Son
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La bibliothèque des citrons – Jo Cotterill

Il n’y a pas que les oignons qui font pleurer quand vous les épluchez. Les citrons aussi, même quand on en a pas dans la vraie vie mais juste sur la couverture d’un livre, Bob peut en témoigner à grand renfort des mouchoirs…

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Calypso a dix ans, n’a aucun ami à l’école et se réfugie dans les livres de sa bibliothèque, hérités de sa maman décédée quelques années plus tôt. Elle vit seule avec son père, un écrivain qui s’est donné la tâche d’écrire une histoire encyclopédique du citron. Un jour, une nouvelle arrive à l’école. Elle s’appelle Mae et va bousculer les habitudes de la solitaire Calpyso, lui faisant découvrir toute l’étendue du mot « amitié ».

★★★★★

A la mort de sa mère, Calypso n’avait que cinq ans. Très vite, son père lui a appris à barricader ses émotions, à se montrer forte et ne pas pleurer à la moindre contrariété. Lui-même a fait la même chose et s’est abîmé dans son travail, la correction de manuscrits, puis l’écriture de son chef d’œuvre : un livre consacré aux citrons ! (Ne riez pas, c’est très sérieux !) Alors Calypso a grandi seule avec son père, et même seule avec elle-même et ses livres, ceux que sa mère avait quand elle était petite. Des classiques de la littérature anglo-saxonne qu’elle dévore et qui lui permettent de s’évader et d’apprendre tout un tas de choses. Si cette vie semble lui plaire, il y a pourtant des à-côtés pas très chouettes : il y a longtemps qu’on ne lui a pas acheté de nouveaux vêtements, son papa oublie souvent de faire les courses et c’est elle qui cuisine, ou plutôt qui fait griller les tartines avec du fromage fondu ou des restes de fond de placard. Mais tout cela lui semble « normal »…jusqu’au jour où elle fait la rencontre de Mae, qui veut très vite devenir son amie. Malgré ses réticences, Calypso va se laisser entraîner dans cette amitié naissante et découvrir qu’elle a beaucoup de choses en commun avec la nouvelle, à commencer par l’amour des livres et des mots. Au fur et à mesure que leur complicité grandit, Calypso va progressivement se rendre compte que sa vie avec son père n’est pas véritablement « normale » et qu’un papa ne devrait pas autant laisser seul son enfant…

La bibliothèque des citrons est un coup au cœur, une lecture qui ne peut pas vous laisser insensible, Bob en avait d’ailleurs les yeux très très humides (mais comme il lisait dehors, c’était à cause du vent, hein !). Jo Cotterill nous émeut par cette description d’une relation inversée entre un père enfermé dans son chagrin contenu et une petite fille qui a du grandir trop vite et assumer son quotidien et celui de son père toute seule. Il n’y a aucun pathos, aucune volonté de faire pleurer dans les chaumières mais une réflexion sensible et intelligente sur notre façon de gérer le deuil, sur l’importance de s’ouvrir aux autres, de demander et d’accepter de l’aide, et sur la puissance de l’amitié. L’écriture est toute en retenue et pleine de douceur, à l’image de Calypso, et c’est sans doute aussi ce qui la charge émotionnellement. Il y a également l’atmosphère, cette maison un peu perdue au fond d’un jardin où la nature a repris ses droits, où il fait froid, son allure de demeure ancienne, voire hantée, où se trouvent tous les vieux livres de sa mère (des classiques que l’on a d’ailleurs bien envie de découvrir pour ceux qu’on ne connaît pas). La solitude de cette petite fille nous transperce et son amitié avec Mae, salutaire et généreuse, lui ouvre les yeux et le cœur et lui apporte l’espoir de surmonter enfin ce chagrin aux côtés de son père. La bibliothèque des citrons est un roman bouleversant et débordant d’amour, à lire absolument !

