Son
1

L’homme qui voulut peindre la mer : et autres nouvelles – Tristan Koëgel

Sept nouvelles autour de la Méditerranée, de l’Antiquité à nos jours. Où l’on rencontre une pâtissière à Gibraltar dont le secret de fabrication des gâteaux interroge les habitants ; où une jeune coiffeuse marseillaise doit composer avec son tyrannique patron ; où un amoureux des arts écoute un vieil homme lui raconter la provenance des incroyables statues du musée de Rome ; et bien d’autres histoires…

★★★★☆

Croyez-le ou non, mais c’est avec ce recueil de nouvelles que Bob découvre enfin Tristan Koëgel ! Et ce voyage autour de la Méditerranée et à travers le temps est une merveilleuse lecture, à emporter impérativement avec vous en vacances pour rêver de ces rivages et de cette mer de toutes les légendes (surtout si vous passez votre été dans ce coin-là). L’homme qui voulut peindre la mer nous emmène dans des histoires où le fantastique est au cœur de chacun des récits. Les amoureux des nouvelles fantastiques classiques de Maupassant ou de Poe s’y retrouveront assurément tant on y retrouve la lente progression vers l’étrange que des chutes parfois très sombres ou terrifiantes. Mais là où Tristan Koëgel réussit à nous happer jusqu’au bout du livre, c’est grâce à la variété des époques, des lieux et des personnages, qui, même si on se doute que ça va peut-être finir comme on ne l’attend pas, nous fait découvrir des univers complètement différents et tous passionnants. Bien sûr, on va retrouver le même personnage dans chaque histoire : la mer. Tristan Koëgel nous la décrit avec une force et une poésie qui nous subjuguent et ce n’est sans doute pas un hasard si le titre du recueil reprend celui de la nouvelle qui retranscrit le mieux l’instabilité et la beauté de l’eau à travers ce peintre qui ne parvient pas à capturer l’essence de la Méditerranée sur sa toile.

Un recueil magnifique, dont la très jolie couverture de Giulia Vetri donne bien le ton, que je vous invite à découvrir pour la variété des textes et des vies rencontrées aux destins tristement actuels ou délicieusement mythologiques. Si le recueil est parfaitement lisible par les jeunes lecteurs, je m’interroge malgré tout sur leur réception de ces textes et je serai curieuse d’avoir vos retours si vous en avez !

L’homme qui voulut peindre la mer : et autres nouvelles, Tristan Koëgel (Didier Jeunesse)
disponible depuis le 6 juin 2018
9782278085620 – 14,90€
à partir de 11 ans
Son
1

Le trésor de l’île sans nom – Gilles Abier

Il existe une île sans nom, qu’on ne trouve sur aucune carte du monde connu, et sur laquelle un volcan éteint cache le trésor d’une bande de pirates. Et pendant que ces derniers écument les mers, leurs enfants attendent sagement sur cette île… ou presque ! Car des navires s’approchent parfois dangereusement des côtes de l’île et les jeunes habitants, aidés de leurs précepteurs et surveillants, usent de stratagèmes pour éloigner les opportuns ! Jusqu’au jour où un capitaine espagnol ne se laisse pas démonter…

★★★★★

On connaissait Gilles Abier pour ses romans sensibles, sur l’adolescence ou pour les plus jeunes, le voici désormais sabre au clair et à la barre d’une caravelle qui pourfend les vagues, direction l’aventure ! 😮 Les pirates se font plutôt rares dernièrement en littérature jeunesse, et il était temps de nous proposer un roman aussi palpitant et bien tourné, pour les plus jeunes lecteurs. Gilles Abier nous embarque donc dès les premières lignes dans cet univers passionnant, à la rencontre d’une bande de gosses échoués sur le sable, laissés à l’arrière par leurs parents bandits des mers, toujours à la recherche de trésors à amasser. Des enfants qui aimeraient bien eux aussi traverser les mers et vivre des aventures incroyables, pleines de combats et d’or étincelant. Mais leurs parents ont d’autres projets pour eux et, surtout, des adultes sont là pour les surveiller, depuis leur préceptrice qui leur inculque les bonnes manières à la cuisinière revêche en passant par le garde du volcan. On s’attache à leurs caractères différents et à leurs histoires personnelles et on se laisse entraîner dans la plus grande aventure de leur vie : défendre leur île contre l’envahisseur !

