Son
2

Maresi : chroniques de l’Abbaye Ecarlate – Maria Turtschaninoff

9782700253085,0-3755066

Sur une île invisible depuis la mer vivent une communauté de femmes. Des sœurs, qui ont fui le monde et sa violence, celle des hommes en particulier, pour vivre sous la protection d’une ancienne magie. Maresi est une adolescente qui a quitté son foyer après une terrible famine et qui espère, grâce à l’enseignement dispensé par les sœurs, pouvoir un jour apporter son savoir dans son ancien pays. Mais un jour, une nouvelle jeune fille arrive sur l’île et, avec elle, une menace sur la communauté…

★★★★☆

Oh mais voilà un roman de fantasy aussi passionnant qu’étonnant ! Nous sommes dans un monde aux frontières non définies, à la carte floue et aux peuples esquissés où l’on s’intéresse à une petite île réputée invisible à qui ne sait qu’elle se cache à cet endroit précis de l’océan. Menos est une île fouettée par les vents, riche d’une teinture précieuse et où ne vivent que des femmes, depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse, qui ont quitté leurs foyers trop pauvres ou cruels. C’est avec Maresi que nous découvrons l’histoire de l’île et de sa communauté ancienne. Jeune fille dont la famine a frappé le pays d’origine, Maresi se révèle aussi avide de connaissance que des bons plats préparés à l’abbaye. Déterminée et généreuse, elle accueille volontiers la nouvelle venue, Yaï, qu’un passé terrible poursuit jusque dans son sommeil. Entre corvées, découverte du lieu et apprentissage quotidien, Maresi nous apprend comme à Yaï tout ce qu’il y a à savoir sur l’Abbaye Ecarlate et le culte de la Mère Originelle. Un endroit empli de mystères, de légendes et d’une magie étrange. Mais la quiétude de ce lieu est bientôt menacée, tout comme la sécurité de Yaï et des autres femmes de l’abbaye… Car les hommes arrivent.

Avec Maresi, Maria Turtschaninoff nous offre un monde entre douceur et cruauté, espoir et mort. Le début du roman est assez lent, presque contemplatif, nous laissant découvrir l’île et ses habitantes, leur mode de vie et leur croyance et l’arrivée de cette nouvelle fille qui va bouleverser toute l’abbaye. Une manière de nous attacher à ses personnages, à son univers féminin – et féministe – avant de le voir menacé par la cruauté de l’homme. Maresi est d’ailleurs un personnage fort, qui comprend sa chance d’être à l’abbaye tout en n’oubliant pas son triste passé, déterminé à assouvir sa soif de connaissance dans un but de transmission, et effrayé par une facette de la Mère Originelle qui ne cesse de la poursuivre… Au-delà du roman féministe qui évoque tout simplement la condition des femmes et les traitements violents dont elles sont victimes (c’est le lot de beaucoup des jeunes sœurs de l’abbaye), ou de l’importance de l’éducation, Maria Turtschaninoff, à travers la figure de sa divinité, la Déesse aux Trois Visages, évoque aussi toutes les faces possibles de la femme et j’ai trouvé particulièrement intéressant le personnage de la Rose (dont je ne vous dis rien) qui donne une toute autre dimension à ce qualificatif et qui n’est pas si courant en littérature jeunesse. J’ai été véritablement conquise par ce très beau roman, sa mythologie et sa magie, ses portraits de sœurs courageuses, érudites, malicieuses ou travailleuses qui vivent en harmonie. Une magnifique découverte ! :)

Maresi : chroniques de l’abbaye Ecarlate, Maria Turtschaninoff, traduit par Johanna Kuningas (Rageot)
disponible depuis le 1er mars 2017
9782700253085 – 14,90€
à partir de 13 ans
Son
5

