Son
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L’étrange hôtel de Secrets’ Hill – Kate Milford

97827002510360-3655713

Milo s’apprête à passer les vacances de Noël dans l’hôtel géré par ses parents. En plein hiver et situé tout en haut d’une colline, rares sont les clients à cette période de l’année et Milo espère bien profiter de ses parents pendant ces vacances. Mais voilà qu’un étrange monsieur aux chaussettes dépareillées débarque et demande une chambre. Puis une fille aux cheveux bleus et ainsi de suite… Que peuvent-ils bien tous avoir à faire à l’hôtel de Secrets’ Hill ?

★★★★★

D’habitude, les clients de l’hôtel, appelé parfois aussi Villa de Verre en raison de ses vitraux, sont plutôt des personnages louches qui trafiquent des choses non moins étranges : bulbes de fleurs, pistolets à bouchon, etc. Cette fois-ci, pourtant, pas de contrebandiers mais un chapelet d’étranges loustics aux styles et coiffures variés qui vont chambouler tous les projets de Milo, jeune garçon qui n’aime pas beaucoup le changement. A peine les premiers clients sont-ils arrivés que les mystères apparaissent : près du funiculaire qui amène les visiteurs jusqu’à l’hôtel, Milo découvre un portefeuille dans lequel se trouve une carte nautique qui ne ressemble à rien de connu alentour. Étrange ! Et quand certains clients se font dérober des objets lors de la nuit, c’est sûr, il se passe quelque chose à la Villa de Verre ! Avec l’aide de Meddy, la fille de la boulangère venue prêter main forte aux parents de Milo et fan de jeux de rôles, Milo va enquêter et peu à peu découvrir les secrets de l’hôtel et de ses clients…

Je n’avais pas été aussi bien menée en bateau dans un roman policier pour enfants depuis longtemps ! Kate Milford développe en plus de 500 pages un huis-clos hivernal qui rappelle bien sûr Les dix petits nègres d’Agatha Christie (sans le côté meurtrier) où les faux-semblants et les twists sont judicieusement placés. Parole de Bob, vous ne verrez pas venir l’une des révélations finales ! Ou alors vous êtes le genre vraiment très fort au Cluedo. Au-delà de l’enquête, qui n’est pas que policière d’ailleurs, mais qui a aussi un côté aventureux (le jeu de rôle) et historique (beaucoup de choses se jouent sur l’histoire de l’hôtel), l’auteure évoque aussi très bien la famille et l’adoption. Milo est un garçon d’origine chinoise recueilli par les Wood, qui gèrent l’hôtel. Malgré le fait qu’il n’a jamais connu ses véritables parents, il ne peut s’empêcher de penser à eux et de se demander qui ils sont. Il y a une réflexion extrêmement belle et intéressante sur ce sujet, distillée au fur et à mesure que l’enquête avance et où l’on sent que, malgré tout l’amour de ses parents adoptifs, il ne cessera jamais de se questionner. Kate Milford joue d’autant bien ses cartes qu’elle nous surprend lorsqu’un autre personnage découvre sa propre origine et qu’on aurait pu croire qu’elle allait coller avec celle de Milo. Elle ne tombe ainsi ni dans la facilité, ni dans le happy end total. Et c’est sans doute la très jolie et sensible note à la fin du roman qui explique ce choix et apporte autant de finesse à la psychologie de Milo.

L’étrange hôtel de Secrets’ Hill est un excellent roman à l’intrigue policière superbement ficelée, aux personnages attachants, malins et joueurs, qui fait la part belle non seulement à l’émotion mais également à l’aventure et au conte, où les histoires racontées au coin du feu sont tout aussi passionnantes que celle que nous suivons. Car la grande force du roman, c’est aussi de nous faire entrer dans cet hôtel comme si nous en étions nous aussi clients…
Un beau cadeau à faire pour Noël (et à lire à cette période totalement idéale), d’autant plus que le roman est illustré (même si j’aurais bien aimé plus de planches) et que sa couverture aux reflets argentés le fait briller de mille feux. :P

L’étrange hôtel de Secrets’ Hill, Kate Milford, traduit par Anne Delcourt, illustré par Alban Marilleau (Rageot)
disponible depuis le 3 novembre 2016
9782700251036 – 17,90€
à partir de 11 ans
Son
2

