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La Sublime Communauté, 1. Les Affamés – Emmanuelle Han

9782330086671,0-4499095

Dans notre monde qui se meurt, de mystérieuses portes apparaissent aux quatre coins de la planète avec la promesse d’atteindre les Six Mondes, un endroit dont personne ne sait rien mais que tous veulent rejoindre. Parmi eux, les Affamés, des populations entières qui fuient la mort et le désespoir. Mais certains doutent et s’interrogent sur ce qui se trouve au-delà de ces Portes : c’est le cas de Tupà, Ekian et Ashoka, trois enfants « transplantés », enlevés bébé pour être placé ailleurs dans un but inconnu. Ils ne se connaissent pas et vivent à l’opposé les uns des autres mais leurs destins semblent pourtant liés…

★★★★☆

Emmanuelle Han est une exploratrice des temps modernes, elle a voyagé de par le monde pour écrire et réaliser des films documentaires. La Sublime Communauté est son tout premier roman et on sent parfaitement bien tout son amour pour les voyages, les contrées lointaines et les cultures qui y vivent. Là où l’histoire nous fait de suite penser à des mondes proches de la dystopie, son originalité vient de ses personnages et de leurs origines.

Ici, la planète entière est soumise à une sorte de fin du monde : déchaînements des éléments, famines, migrations massives, morts par milliers ; et l’action se déroule dans trois régions du monde : le désert du Sahara, l’Inde et le croisement entre trois pays d’Amérique du Sud. Nos trois héros n’ont a priori rien en commun à part d’avoir été abandonné quelque part à l’âge de huit mois. Tupà fait le passeur pour d’étranges personnages entre le Brésil, l’Argentine et le Paraguay et, quand il n’est pas à la ville, il retrouve sa famille adoptive parmi une tribu Guarani. Ekian erre dans le désert africain après avoir grandi du côté de l’Himalaya et recherche quelque chose. Ashoka enfin est au service du Roi des Intouchables où il est en charge de la Flamme qui permet de donner une digne cérémonie aux morts. Trois histoires bien différentes, qui nous emmènent à la rencontre de coutumes et de modes de vie bien loin de tout ce que l’on connaît. Et apportent également son lot de magie. Une magie aux formes complexes et variées, qui fait aussi tout le sel de cette histoire aux larges ramifications, apportant autant de questions que de réponses sur ce monde en ruine et sans espoir. Enfin, il faut saluer l’écriture exigeante et poétique d’Emmanuelle Han, qui nous transporte – peut-être difficilement au début – avec délice et fascination dans son univers empreint de mystères et de légendes.

La Sublime Communauté, dont on ne sait finalement rien au bout du compte, est un magnifique roman qui se démarque dans le genre, par son style exigeant et son univers magnétique, son ode aux cultures et croyances du monde, et ses personnages passionnants dont on a hâte de connaître la suite des aventures ! Une très belle découverte ! Vous aussi, laissez-vous séduire par ces Six Mondes qui ne demandent qu’à vous accueillir…

La Sublime Communauté, 1. Les Affamés, Emmanuelle Han (Actes Sud junior)
disponible le 4 octobre 2017
9782330086671 – 16€
à partir de 13 ans
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L’Écureuil, 1. Un démon sous les toits – Fabien Grolleau, Benjamin Mialet et Lou Bonelli

9782848658872,0-3276168

Paris, 1870. Alors que les Prussiens se rapprochent de la capitale, un jeune garçon aux cheveux roux flamboyants, surnommé l’Écureuil, vole de toit en toit, chapardant des bijoux, de la nourriture… Ce qui n’est pas au goût du terrible Max, roi des voleurs et des malfrats de la ville. Mais cette cavale sur les toits de Paris lui fait également rencontrer un certain nombre de personnages…

★★★★☆

Mais qui est donc cet enfant à la chevelure flamboyante et indomptable qui vole au-dessus de Paris ? Passée une introduction où l’on a craint pour sa vie, l’Écureuil bondit de toits en toits, chaparde des bijoux pour les échanger contre de la nourriture, ne se rendant pas forcément compte de ce que cela implique… Et chaque jour, l’Écureuil observe par la fenêtre une belle et triste jeune femme, enfermée dans un dôme, et « fiancée » de Max, le terrible roi des voleurs de Paris. Un roi qui n’apprécie pas tellement qu’un petit rouquin se mêle de ses affaires… Pendant ce temps, la guerre approche des portes de Paris et l’Écureuil fait bientôt la rencontre d’un ramoneur. Puis de Victor Hugo. L’écrivain semble d’ailleurs partager un secret avec le garçon des toits…