Gilles Abier réussit admirablement à nous tenir en haleine de bout en bout, à redoubler d’inventivité et d’ingéniosité pour nous révéler les choses au bon moment, pour nous décrire une île sur laquelle on rêve de se rendre et pour nous faire passer l’un des meilleurs moments de lecture de la saison ! Et puisque le roman est génial, les illustrations ne pouvaient que l’être tout autant ! Le style de Mini Ludvin, que j’ai trouvé assez proche de l’animation japonaise, colle parfaitement à l’univers de la piraterie et ses aquarelles sont un petit bonheur : on en regrette presque que les couleurs si chouettes de la couverture ne se retrouvent pas dans les illustrations intérieures.
En bref, un excellent roman d’aventures à emporter obligatoirement avec vous à la plage, ça vous donnera assurément des idées ! Et Gilles, on en veut d’autres ! 😛

Le trésor de l’île sans nom, Gilles Abier, illustré par Mini Ludvin (Poulpe fictions)
disponible depuis le 3 mai 2018
9782377420377 – 9,95€
à partir de 9 ans
Son
0

L’espoir sous nos semelles – Aurore Gomez

Après on long silence radio dont nous sommes bien désolées, Bob & Jean-Michel reprend du service et…été oblige, on vous invite à cliquer sur le petit visuel à droite pour découvrir notre sélection d’ouvrages à emporter avec vous en vacances ! 😀

***

Pour sauver sa famille de la pauvreté, Juno s’inscrit au « trek du Pownal », une course en montagne de 1000 kilomètres, suivie par les internautes, où s’affrontent 30 concurrents. Au bout de cette course : une rondelette somme d’argent pour le vainqueur.

★★★★☆

Après la mort de sa mère et de sa grande sœur, prodige de l’alpinisme, le père de Juno est tombé dans la dépression, délaissant travail et famille. La jeune fille a du abandonner ses études pour subvenir aux besoins de ses frère et sœur, et travaille à la conserverie locale. Lorsqu’elle découvre une publicité pour le fameux trek de Pownal, il ne lui faut pas longtemps pour décider de tenter sa chance. Commence alors pour elle une aventure tant sportive qu’humaine.

Roman d’aventure psychologique, on pense forcément à Hunger Games pour le côté 30 ados en liberté dans une course contre la montre. Pourtant, la comparaison s’arrête là : point de meurtres ou de dangers vicieux. Seule la nature et les autres concurrents sont susceptibles de mettre des bâtons dans les roues de Juno. Car, si elle n’a jamais montré de facultés particulières pour la marche en montagne, sa détermination est forte et la porte vers l’avant. C’est d’ailleurs le grand point fort de ce roman que ce personnage, cette jeune fille qui chemine vers une vie meilleure. On s’attache instantanément à elle, à ses blessures, à son courage et à sa profonde humanité. On se laisse embringuer dans cette marche de l’espoir, où Juno se retrouve face à elle-même, se lie avec d’autres concurrents, s’attire l’animosité de certains ou doit composer avec la stratégie de ceux qui veulent gagner coûte que coûte.
Et là où Aurore Gomez réussit à nous transporter encore plus, c’est dans le récit de ce trek, sur cette île fictive en pleine nature, où tout est savamment dosé. Randonner dans des espaces sauvages ou balisés n’est pas facile, et l’autrice parvient à amener le danger là où il faut et quand il faut, et tient son suspense jusqu’à la fin de la course. Mais celle-ci n’est pas une fin en soi, et c’est toute la finesse des relations tissées au fil de l’épreuve qui vont apporter de toutes nouvelles perspectives à l’endurante et battante Juno. Un excellent premier roman !