Florian Bates : alerte au musée – James Ponti

9782330065997,0-3392605

Florian Bates est un élève de 5e tout à fait normal, bien que doué d’une faculté un peu bizarre : il remarque tous les petits détails que personne ne voit et les relie entre eux. Un don plutôt utile pour résoudre des mystères ou des enquêtes ? C’est aussi ce que pense le FBI. Et lorsque des tableaux sont volés au musée où travaillent ses parents, Florian va devenir un consultant d’un genre particulier pour le FBI…

★★★★☆

Si Sherlock Holmes avait un fils, il se nommerait Florian Bates. Une simple marque de chaussure, une marque de bronzage, voilà le genre de petits détails qui peuvent tout dire de vous, ou en tous cas de vos derniers voyages, pour un garçon de 12 ans doué d’une perception étonnante. Ce pouvoir un peu spécial, il ne nomme le GRATIN : le Guide de Recherche et Analyse de Tout Indice Négligeable. Et jusqu’à présent, il était le seul à l’utiliser. Mais après avoir voyagé à travers le monde, la famille Bates s’installe à Washington et Florian fait immédiatement la rencontre de Margaret, une fille géniale qui fait du football et s’intéresse à son drôle de pouvoir. C’est lorsque les deux amis sont au musée, Florian initiant Margaret au gratin, que ce qui n’était qu’un jeu bascule soudain en enquête fédérale et propulse Florian et sa famille au cœur d’une affaire de vol d’œuvres d’art.

Du rythme, de l’humour, de l’esprit, un peu de frissons, tous les ingrédients sont réunis dans ce roman policier à la traduction impeccable (en langue originale, le GRATIN est appelé TOAST : the theory of all small things). On s’attache instantanément à Florian et Margaret, un duo d’enquêteurs flamboyant qui, du haut de leurs 12 ans, restent malgré tout des enfants. L’intrigue, très riche, nous fait également découvrir de nombreux endroits de Washington (ce n’est pas souvent qu’on se trouve là-bas en littérature jeunesse) mais aussi quelques peintures célèbres ou encore les techniques de survie du FBI en cas de kidnapping…ce qui s’avère particulièrement utile, vous en conviendrez. Cette première enquête de Florian Bates est rondement menée, avec des twists jusqu’à la dernière ligne, et on attend avec impatience la suite des aventures de ces deux jeunes héros dégourdis ! :D

Florian Bates : alerte au musée, James Ponti, traduit par Cécile Chartres (hélium)
disponible le 7 septembre 2016
9782330065997 – 13,90€
à partir de 11 ans
Son
0

Les aventures rocambolesques de l’oncle Migrelin – Elzbieta

9782812609947,0-3008186

Lorsqu’il avait 9 ans, Migrelin a vécu une aventure avec sa grand-mère et s’est même fait enlever ! Des années plus tard, son neveu retrouve ses archives, constituées de coupures de presse, de rapports ministériels top secret, de lettres…

★★★★☆

Connue pour ses albums, Elzbieta se lance dans le roman pour la jeunesse et, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette entrée est tout simplement renversante ! Ce drôle de petit roman, qui nous est raconté par le neveu de Migrelin, est composé de plein de petites choses étonnantes : entre le récit de la découverte de ces archives par le neveu et ses suppositions sur l’aventure qu’a vécue son oncle, on trouve des rapports du cabinet du Ministère des Affaires Etranges (quel est donc ce ministère étrange ? et comment l’oncle est-il entré en possession de ces papiers ?), des rapports de police, des coupures de journaux, des correspondances bizarre de la grand-mère de Migrelin avec un magicien… Bref, un monceau de pistes pour tenter de découvrir ce qui s’est réellement passé quand Migrelin avait 9 ans et, surtout, ce que peuvent bien être ce dragon et ce « kikilapondu » qui semblent au cœur de cette étrange affaire.