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Mais c’est un mystère que vous devrez éclaircir en lisant le premier tome de cette série qui n’en comptera que deux ! Certains secrets de l’Écureuil se révèlent déjà dans cette première histoire mais nul doute que nous en aurons encore dans le prochain volume. Un démon sur les toits est en tous cas une première aventure de grande qualité, tant dans le scénario, un brin classique mais qui fait également son charme, dans la plus pure lignée des récits se déroulant à cette époque, que dans le dessin, un style graphique aussi flamboyant que les cheveux de notre héros, et aux couleurs vives et énergiques. Une BD très réussie dont on attend la conclusion avec impatience ! :P

L’Écureuil, 1. Un démon sous les toits, Fabien Grolleau, Benjamin Mialet et Lou Bonelli (Sarbacane)
disponible depuis le 1er juin 2016
9782848658872 – 14,50€
à partir de 10 ans
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Le garçon au sommet de la montagne – John Boyne

Chez Bob & Jean-Michel, on aime beaucoup John Boyne, ses romans étonnants et plein d’humour, mais également ceux avec, en toile de fond, la guerre. Qu’il s’agisse de la Grande Guerre (avec Mon père est parti à la guerre – on retrouvera d’ailleurs Alfie cité dans ce nouveau roman) ou de la Seconde Guerre mondiale (avec le désormais incontournable Garçon en pyjama rayé). John Boyne s’intéresse à nouveau à cette dernière, et au destin d’un petit garçon qui, au contact du Führer, va transformer sa nature profonde…

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Peu avant la Seconde Guerre mondiale, Pierrot mène une vie insouciante à Paris avec son meilleur ami Anshel. Lorsque sa mère meurt de la tuberculose, il est envoyé auprès de sa tante, en Allemagne, dans une maison en haut de la montagne. Il s’agit du Berghof, la résidence secondaire d’Hitler, où sa vie va complètement changer…

★★★★☆

Pierrot est un garçon franco-allemand. Son père était un soldat allemand durant la Grande Guerre et, s’il en est revenu vivant, son esprit était lui totalement détruit et Pierrot ne l’aura presque pas connu puisqu’il se tue sous un train lorsqu’il n’a que quatre ans. C’est sa mère, française, qui s’occupe de lui jusqu’à sa mort, emportée par la tuberculose. Pierrot n’a que sept ans ! Malgré la grande amitié qui le lie à Anshel, un garçon juif muet avec qui il communique via la langue des signes – leur langue des signes – un deuxième conflit de grande ampleur s’annonce et, bientôt, la mère d’Anshel ne peut faire autrement que d’envoyer Pierrot dans un orphelinat. C’est à Orléans qu’il est envoyé, une grande maison tenue par deux sœurs un peu vieilles filles avec lesquelles il restera peu de temps. Sa tante Beatrix, la sœur de son père, le retrouve et l’invite à vivre avec elle près de Berchtesgaden, dans les Alpes bavaroises, dans une grande maison au sommet de la montagne, où se rendent occasionnellement Monsieur et Madame. Monsieur, c’est Adolf Hitler, et Madame, Eva Braun. Pierrot découvre alors un tout nouveau monde, au loin de l’histoire qui se joue sur le reste de la carte de l’Europe…

Avec cette histoire, John Boyne continue son exploration de la guerre et nous propose encore une fois un récit d’une grande intensité, sans doute pas aussi étonnant et terriblement naïf que Le garçon en pyjama rayé, mais qui nous interroge sur la nature humaine et la déconcertante facilité avec laquelle l’embrigadement peut changer un être. Car, au contact d’Hitler, Pierrot va lentement se transformer sous nos yeux, passant de jeune garçon doux et serviable à un petit nazillon avide de pouvoir. La transition, progressive et se déroulant pourtant dans un endroit profondément reculé, est très représentative de ce qui va se passer en Allemagne sous le joug d’Hitler. Et alors que Pierrot – devenu Pieter – gagne la confiance et l’amour du Führer, il va assister à un certain nombres de réunions et découvrir l’horreur de ce qui se trame en Europe… Avec une réflexion finale sur la culpabilité, Le garçon au sommet de la montagne est à nouveau un roman fort et passionnant de John Boyne, qui complète admirablement son œuvre sur la guerre. Une très belle lecture ! :)

Le garçon au sommet de la montagne, John Boyne, traduit par Catherine Gibert (Gallimard jeunesse)
disponible le 9 juin 2016
9782070669967 – 13€
à partir de 11 ans
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Tatie pourrie – David Walliams