L’espoir sous nos semelles, Aurore Gomez (Magnard)
disponible depuis le 10 avril 2018
9782210965263 – 15,90€
à partir de 12 ans
Son
0

Les quatre gars – Claire Renaud

9782377310531,0-4690498

Ile de Noirmoutier. Les Fradet sont bien connus des gens de l’île qui les surnomment « la famille Dégâts », parce qu’ils font toujours tout de travers. Abandonnés par les femmes, ils sont quatre gars, trois générations, à vivre sous le même toit. Et c’est pas tous les jours facile, notamment pour le petit dernier, Louis, 9 ans, qui rêve d’une vie meilleure…

★★★★☆

Dans la famille Dégâts, je voudrais le papi. Pierre-Marie de son prénom, veuf depuis un certain temps mais convaincu que sa Raymonde lui parle au travers des éléments, et grand cuisiner de la famille. Je voudrais ensuite le père, Jean-Marie, saunier de métier (c’est le mec qui récolte le sel dans les marais salants pour ceux qui savent pas), bourru de nature, parfois même méchant depuis que sa femme est partie, un jour, sans prévenir et sans jamais revenir. Et enfin les deux fistons : Yves-Marie, futur soldat aux muscles saillants, accro à la musculation, qui draine dans son sillage un essaim de jeunes filles qui rient trop fort ; et Louis-Marie, maigrichon mais vif d’esprit comme son papi, qui aime autant les journées d’école avec les copains que d’entourlouper les Parisiens les jours de marché en leur vendant du sel deux fois plus cher (ou plus, c’est selon la tête du client). Une famille de bonhommes qui n’ont pas vu l’ombre d’une femme depuis des lustres et ne sont pas près d’en voir une…à moins que la jolie maîtresse de Louis n’y mette son petit grain de sel ? 😛

IL EST JOLI, MON LIVRE, IL EST FIN ET BIEN FRAIS ! C’est ce qu’on pourrait crier pour attirer le parigot crédule mais dépensier au marché de Noirmoutier, vantant les répliques bien salées de Papi, la touchante naïveté, vitalité, de Louis, les problèmes de cœur de Jean et d’Yves qui les transfigurent, pour le plus grand bonheur des lecteurs comme de notre petit narrateur et l’écriture pleine d’humour, de finesse, de sensibilité de Claire Renaud. Sauf qu’on vous filoute pas. Tout ça, c’est vrai ! Claire Renaud a un talent de raconteuse indéniable, on s’attache à Louis, à ses potes et à sa famille immédiatement, les dialogues sont savoureux et, si le sujet de la famille est le sujet le plus traité de la littérature, il en trouve ici encore une très belle variation, au travers de ces hommes marqués par le deuil ou l’absence (d’une présence, d’affection). La relation entre Louis et son papi est exceptionnelle, tout comme les moments où le garçon se retrouve bien malgré lui à être l’adulte de la famille, celui qui conseille et prend soin des autres. Ce qui nous offre souvent de bonnes tranches de rire avant de trouver toute son efficacité…

Les quatre gars, ce sont vraiment des chouette gars, une petite famille qu’on était super contents de rencontrer et qui nous manquent déjà la dernière page tournée…
Vous noterez, contrairement à la plupart des romans de la collection, celui-ci est vraiment accessible pour des plus jeunes lecteurs que d’habitude. 🙂

Les quatre gars, Claire Renaud (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 3 janvier 2018
9782377310531 – 15,50€
à partir de 11 ans
Son
4

Hôtel Grand Amour – Sjoerd Kuyper

9782278085644,0-4440926

Vic a 13 ans, 3 sœurs et un papa à l’hôpital après un infarctus survenu alors qu’il marquait le but de la victoire ! Seul avec ses sœurs, il doit alors gérer l’hôtel familial. Mais très vite, tout part en vrille, entre les clients qui s’enfuient et les dettes qui s’accumulent, il ne leur reste que quinze jours pour sauver l’hôtel. Vic est persuadé qu’avec l’aide de ses sœurs, ils parviendront à le faire…sans rien dire à leur père !