Les fils de George – Manu Causse

9782362661501,0-3244157

Mardochée, 15 ans, est un garçon solitaire, duquel personne ne s’approche. Lui-même ne cherche pas à devenir ami avec les autres. En tant que membre de la communauté du Livre de George, on lui interdit de toute manière de communiquer avec les autres. Jusqu’au jour où son ami Chrysostome est retiré du lycée, et où Léo, un garçon de sa classe, l’invite au repas de fin d’année…

★★★★☆

Vous l’aurez sans doute compris : Manu Causse s’intéresse dans ce nouveau roman aux sectes. Ici, c’est une secte originaire des États-Unis qui s’est installé en France voilà des années et que les habitants tolèrent vaguement puisqu’elle n’est pas (encore ?) listée dans les sectes dangereuses. Tout le monde se contente de les regarder étrangement et, au lycée, peu nombreux sont ceux qui s’intéressent à ces garçons bizarroïdes qui débarquent chaque matin dans un break déglingué et qui ont des prénoms improbables. Pourtant, lorsque Léo invite Mardochée au repas de fin d’année – sans arrière-pensée aucune, juste dans l’esprit de camaraderie au sein d’une classe – la foi du jeune garçon commence à vaciller. Car dans le même temps, son ami Chrysostome a « disparu » et Mardochée doit préparer sa Conversion, le rite de passage obligé pour devenir un parfait fils de George…

A travers le point de vue de ces deux personnages, Mardochée à l’intérieur et Léo à l’extérieur de la secte, Manu Causse nous propose une histoire avec un sujet finalement assez peu traité en littérature jeunesse (on pense seulement à Le monde attend derrière la porte, de Pascale Maret ou Prisonnière de la Lune, de Monika Feth). Pour une première approche de ce que peut être une secte et de ses implications sur le mode de vie d’un enfant ou d’un adolescent dans ce contexte, le roman de Manu Causse est vraiment très juste et invite à une réflexion pertinente. Si la lectrice adulte aurait sans doute aimé en savoir plus sur le Livre de George, le format court de la collection Ego permet tout de même d’ouvrir le débat sur un sujet qui n’est pas toujours au cœur de l’actualité ou des préoccupations. Intéressant, percutant parfois, et bien rythmé, Les fils de George est à découvrir ! :D

Les fils de George, Manu Causse (Talents Hauts)
collection Ego
disponible depuis le 17 juin 2016
9782362661501 – 8€
à partir de 12 ans
Son
0

Little sister – Benoît Séverac

9782748520927,0-3146260

Il y a quatre ans, le frère de Lena est devenu l’ennemi public n°1 lorsqu’il est apparu à la télévision aux côtés de djihadistes brandissant la dépouille d’un journaliste français. Depuis, Lena a été obligée de changer d’identité, de vie, et a vu ses parents devenir l’ombre d’eux-mêmes. Malgré les années, elle se pose toujours des questions sur son frère, et lorsqu’un jour celui-ci lui donne rendez-vous, elle espère enfin obtenir les réponses…

★★★★☆

Avec ce roman, Benoît Séverac s’attaque à un brûlant sujet d’actualité : le départ de jeunes en Syrie pour faire le djihad. Et malgré ce thème hyper casse-gueule, il s’en sort rudement bien et, à travers quatre voix, nous évoque surtout comment un tel événement peut être vécu par les proches. On commence avec Lena, qui n’arrive pas à comprendre comment son frère a pu faire une chose pareille voilà 4 ans, comment il a pu leur faire croire qu’il était en voyage en Angleterre alors qu’il rejoignait Daesh. Ses parents sont littéralement anéantis – comment pourrait-il en être autrement ? – et lorsque Théo, le meilleur ami d’Ivan, lui envoie une lettre lui disant que son frère cherche à la joindre, l’espoir renaît. Pour le rencontrer, Lena va devoir partir chez son oncle et sa tante, en Espagne, où le terrain de leurs jeux d’enfants sera le point de rendez-vous. Elle emmène avec elle Théo, qui se pose les mêmes questions sur Ivan et qui découvre en Lena une jeune fille forte et courageuse. Le jour du rendez-vous, la parole est donnée à Théo, qui se pose de nombreuses questions sur Ivan et commence à craindre que Lena ne tombe dans un piège. Elle passe ensuite à Joan, un sexagénaire que Lena et Théo ont rencontré à la gare et qui héberge le jeune homme. Joan s’est battu contre le franquisme et un nouveau combat semble se profiler pour le vieil homme. La dernière voix du roman, réaliste et sans concession, sera à découvrir dans le dernier chapitre épilogue…

