Discussion
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Les optimistes meurent en premier – Susin Nielsen

Vous connaissez sans doute déjà tout notre amour pour la merveilleuse, pétillante et incroyablement drôle Susin Nielsen. Si ce n’est pas le cas, il faut ABSOLUMENT vous rattraper et ajouter à votre vie ce qu’il lui manquait sans que vous le sachiez… Et comme Susin est une femme parfaite, elle sort un roman tous les deux ans. Et comme les éditions Hélium sont parfaites, ils traduisent et publient à la vitesse de l’éclair ce nouveau cru…pour notre plus grand plaisir ! ❤

9782330079406,0-4318607Pétula a 16 ans et la culpabilité la ronge tellement qu’elle s’empêche de vivre comme les autres ados, se débarrasse de sa meilleure amie et de toute vie sociale. Et ce ne sont pas ses parents qui vont l’aider : sa mère recueille toujours plus de chats et son père constamment absent pour le travail… Rongée de TOC et de collectionneuse de faits divers de morts absurdes, elle fréquente un groupe d’art-thérapie avec d’autres jeunes gens comme elle. Jusqu’au jour où débarque Jacob, au bras bionique qui a, lui aussi, un terrible secret…

Bob voit le verre à moitié plein…

★★★★★

Avec ce nouveau roman, Susin Nielsen nous propose une histoire un peu plus young adult. D’abord parce que ses personnages sont plus âgés (d’habitude, ils sont plutôt au début du collège) et ensuite car de nouveaux thèmes s’ajoutent à ceux que l’on retrouve habituellement : la famille, la gestion du deuil, l’humour pour transcender les difficultés, la douleur. Ici, nous aurons aussi le premier amour et tout ce qui en découle de bien comme de moins bien… Mais Susin Nielsen étant l’auteure que l’on connaît (ou que vous connaîtrez très vite), elle nous raconte tout cela avec toujours autant de finesse, de drôlerie, d’émotions, et ses personnages si singuliers, plein de failles, profondément humains, ne peuvent qu’être aimés. Surtout quand on en retrouve certains rencontrés dans d’autres romans, des « seconds rôles » qui ont grandi… Pétula est un personnage encore une fois atypique, comme sait si bien les dessiner Susin Nielsen, une fille unique qui semble porter toute la tristesse du monde sur son dos et qui, pourtant, nous émerveille par ses réactions et ses trouvailles. Un personnage cabossé, tout comme ses comparses de l’art-thérapie, aussi étonnants qu’émouvants, qui donnent une saveur toute particulière à ce très beau roman plein d’esprit. On en regrette qu’il soit si court…

…et Jean-Michel à moitié vide !

★★★★☆

Pas mon préféré de Susin Nielsen mais une vraie petite pièce de boucher comme on sait les apprécier. Et toujours cette dérision qui sert un chouette casting, chats inclus et aborde avec esprit de puissants sujets tels que le deuil, la culpabilité, le pardon, la maladie mentale…Un joli flow se dégage de cette lecture. Parmi les petits bonheurs on trouvera la « chat-bsession » de la mère de Pétula. Il y en a partout. Elle ne cesse d’en ramener et chacun d’entre eux sont prénommés d’après un héros de la littérature Gruffalo, Heidi, Stuart Little, Maman Moumine, Elmer. J’ai cru que toute la famille allait mourir étouffée par les kilos de litière mais l’auteur ne semble pas s’en être affolée alors j’imagine qu’ils se débrouillent plutôt pas mal avec les défécations félines. Et c’est un roman qui clairement nous montre une autre facette du scrapbooking. Mention spéciale aux obsessions de Pétula puisque cette collection de morts idiotes est franchement drôle. Et s’il ne fallait mentionner qu’un défaut à ce livre : trop court ! Tout est donc obligé de se passer si vite : notamment l’histoire d’amour entre Pétula et Jacob, qui la rend un peu moins authentique. Rapide, certes, mais voyons-le sous cet angle : une histoire façon « court-métrage » qui nous offre l’essentiel, avec un vrai clap de fin.