Un roman totalement déjanté, parfaitement rocambolesque, faisant ainsi honneur à son titre, qui ravira les amateurs d’enquête policière et de loufoque. Il est en plus très court, se lit avec une curiosité et un intérêt croissant (bah oui, quand même, c’est vachement bizarre tous ces trucs), nous emportant dans cette aventure incroyable et dans laquelle certaines de nos questions risquent malgré tout de rester sans réponse… C’est étonnant et détonant et c’est le genre de petit roman qui fait du bien à lire ! On en redemande ! :D

Les aventures rocambolesques de l’oncle Migrelin, Elzbieta (Le Rouergue)
collection DacOdac
disponible depuis le 3 février 2016
9782812609947 – 8€
à partir de 8 ans
Son
0

Little sister – Benoît Séverac

9782748520927,0-3146260

Il y a quatre ans, le frère de Lena est devenu l’ennemi public n°1 lorsqu’il est apparu à la télévision aux côtés de djihadistes brandissant la dépouille d’un journaliste français. Depuis, Lena a été obligée de changer d’identité, de vie, et a vu ses parents devenir l’ombre d’eux-mêmes. Malgré les années, elle se pose toujours des questions sur son frère, et lorsqu’un jour celui-ci lui donne rendez-vous, elle espère enfin obtenir les réponses…

★★★★☆

Avec ce roman, Benoît Séverac s’attaque à un brûlant sujet d’actualité : le départ de jeunes en Syrie pour faire le djihad. Et malgré ce thème hyper casse-gueule, il s’en sort rudement bien et, à travers quatre voix, nous évoque surtout comment un tel événement peut être vécu par les proches. On commence avec Lena, qui n’arrive pas à comprendre comment son frère a pu faire une chose pareille voilà 4 ans, comment il a pu leur faire croire qu’il était en voyage en Angleterre alors qu’il rejoignait Daesh. Ses parents sont littéralement anéantis – comment pourrait-il en être autrement ? – et lorsque Théo, le meilleur ami d’Ivan, lui envoie une lettre lui disant que son frère cherche à la joindre, l’espoir renaît. Pour le rencontrer, Lena va devoir partir chez son oncle et sa tante, en Espagne, où le terrain de leurs jeux d’enfants sera le point de rendez-vous. Elle emmène avec elle Théo, qui se pose les mêmes questions sur Ivan et qui découvre en Lena une jeune fille forte et courageuse. Le jour du rendez-vous, la parole est donnée à Théo, qui se pose de nombreuses questions sur Ivan et commence à craindre que Lena ne tombe dans un piège. Elle passe ensuite à Joan, un sexagénaire que Lena et Théo ont rencontré à la gare et qui héberge le jeune homme. Joan s’est battu contre le franquisme et un nouveau combat semble se profiler pour le vieil homme. La dernière voix du roman, réaliste et sans concession, sera à découvrir dans le dernier chapitre épilogue…

En moins de 200 pages, Benoît Séverac construit un très bon roman sur un sujet vraiment pas simple en choisissant un axe au plus proche du lecteur et en faisant un parallèle intéressant entre les combats de résistance du vieux Joan, l’histoire de l’Espagne, et ceux du frère de Lena, pour mieux les distinguer. Les mots de Joan apportent une réflexion salutaire et l’auteur, en se focalisant sur les proches et non sur Ivan, traite le sujet avec une distance nécessaire et, surtout, laisse la possibilité à Lena et à sa famille de continuer à aimer Ivan malgré tout… Bien fichu et très prenant, Little sister est clairement un polar réussi !

Little sister, Benoît Séverac (Syros)
disponible depuis le 3 mars 2016
9782748520927 – 13,95€
à partir de 13 ans
Son
1

Le dernier songe de lord Scriven – Eric Senabre

Ce qui est bien avec Eric Senabre c’est que, quoi qu’il fasse, nous ne sommes jamais déçues ! En ce début d’année, il nous propose un voyage dans le Londres victorien et son époque pleine de mystères et d’énigmes…

9782278059508,0-3064222

Journaliste déchu, Christopher Carandini répond à une drôle d’annonce : “Gentleman cherche secrétaire particulier pour surveiller son sommeil. Se présenter au 30 Portobello Road et demander une théière.” Intrigué mais désespérant de trouver de quoi subsister, Christopher se présente et rencontre Arjuna Banerjee, un détective très particulier puisque, pour résoudre les énigmes soumises par ses clients, il doit rêver…

★★★★☆

Engagé pour surveiller le sommeil de Banerjee, qui ne soit pas excéder les 26 minutes sous peine d’y rester, Christopher va découvrir un monde totalement nouveau, une façon étrange et étonnante de résoudre une enquête à laquelle son passé de journaliste sera également utile. Le premier client de ce duo inédit est donc lord Scriven, réincarné dans son fidèle majordome, persuadé d’avoir été assassiné dans son bureau pourtant fermé à clé de l’intérieur… Une énigme qui va donner du fil à retordre à nos deux enquêteurs de l’étrange et nous offrir un récit des plus passionnant.