En moins de 200 pages, Benoît Séverac construit un très bon roman sur un sujet vraiment pas simple en choisissant un axe au plus proche du lecteur et en faisant un parallèle intéressant entre les combats de résistance du vieux Joan, l’histoire de l’Espagne, et ceux du frère de Lena, pour mieux les distinguer. Les mots de Joan apportent une réflexion salutaire et l’auteur, en se focalisant sur les proches et non sur Ivan, traite le sujet avec une distance nécessaire et, surtout, laisse la possibilité à Lena et à sa famille de continuer à aimer Ivan malgré tout… Bien fichu et très prenant, Little sister est clairement un polar réussi !

Little sister, Benoît Séverac (Syros)
disponible depuis le 3 mars 2016
9782748520927 – 13,95€
à partir de 13 ans
Discussion
5

Dysfonctionnelle – Axl Cendres

9782848658186,0-2705028

S’il y a bien un auteur phare de la collection Exprim’, c’est Axl Cendres. Et ça tombe bien car la revoilà avec un tout nouveau roman qui déboite ! :D

Fidèle vit dans ce qu’elle appelle une famille « dysfonctionnelle » : elle a six frères et sœurs tous plus différents les uns que les autres, un père qui se trouve souvent au mauvais endroit au mauvais moment (en passant par la case prison) et une mère régulièrement internée dans un asile. Dotée en plus d’un quotient intellectuel élevé, Fidèle finit par fréquenter de grandes écoles, où elle détonne un peu, et y trouve l’amour…

Bob

★★★★★

Si Bob n’était pas déjà coincé avec Jean-Michel, il ferait sa déclaration à Axl Cendres. Et surtout à Fifi et à sa famille sensationnelle. Car à la fin du roman, vous n’aurez qu’un regret : ne pas partager plus longuement la vie de cette bande d’enfants hétéroclites et chtarbés. Il faut dire qu’on passe par tout le spectre des émotions : on rit aux éclats, on pleure, on chante, on s’inquiète, on aime, on déteste… Tout ce qui fait les petits moments de vie d’une famille, entre les belles occasions et les difficultés du monde extérieur. Le personnage de Fifi est magnifiquement écrit, les relations qu’elle entretient avec tous les membres de sa famille sont belles, même quand certains membres semblent éloignés, absents. Je crois que j’ai aimé toutes les figures de cette famille, on sent l’affection de Fifi dans tout ce qu’elle raconte, même les pires moments. Je me suis laissée entraînée dans sa vie avec le sentiment de faire partie de la famille, j’ai tremblé pour elle lors de sa période sombre, j’ai espéré avec elle la vie qu’elle se souhaitait…ou qu’elle a plutôt laissé venir à elle…
C’est un beau roman. Vraiment. On rit beaucoup aussi – il faut dire que le comique de répétition est super bien dosé et fonctionne à chaque fois ! Des situations rocambolesques et improbables se mêlent à des moments intenses d’émotions et on ne peut que tomber amoureux de cette famille peut-être « dysfonctionnelle » mais belle et attachante. Fiooouuu, c’était trop bien !

