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Tu ne sais rien de l’amour – Mikaël Ollivier

9782364749511,0-3603987

Ne vous fiez à cette couverture…étonnante – aussi bien photoshoppée que quand Jean-Michel joue avec Paint – car dessous se cache un très beau roman. ;)

Le jour où Nicolas reçoit un mail de sa mère intitulé « Ce qu’il vous faut savoir », le jeune homme replonge dans ses souvenirs d’enfance. Une période étrange où, dès son plus jeune âge, on le voyait se marier avec Malina, la plus belle fille qu’il ait jamais vu, et aux côtés de laquelle il aime et grandit. Mais très vite, il se pose des questions sur sa famille, son père qui cache sa maladie, sa mère qui semble cacher des secrets et sur l’amour, celui qu’il porte à Malina et celui des adultes…

Bob ne sait rien…

★★★★☆

Qu’est-ce que l’amour ? Peut-on aimer une seule personne dans toute sa vie ? Quelle différence entre amour et désir ? Tant de questions qui hantent la vie de Nicolas, un garçon gentil, discret, à qui on a jamais vraiment demandé son avis, et surtout pas en ce qui concernait l’amour. Depuis qu’il est bébé, il fréquente la belle Malina. Ils grandissent ensemble et, sous la « pression » de la mère de Nicolas, sont promis à se fiancer, à être le couple parfait. Et tout dans leur vie facilite ce destin : ils sont toujours dans la même classe, passent leurs vacances ensemble et dorment même ensemble dès leur entrée dans l’adolescence… Une relation étrange, presque malsaine dans ce jeune couple qui donne au roman une atmosphère toute particulière. Mais la relation qu’entretient Nicolas avec son père et sa mère vont aussi l’amener à se poser des questions sur sa famille et les secrets qu’elle cache… Mikaël Ollivier signe avec Tu ne sais rien de l’amour un roman subtil et touchant, où les secrets et la maladie coexistent avec une très belle réflexion sur l’amour. J’ai beaucoup aimé l’alternance des souvenirs de Nicolas et de cette nuit où il reçoit le mystérieux mail de sa mère, jouant ainsi sur le suspense. C’est vraiment très fin, avec à la fois de la retenue et de l’émotion… une très belle histoire d’amour et de famille qui plaira tout autant aux grands ados qu’aux adultes.

…et Jean-Michel non plus

★★☆☆☆

Bob devrait arrêter de m’humilier en public parce que je me suis améliorée avec Paint alors que lui, ne sait toujours pas faire cuire du riz.
Il y a beaucoup de définitions de l’amour à assimiler dans ce roman : celle de l’amour maternel (d’une mère envers son fils et envers un enfant qui n’est pas le sien), l’amour d’enfance (Nicolas et Malina), l’amour adultérin (on ne spoliera point vous vous débrouillez), l’amour paternel et l’amour d’un fils envers son père. Ça fait beaucoup. J’ai fait une légère overdose. Mais aucun personnage n’est laissé au hasard : tout le monde remplit une définition, un rôle et qu’il n’y ait aucun personnage secondaire donne un poids certain au roman. Je n’ai pas apprécié cette fin qui annonce clairement des tempêtes qui renverseront à coups sûrs cette belle définition de l’adoration sans limite que se portent les personnages les uns aux autres. Existe t-il un amour possible sans culpabilité ? (ma collègue Léa m’a soufflé cette phrase et je n’arrive pas à trouver une réponse). Le roman offre néanmoins une vision positive et juste de l’amour : il est possible de le vivre mais avec des compromis et des difficultés. Un reflet de la réalité pertinent, mais grisant.

Tu ne sais rien de l’amour, Mikaël Ollivier (Thierry Magnier)
disponible depuis le 24 août 2016
9782364749269 – 15,90€
à partir de 14 ans
Son
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Alors je me suis mise à marcher – Kim Fupz Aakeson

9782889083268,0-3270044

Une jeune fille qui rencontre la nouvelle conquête de son père ; deux frères qui préparent le petit-déjeuner de leurs parents encore endormis ; une mère et sa fille qui vont se faire tatouer ; un garçon qui veut partir en vacances en ski avec sa mère et son nouveau mec ; une première expérience sexuelle sur un terrain de foot…

