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Un garçon nommé Noël – Matt Haig

Il y a deux ans, Matt Haig nous avait offert un roman exceptionnel de génialitude avec Humains. Aujourd’hui, il revient avec un roman pour les plus jeunes que l’on vous invite à offrir à tous les enfants de 10 ans pour les fêtes de Noël ! :D

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Nicolas vit en Finlande avec son père Joël, bûcheron. Pauvres, le jeune garçon n’a pour toute possession qu’un traîneau gravé de son surnom « Noël » (car il est né ce jour-là) et une poupée fabriquée dans un navet. Lorsqu’un chasseur se présente dans leur cabane pour proposer à Joël une mission royale, c’est l’occasion de rêver d’une vie meilleure. La mission proposée par le roi : ramener une preuve de l’existence de Lutinbourg, la ville magique des lutins.

★★★★☆

Et c’est ainsi que le père de Nicolas le laisse seul dans leur cabane en plein milieu de la forêt. Jusqu’à l’arrivée de sa terrible tante censée le garder durant l’absence de Joël et qui le force à dormir dehors dans la neige. Après d’horribles moments passés avec elle et ne voyant pas revenir son père, Nicolas décide de partir lui aussi et de tenter de trouver Lutinbourg, et son père. Sur le chemin, Nicolas va faire la rencontre d’un renne blessé qu’il va nommer Eclair et qui va l’accompagner dans son périple. Mais bientôt, l’épuisement les gagne et, sans le concours d’un petit être, Nicolas et Eclair auraient pu mourir… Et c’est ainsi que le jeune garçon et son compagnon se réveillent dans le village de Lutinbourg, accueillis par le Père Topo et Tite Nouch. Mais contrairement à la légende qui parle de lutins toujours joyeux, Nicolas découvre bien vite que quelque chose cloche…

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Comment un petit garçon pauvre comme Nicolas peut-il devenir le célèbre gros monsieur que l’on connaît sous le nom de Père Noël ? C’est tout l’enjeu de cette tendre et magique histoire imaginée par Matt Haig et magnifiquement mise en image par Chris Mould. Un univers de neige et de créatures fantastiques qui nous invite à croire en l’impossible, qui nous montre tout le pouvoir de la bonté, de la bienveillance et de la gentillesse, le crédo des lutins et de celui qui se découvrira la vocation de Père Noël. On se laisse emporter dans cette belle histoire, on sent le vent glacé de la Finlande nous fouetter le visage en enfourchant Eclair, on tremble avec Nicolas dès que l’histoire se corse et on se laisse enivrer par la magie de Noël… Un roman à déguster avec un chocolat chaud et un plaid sur les genoux pendant les longues soirées d’hiver… ☕

Un garçon nommé Noël, Matt Haig, illustré par Chris Mould, traduit par Valérie Le Plouhinec (Hélium)
disponible depuis le 5 octobre 2016
9782330066116 – 13,90€
à partir de 10 ans
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Le fils de l’Ursari – Xavier-Laurent Petit

Xavier-Laurent Petit s’inspire du monde actuel et des gens que l’on rencontre au détour d’une vie dans nombre de ses romans. Avec Le fils de l’Ursari, il continue cette exploration dans un roman encore une fois d’une grande qualité.

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Ciprian est le fils d’un Ursari, un combattant légendaire capable de défier un ours. Avec sa famille, ils se produisent sur les places des villages dans les pays de l’Est. Mais ils sont détestés là-bas et un jour, ils sont contraints de fuir… Deux hommes, Zlot et Lazlo, leur proposent de devenir riches, à Paris, là où l’argent coule à flot, où l’on devient riche sans s’en rendre compte. Bien malgré eux, Ciprian et sa famille se retrouvent alors dans un camion, direction la France…

★★★★★

Chaque jour, nous voyons ces femmes, bébés dans les bras, déambuler dans le métro en demandant quelques pièces. Depuis la vitre du train, on aperçoit des bidonvilles aux portes de Paris… C’est de l’autre côté des grillages que Xavier Laurent-Petit nous emmène dans ce roman fort et bouleversant. Où l’on découvre la famille de Ciprian, son père qui combat les ours et dont la fierté remonte jusqu’aux lettres de protection délivrées par l’empereur Sigismond au XVe siècle ; sa mère gardienne du feu ; son frère Dimetriu qui emprunte tout ce dont ils ont besoin pour manger ; sa sœur Vera qui chante et danse pour attirer le public. Lorsque tout ce monde arrive en France, la fierté doit être oubliée et à chacun est attribué un nouveau métier : ferrailleur pour le père ; nourrice itinérante pour Vera ; gardienne de distributeurs de billets pour la mère et emprunteur de portefeuilles pour Dimetriu et Ciprian, son apprenti. Malgré l’argent qu’ils rapportent chaque soir, la vie se révèle bien plus difficile que ce qu’on leur avait promis. Et bientôt, les véritables ennuis commencent… Du côté de Ciprian, pourtant, il y a un peu de lumière. C’est au jardin du Luxembourg que tout va se jouer, lorsque le garçon découvre ce jeu étrange avec des pièces blanches et des pièces noires…

