Son
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Inséparables – Sarah Crossan

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Après le roman de Clémentine Beauvais qui avait (un peu) divisé Bob et Jean-Michel, c’est Rageot qui continue à explorer le roman en vers pour adolescents, avec la publication en français d’un titre de Sarah Crossan, qui avait justement inspiré Clémentine Beauvais pour son propre livre. C’est d’ailleurs cette dernière qui en signe la traduction (la boucle est bouclée). Vous vous en souvenez sans doute, Bob n’avait pas été touché par Songe à la douceur…le sera-t-il cette fois ? Mystère ! (On aurait dû être scénaristes des « résumés du dernier épisode » dans les séries)

Grace et Tippi sont sœurs siamoises. Face au regard des auteurs, elles se soutiennent constamment. Elles ont toujours été scolarisées à domicile…jusqu’au jour où elles entrent enfin au lycée. C’est là que Grace tombe amoureuse.

★★★★☆

Et tomber amoureuse, c’est typiquement le genre de choses que Grace et Tippi se sont juré de ne jamais faire. Aussi physiquement que psychologiquement, cela leur semble impossible, bizarre. Pourtant, Grace ne pourra pas lutter contre ce sentiment si nouveau, si étonnant… C’est donc à travers la voix de Grace que nous découvrons l’histoire de ses siamoises qui, pendant huit mois, nous raconte, à la façon d’un journal intime, cette entrée au lycée. C’est à la fois excitant et terrifiant pour ces jeunes filles que le monde entier regarde avec fascination et répulsion. Et c’est en plus un investissement financier important pour leurs parents, dont le père est au chômage, et leur petite sœur Nicole, surnommée Dragon, qui ne rêve que de danse classique. Pour toute la famille, c’est Grace et Tippi, leur santé, qui passent avant tout. Quitte à se ruiner, quitte à renoncer à ses rêves. Alors quand l’opportunité se présente se réaliser un documentaire sur leur particularité et de gagner beaucoup d’argent, Grace et Tippi, malgré leurs réticences à être montrées comme des bêtes de foire, acceptent. Une équipe les suit alors dans leur vie quotidienne, et jusqu’au lycée, où Grace et Tippi ne se révèlent pas des modèles d’élèves studieuses et passent beaucoup de temps avec Yasmeen et Jon à faire tout un tas de choses illicites…

Beaucoup de sujets abordés dans ce roman étonnant et touchant, à commencer par cette superbe réflexion autour de la différence et de l’acceptation de soi. Les deux filles sont très différentes en terme de caractère et, pourtant, elles ne se considèrent pas autrement qu’en une seule et même personne (c’est d’ailleurs le sens du titre original One). Une réflexion forte, singulière, qui trouve aussi toute sa beauté dans l’écriture en vers. Le texte est splendide tout en étant extrêmement simple, tout en grâce et fluidité. On se laisse littéralement emporter par les mots, par ces vers qui nous font glisser jusqu’à une fin bouleversante, aussi belle que terrible, frustrante. Inséparables est un roman surprenant et émouvant, vibrant d’amour, à découvrir absolument.

Inséparables, Sarah Crossan, traduit par Clémentine Beauvais (Rageot)
disponible depuis le 17 mai 2017
9782700253269 – 14,90€
à partir de 13 ans
Son
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En vadrouille avec Magali Le Huche

Si vous ne connaissez pas Magali Le Huche, c’est que vous vivez dans une grotte ! Impossible d’être passé à côté de la série des Jean-Michel (qui aura inspiré celui que vous connaissez bien ?) ou bien des Paco ou encore de toutes les dizaines et dizaines d’histoires qu’elle a illustré ! D’ailleurs, si, comme Bob il y a d’autres fans d’Hector, l’homme extraordinairement fort, sachez qu’il vient de sortir, accompagné de la belle Rosa-Lune, en livre-cd chez Didier jeunesse ! Aujourd’hui, on vous propose une petite balade, dans une famille de sorcières et à Lisbonne, dans deux des dernières parutions de la pétillante et fabuleuse illustratrice.