★★★★☆

Quatorze nouvelles qui nous brossent le portrait de quatorze adolescents dans des moments de leur vie qui vont être décisifs. Des nouvelles extrêmement courtes, où l’on découvre toutes sortes d’adolescents dans des instants de la vie quotidienne, où les parents sont bien souvent les grands absents de leur vie pour tout un tas de raisons différentes. Difficile de vous en dire plus sur le contenu de chacune des nouvelles tant elles sont à la fois diverses et similaires. Toutes s’attachent aux relations des adolescents avec leur famille ou leur entourage et toutes évoquent des moments variés où l’adolescent se révèle parfois le plus adulte de tous…

La force de ces nouvelles réside non seulement dans leur format, court et incisif, mais aussi dans les chutes, parfois abruptes, parfois étonnantes, parfois…inachevées ? Des procédés qui nous interrogent ainsi sur les relations de ces adolescents et qui nous montre surtout tout le talent de l’auteur à nous raconter une histoire en peu de lignes, dans un style simple et épuré, mais avec des implications énormes dans la vie de ces ados. C’est vraiment très fin, très subtil et très habile. Un recueil à découvrir ! :)

Alors je me suis mise à marcher, Kim Fupz Aakeson, traduit par Aude Pasquier (Joie de lire)
collection Encrage
disponible depuis le 19 mai 2016
9782889083268 – 13,90€
à partir de 14 ans
Son
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Sauveur et fils, saison 1 – Marie-Aude Murail

Aujourd’hui, Bob fait son coming-out : il n’avait quasiment rien lu de Marie-Aude Murail (à part 22 ! et Maïté coiffure). Hérésie, n’est-ce pas ? :P C’est donc avec une certaine candeur qu’il vous parle aujourd’hui de son tout dernier roman, premier tome de ce qui s’annonce au moins comme une trilogie…

9782211228336,0-3174708

Sauveur Saint-Yves est psychologue à Orléans. Chaque semaine, il reçoit des patients aux histoires bien différentes qui fascinent son fils, Lazare, 8 ans, qui a trouvé un petit coin tranquille pour espionner les consultations de son père. Bientôt, des choses étranges se passent autour de la maison des Saint-Yves…ce qui pousse Lazare à se poser de plus en plus de questions sur ses origines et cette mère qu’il n’a jamais connue, décédée peu après sa naissance en Martinique.

★★★★☆

Cette première saison de Sauveur & fils, c’est un peu le pendant littéraire la série télé En analyse. Chaque semaine, nous assistons aux consultations du docteur Saint-Yves, qui reçoit, semble-t-il, beaucoup d’enfants et d’adolescents dans son cabinet. Alors que l’on suit avec un intérêt croissant la progression de chaque patient, c’est la vie de famille de Sauveur et les secrets qu’il cache à son fils qui sont au cœur de ce premier tome. Des secrets dont les racines se trouvent en Martinique, d’où est originaire Saint-Yves, mais qui semblent s’étendre jusqu’en France métropolitaine…

Que cache donc Sauveur à son fils ? C’est bien toute la question qui nous ronge à la lecture et qui ne trouvera de résolution qu’à la fin du roman, mais Marie-Aude Murail parvient à nous faire patienter sans rechigner grâce aux consultations auxquelles, comme Lazare, nous assistons en essayant de ne pas faire de bruit pour ne rien rater des choses confidentielles qui se disent. Et à travers tous ces patients, Marie-Aude Murail se permet d’évoquer de nombreux sujets difficiles, voire tabous, tels que la scarification, l’identité sexuelle, la dépression, la pédophilie… Elle n’oublie pas non plus le racisme, celui ordinaire, dont on ne se rend pas toujours compte, qui frappe continuellement Sauveur et Lazare. Malgré tous ces nombreux sujets qui pourraient être lourds et angoissants dans un seul roman, Marie-Aude Murail n’oublie pas l’humour et c’est sans doute la vie de famille du psychologue et la relation avec son fils – malgré les secrets – qui nous permet de « souffler » entre chaque patient et chaque tranche de vie perturbée.