Le David Walliams nouveau est arrivé ! Chez Bob et Jean-Michel, les romans de ce truculent anglais, digne héritier du grand maître Roald Dahl, sont toujours attendus avec beaucoup d’impatience. Après cette introduction, vous pourriez croire que nous nous sommes battus pour savoir qui le lirait en premier…mais rappelons simplement que Bob a de fort jolies défenses… :P

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Stella Saxby se réveille orpheline après l’accident qui a coûté la vie à ses parents. Unique héritière du manoir de Saxby Hall, son horrible tante Alberta, aidée de son fidèle Wagner – un hibou géant des montagnes de Bavière – est prête à tout pour lui voler l’acte de propriété. Heureusement, Stella va se trouver un allié précieux pour déjouer les terribles plans de cette tatie pourrie…

★★★★☆

La recette de David Walliams fonctionne toujours aussi bien ! Encore une fois, on passe un très bon moment de lecture et on ne voit pas défiler les bonnes grosses 400 pages (tout de même !) abondamment illustrées par Tony Ross. Un duo qui, lui aussi, marche du tonnerre ! Dans cette histoire, l’auteur nous ramène au début du siècle dernier dans l’aristocratie anglaise où le gigantisme des manoirs n’a d’égal que la solitude. Stella découvre avec horreur en se réveillant d’un profond coma que ses parents sont décédés dans un accident et que son horrible tante veille sur elle. Une tante véritablement monstrueuse dont la seule passion est les hiboux…et les sales coups ! Stella tente bien vite de fuir, mais Tante Alberta et son terrible hibou géant en ont décidé autrement et la jeune fille est séquestrée dans la cave. Plutôt cruel, non ? Eh bien ce n’est pas le pire car l’horreur ne fait que commencer pour la pauvre Stella, qui va tenter de se débarrasser de cette tatie pourrie. Heureusement, elle pourra compter sur l’aide d’un étrange petit ramoneur…

Je ne vous en dis pas plus sur l’histoire, mais David Walliams parvient toujours avec beaucoup de réussite à nous faire rire, nous faire grimacer de dégoût et n’épargne aucun de ses personnages…si vous aimez les tortures d’enfants, ce livre est fait pour vous ! J’apprécie aussi toujours sa façon de s’adresser au lecteur (et son chapitre sans image où, en effet, c’est quand même vachement mieux quand il y a des dessins – Bob a trouvé aussi que c’était nul comme chapitre, mais l’auteur avait ses raisons, alors ça passe) et ses trouvailles loufoques, ses personnages qui ne sont là que pour l’effet comique (le majordome) et ses petits bonus.
Un concentré d’humour (et un peu de frisson) à mettre dans les mains de tous les fans de l’auteur ou à faire découvrir à ceux qui voudraient passer une chouette soirée à rigoler. Et on vous invite aussi à découvrir tous les autres si vous ne connaissiez pas David Walliams, parce que ça vaut vraiment le coup ! :D

Tatie pourrie, David Walliams (Albin Michel jeunesse)
collection Witty
disponible le 30 septembre 2015
9782226318695 – 12,50€
à partir de 8 ans

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Nous, les enfants sauvages – Alice de Poncheville

9782211221986, 0-2703710

Vous ne trouvez pas que la couverture de ce roman fout un petit peu les jetons ? :D Pourtant, pas d’horreur dans ce livre…enfin…

Après l’éradication des animaux qui ont causé des épidémies et ravagé le monde, celui-ci se reconstruit petit à petit. Linka et sa petite sœur Oska vivent dans la 16e Maison, un orphelinat où chacun doit préparer son avenir pour répondre au mieux aux exigences du Ministère. Un jour, Linka trouve une bête dans un terrain vague. Elle la nomme Vive et, se sentant soudain plus forte avec la présence de cet être étrange, elle commence à rêver d’une autre vie…