Est-ce l’espoir qui s’épanouit pour le garçon ? C’est en tous cas l’un des messages du roman de Xavier-Laurent Petit. A travers l’odyssée de la famille de Ciprian, qui dépeint les conditions des Roms dans notre pays et le trafic insurmontable dont ils sont victimes, on découvre « l’envers du décor ». Le destin de Ciprian, qui va trouver une voie d’échappatoire, apporte la note d’espoir pour sa famille et les autres, même si ce chemin est semé d’embûches. Mais il pourra compter sur l’aide de personnages presque mythologiques tant leurs caractéristiques lui sont étonnantes. Car la force de ce roman, c’est aussi le regard de Ciprian sur le monde, son absence d’éducation scolaire en fait un naïf tout voltairien, et apporte une touche d’humour bienvenue. L’écriture de Xavier-Laurent Petit, pleine d’émotions, finit de nous transporter dans ce roman où l’on passe du rire aux larmes, de la tradition ancestrale, presque magique, d’un monde oublié, à la dure et cruelle réalité de la pauvreté et du trafic d’êtres humains en France. Un roman bouleversant et éclatant, à mettre entre toutes les mains !

Le fils de l’Ursari, Xavier-Laurent Petit (École des loisirs)
collection Médium
disponible le 24 août 2016
9782211230070 – 15,80€
à partir de 13 ans
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Talitha running horse – Antje Babendererde

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Talitha, jeune lakota métisse, vit seule avec son père dans une caravane au cœur d’une réserve indienne. Malgré sa pauvreté et l’absence de sa mère, elle se sent plutôt heureuse. Son bonheur s’élargit lorsqu’elle rencontre la famille Thunderhawk, qui possède un élevage de chevaux Apaloosas. Elle se prend notamment d’affection pour un poulain, qu’elle baptise Stormy, et tombe amoureuse de Neil, le fils de la famille. Mais lorsque la caravane de son père est détruite, la vie de Talitha bascule…

★★★☆☆

Si vous ne connaissez pas les romans d’Antje Babendererde, vous manquez de beaux romans sur les cultures amérindiennes. L’auteure est en effet passionnée par les peuples natifs d’Amérique du Nord, principalement des États-Unis, et tous ses romans s’attachent à faire découvrir ces différentes tribus. Ici, nous suivons donc Talitha, une métisse qui n’a pas la vie facile, notamment à cause des problèmes de racisme qu’elle rencontre (sa mère est blanche, son père lakota) mais aussi de sa situation : son père est au chômage et ne vit que de petits boulots et « services ». Sa famille la plus proche, sa tante et son cousin Marlin, se sont détournés des traditions indiennes et se moquent ouvertement de Talitha et de son père, leur rendant la vie dure. Heureusement, Talitha peut compter sur sa meilleure amie et sur sa nouvelles amitié avec les chevaux et la famille Thunderhawk. Bien sûr, tout ne se passera pas comme sur des roulettes et, entre les moments de la vie de tous les jours de Talitha, rythmée par le collège et les fêtes traditionnelles lakotas, et les tensions familiales ou locales, le roman nous emporte dans différentes directions.

Talitha running horse est un beau portrait de jeune fille optimiste, rêveuse et courageuse. J’ai beaucoup aimé cette découverte de la culture lakota, entre les traditions et les histoires qui restent importantes pour chacun et leur conciliation avec la vie actuelle. Roman social assurément, Antje Babendererde n’est cependant pas dans la dénonciation des conditions de vie dans les réserves indiennes – le lecteur se fait cette constatation tout seul – mais plutôt de nous emmener à la rencontre de peuples qui nous sont peu ou pas connus. Tout cela avec les ingrédients d’une bonne histoire : de l’amour, des péripéties, de la tension dramatique, de l’espoir, des déceptions, etc. Un roman bien écrit qui se lit avec beaucoup de plaisir. :)

Talitha running horse, Antje Babendererde, traduit par Vincent Haubtmann (Bayard Jeunesse)
disponible depuis le 22 octobre 2015
9782747040136 – 15,90€
à partir de 13 ans

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La pyramide des besoins humains – Caroline Solé

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Vous avez peut-être vu sur les réseaux sociaux d’étranges publicités pour un nouveau jeu de télé-réalité : La pyramide des besoins humains ? Vous vous êtes interrogés pour savoir de quoi il retournait ? Eh bien, aujourd’hui, date de lancement du jeu, Bob et Jean-Michel vous révèlent TOUT sur cet événement qui va rythmer vos journées et vos soirées ! :P