Une très belle première saison, riche en émotions, qui nous donne très envie de continuer à suivre Sauveur, Lazare et tous ces patients qui nous touchent au fil du récit.
Le point noir ? Sans aucun doute la couverture du livre, qui n’est pas particulièrement représentative du roman (même s’il y a bien des hamsters/cochons d’Inde dans l’histoire) et qui rebutera très certainement le public auquel Sauver & fils est destiné… Dommage, mais faites fi et vous passerez un très beau moment de lecture. ;)

Sauveur et fils – saison 1, Marie-Aude Murail (École des Loisirs)
collection Medium GF
disponible depuis le 13 avril 2016
9782211228336 – 17€
à partir de 13 ans
Son
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Le complexe du papillon – Annelise Heurtier

9782203102286,0-3169392

A la rentrée, Mathilde remarque une fille incroyablement belle. C’est Cézanne, une ancienne camarade de classe jusque-là plutôt banale qui, au retour de l’été, est devenue la plus belle plante du collège. Invitée au mariage de la sœur de sa meilleure amie Louison, et désireuse de séduire Jim qui y sera également, Mathilde veut à tout prix perdre du poids pour rentrer dans le robe bleue magnifique vue au centre commercial et être aussi jolie que Cézanne…

★★★☆☆

Annelise Heurtier s’attaque souvent à des sujets audacieux dans ces livres, ce que j’aime tout particulièrement chez elle. Ici, c’est un sujet un peu plus rebattu qu’elle aborde : l’anorexie. Malgré ce thème souvent lu en roman jeunesse, elle prend le parti de s’intéresser plutôt à l’anorexie mentale, et pas seulement physique. Ainsi, point de poncifs ou de scènes difficiles, mais plutôt une lente descente aux enfers pour Mathilde qui, de jeune fille sportive (elle fait de l’athlétisme, on imagine aisément un corps souple et musclé : a priori, un très beau corps !) souhaite avoir un corps de mannequin et plus particulièrement un « thigh gap » (l’espace entre les deux cuisses quand on sert les jambes), rendu populaire par la it-girl Cara Delevingne (vue récemment dans l’adaptation ciné de La face cachée de Margo). Tout ça pour plaire à un garçon et ressembler à une fille de sa classe dont la transformation a été spectaculaire durant l’été ! Quand on repense à sa propre adolescence (ou même maintenant que nous sommes plus grandes à voir chaque jour des affiches de publicité), on se met sans difficulté dans la peau de Mathilde, avec l’envie nous aussi, parfois, de ressembler à ces si belles filles à qui le monde semble réussir. Un complexe dont il est bien difficile de se débarrasser…

Annelise Heurtier décrit avec beaucoup de justesse et de sensibilité l’état de Mathilde, sa volonté de passer d’une moche chenille à un magnifique papillon et l’engrenage terrible dans lequel elle tombe, à quel point il est si facile de ne pas se rendre compte quel danger cela représente… Cet aspect-là est vraiment très bien traité, sans jugement mais avec tous les outils de réflexion nécessaires pour le lecteur.
J’ai seulement regretté la rapidité de la fin, la facilité avec laquelle Mathilde abandonne son crush pour Jim (qui, de toute manière, n’est pas particulièrement présent et pour lequel on se demande bien ce qui plaît à notre héroïne) et la résolution du deuil qui frappait aussi Mathilde. Je n’ai pas beaucoup parlé de cet aspect-là de l’histoire, qui a pourtant son importance, puisque la mort de la grand-mère de Mathilde et l’incapacité de sa mère à en parler vont aussi faire partie des raisons du mal-être de la jeune fille, de la maladie. Il n’en reste pas moins un très beau roman, accessible et bien écrit. :)

Le complexe du papillon, Annelise Heurtier (Casterman)
disponible depuis le 6 avril 2016
9782203102286 – 12,90€
à partir de 12 ans
Son
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Jan – Claudine Desmarteau

9782364748460,0-3163293
★★★★★

Jan… Jan, c’est Janis, 11 ans, qui n’aime pas vraiment son prénom depuis qu’on l’a fait rimer avec « pisse » et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Jan, c’est une débrouillarde, une gamine qui ment un peu et qui utilise plus souvent ses poings que sa tête, une fille qui ne se laisse pas faire. Elle a un petit frère, qu’elle adore et qu’elle veut protéger. Sa mère est vendeuse de chaussures, son père est chômeur professionnel. Et il boit. Beaucoup. Malgré tout, il est super fier de cette fille qui n’est pas « une gonzesse » et Jan est profondément attachée à ses parents et à ce père qui fréquente trop le « bar des amis ». Un jour, cette famille dysfonctionnelle va voler en éclats et je ne vous dis pas comment, ce serait vous gâcher la surprise…mais il fallait bien que ça pète pour que l’on ait une histoire…