La bibliothèque des citrons, Jo Cotterill, traduit par Charlotte Grossetête (Fleurus)
disponible le 14 avril 2017
9782215133315 – 16,90€
à partir de 10 ans
Son
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Je suis ton soleil – Marie Pavlenko

9782081396623,0-4031862

Déborah entre en terminale et son année commence mal. Non seulement son chien miteux lui a dévoré toutes ses godasses et elle doit se rendre au lycée en bottes de pluie, mais il y a aussi sa mère qui découpe des magazines à en garnir tout le salon, et c’est sans compter son père qu’elle découvre au bras d’une belle inconnue… Heureusement, Déborah va pouvoir compter sur l’amitié toute neuve de Jamal et Victor, sans oublier sa meilleure amie Éloïse.

★★★★☆

Tu pensais en te levant ce matin que ta vie c’était un peu la loose ? Genre t’as pas révisé ton contrôle, ton collant est troué ou le chat a fait pipi sur ton tapis ? LOL. Tu n’as aucune chance contre Déborah, reine de la malchance (ou scoumoune, selon son théorème) qui assiste au chamboulement de sa vie, et pas juste à cause de son chien galeux, Isidore, qui pue du bec et lui détruit ses ballerines. Sa mère agit comme une folledingue, découpant des magazines et collant des post-it partout sur le miroir de l’entrée avec un mystérieux numéro de téléphone et que dire de son père, le sale traître qui embrasse une autre femme ? Et puis sa meilleure amie Éloïse qui s’amourache d’un beau neuneu et la laisse doucement tomber, la contraignant à devenir amie avec Jamal, alias mygale-man et ses dents de cheval et…le beau Victor, le nouveau. Bon, ok, tout n’est pas totalement naze…sauf quand Victor a en fait déjà une copine. Échec et mat.

Mais Déborah a de la chance, c’est Marie Pavlenko qui s’occupe de nous raconter son histoire. Après s’être plutôt illustrée dans les genres de l’imaginaire (Le livre de Saskia, Marjane…), l’auteure nous emmène dans le quotidien ébouriffant de cette ado un peu perdue mais volontaire et pleine d’humour ! Car le roman est aussi lumineux que sa couverture dorée et son titre estival : Déborah est incroyablement drôle et l’écriture enlevée de Marie Pavlenko d’une grande fraîcheur. Le secret des coquillettes sur la couverture vous sera révélée en lisant le roman, tout comme d’autres éléments de l’histoire qui, vous le découvrirez, ne sont pas tous aussi comiques que ce que peut le laisser penser cette chronique, mais la gouaille de cette lycéenne foutraque, son chien-clochard qui schlingue (mais qui est super attachant) et tous les personnages qui gravitent autour d’elle ne pourront que vous ravir le cœur. C’est en tous cas ce qui est arrivé à Bob.

Il y a une vraie justesse dans cette description de l’adolescence, que ce soit dans le ton ou dans les personnages et Marie Pavlenko parvient à nous toucher et à nous bidonner en même temps (ou presque, hein, vous verrez qu’il y a quand même des trucs pas rigolos rigolos). On a dit à Bob que le roman faisait penser aux Petites reines, de Clémentine Beauvais. Au début, il trouvait que non, mais en fait, oui, il est tout aussi jubilatoire, notamment grâce à Déborah, qui n’a en effet rien à envier à la truculente Mireille. Le propos n’est pas le même, mais le plaisir de lecture, assurément ! Bref, laisse tomber les remèdes de grand-mère pour réparer ton collant troué et cours vite te procurer les épatantes aventures de Déborah ! ;D

Je suis ton soleil, Marie Pavlenko (Flammarion jeunesse)
disponible depuis le 8 mars 2017
9782081396623 – 17,50€
à partir de 14 ans
Son
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De nos propres ailes – Kinga Wyrzykowska