Verte

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Verte a 11 ans et vit avec sa mère, une sorcière. Ne manifestant absolument aucun pouvoir, cette dernière décide d’envoyer sa fille chez sa grand-mère Anastabotte afin qu’elle lui apprenne quelques sorts…

★★★★☆

Roman paru en 1996 sous la plume de Marie Desplechin, c’est Magali Le Huche qui adapte et dessine les aventures désormais bien connues de la petite sorcière au drôle de prénom. (Sérieux, qui appelle son enfant « Verte » ?) Si vous avez lu le roman, vous vous souvenez de sa forme : 4 personnages différents racontent leur version de la même histoire, cette journée particulière où Verte se lance dans la confection d’un sort avec sa grand-mère et ce qui s’en suit… Un procédé que Magali Le Huche adapte avec beaucoup de finesse en mêlant les points de vue dans un récit aussi drôle qu’intelligent. Car Verte n’est pas tant un roman sur la sorcellerie qu’une évocation de la famille, de la difficulté à trouver sa place quand on attend beaucoup de vous et de la séparation. Avec ses crayons et son style inimitable, Verte et son étonnante famille prennent vie dans un tourbillon de couleurs et d’espièglerie. Une BD tendre et ensorcelante, qui ravira les fans du roman ou qui donnera envie à une nouvelle génération de lecteurs de découvrir ce classique de la littérature jeunesse.

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Verte, Magali Le Huche et Marie Desplechin (Rue de Sèvres)
disponible depuis le 22 mars 2017
9782369811954 – 14€
à partir de 9 ans
Eléctrico 28

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Amadeo est conducteur de tram à Lisbonne. A bord de son Elétrico 28, il est fier et heureux. Mais voilà que c’est son dernier jour en tant que conducteur… Qui rendra alors les gens heureux, qui aidera les amoureux timides à se faire des bisous ?

★★★★☆

C’est avec Davide Cali que nous retrouvons cette fois Magali Le Huche, pour une découverte du plus célèbre tram de la capitale portugaise : l’Eléctrico 28. Mais également une belle histoire d’amour, où Amadeo, conducteur-cupidon, n’a eu de cesse de rapprocher tous ces garçons et filles qui montaient ou descendaient de son tram sans jamais avoir le courage de s’avouer leurs sentiments. Une petite manœuvre par-ci et une autre par-là auront raison de la timidité de ces amoureux transis. Et rassembler les amoureux est ce qui aura le plus compté dans son métier de conducteur de tram. Mais lorsque son dernier jour de travail arrive, Amadeo se rend compte qu’il lui manque aussi peut-être quelque chose… ? Un très bel album, où la tendresse du sujet comme des illustrations illumine des personnages doux et heureux, où les couleurs chatoyantes nous invitent à découvrir cette ville ensoleillée et où Amadeo trouvera sans doute lui aussi son bonheur. Si avec tout ça on ne vous a pas donné envie de partir en vacances au Portugal !

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Eléctrico 28, Davide Cali, illustré par Magali Le Huche (ABC Melody)
disponible depuis le 18 mai 2017
9782368361047 – 14€
à partir de 5 ans
Son
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Envole-moi – Annelise Heurtier

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Vous le savez (ou pas, d’ailleurs, parce qu’en vrai, on a commenté qu’un seul de ses livres donc c’est pas forcément évident), on aime beaucoup les romans d’Annelise Heurtier chez Bob et Jean-Michel. Son œil aiguisé sur le monde qui l’entoure, sa façon toujours délicate d’évoquer les problématiques de l’adolescence. Cette fois-ci, Annelise Heurtier nous parle du handicap mais aussi, et surtout, d’amour. ♥

Swann rêve de s’acheter la guitare de ses rêves. Pour récolter de l’argent, il participe au vide-grenier de son village. Et ce jour-là, il a un coup de foudre pour la fille du stand d’en face, Joanna. Mais un détail lui a échappé : elle est en fauteuil roulant… Malgré les doutes et les difficultés que le handicap de la jeune fille peut impliquer, ils vont débuter leur histoire d’amour, en dépit de ce que tout le monde peut en penser.