Jan, c’est une belle claque dans la figure. Et ça commence avec l’écriture de Claudine Desmarteau, qui s’est lancée le défi de tenir jusqu’au bout de son roman la langue d’une enfant de 11 ans. C’est d’un réalisme social confondant, on se laisse totalement embarquer dans cette écriture, dans ce style, dans ces inventions de mots, d’expressions que tous les enfants de 11 ans entendent et déforment par incompréhension (et on se rappelle que nous aussi, à une époque, on utilisait des expressions à tort et à travers en les entendant dans la bouche des grands et qu’on se la pétait auprès des autres en leur faisant croire qu’on connaissait des trucs incroyables). C’est d’autant plus fort que c’est typiquement le genre d’écriture qui pourrait devenir lourdingue au bout d’un moment : ici, ce n’est pas le cas, l’exercice de style est tenu jusqu’au bout à la perfection. La claque, c’est aussi cette histoire, cet engrenage qui s’enclenche et va chambouler la vie de Jan et de son petit frère. Cette révolte qui gronde en elle, et qui va trouver une résonance dans le film Les 400 coups, de François Truffaut, et notamment à travers le personnage d’Antoine Doinel. Enfin, la claque, c’est aussi cette fin, dont je ne vous dis rien, mais qui nous laisse pantelant, sur le cul, aussi belle que frustrante…

Jan, c’est une lecture incroyable au rythme effréné, une gamine au caractère de cochon, rageuse et révoltée, à qui l’on s’attache de toutes nos tripes. C’est un roman qui chamboule, qui émerveille… Superbe ! Lisez-le. Point.

Jan, Claudine Desmarteau (Thierry Magnier)
disponible depuis le 13 avril 2016
9782364748460 – 14,50€
à partir de 12 ans
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N’y pense plus, tout est bien – Pascale Maret

Pascale Maret a visiblement été très inspirée par un fait divers, mais en se concertant avec Bob, on s’est dit que vous réveler lequel enlèverait toute surprise et on serait bien embêtées si vous nous en vouliez…donc nous ne spolierons point.

9782364748408,0-3163135

Martin, 13 ans se retrouve sans famille du jour au lendemain. Élevé ensuite par sa tante, il prendra la décision le jour de ses 18 ans, d’embaucher un détective privé qui pourrait l’aider à retrouver la trace du responsable de l’éradication de sa famille à la suite de la découverte d’un indice crucial. Direction la Patagonie pour une chasse au coupable qui remue, où la détermination d’un jeune homme reste l’un des éléments des plus marquants du roman.

Don’t think twice, Jean-Michel

★★★★☆

Sur fond de Bob Dylan, Pascale Maret nous fait vivre une forte expérience, nous parle de désir de clôture, de deuil avec sans doute un soupçon de vengeance qui ère dans un recoin du cerveau tourmenté d’un jeune homme qui ne demande qu’à se re•construire. Je ne m’attendais pas à un début de roman aussi dantesque, une scène douloureuse et étourdissante qui annonce brillamment la suite du roman. L’élément selon moi qui marque le plus le roman ? La maturité de Martin. L’innocence balayée en un coup de pelle, mais sa réflexion reste intacte : il comprend qu’il n’est en rien responsable de la disparition de ses proches. Cependant sa détresse demeure et se traduit par le besoin irrémédiable d’aller au bout de sa piste, la clôture nécessaire du chapitre de sa vie, celle de sa mère, de sa sœur Laure et de son frère Lucas. Ce gros garçon de 13 ans autrefois terrassé par la peur derrière la rambarde de l’escalier s’est transformé en homme qui a réchappé deux fois à la mort par sa bravoure, son incorruptibilité et sa détermination. On souhaite à Martin un bonheur sans encombres ni démons, avec des souvenirs triés sur le volet, précieux et intemporels tels que les sourires des membres de sa famille disparue. Ça tire sur le canal lacrymal, c’est d’une puissance prodigieuse, merci Pascale pour ce moment mémorable.