★★★★★

Vous avez aimé les Quatre sœurs à la fois si différentes, si drôles et si soudées de Malika Ferdjoukh, ou encore l’humour et les aventures du quotidien du Cœur en braille de Pascal Ruter ? Vous devriez alors succomber au charme néerlandais de Vic et de l’hôtel Grand A, au bord de la plage et, surtout, de la faillite ! Heureusement, Vic est un garçon plein de ressources et de bonne volonté, prêt à s’occuper de tout pendant que son papa est à l’hôpital, même si ce dernier préfèrerait que les enfants n’aient pas à travailler et se concentrent sur leurs études, et croit qu’un remplaçant a été envoyé ! Il pourra compter – plus ou moins – sur ses sœurs : Laeti, l’aînée, qui va devoir laisser tomber son bac pour mettre le nez dans les finances de l’hôtel et tenter enfin d’être vue par Félix, un client régulier de l’hôtel qui passe ses journées au bar de l’hôtel à dire à qui veut l’entendre qu’il ira se noyer dans la mer quand il aura flambé son héritage ; Alex, au look gothique qui ne pense qu’à chanter dans sa chambre et qui se retrouve malgré elle à participer à un concours de Miss ; et Pétro, la petite dernière, persuadée que sa maman est toujours vivante (dans les photos, dans ses vieilles robes, dans les animaux…) et pas en reste en terme d’imagination ! Et puis il y a Williamson, le cuisinier vieillissant fan de vieux chanteurs morts et nostalgique de sa vie à Tuvalu, qui va donner à Vic un magnétophone dans lequel celui-ci va tenir un journal intime. Un journal qui nous permet ainsi de suivre le quotidien – et la débâcle ! – de cet hôtel étonnant et de l’histoire d’amour naissante entre Vic et la jolie Isabel, qui se solde très vite par de nombreuses ruptures alors que rien n’a commencé entre eux…

Vous l’aurez compris, Hôtel Grand Amour est un roman totalement déjanté et débordant de personnages farfelus, de situations improbables et de dénouements heureux (quand même !). On se laisse totalement embarquer dans cette tranche de vie entre fous rires et émotions, par la façon de raconter de Vic, qui alterne entre les mensonges spontanés et éhontés et une naïveté touchante et comique. On s’attache à tous les personnages, en particulier l’étonnante et pétulante Pétro, sur laquelle Vic porte un regard d’une grande tendresse et une stupéfaction de tous les instants. J’ai beaucoup aimé l’attachement de Vic pour ses sœurs (même s’il s’en défend parfois) et toute l’émotion distillée au fur et à mesure du roman sur la disparition de la maman et le vide qu’elle laisse dans le cœur du garçon. C’est très bien amené dans tout cet humour et ça donne une très jolie saveur au reste du roman. Un vrai coup de cœur, qui est également un beau succès dans son pays d’origine puisqu’il connaît une adaptation sur grand écran dont vous pouvez voir la bande-annonce ci-dessous (en néerlandais sous-titré anglais, seulement, mais ça a l’air plutôt fidèle même si je suis sûre que c’est beaucoup moins drôle qu’à la lecture !). 😛

Hôtel Grand Amour, Sjoerd Kuyper, traduit et adapté par Emmanuèle Sandron (Didier Jeunesse)
disponible le 11 octobre 2017
9782278085644 – 15,50€
à partir de 12 ans
Son
4

La fourmi rouge – Emilie Chazerand

Bob et Jean-Michel reviennent en forme après des vacances bien méritées ! Et comme tous les ans, c’est avec la rentrée littéraire qu’on se retrouve… Pour se faire un peu plaisir avant de retourner sur les bancs de l’école, on vous propose de rester un peu en vacances avec ce premier roman qui explose de drôlerie comme un feu d’artifice !