9782747067522,0-3754864

L’équipe de volley du lycée Saint-Exupéry gagne son dernier match et, avec lui, une place pour la Coupe Heaven, qui sera disputée sur l’île de La Désirade, dans les Antilles. Aux anges, les filles de l’équipe font éclater leur joie, jusqu’à ce que l’une d’elle, Tina, se casse l’épaule à la sortie du RER. C’est Gladys, la nouvelle, qui la remplacera. Mais les filles ne sont pas prêtes à laisser Tina sur le carreau et à s’envoler sans elle. Elles vont alors organiser une cagnotte pour lui payer son billet d’avion : elles ont trois mois pour rassembler 1000€. Et tout semble aller comme sur des roulettes…jusqu’à ce que l’enveloppe avec l’argent disparaisse…

★★★★☆

Elles sont six filles dans l’équipe de volley, six meilleures amies depuis des années dont le rêve est de participer à la coupe Heaven. Toutes différentes, dans leurs origines, leurs centres d’intérêts ou leurs personnalités, Julie, Morgane, Nejma, Milena, Tina et Andrea n’en sont pas moins hyper soudées. Une véritable équipe. Gladys, c’est la nouvelle à l’air un peu pataud qui se retrouve toujours sur le banc de touche. Une situation qu’elle ne vit pas très bien. Jusqu’au bête accident de Tina, qui va rendre son épaule inutilisable et donc ses chances de participer à la coupe Heaven aux Antilles. Mais pour Gladys, c’est enfin une place au sein de l’équipe… Encore qu’il faudrait qu’elle soit acceptée par les autres filles, peu désireuses de la voir prendre la place de Tina.

Avec De nos propres ailes, Kinga Wyrzykowska explore l’adolescence et l’amitié dans le microcosme d’une équipe sportive. Entre la difficulté à s’intégrer dans un groupe constitué depuis longtemps, la jalousie, les rêves ou l’agacement, et les situations familiales de chacune, ce sont toutes les préoccupations adolescentes que l’on retrouve dans ce « roman de copines » (ou de filles), bien loin pourtant des poncifs du genre. Exit les histoires d’amour mièvres ou les mesquineries futiles, l’auteure insiste ici sur la psychologie de ses personnages, sur les désirs et les failles de chacune. Cela rend le roman passionnant, bien qu’un chouïa difficile au début car c’est aussi un roman choral, où chacune prend la parole à tour de rôle, parfois en même temps, et que Kinga Wyrzykowska ne nous a pas facilité la tâche pour s’y retrouver. Mais après un petit temps où on se demande « mais c’est laquelle déjà qui a les parents polonais sympas ? » (qui ont l’air aussi de faire des trucs à manger trop bons, dixit le ventre de Jean-Michel) ou bien « la fille placée en famille d’accueil, c’est bien Tina ? », on finit par s’attacher à chacune des filles et à se demander comment leurs relations vont évoluer et comment leur collecte d’argent va aboutir. Car bientôt arrive la partie suspense du roman, et le vol de la cagnotte va attiser considérablement les tensions au sein du groupe fragilisé, risquant à tout moment de tout faire exploser…

De nos propres ailes est un très bon roman, qui fait la part belle à ses personnages de jeunes filles finement campées, et à un ton juste au plus proche de ces adolescentes qui n’ont pas peur de dire ce qu’elles pensent et qui risquent bien de laisser la situation leur échapper… A découvrir !

De nos propres ailes, Kinga Wyrzykowska (Bayard Jeunesse)
disponible depuis le 4 janvier 2017
9782747067522 – 14,90€
à partir de 13 ans
Son
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L’ombre d’un nuage – Nicolas Poupon

Bon, vous avez remarqué, on a un peu loupé le coche sur les cadeaux de Noël cette année et on a pas eu le temps de vous présenter tous les trésors qu’on avait trouvé. Mais c’est pas grave ! A la place de la fève, mettez un livre dans la galette des rois, ou tartinez vos crêpes de la Chandeleur avec quelques pages… Et puis il y a bien des anniversaires chaque jour de l’année, non ? :P

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C’est l’été et il fait incroyablement chaud ! Même pas d’ombre où se reposer ! La petite bande de Nestor s’ennuyait ferme sous un arbre jusqu’à ce que Carlos déboule en courant en disant qu’il avait vu un nuage. Ni une ni deux, les enfants partent à la recherche de ce nuage, espérant qu’il leur fournira de l’ombre et, surtout, de la pluie ! Pour la bande de copains, l’aventure commence…