Amateurs de Sherlock Holmes et d’énigmes, ce roman est fait pour vous ! On y retrouve tous les ingrédients qui font le charme des romans du début du siècle dernier : un peu de fantastique, beaucoup de mystère et une flopée de suspects potentiels, des retournements de situation et un peu d’espionnage. Sans oublier un grand méchant non sans rappeler Moriarty… On se laisse très vite emporter dans le récit, de part l’écriture d’Eric Senabre, efficace, dynamique et non sans un certain flegme tout britannique, mais également par les nombreux rebondissements de l’affaire qui, d’une « simple » crise cardiaque, va prendre des tours totalement inattendus. Je me suis vraiment passionnée pour cette histoire, pour ce personnage de Banerjee et de son mystère indien, pour Christopher et son désir de justice, pour toutes les petites références et pour ce très bel hommage aux personnages et aux histoires inventées par Conan Doyle. Et si le roman vous a plu autant qu’à moi, l’auteur laisse entendre qu’il pourrait y avoir d’autres aventures de ces détectives du rêve ! :D

Pour en savoir plus sur le livre, n’hésitez pas à visiter le site internet dédié, il y a plein d’anecdotes super chouettes et, pour ceux qui ont lu le précédent roman de l’auteur, vous ne manquerez pas de reconnaître un certain trio dans les cuisines du manoir de lord Scriven… :P

Le dernier songe de lord Scriven, Eric Senabre (Didier Jeunesse)
disponible depuis le 17 février 2016
9782278059508 – 14,20€
à partir de 12 ans
Discussion
5

Dans la gueule de l’alligator – Carl Hiaasen

9782364747234

Richard vit en Floride, où il aime aller voir les nids de tortues avec sa cousine Malley. Le jour où celle-ci fugue pour rejoindre un homme rencontré sur le net, Richard ne peut croire à cette disparition volontaire. Heureusement, il rencontre Skink, un ancien gouverneur déclaré mort, grand défenseur des causes perdues, qui va l’aider à retrouver sa cousine, en fâcheuse posture…

Quand Bob l’ouvre grande

★★★★☆

Si vous avez déjà lu du Carl Hiaasen, alors vous connaissez le goût de l’homme pour les polars écologiques et un peu barrés. Dans la gueule de l’alligator ne déroge pas à cette règle et cela grâce au personne de Skink, vieil allumé complètement déglingué, au look totalement improbable, aux ressources stupéfiantes et au mode de vie des plus surprenants. Richard en est resté comme deux ronds de flan lorsqu’il a l’a rencontré pour la première fois, un peu comme nous. Et c’est sans doute tout ce qui fait la saveur de ce roman un peu dingue qui devient très vite une longue course-poursuite semée d’embûches et d’ennuis divers et variés qui impliquent beaucoup de noyades et de chairs dévorées. Il est clair qu’on ne s’ennuie par un seul instant et qu’on retient notre souffle jusqu’au dernier moment. On peut sans doute ne pas adhérer à cette exubérance constante mais j’avoue que cela donne un côté très drôle, en tout cas décalé, à cette histoire qui ne l’est pas tant que ça. La partie écologie du roman s’intègre très bien à l’intrigue générale, l’auteur ne nous assène pas des données à tout bout de champ ou n’est pas insistant, il sait parfaitement bien doser les choses tout en nous en apprenant beaucoup sur la faune locale.
Un excellent polar écologique aux personnages forts et plein de ressources. Une course poursuite haletante et sanglante qui vous laissera sans doute pantelant…

Et dans la bouche de Jean-Michel ?