« L’optimisme m’avait discrètement approchée par-derrière pour me mordre les fesses »

Les optimistes meurent en premier, Susin Nielsen, traduit par Valérie Le Plouhinec (Hélium)
disponible depuis le 30 août 2017
9782330079406 – 14,90€
à partir de 13 ans
Son
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La fourmi rouge – Emilie Chazerand

Bob et Jean-Michel reviennent en forme après des vacances bien méritées ! Et comme tous les ans, c’est avec la rentrée littéraire qu’on se retrouve… Pour se faire un peu plaisir avant de retourner sur les bancs de l’école, on vous propose de rester un peu en vacances avec ce premier roman qui explose de drôlerie comme un feu d’artifice !

9782848659985,0-4372232Un prénom de protège-slip, un nom de pâtisserie allemande (qu’on peut aussi déformer pour en faire le petit nom d’une partie de l’anatomie humaine), un œil qui part en vrille et un père taxidermiste qui l’emmène au lycée dans une voiture customisée à la fourrure ? Oui, il s’agit bien de Vania Strudel, 15 ans, présidente du club très fermé des Minables. Heureusement qu’elle a son meilleur ami Pierre-Rachid pour voir la vie du bon côté… Mais voilà qu’après les vacances d’été, le jeune homme revient beau comme un dieu et, surtout, accompagné d’une horrible petite amie…

★★★★☆

Et quand Vania apprend que cette nouvelle girlfriend n’est autre que sa pire ennemie, cette pouffiasse de Charlotte Kramer, autant vous dire que son monde s’effondre définitivement ! Entre le nouveau prof qui ne lui fait pas de cadeaux, les looses quotidiennes, Pirach (pour Pierre-Rachid) qui s’éloigne peu à peu d’elle, et ses conversations à sens unique avec le vieux monsieur du dessus qu’elle garde parfois, la vie de Vania est HORRIBLE. Jusqu’au jour où elle reçoit un mail anonyme qui lui démontre qu’elle n’est pas qu’une vulgaire fourmi noire et qu’elle pourrait être bien plus que ce qu’elle pense d’elle-même et se démarquer réellement, être une « fourmi rouge ».

On connaissait Emilie Chazerand pour ses albums joueurs et irrévérencieux et c’est avec beaucoup de plaisir que l’on découvre sa plume en long format avec ce roman qui se pose en digne héritier des Petites Reines, dans la même collection, et à rapprocher également de Je suis ton soleil, paru au printemps. On y retrouve en effet une héroïne cynique à souhait, qui aurait sans doute eu sa place sur le podium des Boudins, et dont la vie semble particulièrement vide et improbable. (En vrai, on aimerait bien vivre parfois des trucs aussi loufoques qu’elle !) Entre répliques bien envoyées et dialogues savoureux, Emilie Chazerand nous propose des scènes délectables, des personnages sympathiquement humains, quoi-qu’affublés de beaucoup de tares. Il vous faudra parfois prendre un peu de recul car Vania est une ado qui ne prend pas de pincettes et qui risque fort de vous faire grincer des dents… Un roman particulièrement bien rythmé et piquant dans lequel on ne s’ennuie pas un seul instant ! Un humour qui cache aussi une véritable profondeur, où des sujets « graves » sont abordés avec finesse et sensibilité, comme le deuil ou le harcèlement scolaire. Une mention toute spéciale pour papa Strudel, un adulte responsable, présent, aimant (quand bien même Vania en a parfois honte, le trouve ringard, moche ou relou) et personnage essentiel du roman. Les parents ne sont pas toujours au top dans les romans jeunesse (quand ils sont là, bien sûr) et ça fait du bien d’en voir un qui fait bien son job. Pour ça, merci Emilie !
Petite et insignifiante fourmi noire deviendra-t-elle une belle et piquante fourmi rouge ? On vous laisse le découvrir ! :D

La fourmi rouge, Emilie Chazerand (Sarbacane)
collection Exprim’
disponible le 23 août 2017
9782848659985 – 15,50€
à partir de 13 ans
Son
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La bibliothèque des citrons – Jo Cotterill

Il n’y a pas que les oignons qui font pleurer quand vous les épluchez. Les citrons aussi, même quand on en a pas dans la vraie vie mais juste sur la couverture d’un livre, Bob peut en témoigner à grand renfort des mouchoirs…

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Calypso a dix ans, n’a aucun ami à l’école et se réfugie dans les livres de sa bibliothèque, hérités de sa maman décédée quelques années plus tôt. Elle vit seule avec son père, un écrivain qui s’est donné la tâche d’écrire une histoire encyclopédique du citron. Un jour, une nouvelle arrive à l’école. Elle s’appelle Mae et va bousculer les habitudes de la solitaire Calpyso, lui faisant découvrir toute l’étendue du mot « amitié ».