★★★★★

Dans cet album entre roman illustré et bande-dessinée, Nicolas Poupon nous présente une bande de joyeux copains super attachants et en manque d’aventure, et ce dès la page de garde ! On rencontre ainsi Nestor, notre narrateur, qui n’est pas trop doué dans l’écriture mais plein de bonne volonté ; son petit frère Prosper, le plus petit et le plus mignon ; Pedro, qui ne sait pas s’exprimer autrement que sous forme de question ; Coin-Coin, l’intello avec toujours un bouquin dans les mains ; Meredith, la seule fille du groupe et la plus futée ; et Carlos, le chef de bande dont le papa fait un peu peur. Très vite, nos jeunes héros se lancent à l’aventure, bien décidés à s’emparer de ce nuage qui en devenait presque légendaire tant le soleil brille depuis un temps pas possible !

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Découpé en plusieurs chapitres dessinés, le récit de ces aventures est tout simplement délicieux ! On se laisse entraîner dans la quête de cette petite bande, ses découvertes (les double nœuds : absolument génial !) et ses questionnements (un nuage pleut-il ou pleure-t-il ?). L’écriture de Nicolas Poupon, à hauteur de ses personnages, est espiègle et pleine de vie, quand bien même les derniers mots de Coin-Coin nous demandent d’excuser son copain Nestor qui écrit vraiment mal ! Quant aux illustrations : c’est un régal : de la vivacité, de l’expressivité, de l’inventivité, que ce soit en pleine double-pages ou en médaillons, avec des bulles ou sans. Un superbe album, où l’émotion et l’humour se mêlent habilement et où la capture de ce petit nuage va réserver bien des surprises à nos jeunes héros. A découvrir absolument ! ❤

L’ombre d’un nuage, Nicolas Poupon (Sarbacane)
disponible depuis le 10 octobre 2016
9782848659022 – 18€
à partir de 8 ans
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La Grande Forêt – Anne Brouillard

97822112169130-3561722

Killiok est inquiet. Son ami le magicien Vari Tchésou ne donne plus de nouvelles depuis le Printemps. De plus, une étrange roulotte serait apparue au cœur de la Grande Forêt, épaississant le mystère. Killiok se rend alors chez Veronica, dans l’espoir qu’elle puisse l’aider. Bientôt, les deux amis décident de quitter leurs maisons et de se rendre dans la Grande Forêt, à la recherche du magicien…

★★★★★

Avec La Grande Forêt, Anne Brouillard signe sans doute son œuvre la plus belle et la plus aboutie. Dans ce premier tome d’une série qui explorera le Pays des Chintiens, un monde imaginaire comprenant onze pays, l’auteure nous transporte dans son univers avec une étonnante facilité. Ses personnages, humains, animaux ou créatures rêvées (à quoi Killiok peut-il bien ressembler ? une sorte de Moomin ?) sont tout de suite attachants et nous rappellent les héros de notre enfance, ceux capables de planifier une randonnée sans rien oublier, de s’aventurer dans les sous-bois sans peur aucune, et de rencontrer d’étranges personnages qui les aideront ou les distrairont de leur quête. Il y a chez Anne Brouillard un imaginaire foisonnant d’une très grande douceur, mais aussi beaucoup d’humour et d’absurde, ce genre de choses propre à l’enfance.

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Un récit magique qui va bien au-delà de l’album : Anne Brouillard passe de l’illustration en pleine page à un découpage en bande dessinée avec une parfaite aisance. Un mélange des genres qui fonctionne à merveille, qui permet de faire avancer l’histoire plus rapidement ou bien de nous laisser le temps d’apprécier tous les détails des maisons, des paysages ou des situations vécues par nos héros dans le Pays du Lac Tranquille. Et pour parfaire son univers, des cartes du pays des Chintiens, des environs de la Grande Forêt ou encore une page de journal viennent apporter toujours plus d’authenticité et d’honnêteté à cette histoire merveilleuse.