★★★★★

thedude

Skink ressemblerait à The Dude du film The big Lebowski

Mais NON DE NON quel roman ! Des tortues de mer, de l’alligator, du skate et des personnages qui pètent des étincelles ?! J’ai sincèrement passé l’un des meilleurs moments de lecture de cette Rentrée littéraire. Carl Hiaasen, en indécrottable auteur spirituel nous offre des instants et des personnages floridiens magiques : Skink qui sort du sable pour chasser un braconnier et le dérouiller…moment précieux de lecture à découvrir ! L’action et la détente se mêlent au burlesque pour une lecture riche à l’écriture et la traduction soignées. Je rejoins Bob sur cette part d’écologie qui apporte une dimension supplémentaire à ce policier qui est déjà riche. Quant au parallèle entre Skink et The Big Lebowski qui est fait au début du roman, il n’y a rien à ajouter : cet ancien gouverneur est le sosie du Dude :D En plus électrique et aventurier, certes, mais avec une barbe du tonnerre. Quant au jeune Richard, notons que le courage et la détermination dont il fait preuve pour retrouver et défendre sa cousine sont étonnants : cet adolescent se découvre lui-même des ressources dont il n’avait pas conscience et ce, pour notre plus grand plaisir ! Résultat de cette lecture : mon Bob, je veux partir au bout du monde, laisser pousser ma barbe, défendre des hérons et des tortues en sautant à pieds joints sur des braconniers qui appellerons leurs mères en détalant comme des lapins. On va rigoler hein.
Et n’oublions pas qu’en lisant Dans la gueule de l’alligator, vous deviendrez familier avec le pic à bec ivoire (l’oiseau ci-dessous qui se la pète un peu)…on ne vous dira pas pourquoi, vous n’avez qu’à le lire :)

le-Pic-à-bec-ivoire

Chers adultes, sachez que les aventures de Skink existaient déjà avant (avec plus d’actions, encore plus déjanté) et sont disponibles aux éditions 10/18 :
Queue de poisson  9782264045874
 De l’orage dans l’air  9782264041463
 Presse people  9782264059246

Dans la gueule de l’alligator, Carl Hiaasen (Thierry Magnier)
disponible le 19 août 2015
9782364747234 – 17€
à partir de 14 ans

0

Le voleur de sandwich – Patrick Doyon & André Marois

Il y a dans notre société actuelle un méfait méconnu qui ronge des dizaines d’écoliers à l’heure du déjeuner, je parle bien sûr : du vol de sandwich.

★★★★☆

levoleurdesandwichsLundi matin – heure du déjeuner : Marin attrape sa boîte à lunch (oui les auteurs sont canadiens) et file s’asseoir entre ses copains à la cafétéria. Seulement l’innommable se produit : le sandwich de Marin s’est volatilisé. Les boules. Surtout que c’était son favori : le jambon-cheddar-laitue avec une mayonnaise préparée avec soin par sa mère qui achète également un pain spécial à la farine d’épeautre dans une boulangerie secrète tenue par des moines kung-fu. Quelqu’un a dû te le voler ! s’exclama Manon. A cette phrase, Marin eût le vertige…il allait trouver coûte que coûte le coupable de cet acte cruel qui va se répéter : aurait-on à faire à un voleur de sandwichs en série ?

La liste des suspects

Le gros Robin qui ne fait que s’empiffrer
La pauvre Marie dont la maman a perdu “sa job” et qui a faim
Benjamin le fatigant fait des blagues qui ne font même pas rire les prématernelles
Mathias le jaloux qui a la vengeance dans la peau
M.Maxence le concierge super balèze qui se prend pour la police
M.Garence le directeur en manque de bonne nourriture
Mme Ombeline car qui soupçonnerait une dame à lunettes ?

Après plusieurs échecs afin de démasquer le coupable, Marin finit par tout raconter à sa mère qui devint folle de rage voler la nourriture de son fils c’était encore plus grave que d’acheter un pâté chinois surgelé. Ça allait barder ! A l’aide d’un plan infaillible concocté par sa maman coriace, Marin va enfin découvrir qui est le voleur de sandwichs.

Un roman graphique qui nourrit son lecteur de légèreté et d’humour tapageur. L’enquête est si bien ficelée qu’on ne devine pas l’identité du coupable à moins d’aller au bout du roman. Appétissant, ce livre l’est indubitablement ! La seule chose à laquelle on pense immédiatement c’est de faire sa mayonnaise maison à tartiner en couche épaisse dans un sandwich à la viande. Patrick et André ont mis tout leur talent dans cette histoire aux vertus éducatives. Voici ce qu’on y apprend :

* Quelques expressions canadiennes “sa job” “ti-coune”
* La mayonnaise ne sort pas que des usines
* Sois persévérant, la vie te le rendra
* Le respect est une valeur à ne pas négliger
* Le vol ne reste jamais impuni très longtemps
* Affamer un enfant n’est pas très sympathique
* Il ne faut pas traiter les petits de “petit”, ça les énerve
* Le soutien parental c’est encore ce qu’il y a de plus sûr dans ce monde de brutes
* Le second degré c’est chouette d’en avoir lorsqu’on lit des livres aussi originaux :)