9782848659985,0-4372232Un prénom de protège-slip, un nom de pâtisserie allemande (qu’on peut aussi déformer pour en faire le petit nom d’une partie de l’anatomie humaine), un œil qui part en vrille et un père taxidermiste qui l’emmène au lycée dans une voiture customisée à la fourrure ? Oui, il s’agit bien de Vania Strudel, 15 ans, présidente du club très fermé des Minables. Heureusement qu’elle a son meilleur ami Pierre-Rachid pour voir la vie du bon côté… Mais voilà qu’après les vacances d’été, le jeune homme revient beau comme un dieu et, surtout, accompagné d’une horrible petite amie…

★★★★☆

Et quand Vania apprend que cette nouvelle girlfriend n’est autre que sa pire ennemie, cette pouffiasse de Charlotte Kramer, autant vous dire que son monde s’effondre définitivement ! Entre le nouveau prof qui ne lui fait pas de cadeaux, les looses quotidiennes, Pirach (pour Pierre-Rachid) qui s’éloigne peu à peu d’elle, et ses conversations à sens unique avec le vieux monsieur du dessus qu’elle garde parfois, la vie de Vania est HORRIBLE. Jusqu’au jour où elle reçoit un mail anonyme qui lui démontre qu’elle n’est pas qu’une vulgaire fourmi noire et qu’elle pourrait être bien plus que ce qu’elle pense d’elle-même et se démarquer réellement, être une « fourmi rouge ».

On connaissait Emilie Chazerand pour ses albums joueurs et irrévérencieux et c’est avec beaucoup de plaisir que l’on découvre sa plume en long format avec ce roman qui se pose en digne héritier des Petites Reines, dans la même collection, et à rapprocher également de Je suis ton soleil, paru au printemps. On y retrouve en effet une héroïne cynique à souhait, qui aurait sans doute eu sa place sur le podium des Boudins, et dont la vie semble particulièrement vide et improbable. (En vrai, on aimerait bien vivre parfois des trucs aussi loufoques qu’elle !) Entre répliques bien envoyées et dialogues savoureux, Emilie Chazerand nous propose des scènes délectables, des personnages sympathiquement humains, quoi-qu’affublés de beaucoup de tares. Il vous faudra parfois prendre un peu de recul car Vania est une ado qui ne prend pas de pincettes et qui risque fort de vous faire grincer des dents… Un roman particulièrement bien rythmé et piquant dans lequel on ne s’ennuie pas un seul instant ! Un humour qui cache aussi une véritable profondeur, où des sujets « graves » sont abordés avec finesse et sensibilité, comme le deuil ou le harcèlement scolaire. Une mention toute spéciale pour papa Strudel, un adulte responsable, présent, aimant (quand bien même Vania en a parfois honte, le trouve ringard, moche ou relou) et personnage essentiel du roman. Les parents ne sont pas toujours au top dans les romans jeunesse (quand ils sont là, bien sûr) et ça fait du bien d’en voir un qui fait bien son job. Pour ça, merci Emilie !
Petite et insignifiante fourmi noire deviendra-t-elle une belle et piquante fourmi rouge ? On vous laisse le découvrir ! 😀

La fourmi rouge, Emilie Chazerand (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 23 août 2017
9782848659985 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
5

Star Trip – Eric Senabre

Vous l’avez sans doute remarqué, on aime beaucoup Eric Senabre par ici ! C’est donc avec beaucoup d’excitation et d’émotions que nous attendions son prochain roman. Alors quand on a vu Star Trip, sa couverture de Mathieu Persan trop stylée qui nous parlait tout de suite (Star Trek !!!!) et le résumé, c’était notre réaction :


Alors…vous croyez que Bob a pu être déçu ?