★★★★☆

Et ce que le monde en pense, c’est aussi un peu ce que pense Swann au début du roman. Swann, c’est un peu le beau gosse du lycée : 15 ans, musicien, sorti avec déjà pas mal de filles. Quand il se rend compte que Joanna est en fauteuil roulant, son coup de foudre prend un peu de plomb dans l’aile : que vont dire les gens ? et comment sortir avec une fille qui ne peut pas faire la moitié des choses qu’il faisait avec ses autres copines ? et puis, comment on fait l’amour quand on est en fauteuil roulant ? Des questions qu’il semble évident de se poser mais qui, pour Swann, vont vite être balayées par ce sentiment incroyable qu’il a pour Joanna. Ainsi comment leur histoire, une histoire pas si simple à évoquer devant les autres, de peur du rejet, de l’étonnement ou des ricanements mais qui va grandir au fur et à mesure de ce qu’ils vont vivre, de surprises pleines d’adrénaline en coups de mou à en faire presque exploser leur jeune couple…

Je ne vous en dirais pas plus, pour vous laisser découvrir cette histoire d’amour toute en finesse et en sensibilité. Annelise Heurtier propose une belle réflexion sur le handicap, ne s’interrogeant pas outre mesure sur les difficultés du handicap ou n’y voyant que des obstacles ou des situations discriminantes (même si elles existent et font même partie d’un des enjeux forts du roman), mais bien sur les opportunités et les possibilités de Joanna. Une jeune fille finalement comme les autres, avec ses doutes et ses rêves, ses déceptions et ses surprises. Et avec un petit copain. Car au-delà du handicap, c’est, comme je vous le disais, une très belle histoire d’amour. Un véritable coup de foudre, une relation qui progresse en douceur, qui se noue avec simplicité et complicité, qui se laisse le temps de mûrir, d’affronter les obstacles, de faire mentir les vieilles tantes aigries. J’ai presque envie de dire une histoire d’amour « originale » au regard de tous les autres romans ados où les relations amoureuses sont souvent inutilement complexes de frissonnements et de triangles amoureux, voire malsaines ou douteuses. Mais je dirais plutôt une histoire d’amour très joliment romantique, enrichissante – pour Swann comme pour Joanna (et pour nous) – et pleine d’espoir. Annelise Heurtier montre encore toute sa délicatesse, sa justesse et sa sincérité. Et on aime ça !

Envole-moi, Annelise Heurtier (Casterman)
disponible depuis le 8 mars 2017
9782203122215 – 12,90€
à partir de 12 ans
Son
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Je suis ton soleil – Marie Pavlenko

9782081396623,0-4031862

Déborah entre en terminale et son année commence mal. Non seulement son chien miteux lui a dévoré toutes ses godasses et elle doit se rendre au lycée en bottes de pluie, mais il y a aussi sa mère qui découpe des magazines à en garnir tout le salon, et c’est sans compter son père qu’elle découvre au bras d’une belle inconnue… Heureusement, Déborah va pouvoir compter sur l’amitié toute neuve de Jamal et Victor, sans oublier sa meilleure amie Éloïse.

★★★★☆

Tu pensais en te levant ce matin que ta vie c’était un peu la loose ? Genre t’as pas révisé ton contrôle, ton collant est troué ou le chat a fait pipi sur ton tapis ? LOL. Tu n’as aucune chance contre Déborah, reine de la malchance (ou scoumoune, selon son théorème) qui assiste au chamboulement de sa vie, et pas juste à cause de son chien galeux, Isidore, qui pue du bec et lui détruit ses ballerines. Sa mère agit comme une folledingue, découpant des magazines et collant des post-it partout sur le miroir de l’entrée avec un mystérieux numéro de téléphone et que dire de son père, le sale traître qui embrasse une autre femme ? Et puis sa meilleure amie Éloïse qui s’amourache d’un beau neuneu et la laisse doucement tomber, la contraignant à devenir amie avec Jamal, alias mygale-man et ses dents de cheval et…le beau Victor, le nouveau. Bon, ok, tout n’est pas totalement naze…sauf quand Victor a en fait déjà une copine. Échec et mat.

Mais Déborah a de la chance, c’est Marie Pavlenko qui s’occupe de nous raconter son histoire. Après s’être plutôt illustrée dans les genres de l’imaginaire (Le livre de Saskia, Marjane…), l’auteure nous emmène dans le quotidien ébouriffant de cette ado un peu perdue mais volontaire et pleine d’humour ! Car le roman est aussi lumineux que sa couverture dorée et son titre estival : Déborah est incroyablement drôle et l’écriture enlevée de Marie Pavlenko d’une grande fraîcheur. Le secret des coquillettes sur la couverture vous sera révélé en lisant le roman, tout comme d’autres éléments de l’histoire qui, vous le découvrirez, ne sont pas tous aussi comiques que ce que peut le laisser penser cette chronique, mais la gouaille de cette lycéenne foutraque, son chien-clochard qui schlingue (mais qui est super attachant) et tous les personnages qui gravitent autour d’elle ne pourront que vous ravir le cœur. C’est en tous cas ce qui est arrivé à Bob.