Christopher vit sur un bout de carton, dans les rues de Londres. Entre la mendicité et la survie, le jeune homme finit par s’inscrire à une étrange émission de télé-réalité : la pyramide des besoins humains, qui part du principe que l’ensemble des besoins humains peut être classé en cinq catégories. Ils sont 15 000 candidats et, dans un mois, il n’en restera plus qu’un. Christopher pense n’être qu’un numéro parmi tant d’autres… Pourtant, la célébrité n’attend que lui…

★★★★☆

Haha, vous l’aurez donc compris : La pyramide des besoins humains est en réalité un roman ! (Et donc non, nous ne changeons pas notre ligne éditoriale pour parler télévision !) Un roman extrêmement réaliste qui s’attache à un personnage très marginal : un jeune ado, probablement même pas majeur, qui, après une fugue, se retrouve à arpenter les rues de Londres et à vivre sous les porches, dans un carton détrempé. Christopher, à travers les mots très justes de Caroline Solé, nous décrit son mode de vie, ou plutôt de survie, dans un Londres très différent de ce qu’on lit le plus souvent. Un Londres peuplé de sans-abris, où le danger est partout, dans la pluie comme dans les hommes. Il nous livre ainsi ses réflexions sur son existence : son enfance, sa famille, ses rêves, ses compagnons de route…tout ce qui constitue son existence. J’ai été tout de suite touchée par ce personnage qui nous raconte tout cela avec une étonnante lucidité.

Une affiche (fictive, donc !) de la campagne du jeu.

Une affiche (fictive, donc !) de la campagne du jeu.

Et au-delà de cette tranche de vie, Caroline Solé s’intéresse aussi à ce jeu de télé-réalité et à ce qui en découle : l’impact de réseaux sociaux et de la célébrité sur notre rapport aux autres. Car Christopher, comme chacun des joueurs de ce jeu, va tenter de parvenir en finale, même s’il doute fortement d’y arriver. Et il va devoir rivaliser d’imagination pour passer chaque pallier des besoins humains à remplir. On ne reste pas indifférents à l’analyse que Christopher porte sur le jeu, qui nous pousse ainsi à nous interroger nous aussi sur nos besoins fondamentaux.
Un roman original, fin et très actuel.

La pyramide des besoins humains, Caroline Solé (École des loisirs)
collection Médium
en librairie le 27 mai 2015
9782211221979 – 12,80€
à partir de 13 ans

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La chanson du nez cassé – Arne Svingen

Le saviez-vous ? Les auteurs norvégiens sont talentueux.

nezcasseBart a 13 ans et vit dans un immeuble insalubre avec sa mère, femme en surpoids qui a la fâcheuse tendance à boire un peu trop. Au collège il fait tout ce qu’il peut pour passer inaperçu parce qu’allez expliquer à vos camarades qu’on a une mère qui ne travaille pas, qui ne fait quasiment jamais les courses et qu’on habite dans un repère miséreux ? Difficile. Bart fait de la boxe pour faire plaisir à sa mère mais ce qu’il aime vraiment c’est chanter, il adore l’opéra et en écoute sur son vieil mp3 mais ça, c’est son jardin secret…il ira quand même confier sa passion à Ada, son amie. Mais les filles on les connait, ça répète tout et comme par hasard Bart est sollicité pour le spectacle de fin d’année. Chantera t-il devant tout un public ?

★★★★★

J’ai tellement aimé ce roman, je ne sais par où commencer, les personnages sont si extraordinaires !
Bart est un chouette ado, il a certes une vie difficile mais il y a du rose dans son quotidien : sa grand-mère est adorable, elle prend soin de lui et de sa maman au tant qu’elle peut. Il est copain avec Geir, un junkie très gentil mais paumé qui lui prodigue de bons conseils, lui apprend à boxer et à faire du vélo – ce qui est assez compensateur lorsqu’on a pas de père. C’est agréable de voir Bart développer une amitié avec Ada, son amie, une fille de sa classe qui a une odeur de “melon cantaloupe”. Ce jeune homme m’a impressionnée à plusieurs reprises : il collectionne les photos de tueurs en série (un fait original) et il cherche éperdument son père, un dénommé “John Jones” (un fait qui arrache une larme) mais je ne dirais rien concernant l’issue de cette quête… Il a même organisé une opération nettoyage dans son immeuble , incitant ses habitants à vivre dans un endroit meilleur, non mais quel brave gosse ! Sachez que ce roman est rempli de phrases qui résonnent encore dans nos têtes après les avoir lues, des morceaux de philosophie à peine dissimulés dans une histoire poétique.
“Mais d’où viennent les grands-mères ? On croirait qu’elles ont été inventées pour venir à bout de toutes les difficultés.”

La chanson du nez cassé, Arne Svingen (Magnard Jeunesse)
en librairie depuis le 10 octobre
9782210960077 – 12,90€
à partir de 10 ans