Jean-Michel

★★★★★

Si Bob veut partir avec une autre, je ne le retiens pas. Mais je garde l’assortiment Téfal. Il peut reprendre sa mère.
M’est avis que c’est un roman qui est capable de remettre en place la personne la plus étroite d’esprit qui soit : une pensée raciste ? une intolérance aux gays ? à Johnny ? au football ? pas de problème, Axl Cendres est là pour poutrer tes préjugés moisis avec autant de talent que Barbra Streisand se déchaînant en duo avec Sinatra. J’aime qu’elle mette sur papier des défauts, des personnages cassés, des enfants abîmés, des patrimoines qui se construisent avec les expériences aussi variées soient-elles, car c’est tout ce qui importe dans le fond : l’histoire familiale est encore ce qu’il peut y avoir de plus précieux. Je me suis lancée le défi de trouver les meilleurs moments du roman. La tâche s’est avérée très difficile étant donné qu’à chaque page, j’ai agité le Stabilo comme un Looney Tunes, mais soit, on vous donne deux instants choisis :

La rencontre de Sid-Ahmed et de Natacha (les parents de cette fabuleuse famille) est une des plus belles qu’il m’ait été donnée de lire. Pourtant ils sont brisés à leur rencontre, ils n’ont rien. La déclaration de Sid-Ahmed ? Je me fiche de ton passé, je veux construire ton futur. Je veux t’épouser et te rendre ce que certains t’ont apparemment volé…ton sourire. Lorsqu’on sait que Natacha a vécu la perte de sa famille étant petite, on ne peut qu’agiter une banderole à Sid-Ahmed « Sauve-la ! ».

L’une des soeurs : Marilyne, est une féministe ardue dont la ténacité m’a donné quelques grands sourires (l’épisode de la bombe au poivre : ex-tra) mais son avis sur la création d’un mot unique pour le sexe est une perle :
Pourquoi dit-on zizi pour les garçons et zézette pour les filles ? C’est injuste ! On devrait dire le même mot pour les deux…pourquoi pas zizou ? « Fort heureusement pour Zinedine Zidane, la réforme de Marilyne n’est jamais entrée en vigueur ».

Grâce à Axl Cendres, j’ai tout de même appris qu’on pouvait chanter « Coup de soleil » de Richard Cocciante tout en adorant lire Proust. On a tort de tout compartimenter comme ça. Mélangeons les genres ! La prochaine fois, je relirai Benoît Minville en écoutant Céline Dion, voilà qui devrait l’enchanter.

« Même avec une chose que tout le monde croit perdue, on peut faire quelque chose de merveilleux » Zaza, la grand-mère kabyle, cette femme pleine de sagesse qui aimait les Fous di l’émour.

Dysfonctionnelle, Axl Cendres (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 7 octobre 2015
9782848658186 – 15,50€
à partir de 15 ans

Son
0

La tête ne sert pas qu’à retenir les cheveux – Sabine Panet et Pauline Penot

9782364747265

Après Le cœur n’est pas un genou que l’on peut plier, Sabine Panet et Pauline Penot nous proposent une nouvelle évocation de la famille Bocoum.

Awa Bocoum a 16 ans et apprivoise son corps de femme avec difficulté. Lorsqu’elle rencontre une gynécologue, elle apprend qu’elle a été excisée. Elle n’a jamais entendu ce mot et face à cette pratique d’un autre temps, c’est la colère qui la gagne. Puis la volonté de protéger ses petites sœurs.