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Un album extraordinaire qui plaira autant aux petits qu’aux grands et qui nous donne envie de continuer à explorer la Chintia avec Killiok et Veronica, ou d’autres beaux personnages. :)

La Grande Forêt (Le pays des Chintiens), Anne Brouillard (École des loisirs – Pastel)
disponible depuis le 5 octobre 2016
9782211216913 – 18€
à partir de 7 ans
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Les belles vies – Benoît Minville

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Vasco et Djib’ sont amis depuis leur enfance. Inséparables, ils cumulent les bêtises plus ou moins graves jusqu’au jour où, après une bagarre, leurs parents décident de les envoyer dans la Nièvre où un couple accueillant des enfants de la DDASS accepte de les recevoir en échange de leur aide à la réparation d’une grange.

★★★★★

C’est le début de « vacances » qui vont totalement changer leurs vies ! Petits jeunes des cités qui font se lamenter les vieilles dames dans les bus, Vasco, d’origine portugaise, et Djib’, d’origine africaine, se retrouvent dans un trou perdu au fin fond de la Nièvre bien franchouillarde, avec son saucisson et ses vaches qui paissent tranquilles. Et quelques racistes. Ils débarquent ainsi chez Tonton et Tata, respectivement 80 et 60 ans, qui ont accueilli plus d’une cinquantaine d’enfants dans leur vie. Parmi ceux présents cet été-là, il y a Dylan et Jessica, frère et sœur abandonnés par une mère incapable de s’occuper d’eux. Le premier, apprenti chez un boucher, a énormément de mal à contenir un tempérament violent, la seconde est une bimbo qui file un mauvais coton. Il y a aussi Chloé, hippie aux cheveux courts dont le passé reste un mystère, et une ribambelle de petits, certains cassés par la vie, d’autres issus d’anciens pensionnaires de Tonton et Tata…

Toute cette smala va passer l’été à se baigner au lac, à la rivière ou la piscine, à faire du vélo, à préparer le repas du midi, à pêcher, aller aux champignons, regarder des films ou encore préparer une adaptation théâtrale de la Sorcière de la rue Mouffetard (avec un clin d’œil à un certain ogre de chez Sarbacane). Et entre toutes ces activités dignes des meilleures colonies de vacances, Vasco et Djib’ vont découvrir un tout nouveau monde et changer, apprendre à grandir. Ils vont d’abord devoir apprivoiser l’indomptable Dylan et ses démons, se découvrir un intérêt tout particulier pour les filles, se confronter aux péquenots du coin qui apprécient moyen la présence de ces parigots. Avec Benoît Minville, c’est tout un panel d’émotions qu’on trouve dans ses romans, ce sont des gosses paumés, des « frères » plein d’humour et de déconne, des premiers amours intenses, des amitiés balbutiantes, de la violence contenue, de la force tranquille, de la sagesse et de la vie. Jamais titre n’a été mieux trouvé pour un roman que celui-ci : Les belles vies. Un roman absolument magnifique, qui nous transporte dans des paysages de vacances à la campagne qu’on a tous connus, dans des émotions tourbillonnantes et dans des personnages dont on sait qu’ils vont nous manquer dès la dernière page tournée. Des belles vie, oui, vraiment très belles. *yeux qui brillent*

Les belles vies, Benoît Minville (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 5 octobre 2016
9782848659237 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
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Chaton pâle et les insupportables petits messieurs – Gaëlle Duhazé

97823555811750-3396396

Chaton Pâle vit tout seul dans sa maison à l’orée de la forêt. Il passe tout son temps à ranger et nettoyer sa maison, faire la cuisine et lire des livres plein d’aventures. Parfois, il aimerait sortir ou rendre visite à son amie Mouffette mais alors apparaissent des petits messieurs insupportables qui le dissuadent de quitter sa maison…