Il y a une vraie justesse dans cette description de l’adolescence, que ce soit dans le ton ou dans les personnages et Marie Pavlenko parvient à nous toucher et à nous bidonner en même temps (ou presque, hein, vous verrez qu’il y a quand même des trucs pas rigolos rigolos). On a dit à Bob que le roman faisait penser aux Petites reines, de Clémentine Beauvais. Au début, il trouvait que non, mais en fait, oui, il est tout aussi jubilatoire, notamment grâce à Déborah, qui n’a en effet rien à envier à la truculente Mireille. Le propos n’est pas le même, mais le plaisir de lecture, assurément ! Bref, laisse tomber les remèdes de grand-mère pour réparer ton collant troué et cours vite te procurer les épatantes aventures de Déborah ! ;D

Je suis ton soleil, Marie Pavlenko (Flammarion jeunesse)
disponible depuis le 8 mars 2017
9782081396623 – 17,50€
à partir de 14 ans
Son
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Des petits, des grands, des gros, des maigres…

Aujourd’hui, Bob vous présente deux albums autour de personnages trop petits, trop grands, trop gros ou trop maigres qui voudraient bien changer un peu… Il lui semblait d’autant plus intéressant de vous parler des deux en même temps qu’ils se finissent de la même manière et sont l’occasion de découvrir le travail de deux très belles illustratrices… :P

Monsieur Martin

9791096067053,0-3740245Monsieur Martin est un homme charmant, qui croule sous le travail, mais que personne ne remarque jamais. En effet, Monsieur Martin a quelques (et on est gentils) centimètres en moins, si bien qu’il est totalement invisible pour les gens de « taille normale ». Mais voilà qu’un jour, il semble grandir !

★★★★☆

Vous pensez bien que Monsieur Martin est très heureux de prendre enfin quelques centimètres ! Sauf que non, ses poussées de croissance sont totalement incontrôlables : seul un bras pousse démesurément, puis c’est la tête qui ne rentre même plus dans sa voiture et ainsi de suite, jusqu’à ce que le bout de son nez touche la Lune. Et sur la Lune, une toute petite femme boit son thé et, d’un baiser…on vous laisse deviner ! Avec cet album, Caroline Attia nous propose une très jolie histoire autour de la différence, de l’apparence, avec un texte rythmé et plein de fantaisie. Une fantaisie que l’on retrouve également dans ses illustrations saturées de couleurs, du roux flamboyant des cheveux de Monsieur Martin au jaune de ses pulls et de sa bibliothèque bien garnie. Un très bel album où l’amour triomphe de tout !

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Monsieur Martin, Caroline Attia (Maison Eliza)
collection Pistache
disponible depuis le 13 février 2017
9791096067053 – 13,50€
à partir de 4 ans

Quatre quarts

9782362661709,0-3527872Au pays des Quarts, le gros aimerait maigrir, le maigrir voudrait grossir. Quant au petit, qu’est-ce qu’il aimerait être plus grand ! Le grand, lui, se verrait bien plus petit… Ils font alors chacun des efforts, entre régimes et sports, mais bientôt, il leur semble évident que rien ne marche (c’est parfois même pire !) et qu’il ne reste plus qu’à inventer une machine pour les remodeler selon leurs envies…

★★★★☆

Voilà une histoire un peu farfelue où des Quarts aux problèmes variés vont essayer de tout faire pour ne plus être grand, gros, petit ou maigre. Chacun essaye des choses dans son coin, avec des résultats le plus souvent ratés, jusqu’à ce qu’ils commencent à s’allier, pour faire des Demis, et enfin pour faire un Tout. Et c’est un peu bizarre d’être en entier et plus en quart mais lorsque l’on trouve quelqu’un d’autre comme soi, tout va beaucoup mieux… Encore plus de fantaisie dans cet album étonnant, qui s’intéresse lui aussi à l’apparence et aux complexes qu’on en retire parfois. Mais aussi beaucoup d’humour, que l’on retrouve non seulement dans le texte mais aussi dans les illustrations foisonnantes et pleines de détails de Violaine Costa. Un trait fin, des couleurs toutes douces et des personnages tout en rondeurs délicates, des machines délicieusement tarabiscotées, ça donne un livre aussi savoureux qu’un véritable quatre-quarts sortant du four et tout juste saupoudré d’amour. Un très bel album là aussi !