★★★★☆

Je n’avais pas lu le précédent roman sur la famille Bocum et, s’il y a sans doute des choses qui m’ont échappé, cela ne m’a pas gênée dans cette lecture. Les personnages sont en effet réintroduits succinctement mais suffisamment clairement pour que l’on s’y retrouve tout de suite. ;)
Après un mariage forcé qui a finalement capoté, Awa se découvre une douleur à l’entrejambe. Une consultation au Planning familial va lui apprendre ce qui lui donne tant de souffrance : on lui a coupé une partie de son sexe. C’est une révélation pour elle, tant dans la découverte de son propre corps, presque taboue jusqu’alors, mais aussi sur les pratiques ancestrales qui touchent les filles africaines. Son dégoût et sa révolte sont immédiats, la colère contre sa mère, contre sa famille qui lui a caché ce qu’ils lui ont fait. Mais, surtout, c’est la peur que cela arrive à sa plus jeune sœur, Amayel, qui vient d’avoir un an.
Très bien écrit, le roman évoque avec justesse et précision les mutilations génitales féminines. Il est intéressant d’avoir les deux points de vue : celui des médecins et celui des femmes africaines pour qui il est important d’être excisée afin de s’intégrer correctement à la société. On comprend ainsi le poids des traditions et comme il semble difficile de s’en défaire. J’ai trouvé le sujet très bien traité, tout comme les sentiments d’Awa sur le sujet, combien il lui est difficile d’en parler avec les femmes de sa famille, tous les mauvais souvenirs que cela ravive.
Le roman ne s’attache pas qu’à l’excision, même si c’est le cœur du livre. Beaucoup d’autres sujets sont évoqués, notamment le racisme ou les préjugés, les clichés. Sur ceux-là, c’est la petite sœur d’Awa, Ernestine, qui est concernée. Une jeune fille pétillante et dynamique qui rêve de cinéma. Les passages qui la concernent sont souvent très drôles, pleins de situations délirantes qui font un peu retomber la pression du roman et qui nous permettent de rire entre des événements un peu plus durs. A ce niveau-là, le rythme est très bien dosé, et malgré le sujet grave dont il est question, on garde du roman une impression tout de même positive et énergisante.
La famille Bocoum est sans aucun doute une famille à laquelle on s’attache et qu’on aimerait retrouver régulièrement. Une famille forte et étonnante, entre tradition et modernité, entre pleurs et rires.

La tête ne sert pas qu’à retenir les cheveux, Sabine Panet et Pauline Penot (Thierry Magnier)
collection Grand format
disponible le 26 août 2015
9782364747265 – 14€
à partir de 13 ans

Son
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The Heroic Legend of Arslân – Hiromu Arakawa

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Une fois n’est pas coutume, Bob vous parle d’un manga ! Parce que oui, il sait aussi lire à l’envers (il est pas un peu fort, Bob, quand même ? :) )

Entre l’Orient et l’Occident se trouve le royaume de Parse, sur lequel règne d’une main de fer le terrible roi Andragoras. A son grand regret, son fils Arslan est frêle et incapable de manier correctement une arme. Lors de ses 14 ans, le jeune héritier est contraint d’accompagner son père à la guerre, afin de repousser les envahisseurs venus de Lusithanie, le royaume voisin.

★★★★☆

Adapté d’une célèbre saga japonaise de fantasy de Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d’Arslân (publié en France chez Calmann-Lévy), ce manga nous emmène dans un royaume fictif qui n’est pas sans rappeler celui de la Perse (au cas où le nom ne vous aurait pas mis la puce à l’oreille), où s’affrontent deux puissances aux religions distinctes. La Lusithanie est en effet un royaume monothéiste qui veut imposer sa foi aux autres, tandis que Parse vénère plusieurs divinités et pratique l’esclavage. Le cœur de ce premier tome s’intéresse surtout à une immense bataille où un nombre impressionnant de guerrier est en jeu. La bataille d’Atropathènes, qui va marquer un tournant décisif dans la toute-puissance de Parse. Et dans la vie du jeune Arslan qui, jusqu’alors, ne connaissait que les murs de son palais et les entraînements un peu ratés avec son maître d’épée.