Le voleur de sandwichs, Patrick Doyon & André Marois
(La Pastèque)
en librairie depuis le 29 mai 2015
9782923841267 – 15€
à partir de 7 ans

Son
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Chasse à l’ange – Ingelin Rossland

9782812607196,0-2347356

Engel Winge, jeune journaliste dans un patelin norvégien, se rend sur l’île de Maroya, réputée hantée. Avec l’aide d’une médium, elle va mettre au jour des éléments étranges qui vont alimenter son enquête et l’embarquer dans une affaire qui va la conduire jusqu’à Berlin…

★★★☆☆

Ce roman fait suite à Aile d’ange et, pour vraiment tout comprendre, il me semble judicieux de lire ce premier tome. Notamment pour connaître l’âge et la personnalité de notre héroïne car il m’a fallu un très long moment (plus de la moitié du livre) pour découvrir qu’Engel avait 17 ans ! Ce qui peut être utile quand on lit certains passages au début, très crus, où elle discute sexe avec une copine ou à sa façon de parler. C’est un détail, mais j’avoue que cela m’a un peu manqué pour m’attacher au personnage, qui a d’ailleurs de faux airs de Lisbeth Salander de Millénium. Bref. En lisant la quatrième de couverture, je m’attendais à un petit côté fantastique qui n’avait pas l’air déplaisant. Or, au fur et à mesure que l’enquête progresse, et qui est censée attester ou non de la présence de fantômes sur l’île, le sujet disparaît complètement au profit d’une enquête sur la drogue et autres magouilles financières. Vous risquez donc d’être déçus si vous cherchiez une histoire de fantômes ! Malgré tout, l’enquête est intéressante, le dépaysement agréable, et l’audace et l’obstination de notre journaliste donnent du rythme à cette courte histoire. Il y a d’ailleurs un petit côté cinématographique dans le découpage des chapitres, où les ellipses sont très importantes, et où l’action s’enchaîne sans s’embourber dans des descriptions trop longues. Un roman plutôt honnête, donc, même s’il me semble qu’il vaut tout de même mieux avoir lu le précédent avant de se lancer dans cette nouvelle enquête.

Chasse à l’ange, Ingelin Rossland (Rouergue)
collection DoAdo Noir
en librairie depuis le 5 novembre
9782812607196 – 13,50 €
à partir de 15 ans

Son
1

Les anges de l’abîme – Magnus Nordin

9782812607165, 0-2347206

Petite pause dans les idées cadeaux de Noël pour Bob, avec la critique d’un des romans ados en lice pour la Pépite 2014. Il n’a pas gagné, mais il me faisait de l’œil depuis un temps suffisamment certain pour que je me lance enfin dans ce petit pavé. J’espère que vous avez les tripes bien accrochées. ;)

Alice fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Elle se rapproche très vite de sa prof de suédois, Molly Zetterholm, et rejoint bientôt un groupe un peu particulier et complètement secret : les Anges de l’abîme. Leur mission : rendre la justice aux jeunes victimes de prédateurs sexuels.