★★★★★

A la mort de sa mère, Calypso n’avait que cinq ans. Très vite, son père lui a appris à barricader ses émotions, à se montrer forte et ne pas pleurer à la moindre contrariété. Lui-même a fait la même chose et s’est abîmé dans son travail, la correction de manuscrits, puis l’écriture de son chef d’œuvre : un livre consacré aux citrons ! (Ne riez pas, c’est très sérieux !) Alors Calypso a grandi seule avec son père, et même seule avec elle-même et ses livres, ceux que sa mère avait quand elle était petite. Des classiques de la littérature anglo-saxonne qu’elle dévore et qui lui permettent de s’évader et d’apprendre tout un tas de choses. Si cette vie semble lui plaire, il y a pourtant des à-côtés pas très chouettes : il y a longtemps qu’on ne lui a pas acheté de nouveaux vêtements, son papa oublie souvent de faire les courses et c’est elle qui cuisine, ou plutôt qui fait griller les tartines avec du fromage fondu ou des restes de fond de placard. Mais tout cela lui semble « normal »…jusqu’au jour où elle fait la rencontre de Mae, qui veut très vite devenir son amie. Malgré ses réticences, Calypso va se laisser entraîner dans cette amitié naissante et découvrir qu’elle a beaucoup de choses en commun avec la nouvelle, à commencer par l’amour des livres et des mots. Au fur et à mesure que leur complicité grandit, Calypso va progressivement se rendre compte que sa vie avec son père n’est pas véritablement « normale » et qu’un papa ne devrait pas autant laisser seul son enfant…

La bibliothèque des citrons est un coup au cœur, une lecture qui ne peut pas vous laisser insensible, Bob en avait d’ailleurs les yeux très très humides (mais comme il lisait dehors, c’était à cause du vent, hein !). Jo Cotterill nous émeut par cette description d’une relation inversée entre un père enfermé dans son chagrin contenu et une petite fille qui a du grandir trop vite et assumer son quotidien et celui de son père toute seule. Il n’y a aucun pathos, aucune volonté de faire pleurer dans les chaumières mais une réflexion sensible et intelligente sur notre façon de gérer le deuil, sur l’importance de s’ouvrir aux autres, de demander et d’accepter de l’aide, et sur la puissance de l’amitié. L’écriture est toute en retenue et pleine de douceur, à l’image de Calypso, et c’est sans doute aussi ce qui la charge émotionnellement. Il y a également l’atmosphère, cette maison un peu perdue au fond d’un jardin où la nature a repris ses droits, où il fait froid, son allure de demeure ancienne, voire hantée, où se trouvent tous les vieux livres de sa mère (des classiques que l’on a d’ailleurs bien envie de découvrir pour ceux qu’on ne connaît pas). La solitude de cette petite fille nous transperce et son amitié avec Mae, salutaire et généreuse, lui ouvre les yeux et le cœur et lui apporte l’espoir de surmonter enfin ce chagrin aux côtés de son père. La bibliothèque des citrons est un roman bouleversant et débordant d’amour, à lire absolument !

La bibliothèque des citrons, Jo Cotterill, traduit par Charlotte Grossetête (Fleurus)
disponible le 14 avril 2017
9782215133315 – 16,90€
à partir de 10 ans
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Samedi 14 novembre – Vincent Villeminot

Une lecture qu’on redoute, à cause de sa thématique. Bien sûr à la réflexion la réticence s’amoindrit car on sait que Vincent Villeminot maîtrise ses sujets et que Tibo Bérard est minutieux même dans l’intensité, alors qu’est-ce qu’on risque ?

samedi14novembre

Le vendredi 13 novembre, B. perd son frère Pierre. Après un moment d’errance, il reconnait l’un des terroristes dans le métro et décide de le suivre. Prêt à tout, perdu dans son chagrin et ses incompréhensions il va s’adonner à l’expérience malheureuse de la vengeance…

★★★★★

Le rôle de leur vie

« mon frère Pierre est mort » et « l’Arabe », ces mots seront répétés de nombreuses fois par B. comme les litanies d’un homme fermé qui n’a pas encore la force de voir au-delà de son propre obscurantisme. Retranché chez sa soeur dans le nord, le présumé terroriste (on évite les conclusions trop hâtives dès le début du roman) sera séquestré par B. Ce qui suit ne sera que le théâtre de l’absurdité d’une violence arrivée trop tôt et par erreur dans la vie d’un homme. Un acte sauvage pour un acte sauvage. En attaquant dans leur foi cette fratrie dans des scènes qui coupent le souffle, B. devient l’ennemi à son tour. Les deux hommes ne semblent plus si différents désormais.