Grande fresque épique, Hiromu Arakawa (auteur du très célèbre Fullmetal Alchemist) parvient à nous captiver dès les premières pages. Ses images sont très puissantes et dynamiques, les combats impressionnants et il y a un certain souci du détail dans les costumes des personnages. On s’attache évidemment très vite à notre jeune prince peu guerrier qui ne manque pourtant pas de courage, ainsi qu’à l’intrigue et au mystère qui sous-tend cette longue démonstration guerrière. Sans doute que ce premier volume se termine trop vite, car lorsqu’on arrive à la dernière case, on ne veut qu’une chose : découvrir la suite ! Et ça tombe bien car le 2e tome vient tout juste de sortir ! :D
Une très belle découverte, en tous cas, à conseiller à tous les amateurs de grandes batailles et d’histoires de fantasy médiévale. A noter : une très belle édition limitée, avec une jaquette aux effets dorés, des premières pages en couleur et une interview croisée de l’auteur des romans et de la mangaka.

The Heroic Legend of Arslân, Hiromu Arakawa d’après Yoshiki Tanaka (Kurokawa)
disponible depuis le 15 mai 2015
9782368521724 – 7,65€
à partir de 13 ans

Son
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Le dernier chant – Eva Wiseman

9782211212472,0-2552588

La semaine dernière, Jean-Michel vous emmenait à la cour de la Reine Margot, Bob, lui, vous fait découvrir aujourd’hui celle d’Espagne. (Vous avez vu comment on gère trop bien, ici ? :P )

Espagne, 1491. Isabel de Cardosa vient d’avoir quinze ans. Fille du médecin de la cour royale d’Espagne, elle vit de façon aisée et choyée. Jusqu’au jour où ses parents souhaitent la marier avec Luis de Carrera, un jeune homme violent et cruel. Pour marquer cette union future, ils commandent un bijou précieux : une alouette d’or dans une cage d’argent. Mais ce mariage assurera-t-il la sécurité d’Isabel ? Car à cette époque, l’Inquisition dirige la ville et traque les Juifs et les conversos, ceux qui se sont convertis récemment au christianisme. Et bientôt, il semble que la menace pèse sur la famille d’Isabel…

★★★★☆

Ce magnifique roman d’Eva Wiseman s’intéresse à l’Inquisition et à la persécution des Juifs en Espagne au XVe siècle, période que l’on connaît peut-être peu en France. De mon côté, ce n’est pas le premier que je lis sur le sujet, mais c’est celui qui m’a semblé le plus intéressant, le plus abordable et le plus juste.
Le roman se déroule sur une période assez courte, bien définie par l’auteure, mais qui couvre pourtant de nombreux événements : depuis la vie presque sans soucis d’Isabel, jeune fille bien née dont les journées sont rythmées par la dégustation de pâtisseries avec sa meilleure amie ou les balades dans le beau jardin familial, jusqu’aux tristes jours qui condamneront la famille de Cardosa à s’exiler. Parce qu’ils sont des conversos, des Juifs récemment convertis au christianisme. La découverte d’Isabel de ses véritables origines, cachées depuis toujours par ses parents, se fait progressivement et tout le récit est très bien mené, oscillant vers l’aventure et la romance. Les enjeux politiques et économiques de l’Espagne sont aussi très bien expliqués (et sans être de gros pavés descriptifs indigestes), s’intégrant parfaitement au fil de l’histoire qui prend petit à petit une dimension dramatique, jouée bien sûr par la terrifiante Inquisition. Isabel va assister à plusieurs scènes terribles et découvrir et comprendre la situation un peu mieux, de la même manière que le lecteur néophyte. Bien sûr, cela va la faire grandir, la rendre plus responsable et clairvoyante sur sa propre situation…et son avenir.
Une tranche de l’Histoire très bien écrite et mise en avant par un personnage féminin fort, peut-être un peu en avance sur son temps. Un sujet qui semble toujours d’actualité malgré les siècles écoulés. Un peu d’aventure et une jolie histoire d’amour font de ce roman une belle découverte. Et Le portrait de jeune femme de Raphaël sur la couverture, non seulement magnifique, l’illustre parfaitement.

Le dernier chant, Eva Wiseman (École des loisirs)
collection Médium
en librairie depuis le 22 avril 2015
9782211212472 – 16€
à partir de 13 ans