★★★★★

Imaginez un monde sans animaux, un monde où le métier le plus prestigieux est celui de chasser les oiseaux pour les tuer. Dans l’univers imaginé par Alice de Poncheville, c’est l’élevage intensif, les traitements infligés aux bêtes qui ont conduit le monde à sa perte. Aujourd’hui, il ne reste plus que les rats, indécrottables survivants, et les insectes, source de protéines pour les habitants de ce monde. Et les rares oiseaux ou petits animaux, instantanément exterminés lorsqu’ils sont signalés. Alors quand une flopée d’enfants ne rêve que de voir ces beaux renards ou ces impressionnants éléphants autrement que dans les documentaires du vieux monde, il ne faut pas s’étonner qu’on parle de mystérieux enfants sauvages et de ce terroriste de Docteur Fury…
Le roman d’Alice de Poncheville est magnifique et son histoire, une dystopie, se distingue dans le genre en évitant tous les poncifs des grandes séries à succès. Le résumé ci-dessus ne vous donne clairement pas tout ce qu’on retrouve dans l’histoire, et cela vaut sans doute mieux tant il est beaucoup plus intriguant de découvrir au fur et à mesure le fonctionnement de ce monde, de se laisser emporter dans l’écriture passionnante de l’auteure. Et de faire connaissance avec des personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Linka et sa sœur, ainsi que tous les autres personnages que nous rencontrons, sont vraiment attachants. Même si le rôle d’orphelin dans une histoire initiatique n’est pas nouveau, ni les directeurs d’orphelinats peu amènes, l’engouement pour l’histoire est telle que cela ne nous dérange pas, on veut juste se laisser porter par le vent, à l’instar de Vive, jusqu’à la fin du roman. Nous, les enfants sauvages est une très belle ode à la nature, on se laisse emporter dans la poésie des enfants sauvages, les souvenirs d’un monde perdu, les amitiés indéfectibles et la générosité de résistants en passe de mener une rébellion. Je me suis régalée des mots et des images d’Alice de Poncheville, et j’espère que vous en ferez tout autant ! :)

Nous, les enfants sauvages, Alice de Poncheville (Ecole des Loisirs)
collection Medium
disponible le 2 septembre 2015
9782211221986 – 19,50€
à partir de 13 ans

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Le ciel nous appartient – Katherine Rundell

209 en librairie le 28 août
à partir de 12 ans
9782361932664
16,50 €

★★★★★

Tout le monde pense de Sophie qu’elle est une orpheline. Nulle femme n’a en effet survécu au naufrage qui la laissa, à l’âge d’un an, flottant dans un étui à violoncelle au beau milieu de la Manche. La fillette demeure cependant intimement persuadée que sa mère n’a pas sombré avec le navire. Alors,lorsque les services d’Aide à l’enfance anglais menacent Charles Maxim, son tuteur, érudit généreux aussi courtois que maladroit, aux méthodes d’éducation fantasques, de lui reprendre la garde de Sophie, celle-ci, suivant l’enseignement de ce doux rêveur, décide de ne négliger aucune possibilité, et part pour Paris en sa compagnie sur les traces de sa mère… Une cavale menée sous le signe de l’espoir, qui conduira la fillette aux cheveux couleur des éclairs sur les toits de la ville-lumière. Elle y fera la connaissance de Matteo et de sa bande de danseurs du ciel. Froussards et phobiques des hauteurs s’abstenir : mieux vaut avoir le cœur bien accroché pour pouvoir suivre ces gamins-là !

La présentation de l’éditeur était si parfaite, je n’ai pas pu m’empêcher de faire un copier/coller de prestidigitatrice :) (je suis fourbe)

Encore une fois, la Rentrée littéraire des adolescents a frappé : ce roman est d’une telle envergure que je ne me suis pas arrêtée de lire une seule seconde.

J’étais à deux doigts de verser ma larme à la fin du livre. Il est difficile de ne pas avoir d’empathie pour les personnages :

- Charles Maxim son attachement pour Sophie est irréfutable, ses démonstrations d’affections sont touchantes, son amour pour les livres est quelquefois original et sa compréhension de l’âme humaine impressionne. Moi aussi j’aurais beaucoup aimé mangé un plat en sauce sur un livre, c’est un souvenir que l’on doit avoir plaisir à se remémorer.
- Sophie n’est pas une “vraie” fille : porter des jupes ? quelle idée, peut-on grimper sur les toits aisément ? mieux vaut porter un pantalon, de toutes façons c’est plus pratique pour jouer du violoncelle. C’est une jeune femme tenace qui a de l’énergie à revendre et qui sait capter la stupidité d’un esprit humain avec autant de flair que son tuteur, Charles. L’acharnement dont elle fait preuve pour retrouver sa mère est presque effrayant.
- Toute la bande des toits de Paris, ces adolescents sans domicile fixe qui ne désirent que leur Liberté, qui continuent de grandir dans l’adversité sont des héros, aux yeux de Sophie comme aux nôtres.

Charles et Sophie forment un duo que j’affectionne particulièrement et je ne vais rien révéler de dramatique mais lorsque Charles verse une larme à la fin, ça nous touche.

Cette histoire est riche en tout, sachez-le.
Riche en voyages de Londres à Paris, des trottoirs aux toits
Riche en émotions de l’amour à la frustration avec une grosse touche d’aventure
Riche en valeurs  l’amitié, l’entraide et l’esprit de famille

Nous ne le dirons jamais assez, cette rentrée “envoie du pâté” :)
Pour aller plus loin www.editionsdesgrandespersonnes.com

merci aux éditions des Grandes Personnes pour les épreuves de ce livre dévorées au soleil