« Alors elles faisaient peur, les victimes ? Elles feraient peur, davantage que pitié ? »

C’est être témoin de leur plongée dans l’inconnu qui l’est. Mais les bêtes redeviennent des hommes, aussi au fil du roman B. devient Benjamin et l’Arabe Abdelkrim al-Raqiq. Benjamin vomit et Abdelkrim se souille : doit-on y voir la fuite de leur haine ? Benjamin semble reprendre sa forme humaine en donnant son prénom à Layla, la cadette al-Raqiq qu’il a humiliée et torturée.

Layla, meilleur espoir féminin
« S’il y a un problème avec l’islam en France, c’est toujours pour nous…les filles »  (Layla)

Elle a été la victime facile de Benjamin. Prise d’assaut dans la cage d’escalier de l’immeuble elle a d’abord cru aux prémices d’un viol avant de réaliser qu’elle allait devenir la cible des actes causés par son frère. Son sang-froid est bouleversant : elle a subit en silence les avilissements de B. De l’ingestion de porc en passant par la nudité forcée devant une caméra, elle est restée drapée dans la dignité et le calme. Après l’orage dans la tête de Benjamin, les excuses, les remords et les discussions sont engagés. Autant de compréhension et de recul dans un si petit corps me sidère. Elle semble pouvoir désamorcer tout ce qui est susceptible d’être sauvé, y compris Benjamin. Toute la définition de l’espoir réside en Layla.

Les figurants

Le choix d’exploiter ce lendemain du point de vue des anonymes est éminent : de la jeune étudiante au vieux barbu de la gare en passant par une infirmière, un père, tous se questionnent et ignorent comment agir. Des inconnus qui nous ressemblent et qui essaient, chacun apportant une perspective différente.

« Est-ce ça qu’ils attaquent, vraiment ? Le fait de rire, de boire, de mettre des robes légères, d’aller à un concert, en terrasse, de danser ? Vraiment ? Est-ce si subversif ? Ça les empêche de quoi, ces salauds ? D’être purs ? Elle ne sait pas. Elle est un peu perdue. »  (Ninon)
La prochaine séance…

…c’est vous qui en décidez. Comme un dvd qu’on regarde chez soi, cette lecture-visionnage est intime et Vincent vous laisse la télécommande. Les chapitres sont composés de 5 grands actes chacun contenant une part douloureuse, entrecoupés d’entractes qui nous permettent de reprendre notre souffle. Et quelquefois en pleine action, des arrêts sur image, des pauses minutieusement choisies. Si bien que nos questions pleines d’inquiétudes ont à peine le temps d’émerger que la réponse est déjà écrite. Et le générique de fin : les crédits de l’auteur qui lui aussi, apporte sa perspective à l’édifice.

Samedi 14 novembre, Vincent Villeminot(Sarbacane)
collection Exprim’
disponible depuis le 2 novembre 2016
9782848659220 – 15,50€
à partir de 14 ans
Son
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Le complexe du papillon – Annelise Heurtier

9782203102286,0-3169392

A la rentrée, Mathilde remarque une fille incroyablement belle. C’est Cézanne, une ancienne camarade de classe jusque-là plutôt banale qui, au retour de l’été, est devenue la plus belle plante du collège. Invitée au mariage de la sœur de sa meilleure amie Louison, et désireuse de séduire Jim qui y sera également, Mathilde veut à tout prix perdre du poids pour rentrer dans le robe bleue magnifique vue au centre commercial et être aussi jolie que Cézanne…