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Quatre quarts, David Guyon, illustré par Violaine Costa (Talents Hauts)
disponible le 16 mars 2017
9782362661709 – 15€
à partir de 5 ans
Son
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Le tunnel – Hege Siri et Mari Kanstad Johnsen

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Hier, c’était la Saint-Valentin et comme Bob et Jean-Michel étaient occupés à dragueur leurs voisines, ils vous parlent, le lendemain, d’un album tout plein d’amour et de beauté. ❤

Nuit et jour, deux lapins creusent le sol. Lui est blanc, elle est brune comme un lièvre. Ils s’aiment et rêvent d’aller dans la belle herbe verte de l’autre côté de la terrifiante route. Pour s’y rendre, ils doivent creuser un tunnel.

★★★★★

Venu de Norvège, Bob est littéralement tombé amoureux de ce magnifique album et de ce fort joli couple de lapins. Dans ce texte d’une grande poésie, Hege Siri évoque tout l’amour et toute l’affection que ces deux êtres se portent, leur désir de parvenir à cet endroit où l’herbe semble délicieuse par la seule force de leurs petites pattes, pas aussi puissantes que celles des lièvres. Alors ils creusent, dans le noir, à quelques centimètres sous la route qui tremble et fait s’ébouler leur excavation, mais ils creusent ensemble. Ce travail de longue haleine est entrecoupé de souvenirs, de moments calmes au bord d’un cours d’eau… Et puis vient l’hésitation : et si on essayait de passer la route plutôt que dessous ? Mais les lapins se souviennent, ils se rappellent ce chat avec lequel ils jouaient et qui s’est retrouvé écrasé sur le goudron, et cet écureuil, puis ce renard sans doute pas aussi rusé que ses congénères… Alors ils continueront à creuser prudemment. Ensemble.

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Non seulement l’histoire est belle, les mots d’une fulgurante simplicité, transparaissant d’un amour profond, mais les illustrations de Mari Kanstad Johnsen achèvent de nous conquérir. Entre de grands aplats de couleur, des planches en coupe et un graphisme où se mélangent minutie des détails et sobriété des décors, le travail graphique de l’illustratrice est tout simplement splendide. Ses images ajoutent aux sentiments ressentis et induits par le texte : la complicité entre les deux lapins, leur empressement et leur prudence, leurs rêves et la crainte de ce qu’impliquent la route et les voitures.
Un album magnifique, à découvrir absolument !

Le tunnel, Hege Siri, illustré par Mari Kanstad Johnsen, traduit par Jean-Baptiste Coursaud (Albin Michel jeunesse)
collection Trapèze
disponible depuis le 1er février 2017
9782226394231 – 11,90€
à partir de 5 ans
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Passion et Patience – Rémi Courgeon

élégance (n.f) : qualité de ce qui est exprimé avec justesse et délicatesse, Rémi Courgeon.

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Deux jumelles prénommées Passion et Patience sont dépeintes comme physiquement similaires mais aux caractères totalement opposés. Deux fillettes qui s’entendent à merveille et se distinguent par leur complémentarité : « Passion entraînait Patience, Patience calmait Passion ». Gus, leur voisin les a toujours connues et, grand amateur de constructions ravissait les sœurs avec cabanes et balançoires. En grandissant, il fît de sa passion son métier et les deux sœurs seront d’une grande inspiration dans sa carrière…

★★★★★

Un album qui commence par une citation de James Brown extraite de sa chanson This is a man’s world sur l’influence d’une femme dans la vie d’un homme, on sait que ce livre sera intelligent dans sa dédicace faite aux femmes. Rémi Courgeon a créé l’essence de l’inspiration de Gustave Eiffel : le voisin Gus n’est autre que ce célèbre architecte !
Muses de toute une vie, les sœurs se révèlent perspicaces et d’un soutien sans failles envers Gustave. Elles furent d’ailleurs les premières à croire en l’originalité de la tour bien avant qu’elle ne soit matérialisée et célèbre. L’auteur ne laisse rien au hasard : l’usage des prénoms Passion et Patience représentent des qualités propres à tout bon architecte.