★★★☆☆

Âmes sensibles s’abstenir ! Ce polar nordique de Magnus Nordin nous déroule une sordide affaire de pédophilie et de maltraitance. Je vous le dis tout de suite car, de toute manière, ça commence d’entrée avec une scène de disparition de jeune fille suivie, trois ans plus tard, par une opération commando des Anges de l’abîme. Il ne faut donc à l’auteur que quelques pages pour nous mettre tout de suite dans le bain et c’est un bain plutôt glacé ! J’ai trouvé l’histoire plutôt bien menée, entre la découverte progressive de chacun des personnages du groupe secret (tous victimes d’actes de maltraitance ou de sévices sexuels) et leurs opérations qui, très vite, ne deviennent qu’une seule grosse enquête. Car il nous faut peu de temps pour comprendre que la petite ville de Fjärlunda est le théâtre d’un vaste réseau pédophile. Si l’auteur ne nous perd pas un seul instant dans son récit (j’avoue m’être laissée emportée et avoir eu du mal à m’arrêter), un lecteur de polar averti verra sans aucun doute les choses venir et ne sera pas forcément surpris (cela a été mon cas). Mais cela n’enlève rien au plaisir de lecture. Là où le roman pêche, c’est peut-être justement dans son récit et ce qu’il dénonce. L’auteur nous propose en début de roman la célèbre citation de Nietzsche : « Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même ». Et c’est bien ce que font nos jeunes héros : combattre ces monstres qui attirent les adolescentes pour les violer (la méthode ici donnée dans le roman : sur le net, en se faisant passer pour des garçons cools de l’âge des proies qu’ils traquent). Et pour cela, ils usent de méthodes criminelles (enlèvement, torture psychologique), récoltent les preuves et envoient le tout à la police. Jusque là, on peut encore comprendre et même avoir de l’empathie pour ces justiciers de l’ombre. Après tout, nous sommes tous à un moment donné tellement révoltés par une situation ou un événement que nous aimerions avoir les moyens ou les armes pour réparer cette injustice. C’est humain. Pourtant, ici, je trouve que la réflexion sur la vengeance, l’auto-justice, est assez maigre. Peut-être manque-t-il une morale. En tous cas, et la fin du roman en est un parfait exemple, il me semble difficile de se faire un jugement sur ce que l’on a lu. Et je crois que l’auteur a oublié de nous donner sa propre définition du monstre. Je ne sais pas comment sera ressenti ce roman par les ados, mais la crudité de certaines scènes et cet épilogue sont d’une froideur à nous hérisser les poils sur les bras.

Les anges de l’abîme, Magnus Nordin (Rouergue)
collection DoAdo Noir
en librairie depuis le 8 octobre
9782812607165 – 14,90 €
à partir de 15 ans

3

La dose – Melvin Burgess

Melvin Burgess et moi, c’est un amour qui date depuis Billy Elliot alors autant vous dire que les noces de diamant c’est pour bientôt. Imaginez mon état mental lorsque j’ai su qu’une nouveauté était prévue à la Rentrée…Je l’ai lue et je n’en ai pas laissé une miette. Je vous dresse le tableau de ce thriller époustouflant :

LaDoseLa récession dure depuis de nombreuses années et le chômage et la pauvreté dominent chez les jeunes. Alors que leur avenir est incertain, une drogue révolutionnaire appelée “le Raid” déferle sur Manchester. Elle offre une vie rêvée et tous les possibles pendant sept jours puis accorde une mort inévitable. Une rock star, Jimmy Earle meurt sur scène en concert après avoir ingéré cette drogue et l’anarchie se fait sentir chez des centaines de fans présents ce soir-là. Parmi eux : Adam et sa petite amie Lizzy. En pleine manifestation, les Zélotes (un mouvement d’utopistes qui combattent les inégalités sociales) lancent par poignées du Raid à la foule, incitant les jeunes à les ingérer. De fil en aiguilles, Adam finira par avaler cette drogue et regretta son geste peu après…

★★★★★

Il n’est jamais facile de conseiller un livre de Melvin Burgess : ses romans sont emprunts d’une certaine violence qui fait écho à notre société actuelle et souvent, ça déplaît. Après avoir conseillé Junk à sa fille de 17 ans, une maman indignée m’avait prévenue que si sa fille se droguait par la suite, ce serait ma faute. “Mais madame…” lui ai-je répondu en posant ma pipe à crack. “…un livre de cet acabit a pour but de bouleverser son lecteur, l’emporter dans un monde qui n’est pas le sien le temps de quelques heures sans vanter les mérites de l’héroïne, bien au contraire.” Melvin et moi on est rien que des incompris. Qu’à cela ne tienne, je considère Junk come un excellent livre et je peux vous assurer que La dose est aussi addictif !
Sombre et envoûtant, il se lit d’une traite : l’adrénaline est omniprésente et les personnages sont vraiment effrayants, presque autant que cette société en pleine anarchie. Ce thriller dystopique est source de réflexions : quel sens donner à la vie ? Est-il utile de se sacrifier pour une cause ? Doit-on nécessairement se révolter contre un système ? On ressort haletant à la fin de cette lecture…Si jamais vous avez apprécié la série Breaking Bad, vous aimerez sans complexe La dose. Je vous encourage à découvrir ce grand auteur.
Au fait : je n’ai pas de pipe à crack.

La dose
Melvin Burgess
coll. Scripto, Gallimard Jeunesse
sorti le 11 septembre
9782070655854 – 14,90€
à partir de 15 ans

Le site de l’auteur - http://melvinburgess.net

D’autres titres de Melvin Burgess à découvrir…
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