★★★☆☆

Annelise Heurtier s’attaque souvent à des sujets audacieux dans ces livres, ce que j’aime tout particulièrement chez elle. Ici, c’est un sujet un peu plus rebattu qu’elle aborde : l’anorexie. Malgré ce thème souvent lu en roman jeunesse, elle prend le parti de s’intéresser plutôt à l’anorexie mentale, et pas seulement physique. Ainsi, point de poncifs ou de scènes difficiles, mais plutôt une lente descente aux enfers pour Mathilde qui, de jeune fille sportive (elle fait de l’athlétisme, on imagine aisément un corps souple et musclé : a priori, un très beau corps !) souhaite avoir un corps de mannequin et plus particulièrement un « thigh gap » (l’espace entre les deux cuisses quand on sert les jambes), rendu populaire par la it-girl Cara Delevingne (vue récemment dans l’adaptation ciné de La face cachée de Margo). Tout ça pour plaire à un garçon et ressembler à une fille de sa classe dont la transformation a été spectaculaire durant l’été ! Quand on repense à sa propre adolescence (ou même maintenant que nous sommes plus grandes à voir chaque jour des affiches de publicité), on se met sans difficulté dans la peau de Mathilde, avec l’envie nous aussi, parfois, de ressembler à ces si belles filles à qui le monde semble réussir. Un complexe dont il est bien difficile de se débarrasser…

Annelise Heurtier décrit avec beaucoup de justesse et de sensibilité l’état de Mathilde, sa volonté de passer d’une moche chenille à un magnifique papillon et l’engrenage terrible dans lequel elle tombe, à quel point il est si facile de ne pas se rendre compte quel danger cela représente… Cet aspect-là est vraiment très bien traité, sans jugement mais avec tous les outils de réflexion nécessaires pour le lecteur.
J’ai seulement regretté la rapidité de la fin, la facilité avec laquelle Mathilde abandonne son crush pour Jim (qui, de toute manière, n’est pas particulièrement présent et pour lequel on se demande bien ce qui plaît à notre héroïne) et la résolution du deuil qui frappait aussi Mathilde. Je n’ai pas beaucoup parlé de cet aspect-là de l’histoire, qui a pourtant son importance, puisque la mort de la grand-mère de Mathilde et l’incapacité de sa mère à en parler vont aussi faire partie des raisons du mal-être de la jeune fille, de la maladie. Il n’en reste pas moins un très beau roman, accessible et bien écrit. :)

Le complexe du papillon, Annelise Heurtier (Casterman)
disponible depuis le 6 avril 2016
9782203102286 – 12,90€
à partir de 12 ans
Discussion
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Je sais que tu sais – Gilles Abier

9782362661426,0-3025447

Nous savons que vous saviez que Gilles Abier sortait un nouveau livre parce qu’on vous l’a dit la dernière fois. On vous dit aujourd’hui tout ce qu’on en pense !

Il y a trois ans, dans un patelin du Tarn-et-Garonne, le frère d’Axelle, Martial, est retrouvé criblé de balles derrière une grange. Le coupable ne fut pas bien difficile à trouver : c’était Bastien, le meilleur ami de Martial. Depuis cette tragédie, Axelle a sombré et s’est repliée sur elle-même, dans sa haine. Jusqu’au jour où elle décide de rendre visite à Bastien en prison…

Bob sait qu’il ne sait pas

★★★☆☆

Ahlala, pas facile de parler de ce roman après Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire. Les deux romans sont très différents et, si le premier était beaucoup sur l’imaginaire et l’humour, on est ici dans une réalité dure et sans concession. Toute cette douleur qui hante Axelle, ce deuil dont elle ne parvient pas à se débarrasser, nous fait entrer petit à petit dans ce triste fait divers qui a rompu la tranquillité de son petit village. Nous la rencontrons au moment où elle va se confronter à l’assassin de son frère, où elle espère que leur conversation va lui apporter ce qu’elle cherche. Et pendant qu’elle attend, qu’elle doute, Axelle nous fait remonter le fil de l’histoire, comment sa petite vie tranquille a soudain basculé, comment elle en est arrivé à ne plus être que l’ombre d’elle-même.
J’ai beaucoup aimé la progression du récit, qui alterne entre le moment présent et les souvenirs : ceux de la nuit de l’assassinat, le procès, les jours, mois qui ont suivi, comment Axelle a décidé de prendre le taureau par les cornes et voir celui qui a ruiné sa vie… Accepter ? Réussir à pardonner ? Axelle se dévoile progressivement et, par là-même, on découvre la personnalité de son frère, et ce qui a poussé Bastien, son meilleur ami, à le tuer. En moins de 100 pages, Gilles Abier fait preuve d’un grand sens du suspense, et parvient à nous maintenir en haleine jusqu’au dernier mot. D’autant plus quand on arrive aux dernières phrases et qu’il nous laisse pantelant, aux prises avec un terrible choix…

