauvre handicapé à qui on pardonne tout. Ratso, qui a besoin de Moses pour aller rendre visite à sa sœur…

★★★★☆

Vous vous dites comme ça, à première vue et avec ce mauvais résumé, que je sujet n’a pas l’air super drôle…détrompez-vous ! Ce roman est une petite mine de moments à vous faire sourire et rire. Il y a certes cette difficile acceptation du handicap après l’accident, et surtout cette culpabilité qui ronge Moses et qui a changé ses relations avec ses parents, avec son père surtout, alors que sa mère, désormais en fauteuil roulant, cache sa peine en étant d’une humeur toujours joyeuse et optimiste. Pourtant, l’arrivée de Ratso va tout changer et va donner de très belles scènes humoristiques, à commencer par cette rencontre avec Moses et leur dialogue à la limite de l’absurde. Ratso, jeune homme expulsé de son ancien établissement et placé dans une famille d’accueil, mais dont les racines sont à Pine Ridge, une réserve indienne. Ratso qui va être une vraie bouffée d’oxygène pour Moses, qui n’avait besoin que d’un coup de fouet pour se reprendre. Et ce coup de fouet va prendre forme lorsque Ratso demande à Moses de l’accompagner un week-end à Pine Ridge, afin de rendre visite à sa sœur pour lui faire une surprise pour son anniversaire…

Je ne vous en dis pas plus sur l’histoire, sur cette amitié qui va se nouer au fur et à mesure que les deux garçons s’ouvrent l’un à l’autre, que Moses enchaîne les gaffes ou que Ratso se met en colère. Marie Chartres nous offre deux beaux portraits d’adolescents abimés par la vie et qui, le temps d’un week-end, vont apprendre à sortir de leur réserve. (Je sais, c’est beau, et j’aurais bien voulu l’inventer, mais c’est sur la 4e de couverture et je trouvais ça bien trouvé, alors…) L’écriture de Marie Chartres est toujours aussi belle, nous fait encore une fois voyager en évoquant la beauté des paysages américains ou les conditions de vies des Indiens d’Amériques. L’humour des personnages, parfois malgré eux, achève de nous garder bien emmitouflé dans son récit et de nous attacher à ces deux garçons lumineux. Un road-book magique ! :D

Les petits orages, Marie Chartres (L’école des loisirs)
collection Médium
disponible depuis le 24 février 2016
9782211222969 – 16,50€
à partir de 13 ans
Discussion
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Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire – Gilles Abier

Avec trois parutions cette année, 2016 semble être importante pour Monsieur Abier. Celle de nouveaux succès ? On l’espère. En plus de son *très formidable* roman publié chez La Joie de Lire, on attend avec impatience Je sais que tu sais, un petit nouveau de la collection Ego chez Talents Hauts le 18 février, puis Violon dingue un Petite Poche chez Thierry Magnier en mai. Mais pour l’heure, on vous présente celui qui est déjà sorti des cartons.

9782889083046,0-3014538

Élias vit avec sa mère, Franck Garny, son beau-père et Choucroute, la chat de celui-ci. Enfant prématuré, il a toujours été petit pour son âge, particulièrement pâle et chétif. Malgré cela, Élias est persuadé qu’il est destiné à faire des choses extraordinaires. Un jour, ça le frappe : il va voler. Mais quand il commence à perdre ses doigts de pieds au profit de pattes d’oiseaux et que son nez s’allonge en bec, il n’est plus si sûr de vouloir voler…

L’avis extraordinaire de Jean-Michel

★★★★★

Comment fait-on pour écrire un roman si ensorcelant ? A la lecture de deux phrases la magie opère : les rires fusent, on aimerait retenir chacune des répliques d’Elias, la curiosité est éveillée et la fin si inattendue que le roman en devient extraordinaire. Élias aurait pu être mon meilleur pote : il adore le gratin dauphinois, Matilde et Milo sont ses meilleurs amis et je trouve que ce sont 2 des plus beaux prénoms qui existent. Surtout, il a cette capacité à utiliser la dérision comme moyen d’auto-défense : ses tortionnaires, Guillaume et Farid, sont respectivement surnommés par notre super-héros « Gratte-cul » toujours à fouiller son entre-fesses et « Deux grammes » tel le poids de son cerveau. Un héros chétif certes, mais il va en conquérir, des cœurs de lecteurs ! Comme le mentionne Bob un peu plus bas : il est difficile de ne pas spolier le livre, nous omettons des détails volontairement pour ne pas vous mettre la puce à l’oreille, vous laisser la part belle à cette découverte surprenante, cette fin intrigante qui mériterait d’être discutée.