It’s all right, Bob

★★★★☆

Jean-Michel a tout dit ! J’ajouterais simplement que Pascale Maret n’a pas son pareil pour écrire des histoires tirées de faits divers avec autant de souffle. J’avais adoré sa version de l’histoire de Colton Harris-Morre, dans La véritable histoire d’Harrison Travis, hors la loi, racontée par lui-même et j’ai retrouvé ce côte aventureux dans ce nouveau roman, même si la tragédie est ici bien plus grande. Pascale Maret joue avec toutes nos émotions, depuis l’horreur jusqu’à l’espoir, dans cette quête qui nous emmène au bout du monde.

N’y pense plus, tout est bien, Pascale Maret (Thierry Magnier)
collection Grand format
disponible depuis le 23 mars 2016
9782364748408 – 11,50€
à partir de 14 ans
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Je sais que tu sais – Gilles Abier

9782362661426,0-3025447

Nous savons que vous saviez que Gilles Abier sortait un nouveau livre parce qu’on vous l’a dit la dernière fois. On vous dit aujourd’hui tout ce qu’on en pense !

Il y a trois ans, dans un patelin du Tarn-et-Garonne, le frère d’Axelle, Martial, est retrouvé criblé de balles derrière une grange. Le coupable ne fut pas bien difficile à trouver : c’était Bastien, le meilleur ami de Martial. Depuis cette tragédie, Axelle a sombré et s’est repliée sur elle-même, dans sa haine. Jusqu’au jour où elle décide de rendre visite à Bastien en prison…

Bob sait qu’il ne sait pas

★★★☆☆

Ahlala, pas facile de parler de ce roman après Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire. Les deux romans sont très différents et, si le premier était beaucoup sur l’imaginaire et l’humour, on est ici dans une réalité dure et sans concession. Toute cette douleur qui hante Axelle, ce deuil dont elle ne parvient pas à se débarrasser, nous fait entrer petit à petit dans ce triste fait divers qui a rompu la tranquillité de son petit village. Nous la rencontrons au moment où elle va se confronter à l’assassin de son frère, où elle espère que leur conversation va lui apporter ce qu’elle cherche. Et pendant qu’elle attend, qu’elle doute, Axelle nous fait remonter le fil de l’histoire, comment sa petite vie tranquille a soudain basculé, comment elle en est arrivé à ne plus être que l’ombre d’elle-même.
J’ai beaucoup aimé la progression du récit, qui alterne entre le moment présent et les souvenirs : ceux de la nuit de l’assassinat, le procès, les jours, mois qui ont suivi, comment Axelle a décidé de prendre le taureau par les cornes et voir celui qui a ruiné sa vie… Accepter ? Réussir à pardonner ? Axelle se dévoile progressivement et, par là-même, on découvre la personnalité de son frère, et ce qui a poussé Bastien, son meilleur ami, à le tuer. En moins de 100 pages, Gilles Abier fait preuve d’un grand sens du suspense, et parvient à nous maintenir en haleine jusqu’au dernier mot. D’autant plus quand on arrive aux dernières phrases et qu’il nous laisse pantelant, aux prises avec un terrible choix…

Jean-Michel sait bien, lui, qu’il sait

★★☆☆☆

Secret de famille bien dissimulé et apprentissage du pardon…Gilles nous offre un panorama riche en émotions mais un détail me dérange. Alors que le bourreau de Martial garde un silence de plomb quant à ses motivations, j’ai trouvé les parents d’Axelle étrangement fermés : ils ne se posent aucune question et semblent fermer les yeux. Bastien a assassiné leur fils de sang-froid et il semble flotter un parfum d’ignorance : ils ne cherchent pas à savoir, trop occupés à gérer leur douleur et leur deuil. Un texte qui aurait mérité plus de pages :/ Une écriture parfaite néanmoins mais je pense avec sincérité que Gilles Abier traite mieux les sujets graves avec l’humour qu’on lui connait.

Je sais que tu sais, Gilles Abier (Talents Hauts)
collection Ego
disponible depuis le 18 février 2016
9782362661426 – 8€
à partir de 13 ans
Son
4

Ma fugue chez moi – Coline Pierré

9782812610523,0-3163137

Vous l’avez peut-être remarqué, on aime un peu beaucoup Coline Pierré ici ! Il était donc normal de continuer à vous parler d’elle et de ses livres moelleux et enveloppants.