Les deux jeunes femmes font chaleureusement écho à Camille et Madeleine de Fleurville, sans doute grâce à cet esprit Second Empire qui règne à chaque page mais plus moderne, grâce à l’usage maîtrisé de la couleur. Passion est incarnée par le rouge et Patience le rose. Une page sublime montre Patience rongée par son désarroi amoureux tenant en sa main un livre rouge : témoin de la passion qui l’habite. Quant au vert : il est présent à chaque page, subtilement utilisé comme trace indélébile des deux femmes dans la vie de Gus.

Un album audacieux, sensible et indéniablement abouti entre les mains qui laisse échapper une question : mais qui sont donc les muses de Rémi Courgeon ?

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Les belles vies – Benoît Minville

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Vasco et Djib’ sont amis depuis leur enfance. Inséparables, ils cumulent les bêtises plus ou moins graves jusqu’au jour où, après une bagarre, leurs parents décident de les envoyer dans la Nièvre où un couple accueillant des enfants de la DDASS accepte de les recevoir en échange de leur aide à la réparation d’une grange.

★★★★★

C’est le début de « vacances » qui vont totalement changer leurs vies ! Petits jeunes des cités qui font se lamenter les vieilles dames dans les bus, Vasco, d’origine portugaise, et Djib’, d’origine africaine, se retrouvent dans un trou perdu au fin fond de la Nièvre bien franchouillarde, avec son saucisson et ses vaches qui paissent tranquilles. Et quelques racistes. Ils débarquent ainsi chez Tonton et Tata, respectivement 80 et 60 ans, qui ont accueilli plus d’une cinquantaine d’enfants dans leur vie. Parmi ceux présents cet été-là, il y a Dylan et Jessica, frère et sœur abandonnés par une mère incapable de s’occuper d’eux. Le premier, apprenti chez un boucher, a énormément de mal à contenir un tempérament violent, la seconde est une bimbo qui file un mauvais coton. Il y a aussi Chloé, hippie aux cheveux courts dont le passé reste un mystère, et une ribambelle de petits, certains cassés par la vie, d’autres issus d’anciens pensionnaires de Tonton et Tata…

Toute cette smala va passer l’été à se baigner au lac, à la rivière ou la piscine, à faire du vélo, à préparer le repas du midi, à pêcher, aller aux champignons, regarder des films ou encore préparer une adaptation théâtrale de la Sorcière de la rue Mouffetard (avec un clin d’œil à un certain ogre de chez Sarbacane). Et entre toutes ces activités dignes des meilleures colonies de vacances, Vasco et Djib’ vont découvrir un tout nouveau monde et changer, apprendre à grandir. Ils vont d’abord devoir apprivoiser l’indomptable Dylan et ses démons, se découvrir un intérêt tout particulier pour les filles, se confronter aux péquenots du coin qui apprécient moyen la présence de ces parigots. Avec Benoît Minville, c’est tout un panel d’émotions qu’on trouve dans ses romans, ce sont des gosses paumés, des « frères » plein d’humour et de déconne, des premiers amours intenses, des amitiés balbutiantes, de la violence contenue, de la force tranquille, de la sagesse et de la vie. Jamais titre n’a été mieux trouvé pour un roman que celui-ci : Les belles vies. Un roman absolument magnifique, qui nous transporte dans des paysages de vacances à la campagne qu’on a tous connus, dans des émotions tourbillonnantes et dans des personnages dont on sait qu’ils vont nous manquer dès la dernière page tournée. Des belles vie, oui, vraiment très belles. *yeux qui brillent*

Les belles vies, Benoît Minville (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 5 octobre 2016
9782848659237 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
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Les valises – Sève Laurent-Fajal

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1982. Sarah vient de se disputer avec sa meilleure amie Josy et s’assoit toute seule dans le car qui emmène sa classe de lycéens en voyage scolaire. Ils se rendent en Pologne, pour visiter les camps de concentration. Là-bas, comme tous ses camarades, Sarah est sonnée, impressionnée par ce qu’elle voit, et surtout par toutes ces valises entassées dans une pièce…