★★★★☆

Que faire quand l’angoisse nous tenaille dès qu’on veut mettre le pied dehors ? Ou que l’on veut commencer quelque chose d’un peu grandiose ? C’est bien tout le problème de Chaton Pâle, un petit chat qui a la goutte au nez, qui s’occupe autant que possible avec des tâches ménagères et qui paraît bien tristounet avec son allure misérable. Et ce ne sont pas ces insupportables petits messieurs qui vont l’aider à se prendre en main. Car chaque fois que Chaton Pâle décide de faire autre chose que les poussières ou des gâteaux, une horde de personnages humanoïdes et plutôt diaboliques « poppent » (oui, on invente des verbes, on fait ce qu’on veut chez Bob et Jean-Michel) autour de lui et se mettent à râler, à trouver des excuses terrifiantes pour ne pas sortir de la maison, à dire que tout est nul… Alors le jour où tombent accidentellement du ciel Grand-Mère Chat du Pissenlit et sa corneille Myrtille, je peux vous dire que les insupportables petits messieurs vont hurler tout ce qu’ils peuvent pour empêcher Chaton Pâle de lui ouvrir la porte. (Bon, après, c’est vrai que quand on voit Grand-Mère Chat énervée, on pourrait un peu avoir peur de lui ouvrir…je dis ça, je dis rien…) Mais heureusement pour Chaton Pâle et notre histoire, il va ouvrir à cette vieille dame accidentée et voir ainsi son existence bouleversée…

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Je vous laisse découvrir le reste de cette histoire savoureuse dans ce très bel album sur le dépassement de l’angoisse et l’apprentissage de la confiance en soi. Un album qui emprunte aussi quelques codes à la BD et peut être tout à fait lu en première lecture comme un roman ! Le texte est en effet plutôt dense mais plein d’humour et de simplicité. Les illustrations sont, elles, absolument superbes et géniales ! J’ai particulièrement aimé les différents insupportables petits messieurs, certains sont terrifiants, d’autres plutôt rigolos et d’autres encore ressemblent à des gens qu’on connaît et dont le caractère concorde plutôt bien avec ces petits démons… Des images éclatantes et pleines de douceur au crayon et à l’aquarelle qui fourmillent de détails et qui offrent à l’album un final heureux et épanouissant pour Chaton Pâle qui en ressort grandi. Si vous ne connaissiez pas Gaëlle Duhazé, c’est maintenant chose faite ! :)

Chaton pâle et les insupportables petits messieurs, Gaëlle Duhazé (HongFei cultures)
disponible depuis le 15 septembre 2016
9782355581175 – 14,50€
à partir de 6 ans
Son
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Maison Eliza : un nouvel éditeur à suivre !

Ce qu’on aime plus que tout avec Jean-Michel (à part la mozzarella), c’est découvrir de nouvelles petites maisons d’édition et leurs beaux projets. Et aujourd’hui, Bob et super content de vous présenter une belle jeunette qui s’appelle Maison Eliza et qui est vraiment très très charmante. Leur ligne éditoriale :

« des albums pour les enfants de 3 à 9 ans (et les adultes passionnés) »

(ENFIN un éditeur qui assume de faire des albums aussi pour ceux qui n’ont plus l’âge !!!), tous imprimés en France ou en Europe et dans le respect de l’environnement, et qui offre 1 livre à un enfant éloigné de la lecture pour 5 vendus ! En plus de ça, ils ont un catalogue trop cute sous forme de petites cartes postales et quelques illustrateurs de talent que l’on a déjà croisé ailleurs… Alors, ça ne vous donne pas envie de les découvrir ? … Bon, ben puisque ça ne vous suffit pas pour vous convaincre, on vous propose de découvrir leurs deux premiers albums. ;)

Mizu et Yoko : tout seul

97910960670080-3568963★★★★☆

Mizu est un petit pingouin plein de bonne volonté mais pas très dégourdi. Il se sent bien seul sur sa banquise où il n’est pas très doué pour la pêche, ou pour se construire un igloo, jusqu’au jour où arrive Yoko, un ours polaire qui voudrait bien un abri pour la nuit. Très vite, les deux se lient d’amitié… Un très bel album tout en mignonnitude, Mizu le premier avec sa maladresse. Le texte de Laurie Cohen est tout simple, non sans humour et poésie et les illustrations de Marjorie Béal d’une grande douceur, avec des bleus nuit et glacé qui nous emportent sur cette banquise où naît le début d’une belle amitié que l’on découvrira sans doute dans d’autres albums… :P