Après une énième humiliation au collège et l’annonce que sa mère ne rentrera pas pour les fêtes de Noël, Anouk décide de fuguer. Sa préparation est exemplaire et la voilà dehors, prête à rouler sa bosse sur les routes d’Alsace…jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle ne sait pas où passer la nuit. Son projet avorté, elle rentre chez elle, toute penaude, avant de trouver la solution pour faire sa fugue : le grenier !

★★★★☆

C’est sur cette idée un peu folle et étonnante que repose ce très beau roman de Coline Pierré. Il y a un mal-être chez Anouk, entre son ancienne meilleure amie Marina qui la maltraite au collège et sa mère absente depuis des années, sans compter son père qui ne semble rien comprendre à ses émotions… Seule sa petite sœur Bena est capable de la rendre heureuse, mais celle-ci est en internat et Anouk ne la voit que le week-end. Alors elle décide de partir, de fuguer, de se prendre un petit studio quelque part et vivre sa vie, jouer de son banjo, être libre. Mais son rêve d’évasion romantique se heurte à la dure réalité de la vie et, malgré cette désillusion, Anouk choisit le grenier de sa maison pour assouvir son désir de solitude. Mais alors qu’elle organise sa vie dans cette pièce oubliée, Anouk se rend compte qu’elle entend tout ce qui se passe dans la maison grâce à la tuyauterie. Une astuce idéale pour savoir quand part son père pour descendre et prendre une douche ou se ravitailler, mais aussi une difficile prise de conscience que sa fugue laisse des traces chez les autres…

Je n’en dis pas plus sur cette histoire qui, malgré ce que je peux en dire, laisse beaucoup de place à l’humour et à des situations qui vous seront sourire. Anouk est une jeune fille particulièrement discrète et débrouillarde et on s’attache très rapidement à elle, aux émotions qui la traversent et à ce qui la pousse à fuguer chez elle. J’ai beaucoup aimé ses réflexions, notamment lorsqu’elle évoque sa fugue et les raisons qui l’y ont poussée ; ses souvenirs et sa tristesse de ne pas connaître réellement sa mère, présente à la maison une ou deux fois par an, trop occupée par son métier au Pôle Nord ; sa relation avec sa petite sœur ; sa sensation que son père ne la comprend pas. J’ai l’impression de vous parler d’un roman larmoyant mais ce n’est pas le cas du tout, il y a une véritable douceur dans tout ce que nous raconte Coline Pierré à travers Anouk, je me suis sentie bordée doucereusement dans ses mots et dans son histoire, j’ai ri et je suis sortie de ce livre avec un soupir de contentement. C’est une belle histoire de famille, une jolie rencontre avec cette drôle de fille et sa drôle d’idée, un livre aussi lumineux que le laisse présager sa très belle couverture. :)

Ma fugue chez moi, Coline Pierré (Rouergue)
collection DoAdo
disponible le 9 mars 2016
9782812610523 – 10,20€
à partir de 13 ans
Son
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Little sister – Benoît Séverac

9782748520927,0-3146260

Il y a quatre ans, le frère de Lena est devenu l’ennemi public n°1 lorsqu’il est apparu à la télévision aux côtés de djihadistes brandissant la dépouille d’un journaliste français. Depuis, Lena a été obligée de changer d’identité, de vie, et a vu ses parents devenir l’ombre d’eux-mêmes. Malgré les années, elle se pose toujours des questions sur son frère, et lorsqu’un jour celui-ci lui donne rendez-vous, elle espère enfin obtenir les réponses…