9782278081745,0-4105573A l’été 1968, dans un coin perdu de l’Idaho, May Peeples et son petit frère Sam sont « abandonnés » par leurs parents qui ont dû partir sans pouvoir rien leur expliquer. La jeune fille doit alors jongler entre s’occuper de son petit frère handicapé et collé à la télé pour ne pas manquer sa série de SF préférée : Star Trip ; son petit ami Will qu’une autre fille tente de séduire ; le révérend qui veut absolument faire d’elle une bonne chrétienne ; et son désir de retourner à la ville. Alors, quand un matin, May découvre dans sa grange l’acteur qui joue le capitaine Burke dans la série de son petit frère, tout bascule !

★★★★★

Est-ce là le meilleur roman d’Eric Senabre ? Bob dit OUI ! OUI ! OUI ! Star Trip, c’est un roman hommage totalement fou qui nous emmène jusqu’aux frontières du réel, où une jeune fille de 15 ans va se lancer dans un pari insensé pour compenser l’absence de ses parents et la déception de son petit frère à ne pas avoir de vraies vacances. Avec Will, ils vont en effet décider de construire une réplique d’une navette de Star Trip pour que le gamin puisse jouer avec. Et puis en allant à la grande ville pour faire du shopping, May et Will vont tomber sur une séance de dédicace impromptue de Benjamin Spike, l’acteur vedette de cette série de science-fiction. L’occasion est trop belle pour faire plaisir à Sam, même si le comédien se révèle particulièrement exécrable… Comment Benjamin Spike atterrira dans la grange de May Peeples ? Je ne vous en dis rien, ce serait trop dommage…

Road-trip déjanté et rafraîchissant, Star Trip est LE roman idéal pour se plonger dans une aventure psychédélique au cœur des Sixties, aux références musicales géniales (David Bowie en guest-star), aux personnages secondaires truculents et typiquement farfelus de l’Amérique rurale (je dois dire que le shérif Noir irlandais pur souche m’a fait mourir de rire) et aux mystères particulièrement bien trouvés ! Le roman ne manque pas non plus d’humour, caustique ou absurde selon les situations, et d’amour… Si vous aimez l’aventure, les références au cinéma ou aux séries de SF, à la musique, les personnages forts et les hurluberlus, vous serez, comme Bob, totalement conquis par Star Trip et en ressortirez des étoiles plein les yeux. Un coup de cœur intersidéral ! ❤️

Star Trip, Eric Senabre (Didier jeunesse)
disponible depuis le 10 mai 2017
9782278081745 – 15,90€
à partir de 13 ans
Son
4

Je suis ton soleil – Marie Pavlenko

9782081396623,0-4031862

Déborah entre en terminale et son année commence mal. Non seulement son chien miteux lui a dévoré toutes ses godasses et elle doit se rendre au lycée en bottes de pluie, mais il y a aussi sa mère qui découpe des magazines à en garnir tout le salon, et c’est sans compter son père qu’elle découvre au bras d’une belle inconnue… Heureusement, Déborah va pouvoir compter sur l’amitié toute neuve de Jamal et Victor, sans oublier sa meilleure amie Éloïse.

★★★★☆

Tu pensais en te levant ce matin que ta vie c’était un peu la loose ? Genre t’as pas révisé ton contrôle, ton collant est troué ou le chat a fait pipi sur ton tapis ? LOL. Tu n’as aucune chance contre Déborah, reine de la malchance (ou scoumoune, selon son théorème) qui assiste au chamboulement de sa vie, et pas juste à cause de son chien galeux, Isidore, qui pue du bec et lui détruit ses ballerines. Sa mère agit comme une folledingue, découpant des magazines et collant des post-it partout sur le miroir de l’entrée avec un mystérieux numéro de téléphone et que dire de son père, le sale traître qui embrasse une autre femme ? Et puis sa meilleure amie Éloïse qui s’amourache d’un beau neuneu et la laisse doucement tomber, la contraignant à devenir amie avec Jamal, alias mygale-man et ses dents de cheval et…le beau Victor, le nouveau. Bon, ok, tout n’est pas totalement naze…sauf quand Victor a en fait déjà une copine. Échec et mat.