Mizu et Yoko, Tout seul, Laurie Cohen, illustré par Marjorie Béal (Maison Eliza)
collection Menthe à l’eau
disponible le 14 septembre 2016
9791096067008 – 13,50€
à partir de 3 ans
Un lion très coquet

97910960670150-3568964★★★☆☆

On reste chez les animaux avec cette fois le lion Sergio, roi des animaux, qui doit se préparer pour aller déjeuner avec la belle Mia. Sa crinière est un désastre, il se rend donc chez le coiffeur pour arranger ça…mais c’est raté et ça ne lui plaît pas ! Bien, il en essaye un autre et le résultat est tout aussi décevant ! Il va faire tous les salons de coiffure de son royaume sans succès, sans compter qu’il a vu la jolie lionne au bras d’un fort beau lion. Se présentera-t-il chez Mia pour manger avec elle ? Mystère ! Ce deuxième album, cette fois pour les plus grands, est un vrai régal pour les yeux ! Les illustrations de Lili la Baleine, hautes en couleur et malicieuses, accompagnent vivement le texte aux sonorités rimées de Valerie Weishar-Giuliani. Une histoire qui évoque la confiance en soi – et cette fois du côté des garçons, c’est plutôt chouette – avec réussite. :)

Un lion très coquet, Valérie Weishar-Giuliani, illustré par Lili la Baleine (Maison Eliza)
collection Pistache
disponible le 14 septembre 2016
9791096067015 – 15,90€
à partir de 5 ans
Son
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A la place du cœur – Arnaud Cathrine

9782221193334,0-3343096

Une magnifique couverture brodée, un roman qui aborde les attentats de 2015 et une histoire d’amour en parallèle… C’est le nouveau roman d’Arnaud Cathrine.

Caumes à 17 ans et ce soir de janvier où il fête son anniversaire semble être le grand soir : Esther, la fille qui le fait vibrer, se rapproche de lui et l’embrasse. Le lendemain, en cours, il reçoit un texto de son frère qui travaille à Paris. « Putain, Charlie ». Caumes croyait qu’il s’était trompé de destinataire…jusqu’à ce que les nouvelles se répandent dans le lycée…

★★★★☆

Une semaine dans la vie de Caumes. C’est le temps que dure le roman, c’est le temps qu’il faut à Arnaud Cathrine pour nous interroger sur l’avenir et les pensées d’un adolescent en plein milieu du drame qui a frappé la France en janvier 2015 et qui a changé pas mal de choses dans nos vies. Tout commençait bien pour Caumes : le jour de son anniversaire, il se fait embrasser à pleine bouche par Esther. Enfin. Le retour à la réalité du lendemain est difficile. Il faut émerger de la fête bien arrosée et, surtout, se souvenir du goût du baiser. Quand l’attentat de Charlie Hebdo survient, le changement est perceptible chez Caumes et tous ses camarades. Il y a ceux qui ont des proches à Paris, ceux dont les idées politiques les amène à dire n’importe quoi, ceux qui n’y comprennent rien, et ceux qui doivent aussi se demander comment être amoureux, être plein de désir pour une fille tout en vivant cette période étrange…