Jean-Michel sait bien, lui, qu’il sait

★★☆☆☆

Secret de famille bien dissimulé et apprentissage du pardon…Gilles nous offre un panorama riche en émotions mais un détail me dérange. Alors que le bourreau de Martial garde un silence de plomb quant à ses motivations, j’ai trouvé les parents d’Axelle étrangement fermés : ils ne se posent aucune question et semblent fermer les yeux. Bastien a assassiné leur fils de sang-froid et il semble flotter un parfum d’ignorance : ils ne cherchent pas à savoir, trop occupés à gérer leur douleur et leur deuil. Un texte qui aurait mérité plus de pages :/ Une écriture parfaite néanmoins mais je pense avec sincérité que Gilles Abier traite mieux les sujets graves avec l’humour qu’on lui connait.

Je sais que tu sais, Gilles Abier (Talents Hauts)
collection Ego
disponible depuis le 18 février 2016
9782362661426 – 8€
à partir de 13 ans
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Tout revivre – Mélody Gornet

Lorsqu’un auteur écrit son tout premier livre et qu’il est aussi percutant, il est important de le souligner.

 ★★★★☆

toutrevivre

Sophie vient de périr dans un accident de voiture, laissant seuls ses deux fils Jordan et Matthis qui vont devoir cohabiter avec leur père, sa femme ainsi que leurs deux filles Oriane et Axelle. Une cousine de Sophie, Solveig se révèle assez touchée par le décès de sa tante et le destin de ses neveux ne la laisse pas indifférente. Elle décide de renouer avec eux et de les embarquer dans son projet de restauration de sa maison. Roman à trois voix, il explore avec perspicacité et rigueur les affres du deuil.

Comment parler d’une personne disparue alors qu’elle manque cruellement ? Comment gérer son deuil ? Mélody Gornet nous raconte l’essentiel, sans un mot de trop. Pas le temps de s’épancher sur les scènes que nous lisons car à l’image de la vie, le temps ne s’arrête pas et il faut avancer jusqu’à ce que la douleur s’estompe. En perdant leur mère et probablement leur unique point de conversion, les garçons sont propulsés au coeur d’une famille qui ne l’attendait pas. Oriane, nouvelle adolescente de 13 ans, n’accepte pas d’avoir perdu sa chambre qu’elle partage avec sa cadette Axelle, en faveur de ses demis-frères. Leur père ne leur accorde que peu d’attention malgré l’immensité du chagrin qui les habite, causant de nombreux problèmes sur leur état psychique. Seule Sonia, belle-mère à plein temps ne semble pas être un frein au bon fonctionnement du quotidien de la maison.

Matthis…

…se révèle le plus percuté par la mort de sa mère et le bouleversant aussi. Probablement le personnage qui m’a le plus touchée. Son premier cauchemar est le plus traumatisant qu’il m’ait été donné de lire : une femme d’apparence charmante lui cuisine des cookies, puis tout bascule :
- Tu ne sais pas où tu es Matthis ?
Elle posa devant moi une assiette de cookies chauds
[...] Elle approchait son visage un peu trop près du mien. Ses iris s’assombrissaient et grandissaient lentement, mangeant tout le blanc à l’intérieur [...] – Mange tes cookies, Matthis. Je sentis une odeur horrible et regardai mon assiette : ils étaient moisis, et des vers blancs grouillaient à leur surface. Quand je relevai la tête, la femme avait les yeux complètement noirs, comme ceux d’un corbeau, et elle me sourit, exhibant une rangée de dents pourries [...] - Tu as oublié de manger tes cookies, Matthis [...] – Tu as oublié ta mère, Matthis.

Deux pages qui m’ont fait froid dans le dos. Aurait-il peur que sa mère tombe dans l’oubli ? Pour une telle description, je suis persuadée que notre nouvel auteur chouchou a du regarder quelques films d’horreur pour être aussi bien inspirée (arrête Mélody, on sait). Mais reprenons : ce n’est que le début du traumatisme pour le jeune garçon qui en plus d’être effrayé par son sommeil le sera aussi par les ombres et les reflets dans les miroirs…Le harcèlement au collège dont il sera victime ne sera que la goupille qui fera exploser toute la tristesse qu’il lui reste à évacuer.