D’autres trucs de Bob

★★★★☆

Quand il n’écrit pas de belles histoires poétiques à destination des plus jeunes, Gilles Abier est particulièrement doué pour nous trimballer là où on ne s’y attend pas grâce à des chutes surprenantes (je pense notamment à Un de perdu qui m’avait particulièrement frappée). Du coup, ça va être vachement dur de vous parler de ce roman sans rien vous révéler car je ne m’attendais vraiment pas à cette fin et, rien qu’en vous disant cela, c’est limite si je ne vous spolie pas un peu.
Je vais donc me contenter de vous dire que les personnages inventés par Gilles Abier sont réellement attachants, j’ai beaucoup apprécié l’humour très différent et très particulier de chacun, Élias le premier. On est clairement intrigué par cette drôle de chose qui arrive à Élias, cette transformation physique qu’il semble être le seul à constater mais que ses meilleurs amis acceptent avec une facilité délirante. J’ai trouvé l’écriture de Gilles Abier vraiment très fine et humoristique, d’autant plus déconcertante quand on arrive à cette fin qui non seulement nous « choque » mais nous donne envie de recommencer le livre pour repérer les endroits où l’on a rien vu venir… Bien joué, monsieur Abier.

Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire, Gilles Abier, couverture illustrée par Séverin Millet (La Joie de lire)
collection Encrage
disponible depuis le 21 janvier 2016
9782889083046 – 14€
à partir de 13 ans
Son
1

Le festin de Citronnette – Angélique Villeneuve et Delphine Renon

9782848658070,0-3166321

Citronnette s’aventure rarement dans son jardin sauvage et préfère le cocon rassurant de sa cuisine. Un jour, pourtant, elle a vu des ombres se déplacer derrière les arbres. Quelqu’un est entré chez elle. Peu rassurée, la jeune femme fait le tour de son jardin et remarque un chapeau noir, un rocher gris, un nez pointu… Et si, pour amadouer ces étranges visiteurs, elle leur préparait un chocolat chaud ?

★★★★★

Ou comment, d’une tasse fumante et d’un cœur généreux, naissent l’amitié et le courage d’affronter ses peurs. Le festin de Citronnette aborde des thématiques qui sont peut-être légions en littérature jeunesse, mais qui sont ici délicieusement représentées. Les mots d’Angélique Villeneuve sont absolument savoureux, ils fondent dans la bouche comme la tarte aux prunes que prépare la belle Citronnette. « Ça sent bon comme un grand baiser. » Ils sont lumineux, plein de poésie et de belles images, de douces émotions et de sonorités à nous emporter avec grâce dans le monde si étrange et fantastique de Citronnette. « Le rocher a roulé d’un pas. Quand Citonnette y fait toc toc, ça murmure comme une petite mouche. »

Le-festin-de-citronnette-p4-5 Le-festin-de-citronnette-p20-21

Une sensibilité de l’écriture que l’on retrouve dans les illustrations délicates et magnifiques de Delphine Renon. Avec la finesse de sa plume et l’éclat de ses crayons de couleurs, elle nous transporte un peu plus dans cet univers de fantaisie et de poésie. Ses images sont splendides (j’aurais envie de vous montrer toutes les illustrations de l’album sur cet article) et j’ai particulièrement aimé le chapeau de Citronnette où grandit un citronnier à mesure que la jeune femme s’ouvre aux autres et s’épanouit.