Quand j’ai commencé à lire le roman, que j’ai avancé dans l’histoire, je me suis longuement demandé si j’aimais ou non ce que je lisais. C’était un sentiment bizarre et, une fois refermé, je n’avais toujours aucune idée de ce que j’en pensais. Et après m’être laissé le temps de la réflexion, j’ai fini par comprendre que oui, j’avais aimé. J’ai aimé parce Arnaud Cathrine a su parfaitement mêler le roman d’amour et le roman d’actualité et, surtout, parce qu’il l’a fait d’une manière que je trouve la plus réussie jusqu’à présent après avoir lu pas mal de texte abordant les attentats (de janvier ou novembre 2015). Et cette réussite, c’est celle du personnage de Caumes, un garçon qui vit le truc le plus beau de sa vie et qui doit composer avec des événements qui le touchent, certes, mais peut-être pas autant que d’autres, parce qu’il ne comprend pas bien ce qui se passe – s’est passé – ou parce qu’il ne connaît pas grand-monde sur Paris (même si son frère bosse pour un journal là-bas et qu’ils s’inquiète, bien sûr) ou tout un tas d’autres raisons. J’ai trouvé Caumes et les personnages du roman finalement très proches de nous, vraiment très proches de la plupart de la population : ceux qui se sont révoltés aussitôt, ceux qui n’ont pas réalisé, ceux qui ont été profondément affecté, ceux qui connaissaient quelqu’un, ceux qui se sont révélés être des connards et ceux qui ont été touché mais qui devaient ou voulaient continuer à vivre…

Voilà. A la place du cœur, c’est un roman juste, sincère, cru et une belle réflexion sur la vie et l’amour malgré la mort et l’horreur. Et je suis bien curieuse de savoir ce qui nous attend dans la suite, puisqu’il s’agit de la « saison 1 »… et de connaître votre avis si vous l’avez déjà lu !

A la place du cœur, Arnaud Cathrine (Robert Laffont)
collection R
disponible le 5 septembre 2016
9782221193334 – 16€
à partir de 15 ans
Son
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Les fils de George – Manu Causse

9782362661501,0-3244157

Mardochée, 15 ans, est un garçon solitaire, duquel personne ne s’approche. Lui-même ne cherche pas à devenir ami avec les autres. En tant que membre de la communauté du Livre de George, on lui interdit de toute manière de communiquer avec les autres. Jusqu’au jour où son ami Chrysostome est retiré du lycée, et où Léo, un garçon de sa classe, l’invite au repas de fin d’année…

★★★★☆

Vous l’aurez sans doute compris : Manu Causse s’intéresse dans ce nouveau roman aux sectes. Ici, c’est une secte originaire des États-Unis qui s’est installé en France voilà des années et que les habitants tolèrent vaguement puisqu’elle n’est pas (encore ?) listée dans les sectes dangereuses. Tout le monde se contente de les regarder étrangement et, au lycée, peu nombreux sont ceux qui s’intéressent à ces garçons bizarroïdes qui débarquent chaque matin dans un break déglingué et qui ont des prénoms improbables. Pourtant, lorsque Léo invite Mardochée au repas de fin d’année – sans arrière-pensée aucune, juste dans l’esprit de camaraderie au sein d’une classe – la foi du jeune garçon commence à vaciller. Car dans le même temps, son ami Chrysostome a « disparu » et Mardochée doit préparer sa Conversion, le rite de passage obligé pour devenir un parfait fils de George…

A travers le point de vue de ces deux personnages, Mardochée à l’intérieur et Léo à l’extérieur de la secte, Manu Causse nous propose une histoire avec un sujet finalement assez peu traité en littérature jeunesse (on pense seulement à Le monde attend derrière la porte, de Pascale Maret ou Prisonnière de la Lune, de Monika Feth). Pour une première approche de ce que peut être une secte et de ses implications sur le mode de vie d’un enfant ou d’un adolescent dans ce contexte, le roman de Manu Causse est vraiment très juste et invite à une réflexion pertinente. Si la lectrice adulte aurait sans doute aimé en savoir plus sur le Livre de George, le format court de la collection Ego permet tout de même d’ouvrir le débat sur un sujet qui n’est pas toujours au cœur de l’actualité ou des préoccupations. Intéressant, percutant parfois, et bien rythmé, Les fils de George est à découvrir ! :D

Les fils de George, Manu Causse (Talents Hauts)
collection Ego
disponible depuis le 17 juin 2016
9782362661501 – 8€
à partir de 12 ans