★★★★☆

Comment une simple valise, avec une étiquette passée portant le nom de « Levin », peut-elle autant remuer la jeune Sarah, lycéenne discrète dont la mère semble lointaine et la famille totalement inexistante ? Est-ce que Sarah est un prénom juif ? Est-ce que le nom de ce père qu’elle n’a jamais connu est Levin ? D’où vient-elle ? Qui est-elle ? Ce sont les questions que ce voyage en Pologne soulève en Sarah et, l’absence totale de conversation avec sa mère ne l’aide pas à y voir clair. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de lui en poser… Et quand sa mère est victime d’un accident de la route la laissant dans le coma, Sarah va devoir continuer sa quête identitaire seule. Ou presque. Il y a d’abord Mr Bonnieux, le professeur d’histoire qui les a emmenés en Pologne. Conscient que Sarah y a vécu quelque chose de particulier, il lui propose de lui venir en aide et l’incite à fouiller dans les affaires de sa mère pour y trouver une piste… Et puis il y a Jérôme, le p’tit con, celui qui fait son intéressant devant tout le monde et qui, pourtant, est parvenu à lui ravir son cœur. Sarah, en plein émoi amoureux, va trouver en lui un soutien bien inattendu. Tous les deux, ils se lancent dans cette quête des origines…

Il y en a beaucoup des romans sur la recherche de l’identité et sur l’héritage de la Seconde Guerre mondiale, des familles juives. Pourtant, le roman de Sève Laurent-Fajal nous emporte dans l’histoire de Sarah avec une étonnante facilité et un intérêt croissant, où se mêlent habilement la naissance du premier amour et la découverte d’un passé douloureux. Le fait que l’histoire se déroule dans les années 1980 apporte également une touche d’originalité (l’utilisation du Minitel pour faire des recherches, par exemple), bien que ce soit un peu anecdotique par rapport à la sensibilité de l’écriture, et de l’histoire de Sarah. Un très beau roman, avec de l’amitié et de l’espoir, la mort et des secrets de famille, mais aussi, et surtout, avec beaucoup d’amour. Un très joli premier roman. :)

Les valises, Sève Laurent-Fajal (Gallimard jeunesse)
collection Scripto
disponible depuis le 15 septembre 2016
9782070587551 – 11€
à partir de 13 ans
Son
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Tant que mon cœur bat – Madeline Roth

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L’année dernière, Jean-Michel était bouleversé par le premier texte pour ados de Madeline Roth. Cette année, ce sont deux nouvelles qui sont rassemblées dans un livre toujours aussi court mais qui ne laisse assurément pas indifférent…

★★★★★

Madeline Roth nous propose deux histoires : celle d’Esra, une jeune fille qui tombe éperdument amoureuse d’un homme bien plus vieux qu’elle a rencontré par hasard dans un café ; et celle de Laura, qui aimait un garçon qui ne lui retournait pas son amour et qu’un passé terrible hantait. Le point commun de ces deux récits : l’amour dans ce qu’il a de plus destructeur.

C’est avec une langue fiévreuse, des mots coupants, une écriture hypersensible que Madeline Roth nous livre ces destins brisés, ces personnages à fleur de peau, passionnés et tourmentés. Car il n’y a pas que ces deux jeunes filles dans l’histoire, mais aussi des garçons : celui qui était amoureux et celui qui ne l’était pas, qui ont aussi leur point de vue à donner sur ces moments de vie, d’amour. Nous sommes incapables de résister à toute cette émotion contenue dans ces 95 pages où nous ne pouvons que vivre ces histoires, où tout nous touche au plus profond de nos êtres et de nos sens. C’est véritablement la grande réussite de Madeline Roth que de parvenir à nous donner des coups de poings en plein dans le bide et d’en redemander, de se relever et de continuer jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’il ne reste rien.

Et c’est cette intensité, des histoires et de l’écriture, qui, à mon sens, reflète tout ce qu’il peut y avoir d’absolu, d’impossible à surmonter, dans la conception de l’amour à l’adolescence. Deux histoires tragiques, difficiles, qui nous marquent pour longtemps par leur puissance émotionnelle. C’est tout simplement éblouissant.

Tant que mon cœur bat, Madeline Roth (Thierry Magnier)
disponible le 21 septembre 2016
9782364749405 – 9,50€
à partir de 15 ans