Jordan,

en guise d’ultime affront envers son père qui ne lui accorde aucune sollicitude, réagira par la violence. On sait pertinemment que le manque d’égard de son paternel ne représente qu’une mince excuse : sa gestion du deuil est plus compliquée. Expulsion du collège, offense brutale contre sa petite amie…la colère l’enflamme à longueur de journée, mais finira par s’éteindre. Quant à…

Solveig

Elle a finalement peu fréquenté sa tante Sophie mais la compassion qu’elle ressent pour ses cousins et l’envie qu’elle éprouve de mieux les connaitre la pousse à passer du temps avec eux, les aider à surmonter cette épreuve douloureuse. Mais secrets de polichinelle oblige, il y a d’autres éléments à découvrir dans ce roman et bien sûr : nous ne dirons rien. Oui, nous ne sommes pas des filles très sympas.

Tout revivre, Mélody Gornet (Thierry Magnier)
disponible depuis 22 octobre 2015
9782364747722 – 12.90€
à partir de 13 ans

Son
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Le monde est derrière toi – Marian De Smet

9782330053789,0-2685873

Eppo, 17 ans, fait du stop depuis les Pays-Bas pour se rendre en France, espérant que ce voyage lui permettra d’aller mieux. En Belgique, il est pris par Tabby, une jeune femme débordante d’énergie qui n’arrête pas de lui poser plein de questions, parfois très intimes. Mais celle-ci cache aussi des secrets et tous deux, à force d’avaler les kilomètres, vont apprendre à s’apprivoiser et à échanger sur ce qui les fait fuir…

★★★☆☆

Pur récit initiatique, Le monde est derrière toi aborde un certain nombre de sujets que l’on retrouve souvent en littérature ado, à commencer par le deuil. Eppo est triste à mourir après la mort de son frère d’adoption. Plutôt que de continuer à se recroqueviller sur lui-même, ses parents lui conseillent de partir pour un temps, de s’aérer la tête par le voyage. En réalité, il n’attend rien de ce départ vers la France car la moindre chose lui rappelle Marteen. Et quand il rencontre Tabby et l’entend babiller durant toute la route, il ne se sent pas aidé. Pourtant, c’est grâce à elle que, petit à petit, il va s’ouvrir sur son drame personnel. De la même manière, Tabby va aussi répondre aux questions qu’il se pose muettement, car elle aussi fuit quelque chose.
Le récit fonctionne bien malgré un schéma plutôt ordinaire, alternant entre le road trip et les souvenirs d’Eppo avec son frère. On s’attache assez vite aux personnages et on comprend rapidement la relation qui s’est tissée entre Eppo et Marteen, jeune homme placé dans sa famille car sa mère droguée n’était pas capable de s’en occuper. L’histoire de Tabby se dévoile plus succinctement mais le personnage apporte une dose d’humour bienvenue – rien que la scène d’ouverture fait sourire – dans cette histoire somme toute très triste. Heureusement, la fin apporte de l’optimisme même si cela rend le roman un peu convenu. Il n’en reste pas moins une belle histoire entre deux personnages totalement différents, qui vont tous deux finir par trouver leur voie… :)

Le monde est derrière toi, Marian De Smet (Actes Sud junior)
collection Ado
disponible le 21 octobre 2015
9782330053789 – 14,50€
à partir de 14 ans

Son
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Le livre de toutes les réponses sauf une – Manon Fargetton

9782700247886,0-2778185

Cette année, Bérénice entre dans un nouveau collège et, comme à chaque fois, son nom de famille – Lamort – provoque les moqueries. Mais cette fois, il y a une autre élève au nom étrange : Pandora Hurlevent, qui sait supporter les ricanements. Les deux jeunes filles vont vite se lier d’amitié, à laquelle va se joindre Lazare. Un trio qui va partager ses rêves et ses confidences chez Bérénice…jusqu’au jour où c’est au tour de Pandora d’accueillir son amie chez elle…