Un album à savourer comme une madeleine fondante, et dont vous refermerez la dernière page en voulant tout recommencer depuis le début ou, mieux, affronter le monde tout gris et proposer à vos voisins un pique-nique plein de douceurs sucrées-salées. :)

Le festin de Citronnette, Angélique Villeneuve et Delphine Renon (Sarbacane)
disponible depuis le 6 janvier 2016
9782848658070 – 14,90€
à partir de 6 ans
Son
1

La vraie recette de l’amour – Agnès Laroche

En cette nouvelle année, les éditeurs nous proposent plein de surprises (dont nous vous parlerons au fur et à mesure, of course) ! On commence avec Rageot, qui sort sa toute fraîche collection de romans pour les 9-12 ans, intitulée Pop : des romans « pétillants, optimistes et positifs », qui invite à la lecture plaisir à travers des ouvrages illustrés, des textes d’auteurs français et des thématiques au plus proche du quotidien des enfants. Deux textes paraissent aujourd’hui et nous vous proposons de découvrir celui d’Agnès Laroche, La vraie recette de l’amour. :)

9782700250947,0-3057755

Roméo est un passionné de cuisine. Les soufflés, les meringues et les tartes au citron n’ont pas de secrets pour lui ! D’ailleurs, il projette de participer à un prestigieux concours de cuisine qui pourrait lui permettre de faire un stage d’été avec le grand chef Nicolas Causse. Mais lorsque son meilleur ami, Yann, lui annonce qu’il est tombé amoureux d’une fille prénommée Juliette, qui n’est autre que sa voisine, et qu’il va devoir l’aider à lui écrire des lettres, c’est la catastrophe ! Car Juliette était son amoureuse l’année précédente, jusqu’à ce qu’un malheureux incident ne les sépare…

★★★☆☆

Si certains éléments vous font penser à une célèbre tragédie de Shakespeare ou à un roman d’Edmond Rostand, c’est normal, ce sont les inspirations citées par Agnès Laroche dans son histoire. Une histoire qui se lit avec un plaisir fondant tel le caramel au cœur du moelleux au chocolat. La recette est ici parfaite : de l’amitié, de l’humour, des tas d’embûches, et de l’amour. Tous les ingrédients pour réaliser une histoire à laquelle on accroche tout de suite, aux personnages tendres et attachants, et qui se termine avec une belle dose d’optimisme. Autant vous dire que le repas est à la hauteur du menu annoncé !

Bon, je crois que je vais finir par manquer de vocabulaire culinaire pour terminer cette chronique, alors un mot sur les illustrations de Clotka. Son style se prête parfaitement à cette histoire, mais quel dommage qu’il n’y ait pas de vraie mise en images du texte ! Ses illustrations ont plus une fonction décorative, et se répètent ainsi d’un chapitre à un autre, si bien que la notion de roman illustré finit par perdre de son sens. Sur la fin, j’avoue ne plus avoir trop fait attention aux illustrations…

Que cela ne vous empêche pas de lire ce très joli texte, qui fera peut-être naître des vocations de pâtissiers dans vos rangs, et qui ouvre tout de même avec réussite cette nouvelle collection Pop !
Voilà, je me suis quand même régalée ! (non, je ne l’avais pas encore faite, celle-là) :P

La vraie recette de l’amour, Agnès Laroche, illustré par Clotka (Rageot)
collection Pop
disponible depuis le 19 janvier 2016
9782700250947 – 11,90€
à partir de 9 ans
Son
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La classe de mer de monsieur Ganèche – Jérôme Bourgine

9782848658353,0-3166211

En ce mois de janvier frileux, rien de mieux qu’un petit roman à vous donner envie de hisser les voiles et de voguer loin de la routine. :)

Monsieur Ganèche est l’heureux professeur d’une classe de mer composée de six loustics qui lui en font voir de toutes les couleurs. Mais lorsque le rafiot qui les transportait jusqu’au lieu de vacances en Bretagne est contraint d’accoster sur un îlot qui semble abandonné, ils sont loin de se douter des aventures qui les attendent…

★★★★☆

Zlatan, Céline, Tho, Lucas, Fatima et Maïtiti, voilà les six « cas sociaux » dont Monsieur Ganèche, professeur remplaçant, a hérité. Monsieur Ganèche et ses grandes oreilles décollées, son petit air dans la Lune mais terrifiant lorsqu’il est en colère… Tout un tas de caractères bien différents qui vont être amenés à vivre ensemble et à constituer une équipe quand les problèmes commencent. Car l’île sur laquelle ils se retrouvent abandonnés est en réalité le repaire de trafiquants d’animaux (je ne vous spoile pas, c’est écrit sur la 4e de couverture !) et vous vous doutez bien qu’une bande de morveux sur le territoire de ces affreux bonhommes n’est pas la bienvenue…