Mais Déborah a de la chance, c’est Marie Pavlenko qui s’occupe de nous raconter son histoire. Après s’être plutôt illustrée dans les genres de l’imaginaire (Le livre de Saskia, Marjane…), l’auteure nous emmène dans le quotidien ébouriffant de cette ado un peu perdue mais volontaire et pleine d’humour ! Car le roman est aussi lumineux que sa couverture dorée et son titre estival : Déborah est incroyablement drôle et l’écriture enlevée de Marie Pavlenko d’une grande fraîcheur. Le secret des coquillettes sur la couverture vous sera révélé en lisant le roman, tout comme d’autres éléments de l’histoire qui, vous le découvrirez, ne sont pas tous aussi comiques que ce que peut le laisser penser cette chronique, mais la gouaille de cette lycéenne foutraque, son chien-clochard qui schlingue (mais qui est super attachant) et tous les personnages qui gravitent autour d’elle ne pourront que vous ravir le cœur. C’est en tous cas ce qui est arrivé à Bob.

Il y a une vraie justesse dans cette description de l’adolescence, que ce soit dans le ton ou dans les personnages et Marie Pavlenko parvient à nous toucher et à nous bidonner en même temps (ou presque, hein, vous verrez qu’il y a quand même des trucs pas rigolos rigolos). On a dit à Bob que le roman faisait penser aux Petites reines, de Clémentine Beauvais. Au début, il trouvait que non, mais en fait, oui, il est tout aussi jubilatoire, notamment grâce à Déborah, qui n’a en effet rien à envier à la truculente Mireille. Le propos n’est pas le même, mais le plaisir de lecture, assurément ! Bref, laisse tomber les remèdes de grand-mère pour réparer ton collant troué et cours vite te procurer les épatantes aventures de Déborah ! ;D

Je suis ton soleil, Marie Pavlenko (Flammarion jeunesse)
disponible depuis le 8 mars 2017
9782081396623 – 17,50€
à partir de 14 ans
Son
0

Les Zarnak – Julian Clary et David Roberts

9782368360699,0-3281108

Spot et Sally sont deux hyènes qui s’ennuient ferme dans leur savane africaine. Lorsqu’un couple de touristes est malencontreusement avalé par un crocodile, les deux animaux décident de prendre leur place. Ils deviennent alors Amelia et Fred Zarnak, petit banlieusards londoniens et s’installent donc en Angleterre à la place du couple humain. Spot et Sally vivent alors comme les humains, ont un travail, font les courses, puis des enfants…

★★★★☆

Et si des animaux prenaient la place des humains ? Le remarquerions-nous ? Car la capacité d’adaptation de Spot et Sally est spectaculaire ! Il faut dire qu’à force de voir des touristes dans leur savane, ils comprenaient plutôt bien l’anglais…il ne restait qu’à cacher sa queue (l’élément indispensable pour ne pas être repéré) et savoir se mouvoir sur les pattes arrière et le tour est joué ! Une fois en Angleterre, d’ailleurs, personne ne semble voir la supercherie, on constate seulement que les Zarnak sont particulièrement joyeux : ils rient tout le temps ! Le couple est très apprécié des voisins, Fred est concepteur de blagues pour une compagnie qui fabrique des caramels et Amelia vend des chapeaux qu’elle fait elle-même. Bref, le couple d’amis idéal ! Sauf peut-être pour Mr McPafûte, un vieux bonhomme solitaire qui regarde les Zarnak d’un mauvais œil. Et ça ne s’arrange pas lorsque Fred et Amelia deviennent les heureux parents de deux mignonnes petites hyènes : Zack et Zoé. Mais le pire est à venir lorsque, en jouant, Zoé révèle malencontreusement sa queue, sous le regard stupéfait de sa meilleure amie humaine Minnie…et celui de Mr McPafûte qui repeignait son toit…