★★★★☆

Avec ce roman, Benoît Séverac s’attaque à un brûlant sujet d’actualité : le départ de jeunes en Syrie pour faire le djihad. Et malgré ce thème hyper casse-gueule, il s’en sort rudement bien et, à travers quatre voix, nous évoque surtout comment un tel événement peut être vécu par les proches. On commence avec Lena, qui n’arrive pas à comprendre comment son frère a pu faire une chose pareille voilà 4 ans, comment il a pu leur faire croire qu’il était en voyage en Angleterre alors qu’il rejoignait Daesh. Ses parents sont littéralement anéantis – comment pourrait-il en être autrement ? – et lorsque Théo, le meilleur ami d’Ivan, lui envoie une lettre lui disant que son frère cherche à la joindre, l’espoir renaît. Pour le rencontrer, Lena va devoir partir chez son oncle et sa tante, en Espagne, où le terrain de leurs jeux d’enfants sera le point de rendez-vous. Elle emmène avec elle Théo, qui se pose les mêmes questions sur Ivan et qui découvre en Lena une jeune fille forte et courageuse. Le jour du rendez-vous, la parole est donnée à Théo, qui se pose de nombreuses questions sur Ivan et commence à craindre que Lena ne tombe dans un piège. Elle passe ensuite à Joan, un sexagénaire que Lena et Théo ont rencontré à la gare et qui héberge le jeune homme. Joan s’est battu contre le franquisme et un nouveau combat semble se profiler pour le vieil homme. La dernière voix du roman, réaliste et sans concession, sera à découvrir dans le dernier chapitre épilogue…

En moins de 200 pages, Benoît Séverac construit un très bon roman sur un sujet vraiment pas simple en choisissant un axe au plus proche du lecteur et en faisant un parallèle intéressant entre les combats de résistance du vieux Joan, l’histoire de l’Espagne, et ceux du frère de Lena, pour mieux les distinguer. Les mots de Joan apportent une réflexion salutaire et l’auteur, en se focalisant sur les proches et non sur Ivan, traite le sujet avec une distance nécessaire et, surtout, laisse la possibilité à Lena et à sa famille de continuer à aimer Ivan malgré tout… Bien fichu et très prenant, Little sister est clairement un polar réussi !

Little sister, Benoît Séverac (Syros)
disponible depuis le 3 mars 2016
9782748520927 – 13,95€
à partir de 13 ans
Son
1

Une histoire de sable – Benjamin Desmarès

9782812609978,0-3008191

Jeanne passe les vacances d’hiver dans une station balnéaire sinistre. Alors que ses parents passent leur temps à travailler sur l’ordinateur et que leur humeur est aussi massacrante que la sienne, Jeanne passe tout son temps dehors, à se balader dans la station, sur la plage, à croiser une vieille dame à vélo…et à rencontrer deux garçons sur le perron d’une maison, qui passent leur temps à compter les grains de sable.

★★★☆☆

Avec cette couverture et ce titre énigmatique, on ne pouvait s’attendre qu’à une histoire tout aussi étrange. Le début commence pourtant dans une réalité fracassante : Jeanne ne cesse de se disputer avec ses parents, de jouer les rebelles – ou les ados en crise – et de claquer les portes à tout bout de champ. Alors autant vous dire qu’elle n’est pas particulièrement heureuse de passer des vacances à la mer en plein hiver. D’autant qu’il n’y a personne, rien, nulle part où aller ! Elle croise bien une petite vieille à vélo, mais c’est tout. Mortel, le coin est mortel ! Jusqu’au moment où, remontant une rue déserte, Jeanne aperçoit deux garçons tout aussi désœuvrés qu’elle. Ce n’est que le lendemain qu’elle ose les aborder et, après une conversation à la limite de l’absurde, accepte de les aider à compter les grains de sable devant la maison. Alain et Bruno, ce sont les deux garçons avec lesquels elle se lie d’amitié. Deux drôles de gars, aux looks improbables, dont les parents sont aussi absents qu’invisibles.

Finalement, ces vacances ne vont pas être si nulles que ça pour Jeanne. Tout son temps libre, elle le passe avec Alain et Bruno, ou alors au bar, le seul endroit ouvert dans ce patelin désert, où elle écoute les conversations des habitués. Petit à petit, le récit bascule dans le fantastique et, dans la plus pure tradition du genre, on ne s’en rend pas tout de suite compte et on se pose des questions, tout comme Jeanne. Quel mystère entoure Alain et Bruno ? Pour cela, il faudra lire ce roman très bien écrit, qui fait également la part belle à l’amour adolescent. Une histoire étrange, sensible et émouvante, qui donne un vrai roman d’ambiance, atmosphérique.

Une histoire de sable, Benjamin Desmarès (Le Rouergue)
collection DoAdo
disponible depuis le 10 février 2016
9782812609978 – 10,70€
à partir de 13 ans