On retrouve dans cette histoire tout le cocktail qui nous plaît dans la collection Pépix : de l’humour et, surtout, de l’aventure. On s’attache très rapidement à chacun des personnages (mêmes si certains sont vraiment des sales gosses) et notamment à Monsieur Ganèche, à sa bienveillance et à son côté un peu original. En fait, Monsieur Ganèche, c’est un peu l’instit’ qu’on aurait bien aimé avoir. Mais ce que j’ai préféré, c’est l’intrigue de Jérôme Bourgine, rondement menée, qui nous entraîne d’un bout à l’autre de l’île et transforme nos jeunes héros en aventuriers intrépides. A la lecture, j’ai repensé à tous ces films que je regardais enfant, où des gamins partaient à la chasse au trésor en faisant tourner en bourrique les terribles méchants. En tous cas, une classe de mer qui tourne de cette manière, j’aurais bien aimé en vivre une !

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Un Pépix ne serait pas non plus réussi sans ses illustrations et celles-ci, de Maurèen Poignonec, sont une invitation de plus au désir d’aventure. J’ai beaucoup aimé son trait, fin et malicieux, et toute l’énergie qui s’en dégage. C’en est presque à regretter que toutes les images ne soient pas en couleur !

Une très chouette histoire, en tous cas, où l’amitié, la confiance en soi et la défense des animaux sont les maîtres mots. Et un bel avant-goût des vacances d’été… :)

La classe de mer de monsieur Ganèche, Jérôme Bourgine, illustré par Maurèen Poignonec (Sarbacane)
collection Pépix
disponible depuis le 6 janvier 2016
9782848658353 – 11,90€
à partir de 9 ans
Son
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Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous – Nathalie Stragier

9782748520651,0-3131554

Pour cette première chronique de 2016, rien de mieux que de vous présenter un premier roman. Et si en plus il donne la pêche, c’est plutôt une bonne façon de commencer l’année. :) Que cache donc ce titre à rallonge et cette couverture étonnante (oui, c’est bien un sèche-cheveux mais vous saurez tout en lisant…le livre !) ?

Andrea est une lycéenne sans histoire, préparant son voyage d’été avec son meilleur ami quand tout bascule. Elle rencontre en effet Pénélope, une fille totalement paniquée, persuadée de venir du futur et pour qui l’année 2019 est celle de la fin du Moyen âge, une époque barbare et dangereuse. Et lorsque Andrea la ramène chez elle, c’est véritablement le début des ennuis…

★★★★☆

« Une comédie à suspense décapante et addictive », voilà ce que vous promet l’éditeur…et il a carrément raison ! Vous n’allez pas lâcher ce roman qui se lit avec un véritable plaisir et qui brosse un portrait de notre société hilarant. Je n’ose pas en dire plus, de peur d’en révéler trop sur l’histoire, même si on la devine assez rapidement quand Pénélope parle de son monde à elle, mais sachez que le féminisme y est très présent. Le trait est parfois un peu forcé mais sert tellement bien l’intrigue que l’on ne peut s’empêcher de sourire, et de réfléchir aussi ! Une réflexion qui nous pousse à nous interroger sur les différences entre les hommes et les femmes, sur notre mode de vie…

L’écriture de Nathalie Stragier fait beaucoup dans ce roman. Fluide, rythmée et sans complexes, on tourne les pages sans s’en rendre compte et on s’attache instantanément à Andrea, à sa famille et à cette drôle de fille perdue dans les méandres d’un passé qui la terrifie. Il n’y a peut-être que le personnage de Mathias, le meilleur ami d’Andrea, que l’on regrette de ne pas connaître un peu plus au regard de l’importance qu’il semble avoir pour la jeune fille. Mais c’est bien Pénélope et ses drôles de réactions et réflexions qui nous intéressent le plus, nous intriguant sur son propre monde et nous faisant réaliser des choses sur le nôtre. En parlant de son monde, j’ai un autre petit regret : que le côté science-fiction du roman ne ressorte pas un peu plus, mais le sujet ne portant pas réellement sur le voyage dans le temps, on se rend très vite compte que c’est moins important que la société dans laquelle est née Pénélope et qui fera l’avenir d’Andrea. De plus, les mots de l’auteur (dans l’interview réalisée par Syros qui accompagnait le service de presse que nous avons reçu) laissent à penser que le roman pourrait avoir une suite… Nous en saurons sans doute plus à ce moment-là ! :P