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Je ne vous dis rien de plus sur ce roman totalement déjanté, dans la plus pure veine du roman humoristique anglais pour la jeunesse, où les situations rocambolesques se succèdent pour le plus grand plaisir des jeunes lecteurs. Les illustrations de David Roberts sont géniales et sa représentation des hyènes habillées en humain absolument savoureuse. Des tronches tout le temps hilares, du dynamisme et parfois un peu d’angoisse accompagnent le texte fou de Julian Clary. Un texte qui est bien sûr une réflexion sur la tolérance, l’acceptation de la différence, mais qui fait également la part belle à de l’aventure, de l’émotion et, surtout, de bonnes scènes d’humour ! On appréciera d’ailleurs les blagues Carambar (oui, je l’ai dit !) de Fred Zarnak tout au long du récit. Une famille originale et décapante, qu’on découvre avec beaucoup de plaisir et qu’on a hâte de retrouver dans une nouvelle aventure tout aussi drôle et décalé ! 🙂

Les Zarnak, Julian Clary, illustré par David Roberts, traduit par Natalie Zimmermann (ABC Melody)
collection Melokids
disponible depuis le 2 juin 2016
9782368360699 – 11,90€
à partir de 8 ans
Son
3

Que du bonheur ! – Rachel Corenblit

9782812610561,0-3163294

Après un texte touchant sur le devoir de mémoire, Rachel Corenblit revient avec un roman bien plus léger, qui fleure bon les vacances d’été. 🙂

Angela a 15 ans et, depuis la rentrée de septembre, sa vie est partie en cacahuète. Il aura suffi d’une chute, une simple chute devant toute la classe, pour que tout le reste de son année soit un déluge de catastrophes en tous genres…

★★★★☆

Que du bonheur ! C’est avec cette expression ironique qu’Angela nous parle de cette terrible année où se sont enchaînés tous les malheurs du monde sur sa pauvre tête. Avec, au menu : une réputation foutue au lycée (la fameuse chute), le divorce de ses parents, la trahison ultime de sa meilleure amie, la mort de son chat, le redoublement, les vacances chez son papi dans le trou du cul du monde et bien plus encore ! Un programme tout à fait alléchant promis dès le chapitre 2 qui nous entraîne avec un plaisir non dissimulé dans cette série de catastrophes. Pauvre Angela !

Malgré ces terribles annonces – qui pourraient faire de l’ombre à tous les malheurs des Misérables – l’histoire d’Angela est particulièrement drôle. Et ça commence avec l’humour ravageur de la jeune fille, qui nous raconte ses misères à la manière d’un journal intime, où sont collés des photos, des bouts de calendrier ou bien dessinés des flèches, des smileys… Une forme qui nous fait pleinement entrer dans la tête de cette adolescente un peu boulotte qui ne mérite vraiment pas tout ce qui lui arrive. Pourtant, ce sont bien ces moments du quotidien que Rachel Corenblit transforme en scènes hilarantes. Pour ma part, j’ai une petite préférence pour les vacances en Ariège (sans doute les plus horribles vacances jamais vécues par une ado).

Que du bonheur ! (et ce n’est pas ironique du tout) C’est bien ce qui ressort de ce court roman adolescent vitaminé, qui ne nous donne qu’une seule hâte : être en vacances ! Voilà l’un des premiers romans que l’on vous conseille d’emporter avec vous cet été au camping de Palavas-les-Flots. 😛

Que du bonheur !, Rachel Corenblit (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible le 4 mai 2016
9782812610561 – 10,20€
à partir de 13 ans