★★★★☆

Déjà connue pour ses romans de fantasy ou ses thrillers chez Rageot, Manon Fargetton s’adresse ici à un lectorat un peu plus jeune pour une histoire qui mordille la frontière du fantastique. On y retrouve trois personnages, trois ados un peu en marge des autres, dont on se moque à cause de leurs noms un peu spéciaux ou de leur orientation sexuelle. Mais au-delà des notions de harcèlement, c’est surtout l’amitié qui prime, les liens qui se créent entre chaque personnage. Et notamment ceux de Bérénice et Pandora. Issues de familles originales (monde du spectacle pour Bérénice, histoire et archéologie pour Pandora), il était évident que les deux jeunes filles ne pouvaient qu’être amies. Pourtant, une différence sociale va les séparer un certain temps, jusqu’à ce que Pandora accepte d’inviter Bérénice chez elle, dans un manoir à l’écart de la ville, avec chauffeur, cuisinière et tableaux de maîtres. Mais le plus intéressant chez les Hurlevent, c’est la bibliothèque. Une bibliothèque magnifique qui referme un ouvrage millénaire, un livre capable de répondre à toutes les questions…sauf une. Sauf celles qui commencent pas « pourquoi ? »… Pourtant, Bérénice n’a que des questions de ce type à la bouche, car elle cache un lourd secret, qu’elle a confié à son amie qui pense que le livre lui permettra de soulager son cœur. Mais c’est tout le contraire qui se passe…
Sans vous en dire plus sur l’histoire, qui se découvre véritablement au fil des pages, Le livre de toutes les réponses sauf une est un très joli roman qui mélange une variété de thématiques sans pour autant tomber dans le fourre-tout. Un peu de suspense, des amitiés qui se nouent et se dénouent, des éléments fantastiques, des secrets et pas mal de références. Mais aussi une façon de gérer un deuil, de se construire ou se reconstruire. Une belle évocation de relations familiales, en somme. L’écriture de Manon Fargetton est tout en douceur, et la pointe de magie sert parfaitement le propos plutôt grave évoqué dans l’histoire. Je regrette peut-être juste que le mystère archéologique ne soit pas résolu, j’aurais été bien curieuse de découvrir l’hypothèse de l’auteure. :P

Le livre de toutes les réponses sauf une, Manon Fargetton (Rageot)
disponible depuis le 16 septembre 2015
9782700247886 – 6,45€
à partir de 11 ans

Son
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Le pays qui te ressemble – Fabrice Colin

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Après vous avoir présenté le roman d’Audren dans la nouvelle collection Litt’ chez Albin Michel, c’est au tour de celui de Fabrice Colin. :D Dont la couverture, que je trouve très cool, annonce très bien la couleur !

Jude et Lucy, des jumeaux, ont perdu leur mère et s’apprêtent à passer leurs premières vacances sans elle. Lorsque Maryline, leur grand-mère fantasque, leur révèle qu’elle n’était pas leur mère biologique, ils décident de partir à la recherche de leur génitrice, sans rien en dire à leur père, dévasté. Et c’est en camping-car que toute la famille traverse l’Europe à la recherche de cette mère biologique.

★★★☆☆

Si vous connaissez un peu les Beatles, vous avez sans doute déjà noté la référence dans les prénoms de nos jeunes héros ? Il se trouve en effet que Noël Farrow, le papa des jumeaux, est le spécialiste mondial du groupe et que Lucy et Jude soupent des Beatles depuis leur plus tendre enfance. Mais là n’est pas la question car il s’agit pour les jumeaux de découvrir qui, dans la liste des anciennes petites amies de leur père, est leur véritable mère. Leur périple à travers l’Europe, et même au-delà, va les mener à se redécouvrir après la tragédie, à mieux gérer leur deuil (ou pas du tout pour certains) et à essayer de comprendre pourquoi il est si important de retrouver leur génitrice alors que leur mère d’adoption était si géniale. Je ne vous en dirais pas plus sur l’histoire, qui se laisse découvrir au fil du voyage avec appréhension, doute, terreur, mensonges et situations rocambolesques. On s’attache très vite à cette famille déglinguée, à ce père au bout du rouleau, à ces adolescents paumés et à cette grand-mère totalement déjantée qui ne se laisse pas marcher sur les Louboutin. Et à Simone, of course (mais je vous laisse découvrir ce personnage). Un road-trip très pop, qui en fait un chouette moment, entre rire et émotion ! :)

Le pays qui te ressemble, Fabrice Colin (Albin Michel)
collection Litt’
disponible le 2 septembre 2015
9782226318503 – 14€
à partir de 13 ans