En tous cas, Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous est le roman idéal pour commencer 2016 avec le sourire, et sans oublier la réflexion. Une très chouette découverte ! :)

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, Nathalie Stragier (Syros)
disponible le 7 janvier 2016
9782748520651 – 16,90€
à partir de 13 ans

Son
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Dans les branches – Emmanuelle Maisonneuve

9782370950451,0-2713694

Vous connaissez peut-être les éditions Graine 2 pour leurs très bons guides de voyage à destination des enfants. Eh bien ils font aussi de la fiction, et notamment des romans ! Pour ce premier roman ado, c’est Emmanuelle Maisonneuve qui ouvre le bal, déjà l’auteure de la trilogie Tom Patate. :)

Morgan, collégien geek et solitaire, passe son temps dans les jeux de rôle en ligne. Lors d’une course d’orientation, il se perd dans la forêt et, à la nuit tombée, il est persuadé de voir une créature terrifiante, inhumaine, digne des monstres dans ses jeux. Depuis ce jour, il est persuadé de voir cette créature partout et va finir par se lancer à sa recherche… Mais sa quête de vérité va le surprendre encore plus…

★★★★☆

Ou comment un jeune geek mordu de jeu vidéo et un peu empâté par des heures devant un ordinateur va se transformer en amoureux de la nature et aventurier-trappeur dans les forêts du centre de la France. On s’attache assez vite à ce garçon pas très bien dans sa peau ou dans sa vie : pas d’amis, une mère alitée constamment depuis l’accident de voiture qui lui a cassé le dos, un ex-beau-père détestable qui va en plus revenir dans leur famille… Grâce à cette rencontre terrifiante dans la forêt, Morgan, ou plutôt Mo, va pourtant connaître des changements importants. Il va d’abord rencontrer Gaby, un bonhomme qui a acheté une vieille ferme à l’écart de la ville, dans la forêt, qu’il compte retaper. Puis l’étrange bête – un troll ? – qui lui a fait peur lorsqu’il s’est perdu. Une créature qu’il va rencontrer à nouveau lorsque, après une sévère dispute avec son beau-père, il décide de se rendre chez Gaby. Car, cette nuit-là, Mo tombe dans un trou dans la forêt et se brise la jambe. Dans l’impossibilité de fuir, de bouger, Mo voit arriver la créature. Elle le charcute, le tire…elle va sans doute le tuer ! Pourtant, au bout de douze jours dans une grotte, un terrier, Mo est bien vivant, et même soigné. C’est alors qu’il se rend compte que ce qu’il pensait être un troll est en réalité…un enfant !

Je ne vous en dis pas plus sur cette histoire captivante ! Vous aurez compris qu’elle tourne donc autour de ce mythe de l’enfant sauvage. Emmanuelle Maisonneuve ménage bien son suspense : on imagine un peu comme Mo que l’on va avoir affaire à du fantastique, avec cette créature scandinave du troll. Mais il n’en est rien, et c’est bien le mystère qui entoure cet enfant sauvage qui va être au cœur des recherches de Mo. Je me suis vraiment laissé emporter par le souffle de ce roman, même si j’ai parfois été gênée par le contraste entre la narration, très réussie, et les dialogues – ou les pensées de Mo – un peu trop familiers. L’évocation de la nature est une très belle part du roman, apportant moments de douceurs et de poésie, mais aussi toute la rudesse qui la caractérise et que l’on retrouve dans l’enfant sauvage. C’est donc l’histoire d’une relation improbable, de vies chamboulées et de beaucoup, beaucoup d’espoir. Une très belle découverte !

Dans les branches, Emmanuelle Maisonneuve (Graine 2)
disponible depuis le 29 septembre 2015
9782370950451 – 15,90€
à partir de 13 ans